‹ Examen de la question du mariage de la reine IsabelleChapitre 7 sur 8 · ARTICLE HUITIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE HUITIÈME

Nous allons examiner le danger de la réaction quant aux personnes. Quel« ques uns craignent que le fils de don Carlos, acquérant de Tinfluence dans le gouvernement, ne montre de Tanimosité contre ceux qui ont défendu le trône^ d'Isabelle; mais ceux qui pensent ainsi sont victimes d'une illusion qu'ils ont conçue durant la guerre et qu'ils appliquent à des circonstances tout-à-fait différentes. Si don Carlos était entré à Madrid en 1837, il y aurait eu réaction contre les personnes; cela était inévitable, parce que c'était dans la force même des choses. Mais sont-ce là les circonstances du mariage? Non certai-v nement : alors don Carlos triomphait et le trône d'Isabelle succombait. Main^ tenant Isabelle s'unirait avec le fils de don Carlos: d'un côté, la fille de Ferdinand resterait assise sur le trône , et de l'autre, l'alliance de la famille royale anéantirait toutes les questions et toutes les prétentions dynastiques. Alors le triomphe se devait à la force ; maintenant, le fils de don Carlos devrait, non le triomphe, mais les avantages, à des négociations pacifiques , à des moyens légaux, à l'influence de l'opinion publique, au désir d'une réconciliation générale, à la disparition de nombreuses préoccupations, à l'extinction des vieilles haines. Alors don Carlos se trouvait seul au milieu de ses soutiens qui pouvaient lui dire : « Nous avons conquis pour toi le trône au prix de notre sang ; tu ne peux manquer d'avoir des égards pour nous et de te prêter à ce que nous demandons. » Maintenant , le fils de don Carlos se trouverait au côté de son auguste cousine qui occupe le trône depuis long-temps déjà, et au milieu d'une nation composée d'hommes de divers partis, dont la conduite conciliatrice, dans la question du mariage , lui indiquerait le système également conciliateur qu'il conviendrait de suivre désormais.

Qui ne voit l'immense différence qu'il y a entre une situation et l'autre? Ce n'est pas le père, mais le fils; on ne détruit pas le trône d'Isabelle, on l'affermit , on le consolide par une alliance ; ce n'est pas un triomphe de guerre, mais de paix ; ce n'est pas une victoire , c'est un embrassement ; ce n'est pas un parti qui renverse un autre parti, c'est la fusion des partis dans un système national ; il n'y a pas compétence des nations étrangères , il y a tout au plus médiation amicale , il y a des conventions de bonne intelligence; et tout cela long-temps après la fin de la guerre civile , quand les haines sont apaisées ; quand les dénominations irritantes ne sont plus en usage ; quand l'esprit de tolérance et de fraternité s'est généralisé ; quand on est profondément convaincu qu'un système de persécutions et de vengeances est nuisible» intolérable et mortel pour ceux qui l'emploient ; quand tous les hommes judicieux désirent une réconciliation générale et reconnaissent l'absolue nécessité de cimenter le gouvernement sur une larçe base, d'avoir un pouvoir accepté par tous , à l'ombre duquel on puisse faire d'honorables transactions

sans humilier aucune des parties, sans ébranler Tédifice de TEtat Qui ne voit pas la dîfîérence , Timniense différence qu'il y a entre ces circonstances et celles d'un triomphe de don Carlos par la voie des armes 7 Qui ne voit pas, qui ne sent pas la différeirce , llmmense diiérence qu'il y a entre 1835 et

