‹ Examen de deux mémoires de M. Biot [microform]Chapitre 4 sur 18 · DISCUSSION · texte numérisé non relu

DISCUSSION

§1*'. Observations générales.

Aux remarques particulières et spéciales que nous avons placées dans le cours de l'analyse qui précède, nous ajouterons les observations générales qui se sont offertes à notre esprit , h la lecture des deux Mémoires de M. Biot.

Disons d'abord ce que , à la première vue (1) , nous a représenté le calendrier de Ramsès. Nous avons cru y reconnaître la constatation d'observations du ciel faites par une obscurité suffisante pour que les étoiles principales fussent visibles à l'œil nu , pendant le cours d'une année, de 15 jours en 15 jours, et d'heure en heure. Il nous a semblé que l'astronome égyptien avait indiqué la position des aslérismes , au levant , au couchant , au méridien , ou dans les plages intermédiaires, par la désignation assez grossière de, sur le bras, f oreille, l'œil, à droite et à gauche, ou, au milieu, sur le cœur. Telle est notre hypothèse exposée h l'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans la séance du 6 janvier 1854 (2).

Si nous avons attribué , sous certains rapports , à ce document , une signification que n'a pas reconnue M. Biot, d'un autre côté nous n'y trouvons pas la précision mathématique que signale ce savant. C'est simplement, suivant nous, la constatation d'une suite d'observations, dont l'exactitude, dans leur ensemble, était immanquable et indépendante, sur beaucoup de points, de la volonté de l'astronome.

(1) Le 21 mai i85i. Voir la noie cilée p. 10.

(2) Voy. Ibid.

Nous nous refusons à y reconnaître un caractère astrologique. La traduction de certains signes, par le mot influence, a donné à ChampoUion (1) 1 idée d'aller au-devant de l'opinion de M. Lelrone h ce

sujet.

Rien n'autorise à croire que Tastrologie fut dans les mœurs des Égyptiens douze siècles av. J. C. Qu'elle y soit entrée depuis, cela n'est pas douteux. Elle devait naître d'une astronomie réduite à la seule observation de la concordance de certains phénomènes célestes avec les productions de la nature , concordance qu'on a prise pour

une influence.

De cette influence à celle qu'on leur a supposée sur les vicissitudes humaines, il n'y avait qu'un pas. Mais le tableau de Ramsès est étranger à cette faiblesse de l'esprit. En effet , pourquoi cette influence, ici, s'exerçait-elle seulement, et toujours, sur les yeux, ks oreilles , les bras , par le même astre , ou par des astres différents , sur le même organe?

On sait que l'influence astrologique se portait sur toutes les parties, intérieures comme extérieures, du corps humain. A cotte objection très-forte , ajoutons que l'interprétation inp,ue est changée par les égyptologues en sur, au-dessus de, et nous arriverons sans peine à notre hypothèse entièrement conforme à la langue égyptienne.

Est-il besoin de la corroborer par la considération des colonnes d'étoiles placées au-dessus d'un personnage accroupi , qui paraît être l'astronome égyptien hii-même , lequel n'est pas une divinité égyptienne, comme on a pu le croire, mais indique l'orientation de l'observateur (2)?

Les étoiles correspondantes à chaque heure sont en général placées verticalement au-dessus de la partie du buste de l'astronome , désignée dans le texte. Il y a une inversion, mais elle est totale, et s'explique comme celle des globes par rapport aux cartes célestes.

Nous ne voyons donc pas de raisons pour donner au calendrier de Ramsès la qualification d'astrologique, puisque, d'ailleurs, les signes hiéroglyphiques, qui la lui ont fait donner, trouvent une interprétation naturelle bien plus simple.

Dans ce calendrier, les noms des mois, et ceux des quantièmes, de 15 en 15 jours , sont parfaitement indiqués : mais rien ne fait

(1) Lettres écrites d'Egypte, p. 240.

