‹ Examen des citations de l'Ancien Testament dans l'Évangile selon Saint MatthieuChapitre 1 sur 31 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans la plupart des écrits qui composent le Nouveau Testament on trouve de fréquentes citations des livres de l'Ancienne Alliance. «Il n'y a guère que les épîtres aux Philippiens, aux Golossiens et aux Thessaloniciens qui n'en contiennent pas, car les petites lettres adressées par Paul et par Jean à quelques personnes particulières n'entrent pas ici en ligne de compte.» (Reuss, Hist. de la Thèol. apost.y 2** éd., t. I, p. 410.) Ces citations ne sont pas de simples ornements littéraires destinés à donner du relief au récit ou au discours; elles sont en général alléguées comme preuves. Cette habitude ne doit pas nous étonner. Le christianisme sortait du judaïsme et s y rattachait logiquement. La foi en Jésus comprenait la foi dans les promesses divines ; et puisque les livres qui contenaient ces promeases avaient une autorité absolue, on devait s'attendre à voir les prédicateurs de la religion naissante chercher auprès d'eux un point d'appui. Deux vérités se trouvaient en présence : la vérité contenue dans les Écritures et la vérité contenue dans le christianisme ; comme deux vérités ne doivent pas se contredire, il était naturel qu'on les confirmât l'une par Tautre. La notion déjà formée de livre§ canoniques favorisait cette tendance. L'usage fréquent qui se faisait des Écritures chez les premiers chrétiens comme chez les Juifs, l'habitude de les interpréter comme un système de prophéties qui contenait en germe tout le développement de l'histoire du peuple élu, suggérèrent naturellement l'idée d'en faire servir des passages à l'exposition des croyances nouvelles. Sous sa forme messianique, la question se posait d'une façon particulièrement précise. Pour quelques-uns

il était d une importance sans égale de trouver dans l'Ancien Testament la confirmation de leur foi. Ils voulaient, pour pouvoir croire en toute sûreté de conscience, être assurés de cette vérité spéciale, que Jésus était le Messie prédit à Israël par les prophètes. La filiation entre la personne de Jésus et les prédictions de l'Ancien Testament les préoccupait autant que l'enseignement même du Maître. De grands efforts ont donc été portés de ce côté.

Les citations que renferment les livres du Nouveau Testament, et spécialement les Évangiles, sont tantôt un enseignement des auteurs eux-mêmes, tantôt des paroles traditionnelles de Jésus. Leur étude a donc un double objet : l'herméneutique des apôtres et l'herméneutique de Jésus. Elle donne des renseignements précieux sur la personne du Sauveur et sur les habitudes intellectuelles qui caractérisent le premier siècle.

Il est donc naturel qu'on ait beaucoup écrit sur l'interprétation de l'Ancien Testament dans les livres du Nouveau. Mais en général on a eu deux torts : le premier était de traiter le Nouveau Testament comme une œuvre une, de parler «des citations de l'Ancien Testament dans le Nouveau», un peu comme si le Nouveau Testament était l'œuvre d'une personnalité unique; — le second, qui se trouve dans un rapport étroit avec le précédent, était de mettre au premier plan, dans cette sorte d'étude, des préoccupations théopneustiques.

Gomme les livres du Nouveau Testament ont été composés dans l'espace d'environ un demi-siècle, par des auteurs dépositaires de la même vérité, il y a entre eux une parenté générale assez étroite. Mais il n'en est pas moins vrai qu'ils ont été composés par des auteurs d'éducation et de nationalité différentes pour des lecteurs d'éducation et de nationalité différentes. Jusqu'à présent, lorsqu'on a étudié les citations de l'Ancien Testament dans le Nouveau, c'est du point de vue de cette parenté générale que Ton a surtout considéré la question. On voulait déterminer les caractères de l'exégèse apostolique. Ce n'est pas la manière la plus profitable d'étudier le sujet. Non seulement les écrivains sacrés ne citent pas tous de la même façon et dans le même esprit, mais il peut encore y avoir des distinctions à faire entre les citations d'un même livre. On ne peut ramener ces différences à l'unité, qu'en partant a priori d'une idée dogmatique, en supposant qu'un même esprit ayant inspiré tous les livres, on peut les confondre tous dans une même étude. Mais lorsqu'on veut rester