Persécuter I... cela serait inconcerable. L'époux d'Isabelle pourrait persécuter les défenseurs d'IsabeUe? Alors, que serait-ce de la reine? Youdra-t-on supposer aussi que son mari s'emparerait des rênes du gouyemeoient par la violence, et qu'il chasserait son épouse du palais royal ou qu'il la forcerait à se consumer tlans^la retraite ? Ces choses là ne sont pas de ce siècle ; le temps de recourir à ces violences est passé ; nous sommes dans le xix^ siècle ; nous vivons en Europe; et si Ton ne voulait pas accorder au fils de don Carlos de grands ta« lens, au moins on ne pourra lui nier le sens commun , et le sens commoa suffit et au delà pour éviter de telles aberrations ; le sens commun suffît et au» delà pour se garder de si grands excès. Il n'est pas de vérité que l'on ne puisse combattre à force de suppositions exagérées et absurdes. Si vous sup*> posez que le fils de don Carbs est un imbécile et qu'il a en outre le coeur perfide et cruel, alors il en résultera tous les inconvéniens que vous voudrez ; mais, en ne lui accordant qu'un esprit ordinaire et un cœur droit , ces inconvéniens ne sont plus que de vains rêves.

Il y a tant de choses qui effraient , annoncées à l'avance , et qui , réalisées».

ne sont rieni Celui qui aurait dit, en 1837, que l'on pouvait introduirai

dans l'armée de la reine un très grand nombre des chefs des rangs carlistes» que Ton pouvait confier à quelques uns de leurs généraux des postes très imr portansdans le civil et dans le militaire, celui-là aurait été regardé comme, un insensé. Quelle horreur ! se serait-on écrié. Comment cela est-il possible 1 Une tête bien organisée peut-elle s'abandonner à un tel délire ! et cependant* nous sommes témoins que cela a lieu ; et les pusillanimes ont pu se convaiur cre que ces dénominations de bandits, de cabedllas (petites têtes), de fac--^ lieux, de hordes, de cannibales^ de tigres, de monstres altérés de sang humain, étaient excellentes pour faire peur aux enfans et aux sots; mais que, malgré tout, les Carlistes étaient des hommes comme les autres, et nullement indignes de figurer d'une manière honorable dans la société. Ce qui a eu lieu^ avec tous ceux qui ont adhéré au convenio, aurait lieu avec le mariage et toutes ses conséquences. Les premiers momens de froideur passés , les uns et les autres se riraient de leurs values craintes.

Le grand nombre de ceux qui ont adhéré au convenio de Yei^ara, simplifie. singuUèrement la question du mariage au point de vue de la solde. Les récla-»^ mations pour être réhabilité seraient moins nombreuses, puisque beaucoup le. sont déjà ; et, certes, l'accroissement de dépenses causé par le retour de ceuxci serait abondamment compensé par les avantages. La dépense seule occar sionnée par les marches des troupes pour étouffer une insurrection ou la pré* venir, s'élève bien au dessus du montant de c«s soldes ; et que sera-ce si nous prenons garde an gaspillage de fonds causé par un seul de ces pronunciamientos que nous suMssons tous les ans ? Une grande et prévoyante mesure qui af*» fermirait solidement le gouvernement, outre .qu'elle serait politique, ne serait*

elle pas largement économique ? Que sont quelques cesantes de plus dans cet abîme de cesantias que creusent sans cesse les vicissitudes des partis? Que sont quelques grades dans cette profusion avec laquelle on prodigue les grades à chaque pronunciamiento, dans chaque crise, dans chaque danger, à chaque triomphe d'une coterie ?

L'une des causes les plus puissantes du déficit chaque jour croissant qui travaille nos finances et qui menace de nous conduire tôt ou tard à une banqueroule, c'est d'avoir une armée plus grande que nos ressources ne nous le permettent, sans que l'exigent non plus nos besoins quant à l'extérieur. L'Espagne, depuis que les frontières sont réduites aux Pyrénées et qu'elle ne possède d'£tats en aucun autre pays du continent, doit garder une position neutre au milieu de toutes les complications qui peuvent ijurvenir en Europe. Et si un jour l'Espagne doit aspirer à reconquérir le rang qu'elle a perdu entre les puissances de premier ordre, sa position péninsulaire et la muraille des Pyrénées annoncent que sa force principale ne doit pas être terrestre, mais maritime; les souvenirs que l'on doit évoquer ne sont pas ceux de Pavie et de Saint- Quentin, mais ceux de Lépante.

