‹ Examen de la Vision Pour le Service de la MarineChapitre 11 sur 14 · MAT · texte numérisé non relu

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un essai sur lui-même, que Fappareil fonctionne bien. Puis ilest une ruse à laquelle il faut s’attendre: le sujet examiné peut brusquement eligner l'œil qu'il déclare malade, et, pendant le peu de tempsque la vision monoculaire se trouve établie, préparer la réponse qu’il doit faire. Il faudra donc veiller attentivement le sujet, et, si le médecin s'aperçoit de ce stratagème, il devra passer à l'emploi d’un autre procédé, en interdisant au coupable de recommencer, sous peine de le déclarer propre au service.

Procédé de Boisseau. — 11 suffit, les deux yeux du malade regardant un objet, de presser légèrement sur le globe oculaire sain, à son angle externe: si l’image est seulément déplacée, l'affection existe; s’il y a diplopie, on esten présence d’un simulateur.

Procédé de Javal.— Il peut se pratiquer sans appareil spécial comme le précédent. On fait lire une page d'imprimerie au sujet suspect, et pendant ce temps on interpose, entre sa figure et les caractères, un objet (crayon, couteau à papier, etc.) faisant fonction d'écran. Cet écran masque à l’œil sain une partie de la page qui, si elle est lue en entier, ne peut l’être qu'avec le concours de l’autre, non malade par conséquent.

Différentes modifications ont été apportées à ce procédé par Cuignet, Martin; Barthélemy à construit un appareil reposant sur le même principe, et grâce auquel où peut mesurer, à l'insu du malade, l’acuité visuelle de l’œil amblyope.

Procédés basés sur les miroirs pseudoscopiques.— Les miroirs pseudoscopiques sont des miroirs disposés detelle façon que

HN es l’œil droit croit voir l’objet qui est vu par l'œil gauche, et réciproquement.

Dans l’appareilde Monoyer, l'illusion est produite par deux petits miroirs mobiles et pouvant prendre des inclinaisons variées.

Dans la boîte de Flees, les deux miroirs sont inclinés l’un par rapport à l’autre de 120.

Barthélemy a apporté une modification àla boîtede Flees, ‘et ce nouvel appareil, qui est contenu dans la boîte pour l’examen des yeux, utilisée dans la marine, tout en rendant plus facile la surveillance des yeux du sujet, permet de donner diverses inclinaisons aux miroirs, de façon à multiplier les épreuves.

Dans l’appareil de Mareschal, un seul miroir est employé et l'appareil peut se construire aisément.

L'appareil de M. Bertin-Sans, fondé sur le même principe, prête davantage à l’illasion et doit forcément conduire le simulateur à une réponse qui le condamne. Un seul point lumineux est vu, mais l’observateur peut à volonté le faire apparaître ou disparaître, suivant qu’il en permet la vue, à l’œil sain ou à l’œil malade. Le simulateur, dans ses réponses, ne peut invoquer que le hasard qui le trahit forcément.

Procédés basés sur l’emploi du prisme. — Dans le procédé de de Graefe un seul prisme est employé. On le place devant l’œil sain, seul ouvert, de façon à déterminer la diplopie. L'autre œil, suspect, est démasqué et en même temps le prisme est légèrement déplacé. Dans sa nouvelle position, le prisme ne produit la diplopie que si l’œil qu'on vient d'ouvrir y voit. Le simulateur se condamnera donc en accusant encore deux images.

On arrive plus facilement au même résultat, d’après Galezowsky, en employant d’abord un prisme biréfringent,

bis

— DD — qu’on remplace, à l'insu du sujet, dans la seconde partie de l'expérience précédente, par un prisme ordinaire placé dans une monture semblable au premier. :

Le D' Monoyer, par deux prismes opposés par leurs bases et qu'on peut éloigner ou rapprocher l’un de l’autre, obtient une série de combinaisons dans le nombre et la position des images, qui laisse bien peu de chances de succès au trompeur.

Le prisme, comme l’a indiqué Welt, pent être utilisé d’une autre façon. : on le place devant l’œil suspect, l’autre étant également ouvert, et on invite le sujet à lire de petits caractères. Pendant sa lecture, on fait varier l’inclinaison du prisme; si l’œil n’est pas malade, la lecture deviendra presque impossible à cause des déplacements des images vues par lui; dans le cas contraire, le prisme n’aura aucun effet.

Enfin, le stéréoscope, basé toujours sur emploi des prismes, se prête à une fonle d'expériences mettant le simulateur dans le plus grand embarras. Armaignac et Monoyer ont indiqué les façons de s’en servir. Il est nécessaire, pour cela, de remplacer lépreuve photographique ordinaire par un carton sur lequel on a tracé des signes variés, disposés de telle sorte qu’il est impossible de savoir lequel des deux yeux les voit. Monoyer, en traçant sur ce carton des caractères typographiques, arrive même à mesurer l’acuité visuelle de l’œil suspect. |

Ces divers procédés, fournissant tous d’ailleurs des renseignements précis, ont l’inconvénient de nécessiter, pour la plupart, des appareils spéciaux. Un reproche très grave que l’on peut aussi adresser à ceux où l’on emploie une boîte, c’est qu’il est difficile de surveiller l'œil suspect, qui peut dès lors se fermer à l’insu de l’observateur.

