IV, 10; — XXI, 13 ; — XXVI
6« TixoudaTe oTi âppeGy) (V, 21; — V, 27; — V, 33 ; - V, 38 ; -
7^ (yiOsTs Ti 6(JTtv (IX, 13) ;
8° ouToç 8(jTiv Tuepl OU ysypaTUTai (XI, 10) ;
9« oOx oveyvwTs (XII, 3; 5; — XIX, 4 ; — XXI, 16 (oùSeirore av£yvo)Te) ; — XXI, 42 (oOSItuotê) ; — XXII, 31) ;
10^ wcrrcspyocp ... outwç (XII, 40);
W avaTuXYïpouTai aÙTOtç in -lupoçTiTeia (XIII, 14) ;
12° 6 yàp 9eo; £veT£i>.aTO Xeywv (XV, 4) ;
13° xaXwç ê7rpo(p7fT£U(J6v lufipl i»(xwv ... (XV, 7);
14° îva ... (suivi d'une prescription légale; XVIII, 16) ;
15° 8ièoi(5y,ctkt MwuGYÎç £Ï7r£v (XXII, 24) ;
16° Aav£l^ £v 7uv£ij(j!.aTi ... >.£yo)v (XXII, 43) ;
17° OTaV Ï^YlTfi TO TO pYlGèv âiaTO'J TTpOÇYÎTOU (XXIV, 15) ;
On peut compter ainsi dix -sept manières différentes d'introduire les citations, employées chacune une ou plusieurs fois dans le premier Évangile. Mais plusieurs de ces formules se ramènent les unes aux autres, et il sera facile de réduire ce nombre.
Nous ferons d'abord un groupe unique des formules, yfiypawTai, TQXOUffaTÊ OTi eppéÔT), (AotôeTs ti éffTtv, oùx avsyvwTE, â(T7r£p . . . oûtwç, 6 yàp ôeo; eveT6i>>aT0 Xéywv, tva suivi d'une prescription légale, SiSaaKaXe Mwijdvïç elirev, Aauel^ £v luveujjLaTi .. Xeywv. Malgré les nuances qui les séparent, et que nous déterminerons en temps opportun, elles ont toutes ceci de commun d'être des phrases destinées à rappeler simplement à l'auditeur que telle chose est écrite ou dite, c'est-àdire qu'elle est un commandement de Dieu, sans qu'aucune de ces formules implique l'idée particulière de prophétie.
Puis nous composerons un second groupe des formules ïva ou oTuwç TuXvipcoÔTj TO pYiSèv Sià Tou TupoçiQTOi», oûtwç yàp yeypaTUTai 5tà toû
TÇpoÇYÎTOU , TOTS é7r>.71p(âfl71 TO p7l9èv Slà TOU TTpOÇïfTOl» , OÙTOÇ yotp èffTlV
6 pYiôeiç ^là TOU irpo^'TOu, outoç ècTTiv irepl où yéypaTUTai, àvaiuXTipouTai aÙToîç in icpoçTiTcia, xaXwç èirpoçTiTeudev luepl u(/.wv, oTav ïStite to pinSèv ^là Tou TupocpTiTou, qui contiennent toutes, à des degrés divers, il est vrai, et que nous distinguerons soigneusement, l'idée de l'accomplissement d'une prédiction.
Il ne nous reste donc que deux catégories de formules :
I. Des formules que nous aurons le droit, pour les désigner par un terme commun, d'appeler simplement littéraires^ en constatant cependant leur gravité morale et religieuse ;
IL Des {ovmMlts prophétiqMS ,
Il s'agit maintenant de déterminer le sens précis de ces formules, et les subdidsions auquel chaque groupe peut donner lieu.
De la première catégorie il y a peu de choses à dire. Notre étude des formules d'introduction a pour objet de dégager leur tendance générale, de déterminer la valeur attribuée au passage cité. Or, quand on dit : Vous avez sans doute lu ceci,.. y ou : Vov^ avez entendu dire..., ou : Moïse a dit... y on: Il est écrit..., cela veut dire que Ton en appelle à l'autorité des Écritures, mais qu'on ne donne à sa citation qu'une portée morale, qu'on se rapporte simplement au sens du passage, ou même seulement au fait qui se trouve raconté dans le passage, pour prouver ce que Ton avance. En effet, il est remarquable que toutes les citations qui sont précédées de formules de ce genre ne sont . en général que des passages de la loi, ou des renvois à des faits historiques.
