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Quoi ! une Liturgie publiée par l’Evèque d’un grand Diocèse , adoptée bientôt après , par quatrevingt ou cent autres Evôques, est l’ouvrage d’un homme isolé, et une œuvre humaine I mais il s’ensuivrait que jusqu’à la Bulle de Pie V, les Liturgies de toutes les Eglises catholiques , de l’Orient et de l’Occident, n’ont été que des oeuvres humaines.
Posons ici un principe certain; c’estqu’une Liturgie publiée par un Evêque dans son Diocèse, ne tire son autorité , ni des Prêtres ni même des laïques qui l’ont rédigée, ni de ceux qu’il a chargés de l’examiner , ni des auteurs à qui on a emprunté des proses , des hymnes ; mais uniquement de l’Evêque qui la publie en son nom, et qui en prescrit l’usage dans son Diocèse. Si d’autres Evêques l’adoptent, leur autorité ajoute à l’autorité de celui qui l’a publiée le premier. Plus ils sont nombreux, plus la Liturgie adoptée acquiert d’autorité.
Si elle est longtemps en usage, ce long usage la consacre en quelque sorte, et ne permet plus, surtout à un simple Prêtre, füt-il Abbé crossé et mitré, de déclamer contre elle sans mesure, sans respect , sans réserve.
La Liturgie Parisienne a été publiée par l’Archevêque Charles de Vintiinille ; on ne peut pas douter qu’il ne l’ait fait examiner par des Prêtres qui avaient sa confiance ; il était ennemi des
Jansénistes. On ne gagnerait rien à dire qu’il a eu recours , pour la rédaction , à des hommes au moins d'une foi suspecte, ou, si vous voulez, connus pour Jansénistes. L'Abbé de Solesmes a répondu lui-même d’avance à cette objection , en disant, que les Evêques de France employaient quelquefois des hommes entachés d’erreur ; mais qu’ils savaient bien les contenir (i). Il n’en est pas moins vrai que cette circonstance a dû provoquer dans le temps la plus terrible opposition contre les nouveaux livres liturgiques ; ils ont en effet éprouvé, dès les premiers moments , les attaques les plus violentes , que Dom Guéranger renouvelle aujourd’hui après plus d’un siècle. Charles de Vintimille eut quelques égards aux observations qui lui furent faites; delà, les cartons que l’Abbé de Solesmes appelle sans cesse à son secours. Nous verrons bientôt qu’ils ne prouvent nullement ce qu’ib veut prouver.
Malgré toutes les tempêtes qui- s’élevèrent • contre la nouvelle Liturgie, et qui durent fixer; Fattention de l’épiscopat, trente ans ne s’étaientpas écoulés , qu’elle fut adoptée par les trois quarts des Evêques de France. Leurs successeurs, pendant plus d’un siècle, l’ont sanction-*, pée, en en prescrivant l’usage au clergé de leur
(i) Instit. lit. (om. a.
Diocèse, et ce clergé, en s’y soumettant. De quef poids peuvent être aujourd’hui les cris de l’Abbé de Solesmes , qui se fait l’écho de ceux qni furent poussés autrefois? -
Que signifie encore cette étrange assertion : La Bible morcelée par une volonté individuelle cesse dt être la Bible? La bible morcelée! Est-ce qu’on peut citer la Bible sans la morceler? Faut-il la rapporter tout entière, toutes les fois qu’on la cite? La seule chose qu’on puisse exiger, c’est qu’on la cite à propos et fidèlement.
Morcelée par une volonté individuelle. Dom Guéranger blesse encore ici les droits de l’épiscopat. Les Evêques sont envoyés pour enseigner aux peuples (i) les vérités révélées, par conséquent ils ont le droit d’annoncer et d’expliquer les oracles de la sainte Ecriture, et leur enseignement n’est pas un enseignement individuel , humain ; mais un enseignement consacré par la mission que le Fils de Dieu leur a donnée, quand il leur a dit, parlant à ses Apôtres : Enseignez toutes les nations. Ils sont les dépositaires de la sainte Ecriture, de la tradition, non pas des livres de la sainte Ecriture pris matériellement, mais des vérités qui y sont contenues. C’est de ce dépôt que saint Paul veut parler quand il dit à Timothée : Gardez le dépôt : O Timothee,
(i) Mattb. xxviii, ig.
deposüum custodi (t). Ils doivent le garder comme des sentinelles vigilantes que Dieu , suivant la prédiction du Prophète Isaïe, citée par l)om Guéranger, a établies sur les murs de Jérusalem, et qui ne se tairont ni le jour ni la nuit ( 2 ).
