T. II, p
2. « L'enfant qui jase et le vieillard qui radote n'ont ni l'un « ni l'autre le ton de la raison, parce qu'ils manquent égaie- « ment d'idées; le premier ne peut encore en former, et le « second n'en forme plus. » Bufïbn. t. IV, p. 59.
une raison incomplète : Yhnôécile, parce qu'il n*a pas acquis; le fou par démence, parce qu'il a perdu.
Les espèces du genre démence sont la démence aiguë qui, comme toutes les maladies ordinaires, comme la menue, comme la morumanie, a son début, son accroissement, son déclin, sa guérison ; la démence chronique, déterminée par tout ce qui épuise le système nerveux, particulièrement le cerveau ; et la démence se mile , qui est la caducité intellectuelle, dernier terme de toutes les intelligences, même des plus belles.
Pinel, ce grand observateur, cet homme d'une raison si étendue, si ferme , cette tète toaste et géométrique, comme l'appelle M. Cuvier, finit sa vie dans un état de démence. « Il n'est que trop « vrai, dit M. Cuvier, que, sur la fin de sa vie, « M. Pinel sentit par degrés approcher un état « qu'il avait si souvent étudié dans les autres... « Ce n'était plus, ajoute-t-il , qu'un souvenir, « mais le souvenir d'un beau génie et d'un exoel-
Pinel définit la mélancolie : un délire partiel avec abattement, tristesse, penchant au désespoir. Mais il est une forme de mélancolie qui n'est
1, Éloge de Pinel,
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point triste, et Pinel le savait très bien. « Rien « n'est plus inexplicable, dit-il, et cependant rien « n'est mieux constaté que les deux formes op- « posées que peut prendre la mélancolie. C'est « quelquefois une bouffissure d'orgueil et l'idée « chimérique de posséder des richesses im- « menses ou un pouvoir sans bornes; c'est d'au- « très fois l'abattement le plus pusillanime, une <c consternation profonde ou mêlée de déses- « poir1. ))
Esquirol fait du mot monomanie un terme générique qui embrasse les deux espèces de folies indiquées ici par Pinel : la monomanie triste et la monomanie gaie2. Le fou qui se croit roi, celui qui se croit Mahomet, ne sont pas tristes. Le fou du Pirée, qui se croyait maître de tous les vaisseaux qui entraient dans ce port, était gai. Esquirol cite une foule de monomanes qu'il dépeint ainsi : «Satisfaits d'eux-mêmes, contents des «autres, heureux, joyeux, communicatifs, ils « rient, ils chantent, ils dansent, etc. 3. »
La monomanie gaie a d'ailleurs ses variétés , comme la monomanie triste ; il y a la monomanie d 'enthousiasme , la monomanie d'amour, etc.,
1 . Traité médico-philosophique de l'aliénation mentale, p. 1G5.