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comment aurions-nous de véritables connaissances, des connaissances objectives, pour employer le langage des vieux métaphysiciens ?
Il est illégitime, au point de vue delà logique, de conclure de la production d'un concept à la Réalité d'un objet qui lui corresponde; la nécessité de cette correspondance sur laquelle repose la preuve ontologique est donc abusivement invoquée, quand on veut l'établir par une argumentation méthodique. Mais la conclusion de cet argument vicieux dans sa forme n'en subsiste pas moins tout entière, quand on considère le concept de la Personne divine comme la représentation d'une intuition indémontrable (comme le sont toutes les intuitions) , et que l'on se fonde sur la correspondance de toute représentation avec son objet jiécessaire pour affirmer la Réalité de l'Être divin.
Ainsi si les conditions naturelles de notre faculté discursive nous interdisent de produire logiquement une preuve ontologique de la Réalité de la Personne divine, nous avons, ce qui a une bien autre valeur, un principe ontologique, qui nous fait affirmer cette Réalité avec une conviction inébranlable.
a La preuve cosmologique (ce sont les paroles de Kant) ï commence proprement par l'expérience, et, par conséquent, » elle n'est pas tout à fait déduite à priori, ou ontologique- » ment, et, comme l'objet de toute expérience possible s'ap- » pelle le Monde, on la nomme pour cette raison la preuve > cosmologique. Comme elle fait d'ailleurs abstraction de
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1 toute propriété particulière des objets de l'expérience, elle » se distingue déjà, par son titre môme, de la preuve phy' » sico-théologique , qui cherche ses arguments dans des 1 observations tirées de la nature particulière de notre monde i sensible. >
Il est évident qu'aucune argumentation logique ne peut établir de lien entre deux existences hétérogènes, l'une dépendante et finie, l'autre absolue et infinie. Si l'on pose en effet comme proposition initiale d'un raisonnement, comme la majeure d'un syllogisme, le principe créateur et absolu, impliquant toute existence conditionnelle et particulière, on commence par afSnner, sans la prouver en aucune façon, la proposition même dont on eatreprend la démonstration. Si l'on part, au contraire, de l'existence particulière, rien ne peut rattacher logiquement cette existence contingente h un Être nécessaire ; le raisonnement déductif se trouve donc insuffisant, quelle qu'en soit la construction. Le vice d'une semblable argumentation se faisait aisément reconnaître, sans qu'il y eût besoin de recourir à la longue série des arguments compliqués par lesquels Kant a établi l'inconsistance de k preuve cosmologique. Mais, dans ces subtiles discussions, Eant ne s'est pas borné à montrer l'incompétence de l'argumentation des métaphysiciens; il a voulu prouver que toute affirmation de ce genre était inadmissible, quelle que fût ta méthode employée, et que l'esprit humain ne pouvant dépasser l'intuition sensible il lui était absolument interdit d'attribuer les phénomènes à une cause efficiente.
Kant montre que les raisonnements employés pour établir la preuve cosmotogique ne diffèrent pas de ceux par lesquels on soutient la preuve ontologique, car cette discussion qui
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commence par établir un fait de l'expérience (les eiistences particulières synthétisées dans la notion du Monde] , abandonne bientôt ce terrain, et s'efforce, comme dans la preuve ontologique, de démontrer une Réalité causale, au moyen de concepts, et en concluant de la conception d'un Être nécessaire h la Réalité de son existence.
Kant s'applique encore une fois, dans cettediscussion, àcontesterla valeur du principede causalité. «Cette argumentation, » dit-il, repose sur cette loi naturelle, soi-disant transcen- » dantale, de la causalité, à savoir, que tout ce qui est » contingent a sa cause, et que cette cause, si elle est con- » tingente à son tour, doit aussi avoir une cause, jusqu'à ce n que la série des causes subordonnées les unes aux autres, )i s'arrête à une cause absolument nécessaire, sans laquelle » elle ne serait jamais complète. »
Et plus loin il ajoute : « On y trouve donc, par exemple : » 1* Le principe transcendantal qui conclut du contingent à » une cause, principe gui n'a de valeur que dans le monde » semible, et gui n'a même pltts aucun sens en dehors de ce » monde. En effet, le concept purement intellectuel du con- » tingent ne peut produire aucune proposition synthétique » telle que celle de causalité, et le principe de celle-ci n'a de » valeur et d'usage que dans le monde sensible; or il fau- » dralt ici qu'il servit précisément à sortir de ce monde. )i S" Le raisonnement qui consiste à conclure de l'împossi- » bilité d'une série infime de causes données les unes aun dessus des autres dans le monde sensible, à une cause Il première; les principes de l'usage rationnel ne nous au- » torisent pas à conclure ainsi, même dans l'expénence, » là où. cette chaîne ne peut pas être prolongée. »
Le nœud de la question réside ainsi dans le principe de
causalité, dans son étendue et dans sa valeur, et, comme nous l'avons vu dans les antinomies, c'est en en contestant la validité, que Kant a refusé à l'esprit humain le droit de s'élever à la reconnaissance d'un Être nécessaire.
