AVERTISSEMENT
Le mémoire que nous publions aujourd'hui est, sauf un certain nombre de corrections de style, conforme au manuscrit que l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a bien voulu honorer d'un prix «Boràïu-n. L'auteur s'en tient à la doctrine que lui a inspirée une longue et attentive lecture du texte de Strabon. Il en a même, sur le conseil d'un des juges du concours académique, accentué plus nettement l'expression dans la préface et dans la conclusion. Que M. Alfred Groiset, auquel il doit ce conseil et beaucoup d'autres, veuille bien agréer ici l'expression de sa vive gratitude. Si cet ouvrage peut rendre quelques services à l'histoire encore bien imparfaitement connue de la géographie ancienne, le mérite en reviendra aussi, dans une large mesure, à M. Jules Girard, qui nous a prodigué ses avis et ses encouragements.
Marcel DUBOIS.
PRÉFACE
F L'auteur de cette étude, géographe de goût et de profession, s'explique sans peine que l'œuvre de Strabon ait été si diversement jugée de tout temps. La géographie, science aussi vaste et difficile à définir que la philosophie elle-même, comprend un grand nombre d'éléments dont l'heureux mélange, dont la cohésion, ne peuvent être obtenus qu'avec beaucoup de tact et de délicatesse.
Par suite, le sens qu'on attache au mot géographie y le rôle que l'on assigne au géographe , ne sont pas entendus de même, à toutes les époques, parmi les hommes instruits. 11 est même rare que les savants d'une même génération aient pu se mettre d'accord sur la définition d'un terme si souvent employé. Chacun a donc recherché dans l'œuvre de Strabon la justification de ses préférences; chacun la jugée en vertu d'un principe différent. Les critiques lui ont accordé ou refusé le titre de grand géo^ graphe en raison de la prédominance ou du défaut des éléments mathématiques, physiques, historiques auxquels chacun attachait une importance majeure.
Ainsi, aux siècles où fleurit l'érudition historique avec ses excès ordinaires, on s'est étonné de ne trouver dans le livre de Strabon ni des récits minutieux ni une chronologie exacte. Dans les périodes de l'histoire littéraire où les éludes d'institutions étaient le plus en faveur,