‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologique (volume 2)Chapitre 10 sur 23 · MEOF.CiNi: DF. t\ FRANCF · texte numérisé non relu

MEOF.CiNi: DF. t\ FRANCF

^nes (le la pleurésie aiguë. On pense bien qu'il n'oublie pas d'insister sur ceux que peut fournil l'auscultation , et qui jouent en effet ici le premier rôle. Promptitude d'un épanchement , oegophonie ; tels sont ses deux caractères principaux; mais il ne fait pas assez sentir quels symptômes peuvent indiquer que l'épanchement serait plutôt du sang qu'un autre liquide.

La marche de la phlegmasie est aussi bien décrite; Mais , sur les causes , je trouve que l'auteur n'est pas complet j quoiqu'il soit ici meilleur qu'il ne l'est dans la plupart des autres maladies dont i\ a traité. J'avoue que je le trouve un peu léger d'avoir admis la possibilité de !a contagion des pleurites.

L'analyse de ce qui concerne les pleurésies chroniques offrirait peu d'intérêt à nos lecteurs ; pour les caractères anatomiques et les signes stélhoscopiqucs, chacun sait que personne n'a mieux faitencore; je n'en dirai pas ainsi delà marche, carnotreauteur n'a jamais en vue que la maladie qu'il traite , et lui subordonne tous les symptômes comme faisant partie de son cortège. Il me suffira de noter ce qui est relatif aux doctrines. Laennec rend bien compte des collections d'aspects si différens qui se rencontrent dans les cavités thoraciques affectées de pleurésies chroniques; il regarde avec raison toutes ces humeurs plus ou moins liquides, transparentes ou troubles, ou concrètes, puriformes, diffuses ou circonscrites, à apparence de bouillie ou de faiisses membranes en deliquium , tous ces dépôts albumineux , gélatineux , fd^rineux , calcaires, comme le résultat d'un travail d'organisation avorté; mais il s'en prend presque toujours ou à des tubercules préexistans dans les parenchymes , ou bien à une dégénération scorbutique des humeurs. De même, lorsqu'il aperçoit une

AAAT. PAÏHOL. — LAEA'NhX. ' Û'JÔ

plèvre granuleuse, tuberculeuse, cartilagineuse, etc., il ne peut voir dans tout cela que des sécrétions de matières morbides ilont le sang serait imprégné. Il dit pourtant que l'abondance de l'épanchem.ent peut faire passer une pleurésie de Télat aigu au chronique, mais cVst par vice humoral. Il ne me paraît pas avoir assez réfléchi aux nombreux accidens provenant, soit d'un renouvellement du froid extérieur, soit de l'influence d'un autre organe irrité, qui peuvent venir interrompre le travail organisateur tendant à faire adhérer deux surfaces pleurales enflammées : aussi ne dit-il rien de l'effet sédatif de la nouvelle pluie séreuse ainsi produite, sur le mouvement inflammatoire , d'où résulte le passage de ce mouvement à l'état de subinflammation , favente temperamento,

Laennec ne pense pas non plus que la pleurite chronique puisse produire des tubeicules dans les parenchymes , comme elle en produit dans les plèvres ; il lui faut constamment une fatale piiorité dans tout ce qui présente une apparence tuberculeuse. Ces vues exclusives sont fausses: si des milliers de faits prouvent que l'irritation capillaire, sécrétoire des produits morbides, peut exister dans les tissus en une foule de nuances diverses, lui nombre non moins grand atteste qu'elle peut marcher dans toutes les directions, avec ces mêmes nuances. Je l'ai prouvé dans VHistoire des phlegmasies ; mais les preuves que j'y ai données ne sont rien en comparaison de celles que je pourrais fournir aujourd'hui. Je me contenterai, pour le moment, de répéter que j'ai souvent rencontré dans les pleurésies chroniques les tubercules commençant dans la plèvre, et se prolongeant dans le parenchyme induré en rouge, en quantité d'autant moindre que l'on s'éloignait davantage de la plèvre. Un tel état anatomique coïncidant avec le souvenir 4. ïB

d'une pleurite antérieure à toute affection du parenchyme, ne saurait laisser cledonle lorsqu'il s'est plusieurs fois reproduit.