(2) Voir ta noie précitée.

connaître explicitement l'année. Cest h la recherche de cette année qu'est consacrée la première , cl même la plus grande partie du premier mémoire de M. Biol, qui tout d'abord Ta fixée par un essai à Tannée vm av. J. C. L'histoire , dil-il (p. 85) , l'indique comme très-voisine de celte époque. Son essai a été heureux , car ses calculs pour la détermination du lever héliaque de Sinus, consigné nu calendrier le 16-15 de tliolh, l'ont conduit seulement à 4 ans plus lard.

§ 2'. De remploi du globe.

Qu'il nous soit permis de faire observer que les calculs fort longs exposés par M. Biot, dans sa note n, peuvent être facilement remplacés par une opération très-simple sur notre globe à pôles, horizon et méridien mobiles (1). En effet , par exemple, pour trouver l'année à laquelle appartient le jour d^m lever héliaque de Sirius, étant donnés : 1« la latitude lerreslre du lieu de l'observation ; 2« la position des colures en l'année d'essai , que l'on suppose assez voisine de celle que l'on cherche, pour en conclure à peu près le jour du soislice d'été; 3" l'abaissement du soleil au-dessous de l'horizon i\ raison de Téclat de l'étoile , on trouvera , comme il suit , l'année cherchée.

On amènera Sirius à l'horizon, et on fera passer le méridien mobile par le point de rencontre de Thorizon mobile avec Fécliplique. Ce méridien donnera sur Féqualeur le jour du lever héliaque, en rannée d'essai, à raison de la distance de ce jour h cehii du solstice d'été indiqué par le méridien fixe, et en convertissant les degrés de Féqualeur en jours, dans le rapport de 360 à 365; il est probable qu'on ne tombera pas, du premier coup, sur le jour indiqué ; mais à raison de la distance h laquelle on en sera parvenu et de la marche rétrograde et régulière, de 21 secondes par an, du lever héliaque de Sirius , on modifrem l'année d'essai puis on recommencera l'opération. On arrivera alors, presque immanquablement, au jour indiqué; autrement, on procéderait à une nouvelle opération.

W. Biot fait habilement par ses calculs un tâtonnement semblable; mais il opère bien plus longuement.

Nous obtiendrions facilement, poin- celle année-là, le jour du lever vesperlinal de Sirius. La dislance entre ces deux levers nous donnerait le nombre de jours pendant lesquels Sirius aurait été visible. Nous en ferions autant pour toute autre étoile. Nous oblicn-

U) Voir VAthenaum, ii* année, n» 16, p. 3C1-.

drons ainsi leurs arcs de visibilité, à différentes époques de l'année. Nous pourrions aussi produire le tableau des arcs semi-nocturnes que M. Biot a publié (2* Mémoire, p. 45), après l'avoir fait calculer par M. Piqué, sauf l'approximation en minutes et en secondes. 11 suffit de transporter le méridien mobile de 15 en 15 jours sur l'éclipliquc , et de/nesurer, chaque fois , l'arc qui sépare le coucher

du soleil de son lever.

Nous obtiendrons aussi, avec le globe, les identifications proposées par M. Biot et auxquelles , dans son hypothèse , il arrive par des calculs à lui familiers. Commençons, comme lui, par Vétoile de Sahu , indiquée à la fin de la colonne du 1*' de tholh. C'est la

XII* heure de la nuit.

Le globe étant à la latitude de Thèbes, et les colures à la position de Tan 1240 av. J.C., après avoir déterminé le jour du solstice cette année-là, au moyen des tables de M. Largeteau, nous plaçons le méridien mobile au 1" de tholh , puis nous amenons son point de rencontre avec l'écliptique à 11 degrés au-dessous de l'horizon. Nous cherchons ensuite à cel horizon l'étoile un peu remarquable qui, étant à son lever héliaque, pourrait être identifiée avec celle de Sahu. Nous y trouvons une étoile d'Orion de 2* grandeur; M. Biot s'en contente. En avançant le méridien mobile de 150 nuits, au 1" méchir, nous trouvons comme M. Biot la même étoile , à son lever du soir, au commencement de la nuit.

