DE LA RAISON PRATIQUE
limites de notre courte expérience; car ces manifestations dépassent infiniment la portée de notre intelligence et l'étendue de nos représentations actuelles. Les attributs divins se présentent nécessairement à notre esprit avec un caractère de perfection absolue, et nous devons croire en conséquence que les œuvres de Dieu ont, dans leur ensemble et dans leurs détails, une Finalité suprême, digne de la sagesse et de la justice de leur divin auteur; mais il eçt absurde autant qu'impie de tenter de déterminer cette finalité par les conceptions de notre entendement limité, et de restreindre dans le cercle si étroit de notre expérience éphémère l'expansion éternelle de l'Essence divine.
Les découvertes récentes de la science ont montré qu'il y a dans les êtres organisés des forces latentes, des organes ébauchés qui ne peuvent se développer dans le mode actuel de leur existence. Des esprits superficiels se fondent sur ces observations, pour en conclure qu'il n'y a aucun plan final dans la création, tandis qu'ils devraient se borner à rejetet les déterminations arbitraires attribuées à cette finalité par un étroit dogmatisme, qui renferme l'infinité de la puissance vitale dans les conditions actuelles de l'existence, où ne se produit qu'une partie à peine saîâissable du complet développement de toutes les richesses de la création. Ces investigations scientifiques, bien loin de contredire la finalité des œuvres divines, viennent donc, au contraire, en étendre les limites, en apportant des preuves nouvelles de l'infinité de la Force créatrice dans ces puissances latentes, destinées à une expansion ultérieure, au moyen de transformations successives se produisant dans un temps indéfini.
C'est ainsi que dans l'ordre moral nous sommes impuissants à déterminer cette finalité providentielle, qui embrasse
230 EXAMEN DB U DOCTRIKE DE KIHT.
toutes les condîtloDS présentes et futures de l'existence humaine, et dont nous devons attendre avec une confiance absolue les développements successils. Tenons cependant pour certain, que toute infraction à l'Ordre emporte par ellemême un prompt et inévitable châtiment , qu'il nous faut même, au milieu de nos adversités, adorer les décrets de la Providence divine, et que dans toute occurrence nous devons nous élever avec une pleine sécurité vers l'Être infini, dont la sagesse se manifeste dans cet Ordre éternel, où ne peuvent régner qu'une parfaite Justice, et une inépuisable Miséricorde.
CetOrdreetcetteJustice, fondements de la vie rationnelle, de la vie spéciale de l'humanité, ne sont pas, comme le veut Kant, de purs concepts produits par des combinaisons arbitraires de la pensée ; ce sont de vivantes réalités dont l'intime substance nous est révélée par des expressions extérieures que nous pouvons saisir et observer d'une manière positive, tant dans les manifestations de notre vie individuelle, que dans les réalisations de notre vie sociale.
Nos pensées et nos actes se présentent à notre observation comme tendant toujours à se coordonner sous l'iijfluence d'une idée directrice immatérielle, et l'effort constant de notre esprit et de notre volonté pour opérer cette coordination dans toutes les sphères de notre activité se produit incessamment par des faits extérieurs innombrables, qu'il est fecile de soumettre h une exacte observation. Les pré-