Ce n’est qu’autant qu’il a reçu la mission de l'Evêque, qu’un simple Prêtre peut annoncer la parole de Dieu. Maisquand il l’a reçue, il explique cette parole sainte avec autorité, pour instruire, pour reprendre j pour corriger; il l'emploie quelquefois, et assez souvent, dans uh sens accommodatif , sans que jamais personne l’ait trouvé mauvais.
Mais si un simple Prêtre, parce qu’il a reçu la mission de l'Evêque, peut employer la sainte Ecriture dans ce sens, comment l’Evêque ne le pourrait-il pas? Non, dit l’Abbc de Solcsmes; et se perdant dans ses raisonnements, il finit par conclure que l’Eglise Romaine , et par conséquent universelle, seule le peut (3). 11 ne voit pas que, daps son système, il n’aurait jamais pu y avoir de Liturgie particulière avec des messes et des offices des Saints, autres que ceux que l’on connaît par la sainte Ecriture; parce qu’il est impossible de donner à ces messes et à ces ollices des introïts, des graduels, des capitules, des antiennes tirés de la Bible, daus un autre sens que le sens accommodatif.
(1) I. Tira, vi, 20. ( 3 ) Ibid. p. 12, dern. §.
(2) Lettre , p. 16, § 2.
Quelle étrange erreur n’est donc pas celle de notre écrivain qui prétend qu’un Evêque ne peut pas prendre les textes de la Bible dans un sens accommodatif ; bien plus, que quand un Evêque particulier la cite, elle cesse d'être la Bible pour devenir l’oeuvre de l’homme (i) !
Et qui ne se récriera contre la fausseté de cette assertion, que dans la Liturgie de Charles de Yinlimille, on a fait de la Bible un gâchis téméraire ?
Tout n’est pas là ce que l’on fait dire à la Bible, dit l’Abbé de Solesmes, est aussi éloigné de son vrai sens que t affirmation l'est de la négation (2). Quelle multitude infinie d'erreurs n’y-a-til donc pas dans une pareille Liturgie, où chaque texte sacré offre le contradictoire de son sens véritable !
La vérité est, au contraire, que parmi les beautés que l’on a toujours reconnues au Missel et au Bréviaire Parisiens, on meten première ligne le bel emploi qu’on y fait de la sainte Ecriture, et les heureux rapprochements qu’on y établit entre l’ancien et le nouveau Testament.
On peut en donner pour exemple l’Ofîice de la très-sainte Trinité, dans lequel les antiennes, les capitules, les versets, les répons, tous tirés de l’Ecriture, sont parfaitement appliqués au mystère
(i)Leltre, p. n,§ i,i. r Mign. (a) P. 12, § 1.
du jour. Dans un très-grand nombre d’antiennes, quoique assez courtes , les trois Personnes divines sont nommées ou indiquées, ainsique dans les répons des leçons, où, de plus, l’ancien Testament est admirablement rapprochédu nouveau. On peut faire la môme remarque sur les autres Offices qui ont rapport aux Mystères.
Cependant l’accusation la plus grave portée contre la Liturgie Parisienne , c’est celle d’ètre hétérodoxe. Heureusement, la preuve que Dom Guéranger en donne établit plutôt le contraire. Il la tire des fameux cartons, mis à l’édition de 1736. «On ne prouvera jamais, dit-il, que le » Bréviaire Parisien de 1736 fût exempt de repro- » che sous le rapport de l’orthodoxie, tant qu’on » se rappellera les nombreux cartons qu’il lui » fallut subir dès la première année de sa publi- » cation (1). »
Mais si le Bréviaire Parisien a subi de nombreux cartons, on y a donc fait de nombreuses corrections. Si l’on y a fait de nombreuses corrections sous un prélat très-opposé au jansénisme , ce Bréviaire, tel que Charles de Vintimille l’adonné, doit être bien corrigé sous le rapport des erreurs jansénistes. Il est donc très-orthodoxe, car il ne s’agit que de ces erreurs. Mais, dira Dom Guéranger , il ne l’était pas. Mais il l’est donc aujourd’hui.