Nous ferons cependant une distinction. Il ne faut pas confondre les expressions amenées par le courant de la conversation, et qui sont chez celui qui cite une manière particulière de se faire entendre, avec des formules d'école qui ont une portée didactique. Ainsi nous faisons une différence réelle entre TixotjcaTe oti êppEÔYi, &(TKif... ouTwç,... oùx âveyvwTe,... et d'autres expressions semblables, et la formule de discussion classique YsypairTai, 7rà>.tv ysypaiTTai. Même à première vue cette dernière paraît beaucoup plus sentencieuse que les précédentes ; et l'on sait que c'était celle qui était usitée par les docteurs juifs quand ils en appelaient à rÉcriture dans leurs controverses.
Sur les formules de la seconde catégorie nous devrons nous étendre plus longuement. Quelle que soit leur forme de rédaction, l'idée ou le mot de prophétie s'y trouvent toujours contenus. Étudions les avec soin, et tout d'abord, pour pouvoir déterminer plus tard le moins clair par le plus clair, commençons par celles qui ont le sens le plus précis, c'est-à-dire par l'expression ïva ou otcwç Tr^Tipwô^ To pTjOèv bm xuptou Stà toO irpoçYiTou.
Nous ferons remarquer en premier lieu quelle notion particulière de la prophétie est impliquée par l'expression pYi6èv wo toIï
xupiou Sià Tou TCpoçYiTou. L'iiiitiaiive du prophète est supprimée; il est considéré comme Torgane de la divinité qui parle par sa voix. C'était là la notion courante de la prophétie chez les Juifs ; nous ne la signalons que pour relever l'autorité communiquée à la citation par ces mots pYiOèv ùtto xuptou. Elle est donnée comme parole divine, infaillible.
On a beaucoup discuté sur le sens qu'il fallait donner à ïva 7ç>.7)pw6Tj, et tout d'abord à la préposition même tva. "Iva, a-t-on dit, peut être pris dans deux sens différents (IxêaTtxwç et tê^mccoç); tantôt il signifie de sorte que, marquant simplement la suite des faits, et il est synonyme de ôdTe (sy.êaTtxw(;) ; tantôt il signifie afin qiie (Te>.i>t(0(;) ; il exprime alors une tendance causative, un but, une intention {finalem vim), et c'est dans ce sens qu'il est synonyme de oirwç. Si on admettait qu'elle existât, cette différence de sens serait d'une haute importance dans le sujet qui nous occupe. Si l'on comprend tva dans le premier sens on traduira notre formule : telle chose arriva, « de sorte que fut accompUe la parole du prophète»; c'est-à-dire (puisqu'on refusera à ïva son sens causatif et intentionnel) il se trouva que par V enchaînement fortuit des circonstances telle prophétie fut accomplie. Si l'on adopte, au contraire, le second sens de ïva on devra traduire : telle chose arriva afin que la parole du prophète s'accomplît, et les événements apparaissent alors comme spécialement voulus, préparés et prédits.
Nous l'affirmons catégoriquement, jamais tva n*a été synonyme de <S(TTe. Les deux mots ont chacun leur signification distincte, et on ne les emploie pas l'un pour l'autre. Il est aussi violent de vouloir assimiler ïva à oiffTe, qu'il le serait en latin d'assimiler ut à ita ut. C'est une question de grammaire et par conséquent une question de fait facile à résoudre. "ïva se construit toujours avec le subjonctif (et l'on sait que le subjonctif marque toujours un rapport de dépendance), et le plus fréquemment avec le subjonctif aoristCy construction qui a un sens tout spécial, im sens réellement intentionnel et causatif. "îîgts ne se construit jamais qu'avec l'indicatif ou l'infinitif; il indique le simple accomplissement de l'action : weiTe constate le fait; ïva en marque la cause. Voilà ce que nous dit la grammaire grecque générale.
Mais il y a plus. Notre auteur connaît très-bien la conjonction wGTe; il l'emploie à son tour, et la distingue parfaitement de ïva. Là où il dit wGTe, il serait impossible de dire ïva. (Cf. XII, 22;
:*if
XIII, 32; 54; XV, 31 ; XXVII, 14.) Dans tous ces passages se manifeste avec évidence le sens particulier de wdTe que nous indiquions tout à l'heure ; ware constate le fait ; il ne l'explique pas. Au contraire, partout où TÉvangéliste emploie ïva c'est qu'il a une explication à donner. Pourquoi donc, lorsqu'il fait si bien lui-même la différence entre les deux termes, vouloir introduire dans sa grammaire des incohérences qui n'y sont pas?
On ne les aurait jamais inventées si l'on n'y avait été poussé, comme nous le verrons, par des préoccupations dogmatiques.
Tout ce que nous avons dit à propos de ïva, peut se dire également de 07UWÇ. Le raisonnement serait même encore plus concluant, car oTuwç s'emploie volontiers avec le futur, et dès lors cela tranche la question.