Il me reste à exposer deux procédés fondés sur l’inégale

absorption des rayons du spectre par les milieux réfringents.

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Le premier est classique, c’est celui de Snellen: je le décrirai avec un peu plus de détails que les précédents, parce qu'il me servira de point de comparaison et de transition pour passer au nouveau moyen employé par M. Fontorbe.

Procédé de Snellen.— Sur un tableau à fond bien noir sont tracés des lettres, des signes, les uns rouges, les autres verts, et de grandeurs différentes pour mesurer l’acuité visuelle. Ce tableau étant appliqué contre un mur comme une échelle de test-caractères, on place le sujet suspect bien en face, et, après avoir fixé devant son œil sain, les deux étant ouverts, un verre rouge, on l'invite à lire. S'il lit les caractères verts sa fraude est reconnue, et en même temps l’acuité de l’œil prétendu malade est mesurée. Au lieu du verre rouge on peut en employer un de couleur verte, et alors ce sont les caractères rouges qui doivent être invisibles.

Supposons le verre rouge placé devant l'œil sain, et voyons ce qui se passe : le verre interposé ne permet le passage que des rayons rouges, par conséquent les caractères rouges sont visibles pour l’œil sain. Quant aux caractères verts, les rayons qu’ils émettent sont tous absorbés, ils paraissent done noirs; se confondant avec le fond noir du tableau, ils sont invisibles pour l’œil sain, et s’ils sont lus, ce ne peut être que grâce à l’autre œil. Avec un verre absorbant les rayons rouges, le contraire aurait lien. Dans tous les cas, si l’amaurose unilatérale existe réellement, les caractères de même nuance que le verre interposé sont seuls visibles, Nous verrons le contraire arriver par le procédé suivant. =

Ce procédé est justiciable du même reproche que la plupart des précédents, c’est de nécessiter un appareil spécial. Le médecin peut bien construire lui-même le tableau

pere d’épreuve, mais il sera certainement défectueux. Quelque bien préparé qu’il soit, il est toujours imparfait. Si, en effet, il est vrai en théorie que les divers rayons du spectre solaire n'influencent l'œil qu’autant que la substance qu'ils traversent ne les absorbe pas, ces conditions sont difficiles à réaliser dans la pratique, c’est-à-dire dès que ces rayons sont réfléchis par une surface peinte. Nous ne possédons point de couleur assez pure pour ne correspondre qu’à une des parties du spectre, et la reproduire en réfléchissant la lumière blanche.

Tout d’abord le fond du tablean ne représente point le

noir absolu, l'absence de tout rayon lumineux, il s’en rap- ; \ ) P

proche plus ou moins. D’autre part, les caractères colorés donnent, vus à travers une substance destinée à en absorber les rayons, une teinte qui se rapproche plus ou moins du noir absolu, de l'obscurité. Cette teinte, plus ou moins brune, a péu de chances pour se confondre entièrement avec la teinte générale du tableau. Elle possède, en outre, un luisant qui en diffère.

Ces imperfections prêtent aux réponses du sujet une sorte d'incertitude susceptible de suspendre la décision de l’observateur. Dans une demi-obscurité, ce procédé acquerrait plus de valeur, condition défectueuse pour un bon examen.

La plupart de ces désavantages disparaissent dans le procédé que je vais décrire. Ce n’est pas une simple modification de celui de Snellen, c’est un nouveau moyen qui n’a de commun avec le précédent que le principe de physique sur lequel il s’appuie. Employé depuis plus de 2 ans dans nos écoles par M. Fonlorbe, professeur de clinique chirurgicale à l’école de Médecine navale de Rochefort, je ne crois pas qu’il ait été décrit.

Pour le mettre en pratique : un crayon rouge, un bleu, un verre rouge. Des verres colorés sont à bord de tous les

pare bateaux où ils servent pour les signaux. L'examen du matelot suspect peut donc se pratiquer à bord où l’on ne possède point les appareils que j'ai décrits ci-dessus. Quant aux crayons, ceux que l’on trouve chez tous les papetiers remplissent toutes les conditions désirables.

Sur du papier blanc on écrit des lettres, une phrase, où on trace pour les illettrés des sigues variés, les uns avec le crayon rouge, les autres avec le crayon bleu. Lettres ou signes se succèdent donc de couleurs différentes, dans un ordre quelconque. Les deux yeux du sujet étant ouverts, on place devant l'œil sain un verre rouge, et on l'invite à lire. Si l'individu est réellement atteint d’amaurose unilatérale, il lira tous les caractères tracés en bleu, les rouges seront invisibles pour lui. S'il est atteint seulement d’amblyopie, une hésitation à lire les caractères rouges indiquera sa bonne foi.