(1) Lettre, p. i3 2.
, • Autre observation. Si les nombreux: cartons quelle Bréviaire de 1736 a subis, ont eu pour objet des assertions hétérodoxes, on auiait dû nous dire quelles étaient ces assertions. On n’en rapporte aucune; il n’y en a pas môme dans les articles qui ont, été corrigés.
N’cst-cc pas encore une chose digne de remar* que que Doin Guéranger nous dise ailleurs que ces corrections (nombreuses), faites à l’aide des cartons, ne furent pas très-nombreuses. On ne fit que de légers changements ; la correction la plus remarquable fut la suppression de ï Ave maris Stella , arrangé par Coffin , et le rétablissement de cette hymne dans son ancienne forme (1). Si cette correction fut la plus remarquable, l’erreur qu’on y avait introduite dut être la plus grave : comment se fait-il que Dom Guéranger ne la relève pas? il n’v voit que de mauvaises intentions.
Je n’ai point parle d’une autre accusation qui revient souvent sous la plume de Dom Guéranger, c’est que la Liturgie Parisienne a été établie sur la destruction en masse des formes antiques ; que cest un ensemble tout nouveau à l’ œuvre des siècles. Examinons ceci, et commençons par le Missel.
Les prières qui accompagnent le saint Sacrifice, et que nous appelons la Messe, étaient, dans le principe, ce qu’on appelait proprement la Li-
(î)Instit. Ht. tom. a, p. 349, § *•
turgie; la partie essentielle de la Messe, c’est le Canon. Or, dans le Missel Parisien, le Canon est mot à mot absolument le même que celui du Missel Romain.
L’Ordinaire de la Messe , qui consiste dans les prières qu’on récite tous les jours au saint Sacrifice, sont encore absolument les mêmes.
Le rit extérieur ne diffère pas davantage.
Il faut en dire autant des autres prières, quant à la forme, et souvent quant à la teneur. C'est partout un introït, le Gloria in excelsis , l’cpître , l’évangile, le Symbole de Nicée, l’offertoire, la préface, le Pater , les trois oraisons qui précèdent la communion, la communion, la postcommunion. Comment oser dire après cela que la nouvelle Liturgie est la destruction en masse des formes antiques , un ensemble tout nouveau à l’œuvre des siècles ?
Seulement les prières autres que le canon et l’Ordinaire de la Messe, telles que l’introït, le graduel, l’offertoire, qui tiennent moins à l'action du Sacrifice et qui varient chaque jour, sont souvent différentes dans les deux Missels. Cependant ou a conservé dans le Parisien toutes les préfaces du Romain, au nombre de onze; on en a ajouté quelques-unes. Elles sont toutes très-belles et dignes de l’Eglise catholique rendant à Dieu ses adorations et ses actions de grâces. Dom Guéranger ne peut s’empêcher de reconnaître la
beauté de celle des Morts; il dit qu’elle est d’une source antique. Il ne trouve rien à blâmer dans celle de la Toussaint , quoiqu’elle soit d’une composition moderne et qu’il l’attribue à un auteur suspect ; elle est très-belle. On peut facilement voir toutes ces préfaces dans le Missel Parisien. Je ne rapporterai ici que celle de la Dédicace; par celle-là on peut juger des autres.