Laennec a bi m décrit et bien expliqué les rétré^ cissemens de la poitrine^ avec sou mat, qui succèdent aux pleurésies. C'^st à la résorption très lente des liquides épanchés, à de fausses membranes fort épaisses, souvent doubles ou triples, cartilagineuses ou osseuses , qu'il faut s'en prendre, et le son mat ne vient pas de là , mais du resserrement des vésicules aériennes, à cause du peu de part que la cavité prend à l'inspiration. Le temps seul peut remédier à ce vice... ; tout cela me semble vrai, parce que j'en ai fait la vérification en même temps que notre auteur; mais il a sur moi l'avantage d'avoir décrit tous ces changemens avec une scrupuleuse minutie. Ce qu'il n'a point compris , ce sont les dangers que court le parenchyme opposé dont l'action se trouve doublée par l'inertie de son congénère : il n'avait garde de le faire, lui qui ne tient aucun compte des suites de la suraction de nos organes.

Les pleurésies circonscrites ou partielles se déclarent, suivant l'auteur, dans un point resté libre, lorsqu'il y a des adhérences universelles d'iui côté de la poitrine. Cette assertion est, je crois, trop absolue : qu'iui grand noo-bre se forme ainsi , cela peut être; mais il serait possible que la pleurite fût primitivement circonscrite, et que les adhérences ne fussent pas universelles : j'en ai vu quelques exemples : on ne saurait Cxer les limites de l'inflammation. Ces pleurésies peuvent être interlobuîaires, sus diaphraguatiques, dorsabjs. J'en ai vu des trois espèces, et je les ai rapportées dans ÏHistoire des pille gwasies avant la publication du Traité de la phtliisie de Bayle; une surtout, dont la collection for-

AN AT. PATHOL. --; LAENNEC. 2^5

tnant hernie sous la voûte diaphragraatiqiie du côté gauche, et présentant une tumeur volumineuse qui déprimait la rate avec l'estomac, m'avait vivement frappé par la possibilité d'une méprise. Mais Laennec, qui appliquait sa haine jusqu'aux observations recueillies par ses adversaires , n'avait garde de la citer.

Les pleurésies latentes étaient communes, nous dit-il^ avant la découverte du stéthoscope : grâce à cet instrument, on peut les réduire, i" à quelques pleurésies partielles très peu étendues ; 2" aux pleurésies fort communes qui surviennent dans l'agonie; 5** à certaines pleurésies sèches qui ne sont que le débordement de l'inflammation sur la plèvre dans les violentes péripneumonies; mais on ne trouve, dans ces dernières , qu'une exsudation membrianiforme, sans épanchement, correspondant au point de la plus forte induration.

Le traitement de la pleurésie nous offre un nouvel exemple de l'esprit partial et haineux de Lannec. Après les saignées par la lancette, on peut, dit-il, placer les saignées locales. On préfère les ventouses, car les sangsues peuvent tuer. (Ouvr. cité, t. II, p. 106.) Lorsqu'on a guéri des centaines de pleurétiques par les sangsues ; lorsque l'on a bien constaté qu'elles l'emportent en utilité sur la ventouse , sans doute à cause du suintement prolongé qui se fait par les piqûres de ces annélides , on ne saurait partager l'avis de notre anatomo-pathologiste. 11 faut lire de telles expressions dans le texte original pour pouvoir croire qu'elles soient sorties de la bouche d'un praticien. Du reste, point de topiques, ni secs, ni humides ; ils font plus de mal que de bien; quant aux vésicatoires placés sur le point douloureux , ils sont dans le cas d'augmenter les épanchemens si on le*

â^O MEUrCOE DE Là FJtAIN'CE.

applique trop tôt. Ils vaut mieux les réserver pour les cas où la maladie tend à la chronicité !

