‹ Examen de l'examen de M. Broussais, relativement à la phthisie et à l'affection typhoïde (volume 2)Chapitre 6 sur 25 · SYMPTÔMES ET LÉSIONS · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES ET LÉSIONS

Les premières lignes du chapitre consacré par M. Broussais à l'examen de mes Recherches sur l'affection typhoïde, ont de quoi confondre j « on continue , dit-il, à vouloir subordonner l'idée de

maladie à celle d'altération de texture des organes, et à ne voir dans les symptômes que la révélation de ces désorganisations ». Oui, c'est M. Broussais qui a écrit ces lignes , M. Broussais qui a voulu rattacher les symptômes les plus formidables à des lésions légères et souvent contestables. Et nonseulement le reproche de ne voir dans les symptômes qu'une révélation des altérations organiques part de M. Broussais , mais il s'adresse à moi qui ai dit, dans l'ouvrage critiqué (2° vol. ,p. 457, 458), qu'il y a dans les maladies autre chose que ce qu'on voit j que leurs causes , quelles qu'elles soient, ont sans doute une certaine part à la mortalité et aux lésions secondaires ; à moi qui journellement , pour ainsi dire , recueille et fais connaître des faits qui ne permettent pas de douter qu*un mouvement fébrile plus ou moins intense n'ait lieu, dans un grand nombre de cas, sans altération appréciable des tissus ou des viscères de notre économie î Mais continuons.

Avant d'entrer en matière, M. Broussais juge à propos de s'expliquer sur les motifs qui m'ont conduit à entreprendre les Recherches que j'ai publiées , car M. Broussais sait tout ou devine tout. Ces Recherches, dit-il, ont été suggérées à M.Louis par les écrits de M. Bretonneau sur la dothinentérie. nies a entreprises dans l'intention d'aggrandir cette entité , de sorte que l'essentialité des fièvres

pût regagner tout le terrain qu'elle avait pei'du. Tel fut le plan de la cabale qui le choisit pour la confection de cette grande œuvre , lui, laborieux à l'excès et dévoué sans réserve. Renfermé dans la t-linique d'un médecin de l'hôtel-dieu , observant jour et nuit , il inventa et confectionna de toutes pièces^ sans matériaux étrangers , une fièvre uniquement fondée sur les plaques del'iléum ( de 4o6 à 4-10).

Mais la preuve de ces diverses assertions ? la voici. L'ouvrage de M. Bretonneau, qui m'a donné l'idée de mes Recherches , ou plutôt lemémoire de M. Trousseau sur la dolhinentérie^ a été publié en 1826, et les faits dont mes Recherches ne font que l'analyse ont été recueillis de 1821 à 1827 ; plusieurs d'entre eux ont même été publiés en 1825, dans mon mémoire sur la perforation de l'intestin grêle. La preuve de mon dévoûment à une coterie dont j'étais l'instrument , c'est que les résultats de mes Recherches ne ressemblent en rien à ce qui avait été publié antérieurement sur des sujets analogues , et que l'un des plus remarquables est opposé à ce qui avait été dit par l'un des membres présumés de cette coterie , membre dont je suis l'ami. Enfin, la preuve que j'ai inventé et que je devais inventer une fièvre (ondée sur les plaques de i'iléum, c'est que, laborieux à l'excès, j'observais jour et nuit. Observer jour et nuit pour

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inventer !.... On ne sait vraiment ce qu'il faut admirer le plus dans les assertions de M. Broussais, ou l'ignoble ou l'absurde.

Après ces préliminaires , l'auteur entre en matière. Mais tandis que dans l'Examen de mes Recherches sur la phlhisie il a cru devoir suivre un certain ordre , celui que j'avais adopté moi-même, il n'en suit aucun dans cette seconde partie de sa critique où le même objet se trouve traité en vingt endroits différents. De plus , il ne renvoie pas, ou bien rarement à l'ouvrage critiqué; ce qui fait qu'à moins de le relire avec un très grand soin , le leC' teur ne peut faire de vérification , et qu'il ne lui est possible de soupçonner l'exactitude de M. Brous» sais que par les absurdités qu'il me prête. Je tacherai de faire disparaître cette confusion , en examinantsuccessivement ce qui est relatifaux mêmes objets et en mettant le lecteur à portée de faire les vérifications convenables.

