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toure et sur lui-même, à rentrer en soi, à se voir, à voir son état. « 11 commence, dit Esquirol, à « soupçonner qu'il est malade; et, s'il acquiert « cette conviction, la guérison n'est pas éloi- « gnée1. »
IV. Hygiène morale. De même qu'il y a un traitement moral, une thérapeutique morale, il y a aussi une hyyiène morale de la folie.
Les passions sont la grande cause de la folie.
Toute l'hygiène morale de la folie est donc dans l'art de diriger les passions ou de les combattre ; et cet art n'est autre, comme nous venons de le voir, que celui de les soumettre à la raison par l'attention et par la réflexion. Toute passion inattentive, irréfléchie, marche vers la folie.
Esquirol distingue très bien les passions, sous le point de vue qui nous occupe, en passions primitives et en factices. Les passions primitives sont l'amour, la colère, la crainte, etc.; les passions factices sont l'ambition, l'avarice, l'amour des distinctions, etc.; et celles-ci, les passions factices, sont celles qui font le plus de mal.
Tout ce qui influe sur les passions est du.do-
ii2 ESQUIROL,
maine de Y hygiène morale : les idées dominantes, les mœurs, les vices de l'éducation, etc.
Les idées dominantes de chaque époque, lorsqu'elles s'emparent fortement des esprits, se transforment en véritables passions, surtout les idées politiques et les idées religieuses, les plus vives, les plus générales de toutes, et qui semblent se partager les siècles. ce Le fanatisme religieux, ce qui a causé tant de folies autrefois, dit Esqui- « roi, a perdu toute son influence aujourd'hui, et « produit bien rarement la folie1. » — «Tel indice vidu, ajoute-t-il, que les frayeurs révolutionce naires de 95 rendirent aliéné, le fût devenu, il « y a deux siècles, par la crainte des sorciers et « du diable2. »
« L'influence de nos troubles politiques, dit-il ce encore, a été si constante que je pourrais donce ner l'histoire de notre révolution , depuis la ce prise de la Bastille jusqu'à nos jours, par celle ce de quelques aliénés dont la folie se rattache aux ce événements qui ont signalé cette période de
ce notre histoire Lorsque le pape vint en
ce France, les folies religieuses furent plus nomce breuses ; lorsque Bonaparte fit des. rois, il y eut
« beaucoup de rois et de reines dans les maisons * d'aliénés ' »
Les mœurs ne méritent d'être appelées bonnes qu'à proportion de l'empire qu'elles ont sur les passions. Ce qui fait le caractère le plus profond des mœurs d'un individu, d'une époque, d'un peuple, c'est la manière dont chaque individu, chaque époque, chaque peuple, gouverne ses passions, ou s'y abandonne.
Viennent, enfin, les vices de l'éducation; et c'est toujours par les rapports qu'ils ont avec les passions qu'il faut les juger. La meilleure éducation serait celle qui nous prémunirait le mieux contre les passions ; la plus mauvaise est celle qui nous y livre.
Esquiroi fait à l'éducation actuelle plusieurs reproches, et tous fort graves. On s'occupe beaucoup de l'esprit, mais on néglige le cœur. « Nous « semblons ignorer, dit-il, que le cœur a, comme « l'esprit, besoin d'éducation. La tendresse ridi- « cule et funeste des parents soumet aux ca- « priées de l'enfance la raison de l'âge mûr. « Chacun donne à son fils une éducation supéa rieure à celle qui convient à sa position, à sa « fortune Accoutumé à suivre tous ses pente chants, n'étant point façonné par la discipline
i 44 ESQUIROL, OU DES ÉTUDES PROFONDES SUR LA FOLIE.
« à la contrariété, l'enfant, devenu homme, ne « peut résister aux vicissitudes, aux revers dont
« la vie est agitée ! »
Les passions sont donc, comme je le disais tout à l'heure, la grande cause de la folie. C'est donc, encore une fois, à les prévenir, à les diriger, à les combattre, que tout doit tendre. « Nous som- « mes toujours coupables de nos maladies spiri- « tuelles, » a dit Cicéron; et Pinel finit son livre par ces paroles : «La médecine ne peut concourir « plus puissamment au retour d'une saine mo- « raie qu'en faisant l'histoire des maux qui ré- « sultent de son oubli. »