Sans doute nous avons besoin d'une armée ; mais pas, à beaucoup près, aussi forte que celle que nous avons maintenant; et par là même il faut chercher les moyensdeh réduire aux proportiousde nos ressources. Et pourquoi conserve-t-on une armée si nombreuse, bien que cinq années se soient écoulées depuis la fin delà guerre? Est-ce, par hasard, pour tenir tête à quelque puissance qui nous menace? Quelle est-elle? Et si elle nous menaçait et qu'on eût l'espoir de lui tenir tête, notre armée, bien que trop nombreuse pour l'Espagne, serait-elle en proportion avec les armées ennemies? Si, depuis la fin de la guerre, l'on n'a pas mis l'armée espagnole sur le pied exigé par l'état de paix, c'est parce que le gouvernement en a besoin ; c'est à dire que les esprits sont inquiets et troublés : car de grands problèmes sont pendans, car l'avenir est incertain et hasaideux ; c'est parce que le gouvernement sait par des expériences trop répétées , qu'il a besoin de l'appui des baïonnettes pour maintenir l'ordre public.

Et qu'en résulte-l-il ? Une charge pour la nation et un préjudice pour l'armée elle-même ; pour la nation, parce qu'elle est forcée de payer plus qu'elle ne peut ; pour l'armée, parce que le service actif absorbant la plus grande partie des ressources, la classe non active est trop négligée ; pour la nation , car elle se voit forcée d'ajouter aux contributions d'argent des contributions de sang; pour l'armée, car, enveloppée trop souvent dans les dissensions et les luttes de partis, elle subit aussi dans son personnel les vicissitudes, compagnes des bouleverscmens politiques. On a vu aussi dans l'armée des avancemens et des chûtes, des promotionset des destitutions, qui, au milieu de la confusion où ils ont lieu , ne peuvent manquer d'entraîner avec eux la partialité et l'injustice.

Que l'on élai^isse les bases sur lesquelles s'assied ce gouvernement, que l'on fasse disparaître les motifs de nouvelles discordes, que l'on attire tous les partis autour du trône, et alors l'action du pouvoir sera forte, non par les ai*mes, mais par la. loi; alors ces armes n'auront pas besoin d'être si nomhreuses, parce qu'elles seront uniquement consacrées à veiller pour l'indé-

pendance et Thonneur national, et non à être en garde contre les révoltes suscitées par les discordes civiles.

Et que Ton remarque un fait qui mérite de n'être pas mis en oubli. Depuis quelque temps, les militaires ont été chargés d'empêcher les luttes politiques; mais, en revanche, les victimes immolées à la colère des vainqueurs ont été prises parmi eux. En 1841, on commença à fusiller des généraux illustres ; d'autres furent privés de leurs honneurs, de leurs grades et de leurs décorations : nous sommes en 1845, et la chaîne des infortunes n'est pas encore rompue pour les militaires. Que l'on se rappelle des décrets récens destituant les uns, et le sang des autres qui fume encore. Un avancement moins rapide, mais plus sûr, ne vaudrait-il pas mieux ? Ne vaudrait-il pas mieux que le brave qui a versé son sang dans cent combats, ne courût pas le risque de périr sur un échafaud? Toutes les classés de l'Etat ont intérêt à ce que nous entrions à tout jamais dans un ordre de choses stable et solide, et l'armée doit être comptée au nombre de ces classes. Il est vrai que, pendant les troubles, l'armée a ses jours d'adulation intéressée, d'éloges exagérés, de récompenses démesuT rées ; mais, en dernier résultat, la continuation des bouleversemens nuit à beaucoup de ses membres et à l'institution elle-même. La révolution fait payer cher ses dons à ceux qu'elle favorise: les comptes s'ouvrent avec une générosité prodigue ; ils se liquident avec une usure intolérable.