Voyous pour la tête de Sahu, On n'a pas son lever matutinal ; mais en agissant d'après celui du soir, on place le méridien mobile au 15 toby, au commencement de la nuit, où il est indiqué par l'astronome égyptien; puis descendant le point de rencontre de ce méridien avec l'écliptique à 11 degrés au-dessous de l'horizon occidental , on voit, comme M. Biot, à cehii opposé les étoiles principales d'Orion , des Gémeaux et de l'Éridan , entre lesquelles, dit-il,

il faut choisir.

Nous rendrions compte , aussi facilement , de toutes les autres identifications proposées par M. Biol.

Pour donner confiance aux opérations que Ton ferait avec le globe, il suffit de citer M. Biot lui-même, qui dit avoir fait construire autrefois un instrument de ce genre dont il donne la description. C'est un globe à pôles mobiles dans le système de celui, établi par nos soins, il y a quarante ans, et mis, en 1815 et I8l6, à la disposition de M. Biol(l). Ce savant a pris une telle confiance dans

(I) Voir uolre Appendice aux Recherches sur les bas-reliefs astromiques, p. 35.

son globe, avec lequel il a vérifié el trouvé exactement la position équatoriale de Sirius , quMl n'hésite pas h lui emprunter, en toutes circonstances, la connaissance de l'ascension droite du point de Féquateur qui se lève avec une étoile déterminée, et à baser, sur cette opération , des calculs par là rendus très-faciles.

« Le globe peut, dit-il encore, guider très-sûrq/nent le calcul, même souvent le remplacer ; car cerlains problèmes présenteraient une indétermination trop grande pour ctre attaqués directement par le calcul. « Ce savant use de son globe pour sortir de ces indéterminations; mais il n'a pas cherché à pousser bien loin cet usage ni à donner à son instrument un horizon et un méridien mobiles.

L'exactitude des opérations que Ton fait avec le globe est au moins égale à celle des observations, à l'œil nu, des anciens Égypiiens.

Pourquoi donc se refuserait-on à substituer son emploi , simple et commode, aux savants mais longs calculs de Facadémicien?

Ht" EXAMEN IHJ CALENDRIER DE RAMSÈS DANS NOTRE HYPOTHÈSE.

§ l". Observations préalables.

A la première des treize lignes de chaque colonne on lit : Commencement de la nuit. Les douze autres lignes portent chacune,, dans leur ordre , un des chiffres de I à XIl suivi du mot heure clairement exprimé. A la fin de chacune des treize lignes est le nom d'un astérisme. Il s'agit donc de la nuit close, depuis le commencement de cette nuit jusqu'à la Un de la 12* heure, temps pendant lequel les étoiles étaient visibles. Tout cela est de la dernière évidence. Comment donc M. Biot peut-il refuser, à chacune de ces lignes, l'attribution (ïune heure? Il leur donne bien le nom d'heure conventionnelle (p. 55), mais il n'admet pas d'égalité entre elles. Il fonde son opinion sur Tarrangement du Tableau égyptien, qu'il explique au moyen de la considération de levers héliaques, rigoureusement déterminés, pour certains astérismes, par leur inscription à la 12" heure de la nuit. Il a été conduit h celle explication en reconnaissant , avec M. de Rongé, Sothis à la 12« heure de la nuit, pendant la seconde quinzaine de tholh; ce qui correspond parfaitement au lever héliaque de Sirius, l'an 1240 av. J. C.

Nous avons pensé que le calendrier de Ramsès pouvait s'iw-

ierpréler d'une manière plus simple el, dès lors, plus probable.

Dans nos recherches , nous placerons successivement notre méridien mobile sur l'écliplique, aux jours indiqués par le calendrier de Ramsès, en procédant du couchant au levant, et, par une marche inverse de la sphère, chaque nuit à toutes les heures conventionnelles. A chaque heure, depuis le commencement de la nuit jusqu'à sa 12* heure, nous chercherons, sur le globe, qui représente alors le ciel indiqué dans le texte , et , à la place désignée par milieu , œil , oreille ou bras , si l'astérisme qui s'y trouve a quelque rapport avec celui désigné par l'astronome égyptien. Nous entrons ainsi, exactement, scrupuleusement et très-simplement dans l'interprétation du

tableau.