Reste maintenant à élucider le sens du mot TuXyipoco. Mais, de même que ïva ou oirax; ne sauraient avoir qu'un seul sens, celui de afin que, de même ir^Yipouv ne peut en avoir qu'un seul : pris au propre il signifiera remplir, et pris au figuré, accomplir. Les expressions bien différentes wç èTÙy\ç(a^'fï TauTa, eiuXYipoiÔTiaav ot j(^pQvoi, Tr>.7ipoiiv TuàvTa toc pvî(jLaTa, èiù.tifiù^ri to pviflev, ont cependant toutes ceci de commun que si le sens du verbe varie d'intensité, il n'en garde pas moins sa signification fondamentale d'accomplir ou être accompli. Il veut dire qu'une évolution est arrivée à son terme, qu'une parole s'est accomplie, c'est-à-dire que l'événement l'a justifiée comme il fallait s'y attendre. C'est là, d'ailleurs, le sens qu'ont dans l'Ancien Testament les constructions parallèles :
mm n^THN N^S (I Rois, II, 27); — mm 131 rnSoS
(Esdras I, 1 ; et II Ghron. XXXVI, 22.) — nST yStîT nSd (Gen. XXIX, 27.)
De ces simples considérations grammaticales il résulte que l'expression toOto yeyovev ïva TuT.vipwô'ij to py)6èv utuo Kupiou Sià toO irpocpYiToi», ne peut se traduire que d'une seule façon : telle chose arriva « afin que (dans le but que) fût accomplie la parole que le Seigneur avait prononcée par l'organe du prophète » . Cette traduction suffit à réfuter Topinion singulière qui voudrait voir dans notre formule, non pas l'affirmation de l'accomplissement d'une prophétie, mais l'énoncé de ce fait, que la prophétie d'une part, et de l'autre le fait à propos duquel on la cite, prêtent à un rapprochement curieux et édifiant. Steudel (cité par Olshausen, Du sens profond eic, p. 54) explique ainsi la formule : « l'événement, ou rissue, est telle que le3 paroles de l'Ancien Testament trouvent
ici une application convenable.» De même M. Cellérier, dans son Commentaire sur TÉpitre de Jacques II, 23, cité par Hirschgàrtner {Les citations de r Ancien Testament dans le Nouveau, p. 48). C'est dans le Commentaire de M. Lutteroth sur Saint- Matthieu, t. I, p. 41-42, que nous avons trouvé l'expression la plus complète de cette théorie bizarre : «La plupart des citations des prophètes faites par Matthieu ne sont que des allusions. Le verbe 7r>.7ipouv, par lequel il les introduit, implique que si Ton a pu parler autrefois ainsi, on le peut maintenant a fortiori, les événements actuels comportant encore mieux ce langage que ceux à l'occasion desquels il a été d'abord tenu. Ce verbe ne signifie donc pas accomplir une prophétie, mais avoir lieu pleinement. Le mot tva, afin que, qui le précède souvent, oblige à faire grande attention à la valeur absolue des mots de la citation qui le suit ; car il affirme que le but de Dieu a été que tout ce que ces mots renferment fût réalisé en plein dans les faits, ce qui est tout autre chose que de dire que ces faits ont été prédits par les mots cités.»
Tout cela n'a pas le mérite d'être clair. On voit bien l'idée que l'auteur rejette ; on ne comprend pas celle qu'il lui substitue. Si nous traduisons notre formule avec les mots même que propose M. Lutteroth; tel événement arriva «afin qu'eût lieu pleinement (ou fût réalisée en plein) la parole que le Seigneur avait prononcée par l'organe du prophète » , nous ne voyons pas comment Ton échappe même ainsi à l'idée de l'accomplissement d'une prophétie. Ce qu'il faudrait prouver, c'est que le mot TcpoçTiTYi; ne signifie pas prophète, et que la parole d'un prophète, mise en rapport avec an événement postérieur, n'est pas une prophétie.
Nous concluons donc que par la formule touto ysyovev tva 7r>.7ipa)6Yi X. T. >.. l'Evangéliste a évidemment voulu dire, que les paroles prononcées par les prophètes étaient (qu'ils s'en rendissent compte ou nom) des prédictions spéciales, destinées à se réaliser postérieurement dans des faits particuliers ; et que ces faits étaient ceux à propos desquels il citait ces prédictions. Le meilleur commentaire que nous puissions donner de la formule de Matthieu se trouve dans les expressions suivantes du livre des Actes qui donnent, développée, la même pensée que l'Evangéliste a condensée en quelques mots : eSeï 'iu>>y)pw6?vai tyJv ypaçriv TauTviv yiv wposÎTue To 'TTveûjjî.a to ayiov Sià aTopiaTOç AaueîS; (I, 16); et : '7upo<p7)V/iç oOv irpoïàwv ïkéiktiai irepl Tfiç ava<jTàae<oç toO XpiaTou (II , 30) .