L'esprit exclusion qui a dominé les partis a dû flatteries employés respectifs, cela était naturel. Le calcul suivant est bien simple : « Plus il y aura d'exclus, moins j'aurai de rivaux. » Nous le répétons, ce calcul est simple, mais il n'est pas exact; en voici un autre qui le détruit : « Plus il y aura d'exclusions, plus je suis en danger d'en être victime. » Si l'on comptait le temps que les employés respectifs ont été sans fonctions, on verrait qu'il y a compensation avec celui durant lequel ils jouirent d'une prédilection exclusive.

Mais si cette tendance, qui règne depuis quelques années, ne convient pas aux employés mêmes , il convient moins encore à la nation , qui se voit privée des lumières de beaucoup d'hommes très utiles, condamnés ou à ne pouvoir jamais la servir, ou à ne pouvoir le faire que lorsqu'arrive l'époque du parti auquel ils appartiennent C'est là un mal grave, très grave, qui rend impossible un bon gouvernement, et auquel on ne remédiera qu'avec un pouvoir fort qui n'ait pas besoin de flatter tel ou tel parti.

Qui peut nier qu'il y ait dans tous les partis des hommes très utiles? Ni les Monarchiques , ni les Modérés , ni les Progressistes n'oseront s'attribuer exclusivement les connaissances nécessaires pour servir utilement l'Etat dans les différentes carrières du service public? Est-il quelqu'un qui ose soutenir qu'il n'y avait pas, sous l'ancien régime, d'hommes distingués par leur savoir et par leur expérience dans les affaires , et qui gémissent maintenant dans la misère en récompense des grands services qu'ils ont rendus à l'Etat? Est-il aussi quelqu'un qui nie qu'il y ait eu, sous le nouveau régime et dans les diverses fractions du parti libéral, des hommes qui ont servi avantageusement en diverses branches ? Eh bien! jusqu'à ce qu'il y ait un pouvoir assez fort , qui puisse se servir de tous sans craindre personne ; jusqu'à ce qu'il y ait un pouvoir qui ne soit point basé sur des principes et des intérêts

exclusifs, comme cela a eu lieu depuis la mort du roi, la nation ne pourra pas tirer parti d'un grand nombre de ces hommes; et lors même que les plus droits et les plus capables seraient maintenant en fonctions , ils ne produiraient pas, tant s'en faut, le bien qu'on pourrait en attendre, si, au lieu de donner leurs soins à l'intérêt public en s'occupant de leur charge, ils n'étaient forcés de penser constamment à soutenir les intérêts politiques de la fraction qui les emploie.

Qu'ont été jusqu'ici les chefs politiques, ou, pour mieux dire, qu'ont-ils pu être? Quels avantages ont-ils pu procurer aux peuples? Comment voulezvous exiger que celui qui est sans cesse distrait par les intrigues, les élections, les changemens de ministère, les variations politiques, les conspirations, s'occupe d'amélioreri.le sort des administrés? Cet homme ne peut gouverner ; ce qu'il fera consistera à se défendre, en défendant ceux qui le protègent et dont dépend son sort. Il s'apercevra qu'on mine sous ses pieds, il contreminera ; si l'anarchie le menace, il se montrera despote; il devrait tenir tête aux envahissemens de l'autorité militaire, mais il se livrera entre ses mains, parce qu'il a besoin d'elle ; il ne s'agit point de gouverner, mais de combattre. Et ce qui a eu lieu avec les chefs politiques a eu lieu avec les intendans et avec tous les employés , et continuera d'avoir lieu si l'on n'applique pas le remède à la racine du mal. Le gouvernement doit avoir de la condescendance pour ceux qui lui sont dévoués, parce qu'il a besoin d'eux; le gouvernement ne s'appuie pas sur la nation, mais sur un parti; et tant que cette situation durera, les hommes pourront être changés, mais non la nature des choses. En vain accusera-t-on tel ou vel ministre, tel ou tel employé; la force des circonstances leur prescrit celte conduite ; en vain tenteraient-ils de se mettre au dessus d'elles.