En parcourant ainsi ce tableau, colonne par colonne , ligne par ligne, nous reconnaîtrons, tout d'abord , qu'il n'existe pas, dans sa composition, l'arbitraire que croit y voir M. Biot: et que c'est le résultat obligé des observations de l'astronome égyptien. 11 en est de même de l'irrégularité apparente de la marche d'un astérisme dans les colonnes des quinzaines et les lignes des heures, laquelle semble à M. Biot avoir donné lieu, dans la suite des heures, à des lacunes occupées par des astérismes intercallaires.

Nous venons de voir que cet académicien en a conclu Tinégalité ou môme l'incertitude de l'emploi des heures conventionnelles.

Nous arriverons à une conclusion différente en expliquant autrement l'irrégularité apparente du calendrier égyptien.

Observons que par suite de la marche annuelle de la terre autour du soleil, la sphère étoilée semble avancer, en 1 5 nuils de 15<> degrés, vers le couchant; et qu'à raison de la révolution diurne de notre globe, elle avance, par heure environ, du même nombre de degrés, dans le même sens, tellement que, pendant les 24 observations d'une année, chaque étoile a été vue, successivement, dans chaque région du ciel à chacune des 12 heures. Si l'on part d'une heure déterminée, de minuit, par exemple, on trouvera qu'à minuit, au bout de quinze nuits , les étoiles se seront écartées de 15« de leur position précédente ; et que, si on les avaitobservées environuneheure plus tôt, on les aurait retrouvées à cette première position. Ainsi donc, en avançant l'observation d'une heure, chaque quinzaine de nuits, on devrait retrouver les étoiles toujours à la même place. Mais cela n'arrive pas exaclement, attendu que le déplacement, en 15 nuits, est plus grand que celui qui se fait en une heure conventionnelle, 1 2« partie de la nuit close. La différence augmentant chaque.

heure, quand Taslronome s*esl aperçu qu'elle était trop grande, il a fait son observation deux heures, plutôt au lieu d'une heure seulement; ou, en d'autres ternies, ce n'est pas seulement une heure , mais deux heures plus tôt , qu'il a retrouvé le ciel sous le même aspect, et c'est ce qu'il a consigné sur son tableau. Cela est arrivé deux fois en 150 nuits, ou dix quinzaines de nuits. Prenons un exemple sur Sothis isolément. Nous donnerons aux heures conventionnelles une longueur moyenne de 50'. Il n'est pas probable que le constructeur du tableau se soit préoccupé de leur grandeur variable entre 44' et 60' avec les saisons, quoiqu'il ne dût pas ignorer que les nuits d'hiver sont plus longues que celles d'été : mais cela importe peu pour ce que nous allons dire.

Sothis étant à Thorizon du levant, le 15 de thoth, à la 12* heure de la nuit , quinze jours après, à la 12« heure, il n'était plus à Thorizon, mais il y avait été une heure auparavant, environ, à la 11* heure. Je dis environ parce que le déplacement de l'astre, en 15 jours, est plus grand de 2»^, que celui qu'il éprouve en une heure conventionnelle. Quinze jours après, (2" quinzaine), à la 10* heure la différence est de 5®. Quinze jours après (3« quinzaine), à la 9« heure de 7» a. Quinze jours après (4* quinzaine), à la 8* heure de 10», c'est-à-dire que Sothis, à cette heure là était à 10^ au dessus de l'horizon , sa situation première. Celte différence étant trop grande, à la quinzaine suivante (la 5'), l'astronome a fait son observation à la 6' heure, en sautant la 7\ Alors Sothis s'est retrouvée à l'horizon, puisque 5 fois 15® sont la même chose que 6 fois 12® f A la 6« quinzaine, la différence de 2« J se représente à la 5* heure de la nuit. A la 7« quinzaine, et la 4« heure, la différence est de 5%- à la 8* quinzaine et la 3* heure, l'aslronome a jugé la différence trop considérable, et a fait son observation à la 2* heure en sautant la 3'; à la 8* quinzaine et à la 2* heure, la différence est de 5% mais en sens inverse; à la 9" quinzaine et à la 1" heure, elle est de 2*» J, dans le même sens; enfin à la 10- quinzaine et au commencement de la

nuit, Sothis se retrouve à l'horizon , parce que 10 fois 15® équivalent à 12 fois 12» i.