Verè dignum et justum est æteme Deus; qui hanc
orationis doinum qœam ædificavimus ,' bonorum omnium largitor inhabitas , et eeclesiam quam ipsc fundasti , incessabili operatione sanctificas. Hæc est cnim verè domus oralionis, visibilibus ædificiis adumbrata; templum habitationis gloriæ tuæ, sedes incommutabilis veritatis, sanctuarium æternæ caritatis. Hæc est area , quæ nos à mundi ereptos diluvio , in portum salutis inducit. Hæc est dilecta et unica sponsa , quam acquisivit C.hristus sanguine suo : cujus in sinu , renali per gratiam tuam , lacté verbi pascimur , pane vitæ roboramur , miser icordiæ tuæ subsidiis confovemur. Hæc fideliter in terris, sponso adjuvante , militât, et perenniter in cœlis, ipso coronante, triumphat.
On a conservé encore toutes les proses du Bréviaire Romain, les mêmes épîtres et évangiles, à peu d’exceptions près , presque toutes les collectes , secrètes et poslcommunions, et plusieurs messes entières du Propre du temps. Tout ce qui a été changé, a été, généralement parlant , changé en mieux.
Quel introït mieux adapté à la fête solennelle de saint Pierre que celui-ci :
Tu es Petrus, et super hanc petram ædificabo ecclesiam meam; et portæ inferi non prævalebunt adversùs eam : et tibi dabo claves regni cœlorum. Matlh. 16. Ps. 18. Cœli enarrant gloriam Dei ; et opéra manuum ejus annuntiat firmamentum.
Celui-là n’est pas dans le sens accommodatif , mais dans le sens le plus littéral.
L’introït de la Commémoraison de saint Paul également :
Bonum certamen certavi , cursum consummavi , (idem servavi : in rcliquo rcposita est mihi corona justitiæ , quam reddet mihi Dominus in ilia die justus judex. 2. Tint. 4. Ps. 138. Domine, probasli me , et cognovisti me : tu cognovisti sessionem meam , et resurrectioncm meam.
Celui de la conversion du môme Apôtre est dans le sens accommodatif; il n’en est pas moins très-beau.
Intonuit de cœlo Dominus , et Altissimus dédit vocem suam misit de summo et accepit me ; proptereà confitebor tibi in nalionibus, Domine. Ps. 17. Diligam te, Domine, fortitudo mea : Dominas firmamentum meum , et refugiun» meum , et liberator meus.
A ce que j’ai dit, que ce qui avait été changé, l’avait été en mieux, Dom Guéranger répondra ce qu’il répète souvent, et qui n’en est pas pour cela mieux fondé : Vous prétendez donc faire la
leçon h l’Eglise Romaine, mère et maîtresse de toutes les Eglises? Non, assurément. Mais, est-il étonnant que l’on ait trouvé quelque amélioration à faire à un Missel qui était lu et relu depuis plus de cent ans? Celui qui rédige un ouvrage a bien plus de mérite que celui qui le rend plus parfait. On peut dire encore que les correcteurs de l’ancien Bréviaire Romain, en rédigeant celui de Pic V, ont apparemment plus visé à la simplicité qn’à l’élévation du style, à la pureté de la doctrine qu’à la sublimité des pensées; or c’est ici plutôt un éloge qu’une leçon donnée. Enfin , puisque l’ancien Missel Romain a pu avoir besoin de correction, pourquoi le Missel de S. Pie V n’aurait-il pas pu être rendu plus parfait sans faire la leçon à l’Eglise Romaine?
Il n’y a guère plus de changements dans la forme du Bréviaire que dans celle du Missel; la première différence qu’on peut y remarquer, est dans la distribution des psaumes.
Dans le Bréviaire Romain, le Dimanche on a dix-huit psaumes à dire à Matines, dont un est assez long pour être divisé en trois. Laudes en a sept; Prime, quatre. Dans le reste de la semaine, si l’on fait l’Office de la férié ou d’une fête simple, on a douze psaumes à Matines; ces psaumes ne sont jamais divisés. Le jeudi, dans les douze se trouve leC8. c , Domine., salvum me fac, qui, dans le Bréviaire Parisien, en fait trois; le 70.*, In te
Domine, speravi ; le 71.% Doits, judicium Régi da ; le 72.% Quàm bonus Israël Deus; le 73.' Ut quid Deus ; le 79.® Qui regis Israël , intende , dont chacun en fait deux dan9 le Parisien; et enfin, le 77- e Attendite, qui en fait six (1).
