‹ Examen de la phrénologieChapitre 3 sur 92 · EXAMEN · texte numérisé non relu

EXAMEN

On connaît le grand ouvrage dans lequel Gall a exposé sa doctrine1. Cet ouvrage servira de base à mon examen. J'étudierai, Tune après l'autre, chacune des questions étudiées par l'auteur. Je changerai seulement un peu l'ordre de ces questions.

Deux propositions fondamentales constituent toute la doctrine de Gall : la première, que l'intelligence réside exclusivement dans le cerveau ; la seconde, que chaque faculté particulière de l'intelligence a, dans le cerveau, un organe propre.

I. Anatomie et physiologie du système nerveux en général et du cerveau en particulier, avec des observations sur la possibilité de reconnaître plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l'homme et des animaux par la configuration de leurs léies . 4 vol. in-4° avec planches. Paris, de 1810 à 1819.

Or, de ces deux propositions, la première n'a certainement rien de neuf; et la seconde n'a peut-être rien de vrai.

Voyons d'abord la première.

Je dis que cette première proposition, savoir, que le cerveau est le siège exclusif de l'intelligence, n'a rien de neuf; et Gall en convient luimême.

« Depuis longtemps, dit-il, des philosophes, « des physiologistes et des médecins, soutiennent « que le cerveau est l'organe de l'âme1. » L'opinion que le cerveau (soit le cerveau pris en totalité, soit telle ou telle partie du cerveau prise séparément) est le siège de l'àme, est, en effet, aussi ancienne que la science. Descartes avait placé l'âme dans la glande pinkale ; Willis la pla<;a dans les corps cannelés; Lapeyronie, dans le corps calleux, etc.

Pour venir à des auteurs plus récents, Gall cite Sœmmering, qui dit nettement que ce le cer- (( veau est l'instrument exclusif de toute sensation, de toute pensée, de toute volonté2. » Il cite Haller, qui prouve (prouve est l'expression

1. T. II, p. 217. o II est généralement reconnu, dit-il en- « oore, que le cerveau est l'organe particulier de l'àme. »T. IL p. 14.

•2. Gall, t. II, p. 221.

iiu'ine dont se sert Gàll) que « la sensation n'a pas « lieu dans l'endroit où un objet touche le nerf, « dans l'endroit où l'impression a lieu, mais dans « le cerveau '; net il aurait pu en citer beaucoup d'autres.

Cabanis n'écrivait-il pas avant Gall? Et Cabanis n'a-t-il pas dit : « Pour se faire une idée juste « des opérations dont résulte la pensée, il faut « considérer le cerveau comme un organe partice culier, destiné spécialement à la produire, de « même que l'estomac et les intestins à opérer « la digestion, le foie à filtrer la bile, etc. 21 » proposition outrée jusqu'au ridicule, mais enfin qui n'est que la proposition même de Gall, sauf l'exagération dans les termes.

Sœmmering et Cuvier cherchaient avant Gall, dans Tanatomie comparée des diverses classes, les rapports du développement du cerveau avec les développements de l'intelligence. Cuvier écrivait cette phrase remarquable : « La proportion « du cerveau avec la moelle allongée, propor- « tion qui est plus à l'avantage du cerveau dans « l'homme que dans tous les autres animaux, est « un très bon indicateur de la perfection de Fin-

1. Gall, t. II, p. 222. Haller, Elemenla physiologiœ, etc., t. IV, p. 304 ; Sensus prœterea sedem in cerebro esse, alque ad cerebrum per nervos mandari, alia sunt quae ostendunt....

2. Rapports du physique et du moral de l'homme, IIe mémoire, § vu.

« telligence, parce que c'est le meilleur indice « de la prééminence que l'organe de la réflexion « conserve sur ceux des sens extérieurs1;» et cette autre phrase plus remarquable encore : ce L'in- « telligence, dans les animaux, parait d'autant « plus grande que les hémisphères sont plus voce lumineux2. »

Gall s'élève surtout contre Bichat, qui a dit : ce C'est toujours sur la vie organique, et non sur cela vie animale que les passions portent leur ince fluence : aussi tout ce qui sert à les peindre se ce rapporte-t-il à la première et non à la seconde, ce Le geste, expression muette du sentiment et de ce l'entendement, en est une preuve remarquaeeble : si nous indiquons quelques phénomènes ce intellectuels relatifs à la mémoire, à l'imaginaeetion, à la perception, au jugement, etc., la ce main se porte involontairement sur la tête : ce voulons-nous exprimer l'amour, la joie, la trisce tesse, la haine, c'est sur la région du cœur, de ce l'estomac, des intestins, qu'elle se dirige3. »

Il y aurait sans doute, dans ces paroles de Bichat, beaucoup à reprendre. Cependant, dire que les passions portent leur influence sur la vie organique, ce n'est pas dire qu'elles y siègent.

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