« M. Louis rapporte , dit M. Broussais , un certain nombre d'observations de gastro-entérites terminées par la nécropsie» Il les interprète à sa manière , et il en résulte , selon lui, que les plaques elliptiques qu'il a trouvées plus ou moins tuméfiées^ rouges, ulcérées, ramollies ;, etc., ont eu l'initiative. Cette assertion est gratuite. >» (4io)

Arrêtons-nous sur ce passage autour duquel je grouperai , en grande partie du moins , tout ce qui

£XÂM£N.

concerne les plaques elliptiques de Peyer , dont M. Broussais parle à tout propos.

Un premiersujet d'étonnement pour le lecteur, c'est sans doute qu'après avoir dit que j'interprète les faits à ma manière, M . Broussais ne me suive pas dans cette interprétation pour en faire ressortir ce qu'elle lui semble avoir d'arbitraire et d'erroné. 11 l'avait essayé pour quelques-unes de mes observations de phthisie , avec peu de succès , j'en conviens ; a-t-il donc craint d'échouer encore plus complètement ici?

Quoi qu'il en soit de ce silence , au moins singulier, si j'ai admis que dans l'affection typhoïde, l'altération des plaques elliptiques de Peyer avait l'initiative sur toutes les autres , c'est , comnie je l'ai remarqué bien souvent , soit dans les commentaires qui suivent les premières observations du premier volume ,. soit ailleurs , c'est non-seulèment parce que cette altération est ïa seule constante, mais parce que, chez la grande majorité des sujets^ les premiers symptômes locaux du début, la diarrhée et les coliques , annoncent une affection du canal intestinal ; que dans ces casl' altération des plaques est quelquefois la seule du tube digestif, ou bien la plus grave de beaucoup; qu'il en est encore de même quand les sjmptômes généraux ont devancé les symptômes locaux d'un plus ou moins grand nombre de jours. Ces faits

une fois bien constatés, et ils sont hors de doute, comment n'aurais-je pas admis que l'altération qui nous occupe a l'initiative dans le cours de l'affection typhoïde ?

Après beaucoup d'efforts pour persuader au lecteur que je ne suis sûr de rien , pas même du diagnostic de cette maladie, et m^ayoir placé une fois de plus parmi les doctrinaires antimatérialistes de la médecine , grosse injure que je ne comprends pas très bien ^ M. Broossais ajoute: « du moins ^ me direz-vous, je trouverai du certain dans l'anatomie pathologique. De grâce ^ ne précipitez pas votre jugement , et apprenez deux choses importantes : la première, c'est que les plaques peuvent être affectées dans la plupart des autres maladies aiguës^ comme elles le sont dans le] typhus ; il faut pourtant en excepter V entérite , car si elle en offrait après la mort, on lui ferait perdre son nom pour lui imposer celui de typhus insidieux ou latent ; et la pneumonie est celle des maladies aiguës qui en a offert le plus souvent. C'est M. Louis lui-même qui se donne beaucoup de mal pour nous le prouver (422). » Plus loin , dit M. Broussais , « Ne pouvant parvenir à fonder son entité ni sur les plaques qui existent dans une foule d'autres maladies, ni sur les symptômes nerveux qui appartiennent à toutes les grandes phlegmasies capables de bouleverser l'infliience

de l'encéphale, M. Louis se trouve, en plusieurs endroils de son ouvrage, dans une angoisse capable de lui faire pardonner ses erreurs (428). » Puis tout à côté : « M. Louis veut-il prouver que les plaques forment le seul caractère anatomique de l'entité typhoïde , il dit que, bien que communes à une foule de maladies aiguës et chroniques, elles sont plus fréquentes dans le tvphus; et sa conclasion est qu'elles en forment le caractère anatomique essentiel (429). »

Quoi! un homme qui a consacré une partie de sa vie à l'observation a pu imprimer tant de sottises, tomber dans des contradictions si grossières! De grâce cependant, dirai- je à mon tour , ne précipitez pas votre jugement , et avant de rire , lisez ce que j^ai écrit relativement au sujet qui nous occupe; alors peut-être ne serez-vous plus tenté de rire à mes dépens.