11 dit avec raison que ce principe n'est point donné dans le concept purement intellectuel du contingent, et qu'il n'en peut pas être déduit. Ce concept de contingent pris logiquement, et en lui-même, se borne en effet à exprimer qu'un phénomène donné ne possède pas en lui-même sa cause efficiente; il n'exprime pas la nécessité de son attribution à une cause quelconque, particulière ou universelle. La notion de cause est une conception toute spéciale qui dérive d'une per- ■ception supérieure à toute intuition sensible, et établit un principe s'imposant i notre connaissance, comme une des conditions nécessaires de son exercice.
Tous les efforts de la dialectique viennent se briser contre la nécessité et l'universalilé de cette loi de causalité. Kant avait été forcé d'en reconnaître lui-même la nécessité, pour établir l'expérience, et rien ne l'autorisait à en restreindre l'exercice dans la limite des perceptions phénoménales, lorsque tous les actes de notre intelligence nous montrent, au contraire, qu'il est de l'essence même de cette loi de dépasser le cercle des existences corporelles, pour rattacher l'ensemble des existences, le Monde, à une Cause efOciente, nécessaire et absolue, comme au point Qxe oil s'arrête la chaîne indéfinie des effets et des causes.
Ainsi, et comme dans la discussion précédente, si nous ne pouvons pas produire logiquement une preuve cosmologique de la réalité de la Personne divine, nous pouvons, en nous appuyant sur l'observation des lois qui déterminent les manifestations de notre pensée, ainsi que sur l'assentiment général
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de l'Huinanité, attesté par les innombrables expressions de ses croyances et de ses actes, nous pouvons, disons-nous, affirmer un principe cosmoiogique, en vertu duquel nous attribuons le Monde et ses contingences à une Cause créatrice, nécessaire et infinie.
Avant d'entreprendre la discussion de la preuve pkysicothéologique, Kant s'est livré à une longue et fort obscure dissertation qu'il a intitulée : Découverte et explication de Papparence dialectique dans toutes les preuves traiiscetidantales de l'existence d'un Être nécessaire.
Il rappelle, en commençant, que les preuves de l'existence d'un Être suprême qu'il vient de discuter (l'ontologique et la cosmologique) se fondent sur de purs concepts, et il se demande quelle peut être la came de l'apparence dialectique^ mais naturelle^ qui unit les concepts de la nécessité et de la suprême réalité, et gui réalise et hyposlasie ce qui pourtant n'est qu'une idée? (Nous savons que Eant entend pàT idée un concept dépourvu d'une réalité qui lui corresponde, et conséquemment illusoire.)
Il passe de là à montrer que nous nous trouvons entraînés, d'une part, à superposer à toute existence contingente ua objet dont l'existence est nécessaire ; et, de l'autre, à nier toute possibilité de concevoir une chose quelconque possédant un caractère de nécessité.
Nous retrouvons ici cette alternative perpétuelle, présentée comme nécessaire, d'une thèse et d une antithèse irréductibles,
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entre lesquelles aotre pbilosoptie a condamné systématiquement la raison h une oscillation incessante. Il cherche cependant à concilier d'une certaine façon ces deux mouvements contradictoires de notre raison, en les admettant tous deux «commedes principes eum/z;ue5(re^u/fi/eurs)ne concernant I que l'intérêt formel de la raison. En etFet, l'un de ces prln-
> cipes nous dit que nous devons philosopher sur la nature
> comme s'il y avait pour tout ce qui appartient à l'existence » un premier principe nécessaire, afin uniquement de mettre
> dans notre connaissance de l'unité systématique, en suivaiit I une telle idée, je veux dire un principe supbêhe ihagwâire. » L'autre, de son côté, nous avertit de n'admettre comme V principe suprême de ce genre, c'est-à-dire comme absolu- » ment nécessaire, aucune détermination concernant l'exis- » tence des choses, mais de tenir toujours la porte ouverte » h une explication ultérieure, et par conséquent de ne re- B garder jamais aucune de ces déterminations que comme » conditionnelle i.
Rattachons-nous, pour sortir de ce chaos, au principe de non-contradiction, qui est le principe réellement régidatevr de notre connaissance, et reconnaissons dans cette inextricable confusion des idées et des termes une preuve nouvelle de l'inconsistance de la doctrine critique.
Ainsi Kant considère l'idée ou l'idéal de l'Être suprême, comme n'ayant qu'une valeur régulatrice qui n'implique aucunement une réalité correspondante, et mêine qui la contredit d'une manière absolue. C'est abusivement, dit-il, et par une subreption, que l'on conçoit ce principe formel comme un principe constitutif, et que l'on arrive à l'hypostasier, en le considéraiit comme un Être souverainejnent réel.