Pourquoi cela ? Voici l’explication que je propose:

Supposons l’homme amaurotique à droite, et le verre rouge interposé entre l’œil gauche sain, et le tableau écrit comme nous l'avons indiqué tout à l’heure. Remarquons que la page entière prend, pour le seul œil qui voit, une teinte rouge que lui prête le verre interposé. Les caractères bleus émettent des rayons lamineux trop réfrangibles pour traverser le verre rouge, ils sont plus ou moins (peu importe) absorbés, éteints; ces caractères sont donc remplacés par d’autres d’une teinte noire ou très foncée qui ressort vigoureusement sur le fond rouge général. Il en serait d’ailleurs de même si l’on employait un crayon ordinaire. Le sujet doit donc les lire. Quant aux caractères rouges, bien que leur coloration ne soit pas forcément égale en intensité à celle du verre employé, celui-ci leur communique la même teinte qu'au papier, et ils n'apparaissent nullement. En réalité, ils sont vus rouges, mais comme c’est précisément la couleur

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de l’ensemble, il n’y a pas de raison pour qu’ils soient distingués, si ce n’est par l’œil droit, mais nous l’avons supposé frappé de cécité. En résumé, les caractères rouges sont fondus; les caractères bleus, éteints, apparaissent comme faits à l’emporte-pièce sur un papier rouge.

On pourrait croire que les traits rouges ajoutant leur teinte à celle du milieu interposé, devraient saillir en rouge plus foncé. Mais en réfléchissant que le verre rouge n’a cette nuance que parce qu'il choisit, dans la lumière blanche qui le traverse, les rayons rouges, refusant le passage aux autres, on comprend que les caractères rouges font précisément cette sélection, et que les rayons qu'ils envoient au verre sont ceux qui lui conviennent, et qu'il doit laisser passer.

Il est, bien entendu, permis de donner aux caractères telle forme qu’il plaira. De là découle un moyen, d’autant plus perfide que l’homme ne s’y attend pas, de mesurer l’acuité visuelle de l’œil sain et de celui prétendu malade: il suffit de tracer des lettres et des signes conformes à ceux des échelles typographiques et de s’en servir de même.

D’après les essais que j'ai faits, on peut multiplier les expériences si l’on a à sa disposition, mais cela n’est pas indispensable, un crayon vert, un verre bleu et un autre vert. On trouve ces verres à bord et dans les boîtes pour l'examen de la vision, mais ils ne sont pas assez foncés ordinairement ; en en superposant deux, on peut obtenir la teinte désirable. La combinaison de ces diverses couleurs, vert, bleu, rouge, qui, je le répète, ne sont pas toutes indispensables, permettent plusieurs séries d'épreuves légèrement différentes de facon à harceler sans cesse le simulateur.

Nous pouvons en effet, avec elles, préparer 3 tableaux en deux nuances :rouge-bleu, rouge-vert, bleu-vert;et un quatrième composé des 3 couleurs.— Les 3 premiers permettront l’emploi de l’un des verres dont la couleur fait partie de la

composition du tableau :le quatrième, l’un quelconque des verres d'épreuve.— Enfin une dernière façon de tirer parti des moyens que nous avons à notre disposition, consiste à placer devant l’œilsain un de nos trois verres dont la couleur soit étrangère au tableau employé:tous les caractères apparaissent noirs, et, bien facile serait le diagnostic, si un homme s'obstinait à ne pas les lire.

Les précautions à prendre pour l'emploi de ce procédé sont les mêmes que celles indiquées pour lFemploi des autres.

Mais il en est une, importante aussi quand on se sert de la méthode de Snellen, qui consiste à employer comme tableau une surface bien plane: du carton ou une feuille de papier appliquée contre un mur, ef surtout de la tenir bien perpendiculairement à la direction du rayon visuel. Cette recommandation a pour but d'éviter autant que possible la différence de luisant, de reflet miroitant qui ne manquerait pas de se produire entre le papier et les signes si la surface était présentée obliquement. Dans le même but, il faut éviter en traçant les caractères d'appuyer fortement sur le papier de manière à le déprimer, il faut que le trait soit flou. Sans cela, le sujet examiné voyant, grâce à une petite trace plus brillante, ou plus terne, due au faux jour, certaines lettres considérées commeinvisibles, de fausses interprétations pourraient en être la conséquence.

Inutile de dire que l’œil suspect doit être constamment surveillé, et qu’à aucun moment il ne doit se fermer. Comme rien ne le masque, cette surveillance est chose facile.

De cette description ressortent pleinement les avantages du procédé de M. Fontorbe. Je crois inutile de citer des exemples où il a été mis à l'épreuve.

En résumé, je dirai que la simplicité de son emploi, unie à la valeur des indications fournies, autant que la facilité de

RG

pouvoir s’en servir presque partout sans appareil spécial,. mais seulement à l’aide de quelques objets qu'il y aurait mauvaise volonté à ne pas savoir trouver, font dece procédé un moyen de choix pour reconnaître la simulation de l’amaurose unilatérale. Bien plus, c'est à peu près le seul qu’il soit permis de mettre en usage au médecin de marine, avec les ressources insuffisantes que lui offre le bord.

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