Après avoir comparé les lésions de l'intestin grêle chez les individus emportés par l'affection typhoïde et chez ceux qui ont succombé à d'autres maladies aiguës, j'ai dit ce qui suit :« hors V altération des plaques elliptiques, toutes les lésions de la membrane muqueuse de l'intestin grêle observées dans l'afFection typhoïde, existaient chez les individus qui avaient succombé à des maladies aiguës très différentes (L. 1. 1, p. 222.); ces léfions n'avaient donc rien de caractéristique. Mais les plaques el-

AFFECTION xyPHOÏDK. «9

liptiques de Peyer n'ayant offert d'altération qde chez les sujets morts de l'affection qui fait l'objet spécial de ces Recherches ; cette altération ayant été constante , ordinairement très grave, toujours développée suivant la même loi..., etdans quelques cas, pour ainsi dire , la seule lésion; il faut non-seulement la considérer comme propre à l'affection typhoïde, mais comme en formant le caractère anatomique (id. 2 23).

Cest-à-dire que j'ai dit bien clairement tout le contraire de ce que M. Broussais m'a prêté ^ et que, suivant son usage ^ il a mis beaucoup d'esprit à commenter un fait imaginaire et de son invention.

Maintenant , Taltération profonde des plaques elliptiques de Peyer forme-t-elle réellement le caractère anatomique d'une affection particulière, distinctede l'entérite proprement dite, et connue, jusques dans ces derniers temps, sous les noms de fièvre ataxique, adynamique, etc.? C'est le point qui tourmente le plus M. Broussais, la question à laquelle il revient sans cesse et qu'il n^examine guère qu'avec des raisonnements, au lieu de se livrer à une analyse sévère des faits que j'ai recueillis et d'en conclure rigoureusement pour ou contre les lois que j'ai exposées.

La preuve que l'altération spéciale des plaques elliptiques de Peyer que j'ai décrite , est réellement

le caractère anatomique d'une affection particulière, distincte de l'entérite proprement dite , c'est que, 1* quand cette entérite vient à se développer dans le cours d'une maladie aiguë non typhoïde, dont le siège primitif n'a pas été le canal intestinal, dans le cours d'une pneumonie, d'une afîection cérébrale quelconque, par exemple, et qne le sujet vient à succomber, on ne rencontre pas l'altération indiquée des plaques de Peyer , alors même que Ja diarrhée a été violente, et quel que soit le degré de la lésion de la muqueuse intestinale. Ainsi, un grand nombre de pneumoniquesqui succombèrent après une diarrhée de douze ou quinze joors, n'offraient pas l'altération qui nous occupe (L. 2 v., p. 25) ; 2° quelle que soil l'affection à laquelle un sujet âgé de cinquante ans et au-delà , succombe, jamais les plaques de Peyer ne présentent la lésion que j'ai décrite, alors même que les membranes muqueuses de l'intestin grêle et du colon offrent tous les caractères d'une violente inflammation. C'est-à-dire que l'altération des plaques de Peyer dont il s'agit, n'a lieu ni chez les individus qui ont dépassé cinquante ans, ni chez ceux qui n'ont pas atteint cet âge et qui succombent à une maladie aiguë dont le siège pf^imitif ïi était pas l'intestin; c'est-à-dire que cette lésion n'a lieu ni primitivement ni secondairement après cinquante ans, ni secondairement avant cette époque de la vie ;

AFFECTION TYPHOÏDE. jj!

c'est-à-dit'e qu'elle exige pour se développer, à l'inverse des autres lésions^ des circonstances très spéciales , qui ne se rencontrent plus après cinquante ans. Et comment dès lors ne pas faire de ces plaques altérées, comme je Fai dit, le caractère anatomique d'une affection distincte de toutes celles du cadre nosolog-ique? Il faut, ce me semble, renoncer à l'observation et à la logique, où admettre cette proposition.

Un autre fait qu'il importe encore de rappeler et qui prouve l'indépendance oii se trouve l'altération des plaques de Pever de celle de la membrane muqueuse environnante, c'est que celle-ci est quelquefois parfaitement saine autour de J)laques profondément altérées (L.obs. 8% i^% etc.); fait aussi embarrassant pour M. Broussais qu'un grand nombre d'autres, etquc,parcetteraisonsans doute , il déclare faux : car c'est, si je ne m'abuse , le sens de l'expression exagération calculée dont il se sert dans cette circonstance (44o).