Telle est donc la différence actuelle des deux Bréviaires, quant à la forme. Du reste, mêmes Heures: Matines, Laudes, Prime, etc. L'Office de Matines, après l’Oraison dominicale, la Salutation angélique et le Credo , commence par le
(1) C’est cetle disproportion dans la longueur des Offices, qui a déterminé M.s r l'Evêque de Gap , après avoir repris l’usage du Bréviaire Romain pour son Diocèse, à demander la faculté, i.° de remplacer l'Office de la férié , le jeudi, par celui du saint Sacrement ; celui de sancta Maria in Sabbato , ofi l’on dit, les jours de férié, le cantique Audite, cæli , quæ loquor , qui est très-long , par celui de l’immaculée Conception ; 2. 0 à dispenser d’une partie de l’Oflicc les Prêtres occupés au salut des âmes.
L’induit est du 5 mars de l’année dernière. Mais n'est -ce pas là établir une nouvelle différence entre le Bréviaire pur Romain et le Romain Français ?
Ici je m’attends à ce que Dom Guéranger m’accuse au moins d’audace, et peut-être de révolte contre le Saint- Siège : je ne m’en effraie pas.
Ma conscience me rend fortement témoignage de ma soumission parfaite au successeur de Pierre. Je ne connais pas et je respecte les motifs de la concession faite à M.B r l’Evêque de Gap ; mais je suis convaincu que le grand Pape qui gouverne , dans ces moments si difficiles , l’Eglise catholique , ne trouvera pas mauvais qu’un Evêque se permette cette observation. Sa Sainteté n’y verra, j’en suis sûr , ni révolte , ni audace.
Sa Sainteté compte pour quelque chose l’avis des Evêques dans le gouvernement de l’Eglise.
même psaume, Venite, eæuUemus Domino ; suit l’hymne, puis les psaumes, etc. ; aux petites Heures, l’hymne, les psaumes, le capitule, etc.; à Vêpres , les psaumes , le capitule , etc.; à Complics, dans le Romain, on commence par une leçon brève, qui n’est pas dans le Parisien ; viennent ensuite les psaumes, l’antienne, l’hymne, le capitule, etc. En vérité, on ne pouvait guère conserver une plus grande ressemblance dans la forme. La nouvelle Liturgie n’a donc pas été, quant au Bréviaire, non plus que dans le Missel, la destruction en masse des formes antiques.
Mais, dira Dom Guéranger, tout est changé dans le fond. Qu’ est-ce qui fait le fond d’un Bréviaire, sinon les psaumes? or ils ne peuvent pas êtrechangés; leur distribution seule est différente.
Si les hymnes sont changées, il est impossible de disconvenir qu’elles le sont en mieux. Urbain VÏIÏ avait désiré qu’elles fussent corrigées. Tout en les conservant dans le Romain, on y a cependant fait des corrections. Que l’on compare, avec impartialité, les hymnes du Romain, même corrigées, avec celles du Parisien, et l’on ne pourra manquer de donner la préférence à ces dernières. Du reste , il y en a qu’on n’a pas changées du tout.
C’est apparemment aux hymnes qu’il faut appliquer le reproche à f inharmoniques , que Dom Guéranger fait aux prières de la nouvelle Li-
turgie (i); car aussitôt après il se félicite de ce qu’on a conservé les hymnes de l’Avent et du Carême. On peut lui assurer que les autres hymnes du Parisien ne sont pas moins mélodieuses.
Quant à leur beauté, quoique l’on n’ait qu’à ouvrir un Bréviaire Parisien pour s’en assurer, j’en rapporterai ici quelques-unes ; celle, par exemple, de Complies pendant le Carême, dont le chant est si grave et si beau :
O splendor æterni Patris,
Tu, Christc, qui verus dies,
Et vcra lux de lumine.
Mentis fugas caliginem :
En solis abscessit jubar,
Noctisquc succedunt vices :
Qui prosperum donas diem ,
Da tuta noctis otia.
Si clausa torpent Iumina ,
Suspiret ad te mens vigil :
Potente , qui te diligunt ,
Servos tuere dexterâ.
