‹ Examen de la phrénologieChapitre 74 sur 92 · Monomanie — mélancolie de Pinel · texte numérisé non relu

Monomanie — mélancolie de Pinel

espèces du genre idiotie; la monomanie triste et la monomanie gaie sont deux espèces du genre monomanie, etc., etc.

V idiotie a plusieurs degrés. J'en trouve, dans Pinel, trois exemples fort remarquables. Une jeune idiote ne reconnaît une substance pour aliment qu'autant qu'on la met dans sa bouche : qu'on lui donne sa nourriture, elle ne témoigne aucun plaisir ; qu'on la lui enlève, elle ne témoigne aucune peine. Une autre voit arriver son dîner avec plaisir; si on feint de le lui enlever, elle se fâche ; mais, sa faim assouvie, elle laisse emporter les restesde sa nourriture sans aucune prévoyance pour l'avenir. Une troisième prévoit, prononce quelques paroles, demande à boire et à manger, garde les aliments qui lui restent, même après qu'elle est rassasiée '. Voilà donc trois idiotes : la première ne connaît pas, la seconde connaît et ne prévoit pas, la troisième connaît et prévoit ; et, à suivre ainsi toutes les nuances, les degrés seraient infinis.

Mais, à s'en tenir aux nuances tranchées, et à prendre pour signe caractéristique le signe le plus élevé de l'intelligence de l'homme, la parole,

1. Traité médico - philosophique de l'aliénation mentale , p. OC.

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on s'arrête, avec Esquirol, à ces deux degrés: celui de Vimbêcile, qui parle, et celui de Yidiot, qui ne parle pas.

Au plus bas degré de Yidiotie, Yidiot n'a ni phrase, ni mot, ni monosyllabe ; un peu plus haut, il articule quelques mots ou quelques cris; un peu plus haut encore, il prononce quelques phrases très courtes.

Au plus bas degré de Y imbécillité, Y imbécile parle ; au plus haut degré, il a la parole libre et facile ; il parle même beaucoup, il parle trop ; il parle plus qu'il ne pense. Un exemple, pris dans Esquirol, va nous donner une idée de Y imbécile de ce degré.

« . . . Incapable d'attention, jamais il n'a pu, dit « Esquirol , ni lire avec soin, ni écrire une lettre « quelque courte qu'elle fût, ni retenir ce qu'il « lisait...; il court à l'aventure dans les champs ; « il parle beaucoup, il est même bavard, et toute jours à côté du sujet dont on parle. Il emploie « les mots les uns pour les autres. Toujours con- « tent, il rit sans motif, quelquefois il rit seul... « A trente-sept ans, son intelligence est au-des- « sous de celle d'un enfant de dix ans, quelque «soin qu'on ait pris pour la développer... On « appréciera la portée de son intelligence par le « trait suivant : son médecin lui ordonna de «. monter à cheval, et tous les jours il montait.

« pendant une heure, un cheval dans récurie de « son père, sans soupçonner que c'était une pro- « menade à cheval qu'on lui avait ordonnée; le « hasard fit découvrir cette manière d'exécuter « les ordonnances de son médecin1. »

« L'idiotie et Y imbécillité diffèrent essentielle- « ment de la démence, » dit Esquirol2; et, pour Yidiotie, qui est le manque absolu, ou presque absolu de l'intelligence, cela n'est pas douteux. La ligne qui sépare Y imbécillité de la démence est plus difficile à tracer. Elle n'en est pas moins réelle. \1 imbécillité , comme Yidiotie, dont elle n'est qu'un degré, commence avec la vie; la démence, du moins en général, ne commence qu'après la puberté, comme la monomanie, comme la manie; Y imbécillité, non plus que Y idiotie, ne varie jamais , n'ayant ni début à proprement parler, puisqu'elle commence avec la vie, ni relâchement, ni fin, tandis que la démence a son début, son accroissement, ses intermittences, et (si l'on excepte la démence sénile), sa terminaison; Yidiotie, Yimbécillitè tiennent à un vice originel dans la conformation du cerveau, la démence ne tient à rien de semblable; enfin, si nous venons

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