A supposer maintenant qu'on ignorât quels symptômes correspondent à la lésion spéciale des plaques de Peyer , on pourrait avancer , sans crainte d'être démenti par l'expérience, qu'il suffira d'observer pour les trouver. Mais nous n'en sommes pas là , et mes observations suffiraient pour indiquer quels sont ces symptômes , pour montrer qu'ils ne ressemblent, par leur réu-

nion et par leur marche , à ceux d'aucune maladie , même du canal intestinal , dans laquelle l'altération indiquée n'existe pas.

L'affection la plus capable d'en imposer à des hommes peu attentifs ou peu expérimentés , c'est assurément l'entérite (i) , et c'est par cette raison que dans mes Recherches , j'ai cru devoir faire le parallèle de ces deux maladies ( L. 2,^ vol., 3i8 ). M. Broussais s'arrête à ce parallèle et il en cite textuellement une partie , celle qui est relative aux symptômes. Quant aux lésions , il les indique sous une forme qui lui appartient ; ce qui rend très nécessaire un éclaircissement sur ce point.

En effet , M. Broussais me fait dire relativement aux différences qui existent entre les lésions qui caractérisent l'affection typhoïde et Fentérite ; « que si les plaques sont affectées dans r entérite , elles lèsent moins profondément que dans le typhus^ et toujours avec la muqueuse dont elles partagent l'inflammation; tandis que celle-ci peut manquer dans le typhus, les plaques étant ramollies , ulcérées ou non ulcérées. Ainsi cette première différence, ajoute-t-il, n'est pas dans V absence et dans Xa. présence des plaques

(i) Je dois prévenir le lecteur que j'entends par entérite l'inflammation de l'un et de l'autre intestin , séparée ou réunie ; on en verra la raison plus tard.

AFFECTION TYPHOÏDE. qS

malades , mais dans le degré de leur altération ; or , une différence de degré n'a jamais été une différence de nature. (43g. ) Ces réflexions ne laissent aucun doute sur le sens de la citation ; et cependant , comment croire que M. Broussais ait voulu dire ce qu'il a dit , ou citer comme il l'a fait?

Tout-à-l'heure en effet, et le lecteur n'a pu l'oublier , M. Broussais me faisait dire le contraire , que les plaques peuvent être affectées dans la plupart des maladies aiguës., comme elles le sont dans le tvphus, c\u il Jaut seulement en excepter l'entérite ; ajoutant que si elle en offrait après la mort , on lui ferait perdre son nom pour lui imposer celui de typhus insidieux ou latent î (422). Certes , la contradiction est trop choquante pour qu'on puisse imaginer qu^elle soit volontaire; et d'un autre côté, on ne saurait l'attribuer à l'obscurité du texte examiné. Je me suis exprimé, en effet , dans le parallèle dont il s'agit, de la manière suivante. « Chez ceux-ci (les individus morts d'une maladie aiguë quelconque, compliquée d'entérite) les membranes muqueuses du colon et de l'intestin grêle étaient fréquemment altérées, ramollies, rouges ou pâles, épaissies ou non épaissies à divers degrés ; mais les plaques de Peyer étaient saines j ou avaient seulement partagé^ en partie , la lésion

de la muqueuse environnante , et n'offraient à.' altération spéciale dans aucun cas^ tandis que chez tous les sujets morts après avoir éprouvé les sjniplômes de l'affection typhoïde, les mêmes plaques étaient plus ou moins profondément altérées^ ramollies, épaissies . rouges ou bleuâtres, jilcérçes ou non ulcérées ; que chez plus.ieurs d'entre eux il n'y avait pas d'autre lésion du canal intestinal. (L.2^ v. Sig.)

Aucun rapport^ comme on voit , entre ce que j'ai dit et ce que m'a prêté M. Broussais. Dans l'entérite^ les plaques de Peyer partagent seule- ^)^Gwl quelquefois j^l eïi partie la lésion de la muj^ueuse environnante j c'est-à-dire que la portion de la membrane muqueuse qui en fait partie, sans être augmentée d'épaisseur , est quelquefois ramollie ( L. , i^r vol., p. 221.) Mais les plaques n'offrent ^altération spéciale dans aucun cas : c'est-à-dire l'aUération qui existe chez les sujets emportés par raffection typhoïde. Rien de plus clair, de plus positif assurément^ et le lecteur doit avoir , comme moi , beaucoup de peine à qualifier les erreurs continuelles de M. Broussais dans ses citations.