Tu, quos molesti corporis Gravis retardât sarcina ,
Fac mentis alis libero Sursùm volatu tendere.
O spes salutis unica,
Votis adesto supplicum
(i) Lettre, p. 24, § 5 .
Défende quos mercatus es Mcrccde fusi sanguinis.
Præsla , beata Trinitas;
Concédé, simplex llnitas,
Ut fructuosa sint tuis Jejuniorum munera.
Amen.
Et celle de Vêpres au temps pascal :
Forti tegente brachio,
Evasimus rubrum mare ,
Tandemquc durum perfidi Jugum tyranni fregimus.
Nunc ergo lælas vindici Grates rependamus Deo ;
Agnique mensam candidis Cingamus ornati stolis.
Hujus sacra to corporc ,
Amoris igné fervidi ,
Vescamur atque sanguine :
Vcscendo, vivimus Deo.
Jam I’ascba nostrum Chris tus est.
Hic agnus, hæc est viclima,
Cruore cujus illitos Transmiltit ultor Angélus.
0 digna cœlo viclima ,
Mors ipsa per quam vincitur ,
Per quain refractis inferi Prædam relaxant poslibus.
Christus sepulcri faucibus Emersus ad lueem redit j Hoslcm retrudit larlaro,
Cœlique pandit intima.
Da , Christe , nos lëcum mori ;
Tecum simul da surgcrc .
' Terrcna da conlemnerc;
Amarc da cœlestia.
Sit laus Patri ; laus Filio,
Qui nos, triumphalA noce.
Ad astra secuin dux vocat :
Compar tibi laus, Spiritus.
Amen.
J’ai entendu quelquefois chanter cette hymne par tout le peuple, dans des Eglises de la campagne, pendant mes visites pastorales; le chant relevait, singulièrement la beauté des pensées qu’elle renferme.
Je ne peux m’empêcher de citer encore l’hymne de Laudes du Commun des Abbés :
O pulchras acics , caslraque fortia ,
Quæ spes, una fides, unus arnor régit I Omnes lege sub una ,
Uno sub duce militant.
Heu ! quanlis rapiunt astra laboribus 1 Puisant perpetuis questibus æthera,
Per jejunia longa Vires corporis alterunt.
Votis unanimes , vi quoque fletuum Instant, et socias ingeminant preces,
* Et concordibus armis
Vim cœlo simul inferunt.
Hæc vis grata Deo : sic amat optimus Vinci per lacrymas , per gemitus , Pater :
Sic duris rescratur Cœlum conditionibus.
Fervent quandô die cuncta tumultibus ,
Altum turba silet : cætera dum tacent ,
Hi per nantica rumpunt Noctis longa silentia.
Exercet vigiles continuus labor j Incumbunt operi non résides manus ;
Tellus culta colonis Victum suppeditat suis.
Quin regina suî mens quoque subditur, Rectorisque studet nutibus obsequi :
Nil servat sibi juris ,
Capto liberior jugo.
Patri maxima laus, maxima Filio,
Amborumque sacro maxima Flamini ,
Quo deserta petivit Quondàm ductus homo Deus.
Amen.
Dom Guéranger ne craindra pas de contester la beauté de ces hymnes, lui qui a nié deux autres avantages incontestables du Bréviaire Parisien, celui d’offrir une distribution plus égale des psaumes, et de faire réciter ainsi aux Ecclésiastiques tout le Psautier, chaque semaine; et celui de leur faire lire tous les jours, à Prime, un canon tiré des Conciles, ou des Décrétales des Papes ou
des saints Pères, ce qui fait 36o canons qu’ils relisent chaque année. Il a répondu au premier article que nous n’en connaissions pas mieux les psaumes; et au second, que nous n’en étions pas plus savants dans le droit canonique (i).
On a déjà vu qu’il craint peu de se contredire lorsqu’il en a besoin pour défendre sa cause : en voici un nouvel exemple. Dans ses Institutions, pour répondre à ceux qui font un mérite aux rédacteurs du Bréviaire de Paris d’y avoir rapporté les textes des saints Pères qui confirment les dogmes attaqués par les hérétiques : «Etrange » préoccupation, a-t-il dit, de considérer le Bré- » viaire comme un arsenal de controverse (a) !» Dans sa Lettre, c’est le contraire : «Les livres » (liturgiques) doivent être l’arsenal ( de la doc- » trine) (3). »
Mais venons directement à la question, s’il serait utile que le Saint-Siège enlevât la Liturgie de Paris aux Eglises qui en sont en possession depuis plus d’un siècle.