Nous allons terminer cet article par une réflexion que nous croyons grave. La mort prématurée d'une personne élevée , laissant un enfant pour successeur, n'est pas hors de l'ordre du possible. Si la question dynastique n'est pas résolue faute de la réalisation du mariage que nous conseillons, l'imagination s'effraie et le cœur s'afflige en pensant aux terribles hasards d'une nouvelle minorité, à la possibilité d'une nouvelle guerre civile, h la répétition de quatorze autres années semblables «i celles que nous avons traversées. Ceux mômes qui ont profité du nouveau régime, n'ont-ils pas un intérêt évident à se mettre en garde contre les éventualités que pourrait amener un événement si funeste ? Ce sont là des conjectures, des suppositions, cela est certain ; mais il en est tant de ce genre qui se réalisent !

Mais on nous dira : le mariage avec le fils de don Carlos ne donne-t-il pas également lieu à de graves questions, principalement dans le cas dé cette mort, s'il n'avait pas de succession? Que faire alors ?

Cette difficulté est grave ; mais elle n'est pas insoluble ; et nous donnerons une preuve de notre loyauté en déclarant qu'il ne serait nullement convenable de la laisser sans solution , et qu'il serait très important , nécessaire de la résoudre d'avance. Comment ? Nous ne hasarderons pohit notre humbb opinion sur un point aussi grave et aussi délicat; mais, pour que l'on voie que nous ne voulons rien de secret, et comme, d'un autre côté, la loi de succession

h la couronne est intéressée dans cette affaire , nous croyons que la réalisation du mariage devrait être précédée par la résolution de cette question pour toutes les éventualités possibles ; cette résolution devrait être arrêtée dans ies^ cortès, elle devrait faire partie des contrats matrimoniaux, afin qu*il ne manquât pas uuc condition nécessaire en pareil cas, Facceptation de Tune des parties contractantes ; elle devrait obtenir en outre , s'il était possible, Tassentiment de la diplomatie européenne pour prévenir toute espèce de difficultés et aplanir tous les obstacles. Rien de secret^ tout avec la plus grande publicité ; rien de douteux, tout prévu et fixé d'avance et avec toutes les sanctions possibles. Nous sommes si profondément convaincu de la sagesse de la nation espagnole et de la grandeur des désenchantemens que nous ne craignons pas une semblable discussion ; au contraire, nous en attendrions beaucoup. Elle ferait disparaître pour toujours tous les doutes surla loi de succession à la couronne; aucun parti ne pourrait rien alléguer contre ce qui se résoudrait; tous y prendraient part et tous accepteraient les modifications qui se feraient Cela est d'une immense importance pour l'avenir de l'Espagne.

Nous sommes arrivé au terme de l'examen que nous nous étions proposé , et quoique nous ignorions jusqu'à quel point Tesprit des lecteurs aura été frappé des raisons alléguées en faveur de la résolution qui nous semble laplu$ convenable, nous avons la conviction de les avoir exposées sans partialité, sans expressions irritantes , sans avoir remué des passions bâtardes, et sans avoir éveillé des ressentimens que nous désirons voir éteints pour toujours.

Nous avons passé en revue toutes les répugnances, toutes les susceptibilités, sans rien cacher , sans rien dissimuler. Nos adversaires auront pu trouver les raisons faibles et mal présentées et les difficultés mal résolues; mais ils avoueront au moins que nous ne les avons point éludées, que non seulement nous ne les avons pas considérées en général , mais que nous avons cherché à indi* quer les moyens d'éviter les inconvéniens qui pourraient résulter de l'alliance.