sur le terrain de l'histoire, il faut examiner chaque auteur à part et déterminer sa méthode exégétique spéciale. On obtiendra ainsi sur leurs personnes et leurs habitudes de travail des renseignements précieux. Le point central auquel devront se rapporter ces diverses études sera l'exégèse de Jésus, qui pourra servir de terme commun de comparaison entre les exégèses différentes de ses disciples.

Dans les pages qui suivent nous allons étudier les citations qui se rencontrent dans l'Évangile selon Saint-Matthieu. C'est peutêtre dans ce livre qu'elles sont le plus nombreuses. Nous devons déterminer de quels moyens disposait l'auteur du premier Évangile pour connaître l'Ancien Testament, et quelles étaient, tant sa manière pratique de citer, que sa méthode raisonnée d'intet-^ prêter l'Écriture. Nous établirons ainsi une série de faits dont^ nous dégagerons, à la fin de notre travail, des conclusions gêné-: raies.

Tout d'abord nous supposerons, en nous plaçant en présence de notre Évangile, qu'il n'est ni signé ni exactement daté, et que l'on ignore en quel lieu il a été composé. Le seul point que nous accepterons comme démontré, pour ne pas surcharger notre étude d'un travail inutile, c'est qu'il est antérieur à l'apparition de l'Évangile de Jean. Ce fait étant donné, nous prenons notre Évangile et nous examinons ses citations bibliques pour voir quelles inductions elles peuvent fournir.

Notre méthode sera de procéder par des investigations successives, dont nous confronterons chaque fois les résultats entre eux pour voir s'ils se confirment les uns les autres. Nous étudierons d'abord la forme des citations. L'Évangile s'offre à nous en grec et les citations sont également données en grec ; mais elles peuvent être des extraits de la version des LXX ou des traductions originales de l'hébreu. Elles peuvent contenir des éléments de plusieurs sortes. Il faudra fixer tout d'abord quels sont ces éléments, faire la part des influences extérieures qui ont déterminé Tautèur dans sa manière pratique de citer. Ce sera examiner la question par le dehors.

Nous étudierons ensuite V esprit des citations. Nous rechercherons les intentions diverses de l'auteur, le but qu'il se propose lorsqu'il cite; et 1^ méthode qu'il emploie pour atteindre ce but.

Ces études, faites indépendamment Tùne de l'autre, nous amèneront toutes deux au même résultat : le mançnie d'unité dans

les citations du premier Évangile, et la nécessité d'un classement de ces citations. Nous verrons qu'elles peuvent se ranger facilement en différents groupes, bien distincts les uns des autres. Si nous allons plus loin et si nous voulons rechercher la cause de l'existence de ces différents groupes, et la nature des rapports qui unissent chacun d'eux à l'ouvrage entier, nous verrons qu'il est nécessaire d'admettre dans le premier Évangile l'existence de citations dé seconde wkiin. Nous nous efforcerons alors de distinguer parmi les citations celles qui sont originales et celles qui sont empruntées, et nous serons à même d'en donner un classement organique.

Pendant les différentes étapes de cette étude, nous aurons établi un certain nombre de faits positifs, historiques, qui réunis en une vue d'ensemble nous permettront de présenter sur notre premier Évangile, sur le mode et le lieu de sa composition, sur la personne et la méthode exégétîque de son auteur, sur les habitudes intellectuelles de ceux auxquels il a été adressé, enfin sur l'exégèse de Jésus lui-même, un certain nombre d'hypothèses qui composeront notre conclusion.

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