Je commence par demander, et je crois en avoir le droit, après tout ce qui a été dit, que l’on no s’arrête en aucune manière aux déclamations sophistiques et contradictoires de l’auteur que je réfute, lequel se montre constamment l’ennemi
(i) Déf. p. ni , not. i. (3) Lettre , p i3i , avant-
(?) Instit. lit. ton». 2, p. 85, dernière ligne.
déclaré de l'Eglise de France. Cela posé, je dis : Si la Liturgie particulière adoptée dans le plus grand nombre des Eglises de France ne renferme rien de contraire à la foi, et si les Evêques ne demandent pas mieux que de corriger tout ce que le Saint-Siège leur indiquerait comme méritant correction; si les auteurs qui Font rédigée, ont profité des observations qui avaient été faites, à Home même, sur les imperfections du Bréviaire et du Missel Romains ; si non-seulement le Canon, mais encore les prières appelées l’Ordinaire de la Messe, ont été conservés absolument intacts; si les autres prières qui tiennent moins au Sacrifice ont gardé la même forme, et que même il en ait été conservé une grande partie; si les rites extérieurs sont parfaitement les mêmes; si ce Missel et ce Bréviaire particuliers sont généralement reconnus comme très-beaux ; s'ils sont très-instructifs sous le rapport du dogme et de la discipline; ajoutons: si, comme le sage et saint Pontife qui est assis aujourd’hui sur la chaire de Pierre le reconnaît dans son bref à Mgr. l’Archevêque de Reims, on s'expose à de graves dissensions , en voulant déraciner une coutume implantée depuis un temps déjà long; enfin, si bien d’autres Eglises catholiques possèdent une Liturgie qui leur est propre, et qu’il y ait évidemment impossibilité d’établir cette unité et cette universalité de Liturgie dont on fait tant de bruit; je le demande, pourquoi
voudrait-on contrister l’Eglise de France, en lui -enlevant ses livres liturgiques, dont elle est en possession depuis si longtemps ?
Cette Eglise, qu’on attaque aujourd’hui avec tant de violence et d’injustice, n’a-t-elle pas . donné, dans toutes les circonstances difficiles, des preuves de son attachement à la foi et de son dévouement au Saint-Siège? n’a-t-elle pas combattu avec assez de courage tous les ennemis de la Religion? n’a-t-elle pas, il y a cinquante ans, enfanté à l'Eglise assez d’illustres confesseurs et de glorieux martyrs?
Aura-t-elle plus d’énergie, plus de courage, plus de dignité, après qu’on l’aura affligée, humiliée, en proscrivant ses livres liturgiques, et que l’on aura ainsi autorisé les accusations d’audace, de révolte, d’ignorance, d’incapacité pour tout bien, qu’un esprit égaré aura semées contre elle à pleines mains dans ses volumineux ouvrages ?
J’ajoute une dernière considération qui m’est suggérée uniquement par mon attachement filial à l’Eglise Romaine. Rome s’est toujours distinguée par la protection qu’elle a accordée à tout ce qui est bon , à tout ce qui est beau, môme dans les arts humains; je ne voudrais pas que l’on pût • dire un jour : l’Eglise de France avait jadis une Liturgie remarquable par sa beauté; Rome la lui • a enlevée.
Néanmoins je terminerai tout ceci par la meme
déclaration que j’ai mise en tête de ma première brochure , déclaration que j’aime et dont je ne me départirai jamais, savoir, <\xx' enfant docile de l'Eglise Romaine r inébranlablement attaché à sa fai , je condamne , rejette et rétracte tout ce qu'il pourrait y avoir dans cet écrit de contraire à son enseignement. J’applique particulièrement cette déclaration à ce que j’ai dit sur la matière si délicate de la grâce.