Ce médecin ajoute à la suite de ce qui précède^ comme seconde différence entre l'affection typhoïde et l'entériie, sous le rapport anatomique , ^ue je n'ai trouvé dans aucun cas d'entérite pro-

AFFECTION TYPHOÏDE. QS

prement dite^ certaines lésions secondaires , telles que les diverses ulcérations des membranes muqueuses, si fréquentes chez les malades emportés par l'affection typhoïde; citation exacte, à laquelle il fallait ajouter , pour être plus complet ; « qu'il y a donc réellement peu de maladies plus distinctes pour leur siège et leur nature que l'entérite et l'affection typhoïde ; qu'elles diffèrent davantage l'une de l'autre que le catarrhe pulmonaire de la pneumonie , la rougeole de la variole, puisque les lésions secondaires qui se développent dans le cours de ces maladies n'offrent que des différences de proportion, et qu'entre l'affee-^ tion typhoïde et l'entérite proprement dite , cette différence n'est pas la seule. (L. 2% voi.Sig. )

Mais qu'importent les faits ? Il faut que l'en" térite et l'affection typhoïde ne soient qu'une seule et même maladie à des degrés divers;» et si l'entérite ne s'accompagne pas des ulcérations indiquées, c'est, dit M. Broussais, qu'elle occasione moins de fièvre : si la fièvre y est moindre l'irritation des systèmes nerveux et sanguins y est moindre aussi, ne tend pas avec une égale puissance àla reproduction de l'inflammation des autres organes, la langue, le voile du palais, le pharynx, le larynx, etc (/+4o) '>• — Malheureusement pour cetteexplication, les maladies aiguës non typhoïdes les plus inflammatoires , celles qui sont accom-

gO EXAMEN.

pagnées du mouvement fébrile le plus considérable, ne donnent pas lieu aux ulcérations du pharjnx, de l'épiglotte et de l'œsopbage dont il s'agit (i*"' vol); et dans quelques cas d'affection typhoïde où le mouvement fébrile est fort peu considérable, ces ulcérations ont lieu (44» obs. 2' vol. 36^.)

La comparaison des symptômes de l'entérite et de l'affection typhoïde vient ensuite. » Quant aux symptômes, disais-je, qu^on les étudie chez les sujets qui succombent ou chez eux qui guérissent, la différence est toujours la même. Tandis que l'affection typhoïde débute par un mouvement rfébrile ordinairement intense , bientôt accompagné de la perte des forces , dans une proportion supérieure à celle des autres symptômes, de somnolence, de stupeur, de délire, d'éruption de taches roses lenticulaires, et très fréquemment de 5M<f«/w//2a,d'épistaxis,de bourdonnements d'oreilles, de dureté de l'ouïe, de mouvements spasmodi- -ques plus ou moins graves, et de météorisme ; le mouvement fébrile qui a lieu dans l'entérite est ordinairement léger , la perte des forces peu consitdérableou seulement proportionnée à l'abondance tdes évacuations alvines. La somnolence extrémeiment rare, en rapport avec la faiblesse, sans jamais têtre comparable à celle qui a lieu dans le cours dse l'affection typhoïde j les taches roses lenlica-

laires/les épistaxisn'j sont pas plus fréquentes que dans toute autre iiialadie aiguë : il n'y a ni stupeur, ni surdité, ni sudamina, ou du moins ceuxci sont très j'ares ; niméléorisme , ni escarrhe , ni délire ; et quand la terminaison de la maladie est favorable, la convalescence est très rapide, les moyens les plus simples y conduisent : tandis que dans l'atTection typhoïde , la convalescence , quel qu'ait été le traitement , est presque toujours si longue , que l'utilité des moyens dirigés contre cette maladie, jusqu'à ce jour , est un sujet dé doute pour d'excellents esprits. (44^-)

Parce que l'affection typhoïde ne débute pas constamment par un mouvement fébrile intense , il en résulte^ suivant M. Broussais, que ce début est fort loin d^être un caractère distinctif (443)> si vraiment ce début est un caractère distinctif , mais non un symptôme pathognomonique j et c'est pour cela que j'en ai indiqué bien d'autres. S'il s''agissait de faire ressortir les diff'érences qui existent entre le catarrhe pulmonaire et la pneumonie, on ne manquerait pas d'indiquer celle que présente le mouvement fébrile dans ces deux affectionSj à leur début et dans leur cours, encore que dans quelques cas il ne soit pas plus considérable dans la pneumonie que dans le catarrhe pulmonaire aigu. Comment donc pourrait-on se dispenser d'une comparaison semblable^ quand il

s'agit d'assigner les caractères différentiels de Fentérite et de l'affection typhoïde , dans lesquelles le degré de la fièvre est généralement si différent?

