DE LA
Qui vouldra se desfaire de ce violent préiudice de la coustume, il trouvera plusieurs choses receues d’une résolution indubitable, qui n’ont appuy qu'en la barbe chenue et rides de l’usage qui les accompaigne : mais ce masque arraché rapportant les choses à la vérité et à la raison, il sentira son iugement comme tout bouleversé et remis pourtant en bien plus seur estat.
MONTAIGNE, liv. I, chap, xxn.
Peu de parties de la physiologie du systèmenerveux cérébro-spinal ont plus préoccupé les physiologistes et les médecins en ces derniers temps que l'étude de l’encéphale, et ce serait une tâche stérile et fatigante que de faire l’historique des travaux dont le cerveau est le sujet. Chacun suivant ses tendances philosophiques a trouvé des preuves, soit dans l'anatomie, soit dans la physiologie, pour édifier et donner au monde savant toute une doctrine sur ce thème important. Pour vérifier cette assertion, il suffit de compulser les nombreux traités et recueils de psychiàtrie publiés depuis dix ans; mais, par tendance et par raison surtout, nous n’examinerons pas ces spéculations parce que nous ne les connaissons pas assez et puis parce que nous nous souvenons avec Voltaire que « quand . on ne comprend pas ce qu’on dit et que ceux à qui on parle ne comprennent pas non plus, on fait de la métaphysique. » Or, notre travail à des prétentions plus modestes.
GS
Grâce à l’étude par voie d’analyse de cas pathologiques recueillis avec soin, plnsieurs auteurs sont arrivés à formuler différentes théories, qui sont plus ou moins d’accord avec les faits observés depuis leurs travaux et ont ainsi réussi à donner un semblant de vérité à leurs doctrines. Dunn, Todd, et Carpenter (1), en Angleterre, ont émis l'opinion qu'il faut diviser en deux catégories les ganglions qui composent le mésocéphale : 1° aux couches optiques appartiennent les facultés sensorielles et sensitives et aux corps striés la faculté motrice; 2° que l’influence de ces deux centres du côté droit domine la moitié opposée du corps, c’est-à-dire que leur action est croisée. Broadbent (2), frappé de ce fait que quelquefois les paralysies siégent pour le corps du même côté que la lésion du mésocéphale, a émis l'hypothèse que, bien que l’action des centres soit croisée, il existe néanmoins des conducteurs ou voies de communications qui font dépendre une moitié du corps des centres correspondants en même temps que de ceux du côté opposé.
Nous verrons par la suite ce que vaut cette el
Meynert (3), de Vienne, a publié dans le Manuel d'histologiede Stricker un important travail qui paraissait résoudre définitivement la question, en même temps que, par plus d'un point, il confirmait les travaux de Luys, lesquels concordent beaucoup avec la théorie de Carpenter, quant aux fonctions et aux connexions des corps opto-striés.
(L} Carpenter, Principles of human, physiology, T° édit. London-
(2) Broadbent. British and foreign medico-chirur., Review. Lon. don, april 1866, p. 468 at seq. |
(3) Stricker’s histology, americar edition, New-York, 1872,
Meynert considère la couche corticale du cerveau comme un plan de projection dans le sens géomé- {rique du mot, et le monde extérieur comme l’objet projeté, d'où il découle que les différentes parties du corps donnent naissance à différentes espèces de sensations (musculaire, de mouvement), ce qui donne à l’encéphale une représentation d’une partie de l’objet projeté. Il faut noter ici que le corps calleux unit symétriquement et exactement entre elles les mêmes parties des deux lobes cérébraux.
Le système de projection est double, c’est-à-dire que Meynert diviseles pédoncules cérébraux en deux couches : 4° la basis cruris, partie basilaire des pédoncules et £egmentum cruris, partie supérieure des pédoncules. La première parte vient principalement du corps strié et du noyau lenticulaire, et l’autre partie de la couche optique et des corps quadrijumeaux. La partie basilaire, après une décussation dans la moelle allongée, va dans la moitié latérale et opposée de la moelle épinière. La partie supérieure (fegmentum) va, sans se décusser d’une manière complète, se jeter dans les cordons antéro-latéraux du même côté de la moelle épinière.