Quoique d'autres semblent penser d'une autre manière , nous avons cru le moment arrivé de porter cette question sur le terrain de la discussion publique. Il ne sert à rien de dire que le temps n'est pas venu de l'exécuter, pourvu que ce soit le temps d'y penser. Cette affaire est si grave et si transcendante qa'on peut bien employer des années entières à y préparer l'opinion du pays. La constitution de l'Etat a été discutée cette année et les années précédentes , dans la presse et à la tribune, avec une latitude illimitée; et M. Roca de Togores dit bien au congrès , dans la séance du 28 novembre 184^, que la question du mariage de la reine était plus que la constitution même. Dans son discours , ce député fit observer, en parlant des partis , que la déclaration de la majorité de Doua Isabelle II était l'œuvre de leur mutuel concours, et que le mariage de Sa Majesté était leur commune espérance. Pourquoi donc ne pas examiner d'avance comme il convient, avec soin et avec respect, quel est l'objet qui pourra le mieux répondre à cette commune espérance ?

Dans des questions si graves et dans des situations telles que celle de l'Espagne, peut-on prendre une résolution sans consulter préalablement l'opinion publique? Et n'est-ce pas la presse qui doit remuer cette opinion, l'examiner, la sonder , l'exprimer , sinon l'éclairer et la diriger ? Les questions vraiment

grandes, comme l'est sans aucun doute la question présente, s^agrandissent encore par la discussion ; car chacun les considérant sous le point de vue <iui loi convient, 11 se manifeste mille relations , mille points de contact et iniUe conséquences que l'on n'aurait point aperçus sans la diversité des avis.

Si nous avions craint la lumière pour Topinion que nous soutenons, nous l'aurions évitée; au lieu de publicité et de discussion, nous aurions désiré le silence. Nous n'en avons point agi ainsi ; cela prouve du moins la conviction que nous avons que la raison et la politique sont de notre côté.

Vainement ne voudrait-on point penser à la solution de ce grave problème; le problème est là : l'ajourner n'est pas le résoudre ; en détourner les yeux n'est pas en faire disparaître les difficultés, ni endimânner rimportance.

N'oublions pas que la manière de donner aux affaires une sagedirectioii, et aux difficultés une solution juste et pacifique, c'est de pr^rer l'opinion des populations dont on doit consulter les intérêts. Les ^avennemens réalisent leurs mesures avec un déa*et ; mais ils n'en évitent pas les mauviîses conséquences. Malheur à l'Espagne, si l'affaire que nous traitons se résout par une surprise et dans des vues d'intérêt particulier! NauS'e^)érons que cela n'aura pas lieu. 'Nous l'avons dit au commencement et jqous le répétions ici : nous concevons très bien que l'opinion que nous avons défendue dans ces articles ait de nombreux adversaires, nous concevons que l'on croie d'autres combinaisons plus convenables ; mais ce que nous ne concevrions pomt, c'est qu'un ministère, à quelque époque que ce fût , procédât, dsuis uite^àffaire si importante, par des intrigues ténébreuses, oubliant ce que l'on doit à «ne nation tdie que la nation espagnole. On n'aura point oublié les éloquentes paroles avec lesquelles M. Martinez de la Rosa protestait contre uoei semblable conduite.

Et est-U vrai que le mariage de la reine avec le fils de don Carlos soit, une absurdité à laquelle personne ne pense, une absurdité qui ne mérite pas d'occuper des hommes d'Etat, et qui n'est pas même digne des honneurs de la dis- I cussion? Ce n'est pas ainsi qu'en pense l'Europe; ce n'est pas ainsi qu'en pense l'Espagne. Les débats sur la réforme de la constitution, tant au congrès qu'au sénat en sont une preuve évidente.

Les membres des deux corps législatifs qui ont regardé cette affaire comme très sérieuse et digne d'appeler l'attention des hommes penseurs, ne sont pas carlistes. Une impulsion vers une direction que ne voulurent prendre ni le congrès ni le sénat, était partie des bancs du ministère. Il faut rendre justice aux deux chambres : elles montrèrent beaucoup de prudence en ne voulant juger d'avance la question en aucun sens ; il y eut dans les deux chambres des hommes renommés qui montrèrent qu'ils comprenaient toute l'importance de l'affaire.

« C'est mon opinion, disait M. ÉGAGNA, que les hommes d'État ne doivent » fermer aucune porte à l'avenir, ce qui nous paraît aujourd'hui dangereux » et même funeste, pouvant demain être convenable et même NÉCESSAIRE. » (Séance du 30 novembre.)

