n'y a personne qui, se regardant soi-même, ne res
Et vous remarquerez que ces deux grands faits que donne le sens intime, savoir, Ytmitê de Zïntelligence et la puissance positive du franc arbitre, sont précisément les deux premiers faits que la philosophie de Gall dénie.
Et, remarquez-le bien encore, s'il est quelque chose en nous qui soit de sens intime, c'est, évidemment et par excellence, le sentiment de l'unité du moi ; c'est plus encore, peut-être, le sentiment de la liberté morale.
L'homme n'est une force morale que parce qu'il est une force libre. Toute philosophie qui entreprend sur la liberté de l'homme entreprend donc, sans qu'elle s'en aperçoive, sur la morale même. L'homme est donc libre; et, comme il n'est moral que parce qu'il est libre, il semble que sa liberté soit aussi la seule puissance de son âme dont la Providence ait voulu lui dérober les bornes.
« Ce qui est ici bien remarquable, dit Des- « cartes, est que, de toutes les choses qui sont en « moi, il n'y en a aucune si parfaite et si grande, « que je ne reconnaisse bien qu'elle pourrait être
« sente et n'expérimente que la volonté et la liberté ne sont « qu'une même chose, ou plutôt qu'il n'y a point de différence « entre ce qui est volontaire et ce qui est libre. » Descaite^. t. I, p. 496.
« plus grande et plus parfaite ; car, par exemple, « si je considère la faculté de concevoir, qui est « en moi, je trouve quelle est d'une fort petite «étendue, et grandement limitée... En même ce façon, si j'examine la mémoire et l'imagination , « ou quelque autre faculté qui soit en moi, je « n'en trouve aucune qui ne soit très petite et « très bornée... Il n'y a que la volonté seule ou « la seule liberté du franc arbitre que j'expéri- « mente en moi être si grande, que je ne conçois « pas l'idée d'une autre plus ample et plus éten- « due1. »
1. Descartes, t. I, p. 299. « Il nous est toujours possible de « nous empêcher de poursuivre un bien qui nous est clairement « connu, pourvu que nous pensions que c'est un bien de tc- « moigner par là notre franc arbitre. » Descartes, t. VI, p. 133. « — La grandeur de la liberté consiste dans le grand usage de « la puissance positive que nous avons de suivre le pire, encore « que nous connaissions le meilleur. » Ibid., p. 135.
Toute la philosophie de Gall consiste à substituer la multiplicité à l'unité. A un cerveau, général et un', il substitue plusieurs petits cerveaux; aune intelligence, générale et une, il substitue plusieurs intelligences individuelles2.
(les prétendues intelligences individuelles sont les facultés .
Or, Gall admet vingt-sept de ces facultés, chacune desquelles (puisque chacune est une intelligence propre) a sa faculté perceptive, sa mémoire, son jugement, son imagination, et le reste3.
1. 11 ne s'agit ici que du cerveau proprement dit (lobes ou hémisphères cérébraux). Le reste de l'encéphale ne sert pas à l'intelligence. Voy. le précédent article, p. 16 et suiv.
2. Intelligences individuelles : expression de Gall. « Chaque intelligence individuelle a son organe propre. » T. IV, p. 341.
3. Les instincts mêmes, selon Gall, ont leur mémoire, leur imagination, etc. « L'inslinct de la propagation, celui de
ïl y a donc vingt -sept facultés perceptives, vingt-sept mémoires, vingt-sept jugements, vingtsept imaginations, etc.
Car, si Ton en croit Gall, chaque attribut n'est pas moins distinct que chaque faculté. La mémoire, le jugement, l'imagination, etc., d'une faculté ne sont pas la mémoire, le jugement, l'imagination d'une autre.
« Le sens des nombres, dit-il, a un jugement « pour les rapports des' nombres : le sens des « arts, un jugement pour les ouvrages de l'art; « mais, où la faculté fondamentale manque, le « jugement relatif aux objets de cette faculté doit « nécessairement manquer aussi '. »
Il dit encore : « Il est impossible qu'un indice vidu ait de l'imagination et du jugement pour « des objets pour lesquels la nature lui a refusé « la faculté fondamentale'2. »
Ainsi donc, point de doute : il y a vingt-sept facultés; et, puisqu'il y a vingt-sept facultés, il
« l'amour de la progéniture, l'orgueil, la vanité, ont, sans « contredit, leur faculté perceptive, leur souvenir, leur mé- « moire, leur jugement, leur imagination, leur attention pro- <r pre. » T. IV, p. 331. « Les penchants, les sentiments ont « aussi leur jugement, leur goût, leur imagination, leur sou- « venir et leur mémoire. » Ibid., p. 344.