‹ Examen de la théorie de M. Longet relative à la transmission des impressions sensitivesChapitre 7 sur 7 · III. FAITS ANATOMIQUES (OUTRE U TUÉOKIE DE M. LO.TGET · texte numérisé non relu

III. FAITS ANATOMIQUES (OUTRE U TUÉOKIE DE M. LO.TGET

Nous avons déjà montré ailleurs (1) que l’anatomie humaine, l’anatomie comparée et l’anatomie déstructuré sont également contraires à la doctrine de M. Longet. Nousnous borneronsà ajouter iciquelques faits très-importants à l’égard de la structure de la moelle épinière et de la moelle allongée, faits qui sont en opposition formelle avec la théorie que nous critiquons.

Les coupes transversales de la moelle épinière, ainsi que nous l’avons vu sur des préparations faites par nous-mêrae, et surtout sur d’admirables préparations faites par Slilling et J. Lockhart Clarke, et d’après ce qui a été publié par la plupart des micrographes qui se sont occupés récemment delà structure de la moelle épinière, montrent que les racines postérieures, d’un côté, envoient des fibres : 1" dans le cordon postérieur du côté correspondant et dans celui du côté opposé ; T dans le cordon latéral du côté correspondant et dans celui du côté opposé; 3° dans les racines antérieures du côté correspondant et

(1) Gaz. Méo. de Paris, 1855, p. 567, et Mém. de la Soc. de biol. pour 1855, p. 57-59.

dans celles du côté opposé (1). A. cela il faut ajouter qu’il y a aussi des fibres transversales venues des racines postérieures, qui semblent s’unir aux cellules de la substance grise.

Les coupes longitudinales de la moelle épinière donnent des résultats bien plus importants. Nous avons vu de très-belles préparations de ce genre, les unes faites par Stilling, les autres faites par J. Lockhart Clarke. Les préparations que nous avons faites nous ayant conduit à admettre l’exactitude des dessins que Clarke a publiés, et l’examen comparatif que nous avons fait des préparations de cet anatomiste distingué et de ses dessins, nous ayant montré que ceux-ci sont, pour ainsi dire, des portraits très-ressemblants, nous allons indiquer, en peu de mots, ce que ces dessins et ces préparations enseignent à l’égard de la marche des racines postérieures dans la moelle épinière.

Ils montrent (2) que les fibres des racines postérieures se divisent en trois séries : une de fibres ascendantes, une de fibres descendantes, une de fibres transversales.

Les fibres ascendantes se dirigent obliquement vers l’encéphale. La plupart se portent dans l’intérieur de la substance grise; les autres montent longitudinalement avec les fibres des cordons postérieurs.

Les fibres descendantes, en s’éloignant de l’encéphale, se portent presque toutes dans l’intérieur de la substance grise.

Quant aux fibres transversales, nous avons dit plus haut comment, elles se comportent.

Parmi les fibres ascendantes ou descendantes, il en est qui sont eotnmissurales. Elles passent le long des cordons postérieurs, allant des racines postérieures d’une paire de nerfs aux racines postérieures etc la paire de nerfs qui est au-dessus et de celle qui est au-dessous (3). D'autres fibres, parmi les descendantes, paraissent clairement se continuer avec les racines antérieures.

Il importe de dire que Clarke n’a été guidé dans ses recherches sur la structure de la moelle par aucune vue théorique, et que lorsqu’il découvrit, en 1853, que les racines postérieures ou sensitives envoient des

(I) Voyez la fig. 7, pl. III, Mém. de la Soe. de biol. pour 1855, t. h, 2' série.

;2) Voyez Piiilosopiiical transactions, 1853, p. 347, pl. XXIII et XXI\, et MÉM. DE LA Soc. de biol. pour 1855, pl. lH, fîg. 8 et 10.

(3) Voyez la fig. 7, pl. Il, ta Mém. de la Soe. de biol. pour 1855.

libres descendantes dans la moelle épinière, il ignorait que l’année précédente, j’avais été conduit, par certaines expériences, à admettre l’existence de ces fibres.

Le nombre des fibres descendantes parait être inférieur à celui des fibres ascendantes. Cela montre qu’il faut chercher ailleurs que dan3 la différence de nombre, l’excès de sensibilité que j’ai trouvé dans le bout caudal comparé au bout céphalique des cordons postérieurs coupés en travers.

M. Longet, suivant en cela Charles Bell, a soutenu que parmi les nerfs crâniens, ceux qui servent à la transmission des impressions sensitives naissent des prolongements dans l’encéphale des cordons postérieurs de la moelle. Nous avons déjà dit ailleurs combien les belles recherches de Stilling etde MM. Vulpian et Philipeaux sont en opposition avec l’hypothèse soutenue par M. Longet; nous nous bornerons à dire ici qu’aujourd’hui il n’est plus douteux que c’est de la substance grise de la moelle allongée que viennent les nerfs sensitifs crâniens, et non des corps restiformes. Les belles recherches de R. Wagner et de quelques autres anatomistes ont donné une complète confirmation à ce qu’avait avancé Stilling à cet égard, dans ses deux magnifiques ouvrages sur la moelle allongée et sur la protubérance. Nous sommes heureux d’avoir à ajouter à l’autorité de ces noms célèbres celle d’un homme si compétent en anatomie microscopique que Koelliker (1).