De cette disposition anatomique, il croit pouvoir déduire ce faié, que le tegmentum (partie supérieure) et ses ganglions d’origine, président principalement à la fonction des actes réflexes de la mème manière que la substance grise de la moelle agit sous l’impulsion des fibres centripètes spinales.
La partie basilaire, c’est-à-dire (basis cruris), seule avec
ses ganglions, reste chargée de transmettre les ordres de la volonté aux muscles. Ce qui fait que le système mus-
Fe culaire tout entier du corps est deux fois représenté dans l'encéphale : 1° basis cruris ; 2° tegmentum cruris.
Mais il faut encore noter cette hypothèse séduisante, qu’en vertu de ses connexions avec les ganglions de la partie supérieure pédonculaire ({eymentum) , les lobes cérébraux acquièrent constamment la conception des mouvements réflexes coordonnés qui se manifestent par la voie des couches optiques et par ces centres euxmêmes chez les enfants très-jeunes (automatisme ?) et les renvoie aux muscles sous forme d’impulsions volontaires, et cette fois par la voie des faisceaux qui composent la partie pédonculaire inférieure (basis cruris).
Les cordons postérieurs de la moelle épinière, après l’entrecroisement au niveau des pyramides postérieures, : se rendent aux lobes postérieurs sans entrer en communication avec aucune masse grise ; les mêmes lobes recoivent aussi des fibres de la rétine, de la membrane de Schneider, etc.
Tous les points de la couche corticale sont reliés entre eux par des fibres en arc (système d'association).
Meynert conclut de ce qui précède que cette couche corticale a la faculté de recevoir, d’emmagasiner et de transmettre des impressions de toutes sortes, mais non de leur donner naissance. =
Les gros ganglions moteurs cérébraux, le corps strié et le noyau lenticülaire tirent la plupart de leurs fibres des lobes pariétaux et antérieurs; faits qui d’après Meynert expliquent les résultats que Fritsch et Hitzig ont obtenus par l'irritation de certains points définis de la couche. corticale antérieure, laquelle irritation a fait naître des
mouvements dans certains groupes musculaires du côté opposé du corps.
= L'on voit, d’après ce qui est dit plus haut, que les auteurs qui cherchent à localiser dans certaines parties bien définies de l’encéphale telle ou telle fonction, ont presque une base anatomique réelle dans les travaux de Meynert.
Je reconnais, en outre, que les figures données par cet auteur sont en faveur de ses déductions. Mais je me demande si ces figures sont une représentation exacte des faits et si l’auteur n’a pas été entrainé trop loin par son imagination.
Fritsch et Hitzig ont publié en 1870 (1), dans les Archives de Dubois-Reymond, leur travail que Meynert apporte à l'appui de ses théories, Ils disent avoir obtenu des mouvements bien localisés dans certaines masses musculaires en électrisant, à l’aide de courants continus, différents points de la couche corticale du cerveau. Ces mouvements ne se manifestaient qu'après l'irritation des lobes antérieurs, seulement ils étaient croisés. Quelque temps après Nothnagel (2) pensa aussi fpouvoir arriver à des localisations en-injectant dans la masse cérébrale, à l’aide d’une seringue de Pravaz, une solution d’acide chromique concentrée.
Nous avons, à l’époque où elles furent publiées, répété les expériences de Fritsch et Hitzig sur les cobayes et obtenu souvent des contractions dans toute la moitié opposée du corps, et quelquefois dans une moitié anté-
(1) Reichert et Dubois-Reymond, Archiv’. 1870.
(2) Centralblatt für die medicinischen Wissenschaften, p. 45,
1872, Dupuy. | 2