Par là s'expliquent les lacunes des 7* et 3' heures dans la marche de Sothis, et s'expliqueraient celles qui se manifestent dans la marche des aslérismes, Sahon, les Deux étoiles la Tête et la Queue du lion de même que de tout autre. Enfin cela nous fait reconnaître l'emploi , et l'égalité des heures conventionnelles.

Ainsi devient évidente l'intention de l'astronome égyptien, de toujours inscrire les mêmes astérisraes aux mêmes places par rapport à

l'horizon, ou au méridien, en retardant ses observations d'une heure par quinzaine de nuits , et de deux heures quand cela était nécessaire. Cette explication de la marche irrégulière des astérismes dans les colonnes des (juinzaines nous semble simple et naturelle.

Nous admettons, comme M. Biot, les cinq épagomènes dans le compte des jours de l'année : en sorte que si nous donnons généralement à 1® la valeur d'un jour , cependant pour un plus grand nombre de degrés nous cemplerons les jours dans le rapport de

360® à 365 jours.

Nous admettons aussi l'abaissement du soleil au-dessous de l'horizon, au commencement ou à la fin de la nuit close, et pour plus de simplicité, comme cet académicien, nous le supposerons le même , au lever du matin , qu'à celui du soir.

Nous nous servirons de l'atlas de Flamstéed, comme M. Biot, et môme sans repousser comme lui l'idée d'as^m/Za^eon, de ressemblance, iV analogie, entre les figures du Zodiaque et les symboles du calendrier de Ramsès. L'opposition si fortement prononcée de cet académicien, à toule assimilation de ce genre, nous a surpris, nous qui avons étudié avec une grande attention ses précédents écrits. C'est seulement à la lecture d'une note de la pnge 603 du !¥• volume de la nouvelle édition de son traité d'astronomie, que nous en avons apprécié le motif et la portée ou la réserve. Voici cette

note ;

« Depuis l'époque où ce chapitre fut rédigé pour l'édition précédente, rinterprétation des caractères hiéroglyphiques, appliquée à l'étude des monuments publics de l'Egypte, a donné lieu d'attribuer des significations moins incertaines, et des dates moins douteuses, aux tableaux astronomiques qu'on avait trouvés sculptés sur plusieurs d'entre eux. Il est parfaitement établi aujourd'hui que tous ceux qui présentent un zodiaque grec complet, exprimé par ses douze figures conventionnelles, ont été exécutés sous la domination romaine, conséquemment avec les connaissances de ce zodiaque, et dès lors du ciel , établies dans l'ouvrage de Plolémée : Cela n'exclut pas, toutefois, /adaptation que Von peut avoir pour but d'en faire aux idées et aux événements qui furent propres à l'Egypte , soit dans ce temps, soit dans des temps plus anciens. Je n'ai pas dû parler, dans ma nouvelle rédaction , des conjectures que l'on a pu émettre sur ce sujet, etc. »

Nous n'abandonnons pas, aussi facilement que semble le faire M. Biot, nos premières idées sur le zodiaque égyptien.

Convenons , toutefois , que notre opinion , relativement à Tanti-

quilé de ce zodiaque, semblerait exposée à une grave objection puisée dans la connaissance du calendrier de Ramsès en la fondant sur l'opinion de M. Biot, rapportée ci -dessus, relativement au Lion et aux Gémeaux. Comment, dira- 1- on, au milieu des astérismes désignés par l'auteur du calendrier, 1200 ans av. J. C, ne voit-on rien qui ait rapport au zodiaque, bien que ces astérismes aient été pris dans le voisinage de l'écliptique et de réquateur? Mais, d'abord, cette dernière partie de l'objection n'est point vérifiée en ce qui concerne Sirius, constellation très- australe; et nous verrons ensuite , dans l'examen détaillé que nous allons faire du calendrier, que la première partie de Tobjection se trouve réfutée naturellement par quelques-unes de nos identifications, qui rappellent les constellations du zodiaque égyptien.