En résumant ce que nous venons d’exposer à l’égard de la théorie ou mieux du système de M. Longet, relatif à la voie de transmission des impressions sensitives dans le centre encéphalo-rachidien, nous dirons :

A. Qu’il existe de nombreuses contradictions entre différents points de ce système, et aussi entre ce système et des faits et des théories que M. Longet admet comme vrais, et qu’il est singulier que ces contradictions n’aient pas empêché l’auteur de proposer son système et le public de l’admettre (voy. ci-dessus, p. 8-9) ;

B. Que les faits expérimentaux rapportés par M. Longet, en preuve de la seule partie de son système qu’il ait essayé de démontrer, ne donnent pas et ne peuvent pas donner les résultats qu’il annonce, excepté peut-être sur des animaux mourants;

(1) Voyez les Éléments d'histologie humaine, traduction île MM. Béelard et Séc, fase. II, p. 330.

C. Qu’en admettant cependant que ces expériences aient donné tes résultats que M. Longet dit avoir obtenus, ceux-ci ne prouvent absolument rien en faveur du système qu’il a soutenu (voy. Mémoires de la Société de biolocie pour 1855, p. 56) ;

D. Que M. Longet lui-même rapporte des expériences contraires à son système (voy. ci-dessus, p. 10) ;

E. Que M. Longet n’a pas fait d’expériences directes pour trouver la voie de transmission des impressions sensitives dans la moelle épinière, et qu’il ne pouvait pas en faire, puisque, ainsi qu’il le déclare formellement lui-même, il n’a jamais pu mettre la moelle à nu à la région lombaire, sans produire une paralysie de la sensibilité dans le train postérieur (voy. son Traité de physiologie, t. II, B. 1850, p. 186) ;

F. Que M. Longet n’a établi son système que sur une fausse apparence de continuité des fibres des racines postérieures avec les cordons postérieurs ;

G. Qu’il n’a apporté à l’appui dé ce système aucun fait direct anatomique, expérimental ou clinique (voy. ci-dessus, p. 8, et les Mémoires de la Société de biologie pour 1855, p. 57);

77. Qu’il existe un nombre extrêmement considérable de faits anatomiques, expérimentaux et cliniques, qui prouvent directement l’inexactitude de ce système, et que ces faits sont tellement en opposition avec ce système que chacun d’eux (au moins parmi les faits expérimentaux et les faits cliniques) suffirait à lui seul pour prouver l’inexactitude du système (voy. ci-dessus, p. 10-21);

7. Que non-seulement le système, dans son ensemble, est essentiellement contraire aux faits, mais qu’il en est de même pour chacun de ses détails ;

C’est ainsi que : 1° Il n’est pas vrai que toutes les fibres des nerfs rachidiens qui transmettent des impressions sensitives pénètrent avec les racines postérieures dans les cordons postérieurs (voy. ci-dessus, p. 19-21);

2° U n’est pas vrai que les fibres servant à la transmission des impressions sensitives, et qui ont pénétré dans les cordons postérieurs, se portent à l’encéphale dans ces cordons (voy. ci-dessus, p. 10, 11, 12, 13,16);

3° Il n’est pas vrai que la transmission des impressions sensitives s’opère exclusivement le long des cordons postérieurs et des corps restiformes (voy. ci-dessus, p. 10-17);

4” Il n’est pas vrai que les fibres des racines postérieures servant à la transmission des impressions sensitives passent en majorité à travers le cervelet (voy. ci-dessus, p. 14 et 19);

5” Il n’est pas vrai que ces libres sortent du cervelet par les processus cerebelli ad testes (voy. ci-dessus, p. 14);

6° Il n’est pas vrai que ces fibres s’entre-croisent là où quelques anatomistes croient que les processus cerebelli ad testes s’entrecroisent (voy. ci-dessus, p. 12 et 16);

7° Il n’est pas vrai que la moelle allongée n’ait pas uue action croisée pour la sensibilité (Yoy. ci-dessus, p. 21, et notre Mémoire sur la

TRANSMISSION CROISÉE, in GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE, etc.,

1855, nos 31 et 36);

8° Il n’est pas vrai que les nerfs crâniens sensitifs naissent des prolongements des cordons postérieurs dans l’encéphale, c’est-à-dire des corps restiformes (voy. ci-dessus, p. 21) ;

9° Il n’est pas vrai que la transmission des impressions sensitives ne puisse s’opérer que par des parties sensibles (voy. ci-dessus, p. 10-17) ;

10* Enfin, il n’est pas vrai que la substance grise soit incapable de transmettre les impressions sensitives (voy. ci-dessus, p. 12-16).

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