‹ Examen de la phrénologieChapitre 15 sur 92 · Voyez surtout le t. II. à la p · texte numérisé non relu

Voyez surtout le t. II. à la p

nié ïinnéité de nos facultés. Il les pose toujours comme naturelles, c'est-à-dire innées1.

Condillac lui-même, qui reproche à Locke d'avoir regardé les facultés de l'àme comme quelque chose d'inné, Condillac, lorsqu'il fait ce reproche à Locke, confond les facultés de l'âme avec les opérations de l'âme2.

Or, ce qui est très vrai des opérations de l'âme ne Test pas de ses facultés. Toutes les facultés de Fàme sont innées et contemporaines, car elles ne sont toutes que des modes de l'âme, car elles ne sont toutes que l'àme même considérée sous divers aspects. Mais les opérations de l'àme se succèdent et se génèrent. Pour qu'il y ait mémoire, il faut qu'il y ait eu perception ; pour qu'il y ait jugement, il faut qu'il y ait souvenir; pour qu'il y ait volonté, il faut qu'il y ait eu jugement, etc.

1. « Si j'avais affaire, dit-il, à des lecteurs dégagés de toul « préjugé, je n'aurais, pour les convaincre de cette supposition « (la supposition des idées innées), qu'à leur montrer que les « hommes peuvent acquérir toutes les connaissances qu'ils ont « par le simple usage de leurs facultés naturelles. » Essai philosophique sur l'entendement humain, liv. I, chap. i.

2. « Locke se contente, dit-il, de reconnaître que l'àme « aperçoit, doute, croit, raisonne, connaît, veut, réfléchit; que « nous sommes convaincus de l'existence de ces opérations....; « mais il paraît les avoir regardées comme quelque chose « d'inné. » 11 avait dit, quelques phrases plus haut : « Nous « verrons que toutes les facultés de l'âme lui ont paru des qua- « lités innées. » Traité des sensations (Extrait raisonné).

Après avoir dit que les facultés sont innées, Gall dit qu'elles sont indépendantes* .

Et si, par indépendant, il entend distinct, rien encore de moins contestable.

Mais si, par ce mot indépendant, il entend (comme il l'entend en effet) que chaque faculté est une intelligence propre, la question change et la difficulté commence.

Car, si chaque faculté est une intelligence propre, il y a donc autant d'intelligences (pie de facultés; l'intelligence n'est donc pas une; le moi n'est donc pas un. Je sais bien que cela même est précisément ce que veut Gall : il le dit et le redit partout dans son livre; il ledit, mais il ne le prouve pas. Eh! comment le prouverait-il? Prouve-t-on contre le sens intime?

« Je remarque ici premièrement, dit Descartes, « qu'il y a une grande différence entre l'esprit et ce le corps, en ce que le corps, de sa nature, est « toujours divisible, et que l'esprit est entièrece ment indivisible. Car, en effet, quand je le conte sidère, c'est-à-dire que je me considère moi- « même, en tant seulement que je suis une chose « qui pense, je ne puis distinguer en moi aucunes « parties, mais je connais et conçois fort claire-

i. Voyez surtout le t. III, à la p. 81.

« ment que je suis une chose absolument une et « entière1. »

Gall renverse la philosophie ordinaire ; et , chose qu'il faut bien finir par faire remarquer, sa philosophie, qu'il croit si neuve2, n'est, à la lettre, que ce renversement même. Dans la philosophie ordinaire il y a une intelligence générale et une, et des facultés qui ne sont que des modes de cette intelligence. Selon Gall, il y a autant d'intelligences particulières que de facultés, et l'intelligence générale n'est plus qu'un mode, qu'un attribut de chaque faculté. Il le dit en termes exprès :

a La faculté intellectuelle, dit-il, et toutes ses « sous-divisions, telles que la perception, le sou- « venir, la mémoire, le jugement, l'imagination, « ne sont pas des facultés fondamentales, mais « seulement leurs attributs généraux3. »

Gall renverse la philosophie ordinaire, et puis il veut que toutes les conséquences de la philosophie ordinaire subsistent.

2. « A présent, dit-il, je puis me flatter que le lecteur sera « suffisamment préparé pour une toute nouvelle philosophie, « qui découle immédiatement des forcis fondamentales. » T. III, p. xi.

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