Nos idées, bien anciennement émises, au sujet de l'antiquité du zodiaque égyptien , semblent avoir été confondues avec toutes les absurdités débitées sur les zodiaques depuis 60 ans. Elle est fondée cependant sur des faits incontestables : sur les preuves bien acquises que tous les peuples anciens , et les Égyptiens surtout , ont observé les levers et les couchers des étoiles et leur passage au méridien. Nous voyons même par le calendrier de Ramsès que ces observations, à certains jours déterminés par des intervalles égaux, se prolongeaient toute la nuit.

Qu'y a-t-il donc de surprenant à ce qu'ils aient observé le déplacement des saisons dans l'année vague , celui du jour du lever héliaque de la belle étoile de Sirius, dans l'année solaire, phénomène qui leur annonçait la crue du Nil , etc.

Mais revenons à la lecture du calendrier de Ramsès, dans Tordre naturel que nous avons indiqué ci-dessus.

Nous n'avons plus besoin de répéter que nous n'apporterons pas dans nos observations la rigueur que M. Biot a mise dans ses calculs ; aussi , après avoir déterminé Tare nocturne , nous y ajouterons, de part et d'autre, ce qu'il faut pour arriver à la nuit close. Comme nous nous attachons spécialement à l'identification des constellations principales, nous supposerons toujours de 1 1** l'abaissement du soleil au-dessous de l'horizon pour arriver à cette nuit close. A la latitude deThèbes, ces 11® peuvent invariablement se convertir en 12® mesurés sur l'équateur.

A cet effet , nous avons dressé, au moyen du méridien mobile, le tableau de la concordance des degrés de l'écliptique avec ceux de l'équateur, rapportés soit au méridien mobile, soit au méridien fixe au moment où le soleil est à l'horizon , ce qui facilite beau-

ii '

coup les opérations à faire avec notre globe : mais, comme nous ne pouvons mettre le globe à la disposition du lecteur , nous nous dispensons de lui présenter ici ce tableau.

Telles sont les dispositions que nous avons prises pour examiner le calendrier de Ramsès.

Nous devons déclarer tout de suite que nous avons été surpris du peu de variété que présente ce tableau en apparence si compliqué.

En effet , d'après la traduction de M. de Rougé , on n'y trouve que 12 constellations différentes, en n'admettant pas comme constellations entières celles qui , par leur désignation même, semblent avoir appartenu à d'autres constellations d'une grande étendue dans le ciel telles que les diverses parties de Nachl, et de l'Hippopotame.

Une circonstance regrettable encore, c'est la négligence évidente du scribe, ou décorateur, qui a transcrit ce calendrier sur les parois du tombeau de Ramsès. Ajoutons-y les erreurs des dessinateurs modernes; car MM. Champollion et Lepsius ne sont pas toujours d'accord , et nous conclurons qu'il ne faut pas s'attendre à une exactitude soutenue dans la désignation du calendrier égyptien ; mais s'il existe un grand nombre de désignalions bien en rapport avec notre hypothèse, celle-ci se trouvera suffisamment justifiée.

Cette production d'une astronomie dégénérée est l'œuvre d'un observateur plus patient qu'éclairé. Les astronomes des temps antérieurs h l'invasion des pasteurs , n'ont transmis à leurs successeurs, h travers les siècles de troubles et d'invasions, que le goût et l'habitude des observations. Les concordances des saisons avec les apparences célestes, observées 2200 ans av. J. C, et qui avaient servi à l'établissement du zodiaque, malériellemeut conservé, n'existaient plus 1200 ans avant notre ère.

Si le solstice d'été annonçait toujours la crue du Nil , le lever héliaque de Sirius, par exemple, ne se rapportait plus qu'à une autre phase de la croissance de ce fieuve; et peut-être l'astronome de Ramsès cherchait-il de nouvelles concordances.

Sous toutes ces réserves , examinons le ciel , sur notre globe, région par région, jour par jour, heure par heure, tel que cet observateur l'a vu pendant 24 nuits de l'année 1240 av. J. C. : et comparons les désignalions qu'il fait des astérisuies avec les constellations correspondantes de notre sphère.

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