Ibid
tout l'encéphale; et j'ai prouvé quelle ne réside que dans les seuls hémisphères.
Aussi, n'est-ce pas l'encéphale, pris en masse, qui se développe en raison de l'intelligence : ce sont les seuls hémisphères. Les mammifères sont les animaux qui ont le plus d'intelligence; ils ont, toute proportion gardée, les hémisphères les plus volumineux. Les oiseaux sont les animaux qui ont le plus de force de mouvement ; ils ont, toute proportion gardée, le cervelet le plus grand ; les reptiles sont les animaux les plus lents, les plus apathiques, ils ont le cervelet le plus petit, etc.
Tout le prouve donc : l'encéphale, pris en masse, est un organe multiple, à fonctions multiples, à parties diverses, destinées, les unes, aux mouvements de locomotion, les autres, aux mouvements de respiration, etc., et dont une seule, le cerveau proprement dit, est destinée à l'intelligence.
Or, cela posé, le cerveau tout entier ne peut plus évidemment être partagé, comme le partagent les phrénologistes, par petits organes, dont chacun loge une faculté intellectuelle distincte, car le cerveau tout entier ne sert pas à l'intelligence. Les hémisphères seuls servent à l'intelligence ; et, par conséquent, la question de savoir si l'organe, siège de l'intelligence, peut être par-
DE SA DOCTUtn EN GÉNÉRAI . 19
tagé en plusieurs organes, est une question qui ne concerne plus que les seuls hémisphères.
Gall prétend, et c'est ici la seconde proposition fondamentale de sa doctrine, que le cerveau se partage en plusieurs organes, dont chacun loge une faculté particulière de l'àme. Il entendait, par le mol cerveau, le cerveau tout entier, et il se trompait. Réduisons sa proposition aux seuls hémisphères, et nous verrons qu'il se trompe encore.
M s expériences l'ont montré : on peut retrancher, soit par devant, soit par derrière, soit par en haut, soit par côté, une portion assez étendue des hémisphères cérébraux, sans que l'intelligence soit perdue. Une portion assez restreinte de ces hémisphères suilit donc à l'exercice de l'intelligence '.
D'un autre côté, à mesure que ce retranchement s'opère, l'intelligence s'affaiblit et s'éteint graduellement; et, passé certaines limites, elle est tout à fait éteinte. Les hémisphères cérébraux concourent donc par tout leur ensemble à l'exercice plein et entier de l'intelligence 2.
Enlin, dès qu'une sensation est perdue, toutes
1. Voyez ■«< Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux.
t. Ibid.
le sont; dès qu'une faculté disparait, toutes disparaissent. Il n'y a donc pas des sièges divers pour les diverses facultés, ni pour les diverses sensations. La faculté de sentir, de juger, de vouloir une chose, réside dans le même lieu que celle d'en sentir, d'en juger, d'en vouloir une autre; et, conséquemment, cette faculté, essentiellement une, réside essentiellement dans un seul organe ', L'intelligence est donc une.
Avec Gall, il y a autant d'intelligences particulières que de facultés distinctes. Chaque faculté, selon Gall, a sa perception, sa mémoire, son jugement, sa volonté, etc., c'est-à-dire tous les attributs de l'intelligence proprement dite 2.
« Toutes les facultés intellectuelles sontdouées, « dit-il, de la faculté perceptive, d'attention, de « souvenir, de mémoire, de jugement et d'imagi- « nation3. »
1. Voyez mes Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux.
2. « De ce que je viens de dire, il résulte clairement que la « faculté aperceptive, la faculté du souvenir et la mémoire, ne « sont que des attributs communs aux facultés fondamenta- « les... » Gall, t. IV, p. 319. « Tout ce que je viens de dire « est applicable aussi au jugement et à l'imagination, etc. » Ibid., p. 325. « Les sentiments et les penchants ont aussi leur « jugement, leur imagination, leur 'souvenir et leur mét moire... » Ibid., p. 327.