‹ Examen de la doctrine de KantChapitre 34 sur 44 · DISCUSSION DU PROBLÈME THËOLOGIQUE · texte numérisé non relu

DISCUSSION DU PROBLÈME THËOLOGIQUE

départ la contingence des phénomènes pour établir l'existence d'un Être nécessaire ; la troisième, enfin, faisant abstraction de toute expérience, et concluant tout à fait à priori de la simple conception de la cause suprême à l'existence réelle de cette cause. Il commence, toutefois, par discuter la preuve transcendantale et ontologique, parce que c'est toujours sur ce concept transcendantal que se fondent les preuves diverses qu'il a énumérées.

n établit aisément (bien qu'au moyen de raisonnements compliqués, qu'il était facile de ramener à une forme plus générale et plus simple) qu'on ne peut établir aucune liaison logique entre la production d'un concept et l'existence d'une Réalité gui y corresponde. Remarquons cependant que cette impossibilité ne concerne que le rapport logique, et que la réalité de cette correspondance n'en demeure pas moins un des principes essentiels et une des bases nécessaires de notre connaissance.

Il est trop évident, en effet, qu'une intuition réelle ne peut pas être prouvée par une série quelconque d'opérations et de déductions discursives, lesquelles se réfèrent toutes à uue intuition préalable et la supposent.

Kant allègue un singulier exemple de la différence qui existe entre un concept et la réalité qui y correspond, en montrant que la possession réelle d'une somme de cent thalers est tout autre chose que le simple concept de cette somme, confondant ainsi une production illusoire de la fantaisie avec un concept philosophique tiré des profondeurs de la conscience. C'est un cas pathologique, un signe d'alié* nation mentale, d'attribuer la réalité aux visions de l'imagination ; mais c'est, au contraire, un besoin absolu de notre entendement, que de rapporter nos représentations à des

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objets extérieurs qui nous en donnent la connaissance, et c'est un acte de déraison philosophique que de nier, en vertu de déductions logiques, la correspondance nécessaire des perceptions de notre sens intime avec la réalité extérieure qui les détermine.

Le passage qui va suivre (1) fera bien comprendre le point de vue auquel s'est placé Kant dans sa réfutation de la preuve ontologique.

M Le concept d'un être suprême est une idée très-utile à » beaucoup d'égards; mais précisément parce qu'il n'est » qu'une idée, il est tout à fait incapable d'étendre à lui » seul notre connaissance par rapport à ce qui esiste. Il ne » peut même pas nous instruire davantage relativement à la n possibilité. Le caractère analytique de la possibilité, qui » consiste en ce que de simples positions n'engendrent pas » de contradiction, ne peut sans doute lui être contesté; » mais comme la liaison de toutes les propriétés réelles en » une chose, est une synthèse dont nous ne pouvons juger )i à priori la possibilité, puisque les réalités ne nous sont » pas données spécifiquement, et que, quand même cela )> arriverait, il n'en résulterait aucun jugement, le caractère » de la possibilité des connaissances synthétiques devant » toujours être cherché dans l'expérience à laquelle l'objet » d'une idée ne peut appartenir, il s'en faut dé beaucoup que » l'illustre Leibnitz ait fait ce dont il se flattait, c'est-à-dire n qu'il soit parvenu à connaître à priori la possibilité d'un » être idéal aussi élevé.

» Cette preuve ontologique (cartésienne) si vantée, qui » prétend démontrer par des concepts l'existence d'un Être

(1) Critique de la Raison pwe (11, Th., 11, Abih., 11. fiuch., 3. Bauplib., h, AbKhn. : tlDmJ^lichkeil ciaes onhtl. Beweises].

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» suprême, perd donc toute sa peine, et l'on ne deviendra 1 pas plus riche en connaissances avec de simples idées, » qu'un marchand ne le deviendrait en argent, si, dans ia ï pensée d'augmenter sa fortune, il ajoutait quelques zéros n à son livre de caisse. *

Ce passage peut donner lieu à d'utiles observations. Rappelons d'abord que dans la terminologie de Kant, l'idée diffère du concept en ce qu'elle dépasse le éercle des perceptions sensibles; ainsi, dans le langage de notre philosophe, cette dénomination exprime déjà une conception arbitraire de la Raison, à laquelle ne peut se rapporter, selon lui, aucun objet de l'expérience, ni aucune réalité, puisqu'il ne reconnaît rien de réel en dehors de l'expérience. En qualifiant d'idée le concept de l'Être suprême, Kant en a donc énoncé le rejet, et son raisonnement peut se réduire à ces termes : Nul objet réel ne peut être conçu en dehors de l'expérience; le concept dun Être suprême ne correspond mec aucune donnée de V expérience; donc il est dépourvu de toute réalité. Mais la majeure de ce syllogisme est nonseulement indémontrable, elle contredit toutes les données que fournissent les manifestations générales de l'activité humaine, lesquelles nous montrent que nous obéissons à un invincible besoin de notre nature, en reconnaissant, au delà de toute expérience, des réalités intelligibles, et en donnant dans notre pensée à ces éléments supersensibles une place prépondérante et directrice.

Quant à la dernière partie du passage que nous avons àté, c'est' une malheureuse reproduction de l'exemple des cent thalers rappelé par nous tout à l'heure, et l'on a droit de s'étonner de voir dans une discussion philosophique de cette importance un homme tel que Kant se complaire à

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mettre sur le même rang l'illusion d'un cerveau malade, et une idée admise par l'assentiment commua du genre humain.

Nous avons montré, d'ailleurs, qu'il était impossible de tirer du simple rapport de nos concepts la démonstration formelle de la réalité d'un objet quelconque de notre intuition, qu'il soit matériel ou spirituel. Au point de vue logique, la preuve onUdogique ne peut donc pas subsister, et il en est de même de toutes les démonstrations discursives par lesquelles on entreprend de prouver la Réalité de la Personne divine. Insistons toutefois pour remarquer que c'est la forme de la démonstration, et sa prétendue valeur scientifique, qui sont fautives et inadmissibles, mais qu'il est des voies plus larges et plus sûres par lesquelles notre esprit parvient à atteindre les vérités métaphysiques.

Ces vérités, comme toutes les perceptions intuitives quelconques, sont donc logiquement indémontrables, et c'est une vaine tentative que d'entreprendre de les établir par des . démonstrations formelles; mais nous avons vu qu'il est, en revanche, d'indémontrables axiomes dont l'évidence est irrécusable, et qui sont la condition nécessaire de tout exercice de notre pensée. En effet, par quels arguments pourrait-on démontrer que les modifications de notre sensibilité, et toutes leurs représentations successives doivent s'attribuer à un Moi permanent et unique? Par quel lien purement rationnel pourrait-on rattacher nos perceptions intérieures à dea objets extérieurs qui leur correspondent? Comment, enfin, lier logiquement le Moi et le Non-Moi, que sépare, au point de vue discursif, un infranchissable abîme? Si l'on n'admettait a priorif et comme une vérité indiscutable, la correspondance de nos représeutations avec les objets représentés,

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