Les mêmes réflexions s'appliquent naturellementaux sudamina, aux épistaxis, qui peuvent bien avoir lieu dans le cou^s de l'entérite, mais dans une proportion infiniment moindre que dans l'affection typhoïde. Elles s'appliquent encore à la perte des forces et à la somnolence, toujours peu considérables dans l'entérite, à l'inverse de ce qui a lieu dans le cours de l'affection typhoïde.

Au sujet de la somnolence; « son assertion qu'elle est extrêmement rare dans l'entérite , dit M. Broussais, en rapport avec la faiblesse, sans jamais être comparable à celle qui a lieu dans le cours de l'affection typhoïde^ est donc d'une insigne fausseté » (443). — Le donc est placé ici parce que j'ai cité un cas d'affection typhoïde latente où il n'y avait pas de somnolence- Mais je n'ai pu comparer les cas d'entérite avec somnolence , qu'aux cas d'affection typhoïde où ce symptôme existait; et c'est à ces cas, et même aux plus graves d'entre eux évidemment , que se rapporte le mot jamais. Il faut être bien familiarisé avecl'inj ure pour la prodiguer aussi légèrement.

Si les lâches lenticulaires , les épislaxis, sont communes à beaucoup de maladies aiguës, pour-

AirrECTioN typhoïde. gg

quoi ., dit M. Broussais , leur donner un rang si distingué parmi les signes du typhus (444)? Pourquoi? Tout simplement parce qu'un symptôme observé quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent^ dans une maladie, a nécessairement une bien autre valeur dans cette maladie , comme signe diagnostic , que dans une autre où on ne le rencontre que cinq à six fc^is sur cent , par exemple.

On a vu, dans le parallèle cité plus haut , que la durée de la convalescence établissait encore entre l'entérile et raffection typhoïde une remarquable différence; la convalescence étant rapide dans l'entérite et presque toujours longue dans l'afFection typhoïde. « Cette assertion est trop générale et fort trompeuse , dit M. Broussais ; et il est si faux , continue-t-il, que la convaiescencesoitnécessairemenf rapide dans l'entérite , que cette maladie tend le plus souvent à l'état chronique , et que même il est très difficile de l'en empêcher , car cette forme lui est très familière. Eh! que sont donc, les carreaux, affections des plus chroniques^ si fréquentes chez les enfants, sinon de véritables entérites «t des hypochondries, etc. ?(444)-

M. Broussais féconde tout ce qu'il touche. J'ai dit que la convalescence de rentérite est très rapide, el il me fait dire nécessairement rapide; il ajoute que loin de se terminer si vile ordinairement, l'enléiite a une grande tendance à la chro-

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nicité , cfiie même cette forme lui est familière* M. Broussais se trompe, ou du moins il confond l'entérite qui se développe chez des sujets actuellement bien portants, la seule dont j'ai parlé, je Tai dit positivement ( L. 2^^ v., 5 18) , et l'entérite qui a lieu chez des sujets placés dans des circonstances différentes. La première a ordinairement une marche rapide , une terminaison presque toujours heureuse, comme on l'observe, dans les mêmes circonstances, pour la gastrite, la pleurésie , la péricardile, que je n'ai pas encore vues se terminer d'une manière lâcheuse, quand elles se sont développées chez des individus bien portants. Mais il n'en est pas de même quand ces maladies attaquent des personnes déjà malades ou très affaiblies par des circonstances antérieures ; alors en effet, non-seulement leur marche peut être très lente, mais leur erminaison est souvent funeste. Et c'est pour ne pas avoir fait cette importante distinction , que les ouvrages des pathologistes'contiennent, pour la plupart, beaucoup d'erreurs, op offrent beaucoup de vague relativement au pronostic des maladies aiguës. Or l'entérite des enfants atteints de carreau est du nombre de celles qui s'étant développées chez des individus déjà malades, a presque nécessairement une marche très lente et unetemiaaison funeste ; car ces individus sont presque tous tuberculeux.

