V. THÈSE d'« un homme LIDR!-: T
Ce Moi, qui tout à l'heure ne savait mèrne pas s'il pourrait exister, voici qu'il se perfectionne et s'augmente. Ce second volume est le détail des expériences que Philippe institua et de lareligion qu'il prati(|ua pour se conformer à la loi qu'il se posait d'ètro ardent et clairvoyant.
Pour parvenir délibérément à l'enthousiasme, je rne félicite d'avoir restauré la [puissante méthode de Loyola j Ah! que cette
EXAMEN 3t
mécanique morale, complétée par une bonne connaissance des rapports du physique et du moral (oii j'ai suivi Cabanis, quelqu'autre demain utilisera nos hypnotiseurs) saurait rendre de services à un amateur des mouvements de l'âme! Livre tout de volonté et d'aspect desséché comme un recueil de formules, mais si réellement noble! J'y fortiiie d'une méthode réfléchie un dessein que j'avais formé d'instinct, et en même temps je l'élève. A Milan, devant le Vinci, ^lilippe épure sa conception des Barbares ; en Lorraine, sa conception du Moi.
Ce ne sont pas des hors-d'œuvre, ces chapitres sur la Lorraine quetout d'abord le public accueillit avec indulgence, ni ce double chapitre sur Venise, qui m'est peut-ètrele plus précieux du volume. Ils décrivent les
'moments où Philippe se comprit comme un I instant d'une chose immortelle. Avec une j)iété sincère, il retrouvait ses origines et il entrevoyait ses possihilités futures. A interroger son Moi dans son accord avec des groupes, Philippe en prit le vrai sens. 11 l'aperçut comme l'effort de l'instinct pour se réaliser. Il comprit aussi qu'il souffrait de s'agiter, sans tradition dans le passé et toutconsacréà une ceuvre viagère.
Ainsi, à force de s'étendre, le Moi va se fondre dans llnconscient: Non pas y disparaître, naiss'agrandir des forces inépuisahlcs de l'humanité, de la vie universelle. De là ce ti'oisième \o\uir\c. /e Jardùi de Bérénice, une théorie de Tamour, où les producteurs français qui tapageaient contre Schopenhauer et ne savaient pas reconnaître en lui l'es-
prit de notre dix-huitième siècle, pourront varier leurs développements, s'ils distinguent qu'ici l'on a mis Hartmann en action.
t. THÈSE DU « JARDIN DE BÉRÉNICE »
Mais peut-être n'est-il pas superflu (rindiquer que la logique de l'intrigue est aussi serrée que la succession des idées
A la fin de Sous fœil des Barbares^ Philippe, découragé du contact avecles hommes, aspirait à trouver un ami qui le guidât. Il faut toujours en ra])attre de nos rêves : du moins trouva-t-il un camarade qui partagea ses réflexions et ses sensations dans une retraite métliodique et féconde. C'estSimon,
ce fameux Simon (de Saint-Germain). Lassé pourtant de cette solitude, de ce dilettantisme contemplatif et de tant d'expériences menues, aux dernières pages à'Un Homme libre, Philippe est prêt pour l'action. Le Jardin de Bérénice raconte une campagne électorale.
Ce que Philippe apprend, et du peuple et de Bérénice qui ne font qu'un, je n'ai pas à le reproduire ici, car je me propose de souligner l'esprit de suite que j'ai mis dans ces trois volumes, mais non pas de suivre leurs développements. Une vive allure et d'élégants raccourcis toujours me plurent trop pour que je les gâte de commentaires superflus. Qu'il me suffise de renvoyer à une phrase des Barbares, fort essentielle, quelques-uns qui se troublent, disant : aBé-
rénice est-elle une petite fille, ou l'àrne populaire, ou l'Inconscient ?
Aux premiers feuillets, leur répondais-je, on voit une jeune femme autour d'un jeune homme. N'est-ce pas plutôt l'histoire d'une âme avec ses deux éléments, féminin et mâle ? Ou encore, à côté du Moi qui se g-arde, veut se connaître et s'affirmer, la fantaisie, le goût du plaisir, le vagabondag-e,. si vif chez un être jeune et sensible ? Que ne peut-on y voir ? Je sais seulement que mes troubles m'offrirent cette complexité où je ne trouvais alors rien d'obscur. Ce n'est pas ici une enquête log-ique sur la transformation de la sensibilité ; je restitue sans retouche des visions ou des émotions profondément ressenties. Ainsi, dans le plus touchant des poèmes, dans la Vita nuova, la Béatrice est-elle une amoureuse, l'Eg-lise ou la Théologie ? Dante, qui ne cherchait point celte confusion, y aboutit, parce qu'à des âmes, aux plus sensiiives, le vocabulaire commun devient insuffisant. Il vivait dans une surexcitation nerveuse cjuil nommait, selon les heures, désir de savoir, désir d'aimer, désir sans nom, —
EiAMEN 37
et qu'il rendit immortelle par des procédés heu reux.
A-t-on remarqué que la femme est la même à travers ces trois volumes, accommodée simplement au milieu ? L'ombre élégante et très raisonneuse des premiers chapitres des Barbares^ c'est déjà celle qui sera Bérénice ; elle est vraiment désignée avec exactitude d.\i ç\idj^\\x^ Aventures cT amour, dans V Homme libre, quand Philippe l'appelle l'a Objet ». V^oilà bien le nom qui lui convient dans tous ses aspects, au cours de ces trois volumes. Elle est. en effet, objectivée, la part sentimentale qu'il y a dans un jeune homme de ce temps... Etvraiment n'était-il pas Icmps qu'un conteur accueillît ce principe, admis par tous les analystes et
vérilic pcir chacun de nous jusqu'au plus profond désenchantement, à savoir que l'amour consiste à vêtir la première venue qui s'y prête un peu des qualités que nous recherchons cette saison-là ?
0 C'est nous qui créons l'univers, » telle est la vérité qui iiiiprègne chaque page de cette petite œuvre. De là leurs conclusions : le Moi découvre une harmonie universelle à mesure qu'il prend dumondeune conscience plus large et plus sincère. Cela se conçoit, il crée conformément à lui-même; il suffit qu'il existe réellement, qu'il ne soit pas devenu un reflet des Barbares, et dans un univers qui n'est que l'ensemble de ses pensées régnera la belle ordonnance selon laquelle s'adaptent nécessairement les unes aux autres les conceptions d'un cerveau lucide.
Cette harmonie, cette sécurité; c'est la révélation qu on trouve au jardin de Bérénice, et en vérité y a-t-il contradiction entre cette dernière étape et l'inquiétude du départ sous f œil des Ba rôar es ? Nullement ^ c'était acheminement. Avant que le Moi créât Funivers, il lui fallait exister : ses duretés, ses négations, c'était elïort pour briser la coquille, pour être.