Examen de la doctrine de Kant
Dans les dernières années du xviii' siècle, après les éclatants travaux des Encyclopédistes, et lorsque la philosophie sensualiste régnait presque universellement sur les intelligences, une voix puissante s'est élevée du fond (le l'Allemagne pour appeler la science philosophique il des destinées nouvelles. Les doctrines matérialistes se produisaient alors sous une forme tout aussi dogmatique, tout aussi ahsolue que les systèmes spiritualïstcs auxquels on voulait les substituer. Kant, frappé du caractère exclusif de ces affirmations contradictoires, a entrepris la grande tâche de soustraire l'esprit huniaii. ■A cette tyrannie dogmatique, et de fonder la philosophie sur la critique approfondie des facultés de notre entendement. Il voulait déterminer ainsi les limites que l'essor de notre pensée ne dépasse point sans tomber dans d'inévitables erreurs. La sincérité de son langue,
ir AYAWT-PROPOS.
la noblesse de ses aspirations, la sévérité de sa méthode, donnèrent à ses travaux une grande autorité, et son œuvre fut généralement considérée comme une véritable revanche de la liberté philosophique et du spiritualisme sur le dogmatisme superficiel dont on ressentait l'insuffisance et le vide.
Pendant que de nombreuses écoles philosophiques venaient se rattacher au Kantisme comme à leur tronc commun, ses contradicteurs eux-mêmes acceptèrent quelques-unes des principales propositions de cette doctrine, qui s'introduisirent ainsi dans l'enseignement philosophique comme autant d'incontestables vérités.
Cependant les principes et les conséquences de l'enseignement du philosophe de Kœnigsberg n'ont pas été soumis à un rigoureux examen. Parmi les causes qui en ont empêché l'exacte critique, il faut mettre au premier rang l'extrême obscurité de l'exposition doctrinale, ainsi que les complications d'une dialectique subtile couvrant d'une apparence scientifique les détours de l'argumentation. Cette tâche difficile, nous n'avons pas craint de l'entreprendre, protégé que nous sommes par l'obscurité de notre nom, et par notre parfaite indépendance de toute coterie philosophique.
Parvenu au déclin de la vie, d^agé dès lors complètement de toute préoccupiition ambitieuse, nous ne