C'est d'ailleurs ici le cas de faire remarquer, au sujet de l'entérite, que mes propositions sont plus larges que celles de M. Broussais. Car pour moi le mot entérite comprend à la fois l'inflammation de la membrane muqueuse de l'intestin grêle et celle du colon, séparées ou réunies j par la raison toute simple que je neconnaispasdesignesàl'aidedesquels on puisse les distinguer d'une manière sûreetsavoir quand elles sont isolées ou réunies. Je sais bien que M. Broussais croit les connaître, qu'il les iudique dans ses propositions de médecine ; mais ces propositions, comme toutes celles qui ne découlent pas rigoureusement défaits nombreux, exacts, rigoureusement analysés , ces propositions , je l'avoue, sont pour moi comme non avenues, ou du moins elles ne m'ofiPrent qu'un intérêt de curiosité. Quand M. Broussais aura montré clairement, c'est-à-dire au moyen d'un nombre de faits suffisants et par le rapprochement des symptômes et des lésions, qu'il est possible de distinguer, pendant la vie , l'inflammation de la membrane muqueuse de l'intestin grêle de celle du gros intestin; de savoir quand elles sont isolées ou réunies ; alors j'accepterai la distinction qu'il a admise,- mais jusques là, et qu'il n'oublie pas qu'il me faut des faits et non des raisonnements à perte de vue, jusques là je regarderai cette distinction comme toul-à-fait chimérique.

M. Broussais se demande encore , relativement à la longueur de la convalescence de l'affectiofi typhoïde^ si je connais bien les effets du traitement physiologique. Je pourrais lui répondre que j'en connais de très graves; mais j'aime mieux lui faire remarquer que lui-même ignore les effets de ce traitement dans l'affection typhoïde , puisque toute sa critique tend à prouver qu'il n'est pas possible de distinguer cette maladie de l'entée rite proprement dite, et que n'ayant pu faire cette distinction , il n'a pu davantage reconnaître les effets du traitement antiphlogistique , je veux dire physiologique , dans l'entérite et dans l'affection typhoïde.

« Qu'est-ce au surplus, s'écrie -t-il , en terminant ce qui a, trait à la convalescence , qu'est-ce qu'un caractère qui ne se tire que de la terminaison d'une maladie? Faudra-t-il donc pour savoir si l'on a traité un typhus, attendre que le malade soit mort ou guéri ? Nous avions déjà frappé cette manière de diagnostiquer du ridicule qui lui est bien acquis, etc ». (44^)

Quel ridicule , en effets dans l'étude comparée de deux maladies , de tenir compte de leurs symptômes , de leur fréquence relative, de leur intensité, de leur durée, de celle de la convalescence ; de croire ne les bien connaître qu'après çn avoir étudié toutes les parties ? Tant de soins

AFFliCTION T-ïl'HOlDi;;. lOj

lie peuvent être le partage que des esprits étroits, qui n'osent secouer le joug de l'observation, et se font esclaves des faits. Mais les hommes de génie savent s'affranchir de ces entraves ; rien ne les gêne, si ce n'est peut-être ces hommes vulgaires qui sans s'inquiéter de ce que diront les faits, les observent avec soin, et en tirent des conséquences rigoureuses qui ruinent de fond en comble les rêves de l'imagination.

Quant à la question de savoir s'il est nécessaire d'attendre la mort ou la convalescence d'un malade pour être sûr qu'il a un typhus , j'ai montré assez clairement , ce me semble, au sujet du diagnostic de l'affection typhoïde, ce qu'il fallut en penser ; et je vais mettre sous les yeux du lecteur un tableau qui suffirait pour lui prouver que le diagnostic dont il s'agit est assez sûr. Ce tableau est l'analyse pure et simple de dix-sept cas d'affection typhoïde , et de vingt - trois cas d'entérite terminés par le retour à la santé , recueillis dans le cours de mes conférences cliniques, dans les quatre dernières années ; et il a fait la base de l'un des résumés que j'ai faits l'année dernière à la Pitié.

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