‹ Examen de la doctrine de KantChapitre 44 sur 44 · DE LA RAISON PBATIQUE · texte numérisé non relu

DE LA RAISON PBATIQUE

ceptes et les apologues que les générations se transmettent à travers les âges, les chants des poètes, les traditions religieuses, les législations, les institutions politiques, les œuvres de l'art et de l'esprit, les temples, les tombeaux, tout nous révèle ce perpétuel effort de l'activité humaine pour établir cet ordre et pour déterminer, selon les divers degrés de la culture des populations, les expressions plus ou moins développées du sentiment des choses immatérielles qui vit dans les consciences des hommes.

Les facultés humaines, nous ne saurons trop le redirCj veulent être étudiées dans leurs manifestations extérieures, où elles se révèlent dans leur réalité. On n'aboutit qu'à des conclusions paradoxales, lorsqu'on les veut saisir directement en elles-mêmes, au moyen de combinaisons logiques où , quels qu'en soient les détours, on retrouve toujours sa seule pensée initiale. Les Cartésiens, bien plus encore que leur illustre maître, partant d'une définition de la pensée, niaient que les hôtes fussentdouées de sensibi[ité;que diraient nos naturalistes si quelqu'un voulait aujourd'hui déterminer les facuîtés des animaux, non par l'observation directe de leurs conditions vitales, et de leurs habitudes, mais d'après les déductions de la psychologie cartésienne? C'est pourtant de cette façon que raisonnent nos idéologues, et qu'ont raisonné Kant et ses sectateurs.

Nous terminerons notre examen, en citant un passage de la Méthodologie transcendantale de notre philosophe, qui nous semble bien fait pour caractériser l'esprit de sa doctrine.

n Quand la Raison "pratique est parvenue à ce point su-

> blime, je veux dire au concept d'un Être premier et uni- » que, elle n'a pas le droit de faire comme si elle s'était » élevée au-dessus de toutes les conditions empiriques de son » application, et qu'elle fût arrivée à la connaissance de » nouveaux objets, c'esfr4i-dire de partir de ce concept et » d'en dériver les lois morales elles-mêmes. En effet, c'esl » précisément la nécessité pratique interne de ces lois gui n nous a conduitsà supposer unecausG subsistante par elk- )) même, ou un sage régulateur du Monde, afin de donner

> à ces lois leur effet ; et par conséquent, nous ne pouvons B pas après cela les regarder comme contingentes, et comme i dérivées d'une simple volonté, surtout d'une voLOPixÉ

B DONT NOUS n'aurions AUCUN CONCEPT, SI NOUS NE NOUS l'É-

B T10I48 FIGURÉE d'apbës CES LOIS. Si R>in que la Raison pra- » tique ait le droit de nous conduire, nous ne tiendrons pas

> nos actions comme obligatoires , parce qu'elles sont des » commandements de Dieu, mais nous les regardons comme

> des commandements divins, parce gue nous y sommes » intérieurement obligés ».

Ces paroles nous paraissent résumer exactement les idées de Kant, par rapport à la Divinité et à la Théorie morale. On y -voit avec évidence que les principes établis par lui à l'égard delà Raison pratique ne diffèrent en rien de ses conclusions spéculatives. Dieu n'est pour Kant qu'une supposition établie pour satisfaire aux besoins de la Raison pratique. Ce n'est pas la Raison divine qui impose à la Raison humaine des Lois nécessaires, ce sont les concepts de notre Raison qui nous conduisent à nous figurer non un Créateur, mais un Rémunérateur suprême. Ces Lois ont un caractère de nécessité parce qu'elles émanent de notre seule Raison ; elles seraient contingentes, si elles nous venaient de la Sagesse

SB LA KAISON PHATIQUË. 233

divine I Leur autorité ne dérive pas de ce qu'elles sont des commandements de Dieu, de la Raison absolue et suprême, elle leur provient de notre Raison, qui leur imprime ellemême le caractère de commandements nécessaires et absolus I

Jamais l'orgueil sophistique n'a contredit plus audacieusement la conscience humaine, et n'est arrivé à de plus révoltantes conclusions.

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