Passons maintenant aux autres formules de notre second groupe, et voyons si on peut les assimiler à la précédente. Nous remarquerons tout d'abord un fait capital ; c'est que, des sept formules qui restent, six (outwç yàp yeypaiïTai Sià tou irpoçYiVou, TOTe
£7r>.7ip<o6Yl TO ^Tlôèv SlOt TOQ 7rpO<pY)TOtJ, OUTOÇ yotp IffTlV 6 ^Yiôeiç Âià TOO'
TupoçTÎTOu, ouToç èdTiv -ïTÊpi OÙ yéypaïuTat, otov Ï^TiTe to pviôev Sii tou TcpcKpYÎTou) sont des expressions qui mettent en rapport un fait concret particulier avec une parole spéciale d'un prophète, et considèrent le fait comme existant en germe dans la parole. Par là ces six formules se rapprochent de très-près de la première. Grammaticalement il ne faut pas les confondre avec elle ; elles sont moins explicites ; mais elles contiennent la même idée de finalité, et de finalité spéciale. Elles signifient qu'un fait précis était visé par une parole précise d'un prophète.
Il n'en est pas tout à fait de même de la dernière formule :
u7uoy.ptTai liOLltùç è7rpo<pYiT£uaev luepi Û(jlôv Au premier abord il peut
sembler surprenant qu'on la distingue des précédentes, alors qu'elle contient comme elle l'idée de prophétie. Mais si l'on y regarde de près on verra que le sens de cette formule est beaucoup moins étroit que celui des autres. La présence du terme général woxpiTat qui la précède indique que Jésus applique les paroles qui suivent à ses interlocuteurs, non pas en tant qu'ils sont les Juifs du P"" siècle, mais en tant qu'ils appartiennent à cette classe permanente des hypocrites dont a parlé le prophète. Nous ne voulons pas, il est vrai, dissimuler la valeur que garde encore ici le terme ewpcxpYiTeuaev : mais on remarquera qu'elle est bien affaiblie par l'addition de xaXwç. Dans toutes les autres formules nous avons rencontré des termes qui tendaient à préciser la pensée et à localiser la prédiction. Ici )ca>.(oç n'a pas ce sens strict; il détend au contraire la pensée ; il est là pour montrer que l'application de la prophétie aux Juifs du temps est opportune. Loin d'établir entre les paroles d'Ésaïe et l'état moral des Juifs un rapport de cause à effet, il contient au contraire cette idée d'appropriation qu'il nous a été impossible de voir dans les formules précédentes. Le sens de la formule n'est pas: C'est avec raison qu'Ésaïe a prophétisé (ce serait exagérer la portée de 7(,oLk(ùç) ; mais : C'est bien à vous que s'applique la prophétie d'Ésaïe !
Nous pouvons maintenant nous résumer : Les formules d'introduction se divisent en deux grandes catégories : une catégorie de formules littéraires, une catégorie de formules prophétiques.
Dans chaque groupe on peut établir des subdivisions. Si nous voulions classer toutes nos formules, en allant par une gradation continue du simple au composé, nous procéderions de la façon suivante : Au premier rang, comme étant à la fois les plus générales et les plus simples, nous placerions les expressions *oxou(yaT£ oTi eppéôv), où)c àvéyvwTe, w^ep .... outwç, [Aocôere tÎ eaTiv, âiâàaxaXe M(t)ii(niç etTuev, 6 yàp ôeoç £V£T£i>.aTo T^Ey^v. Puis comme transition entre ces formules et les formules prophétiques nous placerions les expressions plus graves y^ypaiTTat, wà^iv y£ypa7UTai. De ces mots sentencieux nous passerions à la formule prophétique la plus large: uiuoy-piTat xaXwç £'jupo<p7(T£u<y£v ; nous terminerions par les formules prophétiques spéciales, qui peuvent se mettre toutes à peu près sur le même plan.
C'est dans cet ordre que nous allons étudier maintenant non plus l'esprit des formules, mais l'esprit des citations elles-mêmes. Nous préférons, en effet, déterminer le plan de notre étude d'après les renseignements qui nous sont fournis sur la valeur spécifique des citations par les expressions de l'auteur lui-même, et procéder ainsi à une décomposition véritablement analytique, plutôt que de diviser a priori les citations en citations-preuves, citations-types, citations-prophéties, et autres catégories analogues, dans lesquelles on les fait rentrer après coup.