T. Il, p
le maniaque à un très petit nombre de sensations, à des sensations vives, inattendues, qui fixent son attention ' ; il faut arracher le monomaniaque à ses idées concentrées, il faut détourner, disperser son attention2; il faut exciter l'attention affaiblie du fou par démence 3, etc.
Le retour de Y attention est toujours le signe le plus certain du retour même de la raison.
Nous ne raisonnons bien, nous ne raisonnons juste que par une suite d'efforts que nous demandons à notre attention. L'homme distrait déraisonne. Au contraire, dès que l'aliéné redevient capable d'attention , il redevient capable de raisonnements justes.
« Si, dit Esquirol, une sensation forte, agréa- « ble, pénible ou inattendue, fixe l'attention du « maniaque, ou détourne l'attention du mono- « maniaque; si une violente commotion réveille « l'attention de celui qui est en démence, aussitôt « l'aliéné devient raisonnable, et ce retour à la « raison dure aussi longtemps que l'effet de la « sensation, c'est-à-dire aussi longtemps que le « malade reste le maître de diriger et de soutenir « son attention \ »
158 ESULIROL,
L'enfant nous offre encore ici quelque chose de très propre à guider nos vues ; dès qu'on peut le rendre attentif, on peut commencer à l'instruire ; au contraire, dès que le vieillard commence à perdre son attention, toutes ses autres facultés se perdent. Le vieillard se souvient des faits anciens, et oublie les faits récents : c'est qu'il a vu les premiers avec une attention forte ; il n'avait plus qu'une attention débile quand il a vu les autres.
Les observations d'Esquirol sur l'attention1 me conduisent à celles qu'il a faites sur la ré-
I. Laromiguière est un des philosophes qui ont le mieux senti toute l'importance du rôle que joue l'attention dans les opérations de l'esprit. « Les organes extérieurs des sens, dit- il, le « cerveau et l'àme doivent être considérés dans deux états en- « tièrement opposés. Dans le premier état, l'organe et le cerveau o reçoivent le mouvement, et l'àme reçoit la sensation : l'im- « pulsion est du dehors au dedans, et l'âme est passive. Dans le « second état, l'action est du dedans au dehors, et l'àme est « active... Toutes les langues du monde attestent cette vérité. « Partout on voit et l'on regarde; on entend et l'on écoute; on « sent et l'on flaire; on goûte et l'on savoure; on reçoit l'im- « pression mécanique des corps et on les remue. » (V. Leçons de philosophie, IVe leçon.) — Tout cela est très juste. Avec l'attention, l'action de l'esprit commence. L'attention est l'action... « L'étude pathologique des facultés de l'àme, ditEsquirol, « conduirait -elle aux mêmes résultats que ceux auxquels « M. Laromiguière s'est élevé dans ses leçons de philosophie? « Des laits nombreux justifieront cette donnée psychologique « sur laquelle repose un principe fécond de thérapeutique des « maladies mentales. » T. 1, p. 21.
or DES ETUDES PROFONDES SLR LA FOLIE. I 50
flexion,, et les unes et les autres aux résultats nouveaux, dont il a enrichi la théorie du traitement moral. Je passe donc tout de suite à ce qui regarde ce traitement.
III. Traitement moral. Que se propose-t-on, dans le traitement de la folie ? de faire cesser le trouble des passions et de l'intelligence. p'§st donc à manier convenablement l'intelligence et les passions que tout doit tendre. Il faut ramener le fou à l'attention, et par l'attention à la réflexion, et par la réflexion à la raison même.
Or, pour ramener ainsi le fou à l'attention, à la réflexion, à la raison, le moyen le plus efficace, ou plutôt, selon Esquirol, le seul réellement efficace, est l'isolement. L'isolement lui paraît indispensable ; mais ce moyen indispensable, comment agit-il? quels en sont les effets? et comment ces effets sont-ils utiles?
Le chapitre où Esquirol analyse les effets de l'isolement est un des chapitres les plus remarquables de son livre, et celui peut-être où parait le mieux toute la sagacité, si longtemps exercée, de cet esprit naturellement fin et ju-te.
L'aliéné n'est privé ni de sensibilité ni d'intelligence ; un aliéné qui veut dissimuler son état prouve, par cela seul, qu'il conserve une partie
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de sa raison ; le maniaque le plus furieux pense et raisonne : ses pensées remportent. Il faut commencer par le dompter, pour lui apprendre plus tard à se dompter lui-même.
Or, dans sa maison, chez lui, tout s'oppose à l'établissement de ce joug salutaire qu'il doit subir. Qui ne se conduit plus ou moins, chez soi, en enfant gâté? Qui ne s'y abandonne d'autant plus à ses fantaisies qu'il se sent plus aimé, plus toléré ? Qui prise assez les soins d'une épouse ou d'une mère? D'ailleurs tout est plus pénible chez soi, surtout la sévérité, le blâme : « Je ne survi- « vrais pas à ma douleur, disait un aliéné à Este quirol, si ma femme permettait qu'on me sou- « mît chez moi à un pareil traitement, quelque « indispensable qu'il fût '. »
« Qui n'a éprouvé, ditEsquirol, ce saisissement « indéfinissable qui s'empare de notre être, lorsce que nous sommes brusquement enlevés à nos « habitudes et à nos affections2? » L'isolement frappe l'aliéné d'un étonnement subit qui le déconcerte ; la nouveauté des impressions fixe son attention ; la chaîne vicieuse de ses idées se brise : on lui obéissait chez lui, ici c'est lui qui est contraint d'obéir. Ce renversement complet de situation le force à réfléchir et sur ce qui l'en-