» Mais n'y a-t-il que le fils de don Carlos seul, disait M. Pegnay Aguayo, * q ui p u is s e mettre les institutions en péril? N'y a-t-il pas d'autres princes

» qui puissent faire courir à nos institutions un danger plus grand encore ? » Enfin, le fils de don Carios pourrait ofTrir quelques avantages» mais les au- )> très aucun. » ( Séance du 28 novembre.)

M. FERNANDEZ DE LA HOZ disait , dans la séance du 29 du même mois : « C'est ainsi que nous nous aliénons des volontés, que nous introduis « sons partout des craintes et que nous détruisons des espérances. »

» N'oublions pas, Messieurs, qu'il y a en Espagne un parti nombreux qui » espère ce résultat; et je dis la vérité. Savons-nous s*{l ne viendra pas un vjour où les circonstances changeront et changeront d^une manière no- » tablet »

» La famille à laquelle il a rapport (le paragraphe 4), disait M. ARRAZOLA » dans la même séance, est déjà jugée ; elle est hors la constitution. Et pour- » quoi établir un paragraphe que d'autres pourraient changer ? car nous ne » pouvons fixer lu roue de la fortune. Le champ électoral est ouvert , les » partis s'organisent ; ce qui était hier la minorité sera demain la majo- ^ rite. »

» Les questions de prétention , disait M. le marquis de MIRAFLORES » au sénat , ne se sont terminées habituellement qu'avec la fusion des » droits, »

Après le vote qui eut lieu au sénat au sujet du paragraphe relatif au mariage, un sénateur se leva, et, parlant au nom de ceux qui avaient voté comme lui , il déclara qu'ils n'avaient entendu juger d'avance ancune question particulière, ni s'opposer à aucune combinaison qui pût être utile au pays.

Que signifie tout cela ? Que la question que nous traitons n*est pas une question absurde , mais une question très grave, très sérieuse ; et que beaucoup, qui ne sont pas Carlistes, sont convaincus de cette vérité.

Imprimerie d'Eo. Peoitz et G% rue NeuTe-des-Bons-Enfanf , 8.

Les Ëtudes critiques sur le Roman-Feuilleton. '''NB?TEHt»T"

1 vol. ln-8o. Prix : 6 fr.; par la poste. 7 fr. 50 c. Les Etudes critiques sur le Roman- Feuilleton ODt élé inspirées à son auteur par une de ces pesées qui viennent d*en haut, et ce n'est pas la première fois que nous voyons M. Alfred Nettement se lever pour signaler des écarts en matière politique et religieuse. Dans ces études critiques sur ies romans d'Eugène Sue et de Frédéric Soulié, dans ces analyses des Mystères de Paris, du Juif-Errant, de Mathilde et des Mémoires du Diable, i'éorivain moraliste a été toujours fort, sage, éloquent, amusant et plein de goût. Nous ne savons pas de salon où il ne soit bon de faire entrer ce livre.

I 'KYIIAClifiAfl DAVfllictil P^^ 1^ même auteur, 1 vol. in-Si Prix : 5 fr.; par li |JA|IUS1I1UU UUjaiIdU;) la poste, 5fr. L'Exposition Royaliste mérite le même éloge. Dans ce livre encore, c'est la raison et la vérité jointes à la pureté du style et à l'excelieiace des doctrines.

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rUthPrinP ^^ ^' ^^^^ Sandéau. Cette ra<vt8samto Nouvelle, publiée par t/UUIlyl lUv ^ LA Mode, vient deire réunie dans une brochure contenant la valeur d'un volume in-8° du prix db 7 francs. Elle est envoyée gratuitement aux abonnés d'un an , ainsi que le Garde d'Honneur , par M. Roger de Beauvoir. Ces deux Nouvelles, traduites en allemand et en espagnol, ont obtenu un succès [qui nous dispense d'en faire l'éloge.

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