Toutes ces sentences sont débitées avec beaucoup trop d'assurance. J'avais écrit dans V Histoire des jfhlegmasies que le vésicatoire dissimule souvent la pleurésie sans la guérir , lorsqu'on l'applique sans un emploi convenable et suffisant des saignées : mais des cas nombreux m'ont prouvé qu'à la suite des saignées copieuses et précipitées, ces révulsifs sont si utiles, qu'ils peuvent eidever la phlegmasie et faire tomber la fréquence du pouls en moins de six heures. Les succès et les revers dépendent ici d'une foule de circonstances dont il faut savoir apprécier les influences. La date de l'invasion , l'intensité de la cause, l'Age et la prédisposition des sujets, la coïncidence ou la prédominance d'une autre phlegmasie, la facdité ou la difficulté avec lesquelles chaque tempérament obéit aux appels de révulsion, si notables chez certains sujets , si décisives pour le succès quand on les traite par lesstimulaus; tout cela doit être pris en grande considération. C'est surtout pour l'emploi de ïémétiqueà haute dose, que l'auteur veut ici faire valoir au détriment de tous les autres moyens, et particulièrement dessangues, ses ennemies par excellence, que ces considérations sont d'un haut prix; toutefois l'auteur n'use de ce moyen que pour l'état aigu, ayant noté qu'il ne hâte pas la résorption dans le chronique, quoiqu'il l'ait employé pendant plusieurs semaines consécutives. Tout cela est débité sans qu'il daigne nous dire un mot de la manière dont l'estomac le supportait. Les gens de cette coterie affectent, pour déprécier les travaux des physiologistes, de ne jamais parler de la susceptibilité de l'estomac, et de faire agir leurs drogues selon la niaiiière antique, immédiatement sur la maladie à

ANAT. PATHOL. — LàENNlX. 377

laquelle elles sont adressées. C'est dans un tel esprit que notre auteur déroule la liste des diurétiques les plus excitans pour parvenir à la résorption des liquides épanchés dans les pleurésies chroniques ; mais il n'est point de mon objet de le .suivre dans les détails.

Suivent des détails sur Vopéralion de l'empieme ; après quoi l'auteur donne, dans ui] article particulier, les caractères de la pîeuro-pneumonie, qu'il distingue , 1* en pneumonie avec pleurésie légère ; 2" en pleurésie compliquée de pneumonie, et 5" en pleuropneumonie proprement dite , où il suppose égalité des i\e\\x phlegmasies... Comme je ne vois rien dans tout l'article qui déroge aux théories que l'auteur a déjà posées sur ces afiectious considérées isolément , je m'abstiendrai de toutes réflexions.

Jj hydvopiste des plèvres { hydro thorax) est une de ces maladies que le temps et l'observation ont presque détruites ; Laennec en convient , et dit que Coivisart a beaucoup contribué à cette démolition eji faisant voir qu'un grand nombre de ces maladies se rapporte aux affections du cœur et des gros vaisseaux. Mais c'est la connaissance des pleurésies chroniques avec épanchement qui a porté le coup le plus rude aux hydropisifs de poitrine. Je crois y avoir contribué par VHistoire des phlegmasies (t. 1*') ; car, bien qu'il eut signalé les |)leurésies chroniques avec épanchement , Pinel avait trop respecté les hydropisies de poitrine des anciens auteurs.

Laennec fait effort pour assigner des caractères à l'hydrothorax ; mais rien au monde n'est plus propre à montrer la futilité de ses prétentions : comment en effet poser des caractères anatomiques tout négatifs, et qui ne sont fondés que sur la comparaison, dans une maladie i\u\ seule nVst presque jamai;^

suivie de mort ? On conçoit cejDenclant la possibilité d'une suffocation par une pluie séreuse active dans les deux plèvres, sans véritable pleurite ; mais il friut attendre les faits pour décrire cette affection. Quant à l'inondation d'une seule plèvre sans pblcgmasie , elle est possible également , mais non mortelle, et ne peut qu'être soupçonnée dans certains cas.^ Au surplus, il faut savoir se résigner et ne pas affecter la prétention de décrire les maladies qu'on n'a pas assez observées , avec la même précision que l'on met dans la description des plus ordinaires. Laennec tombe souvent dans ce vice : c'est un de ses plus grands torts.

Parles mots hydrotfiorax symptomalique, l'auteur entend un épanchement séreux des plèvres qui n'a guère lieu que chez les agonisans. (Ouvr. cité , t. II , p. 2'jD.) Toutefois, ailleurs, il ne veut pas que l'on désespère de cette maladie, quand même il y auraij une affection organique du cœur. Cette contradictioii n'est rien pour lui ; aussi n'ai-je garde de m'y arrêter. Mais je ne dois pas laisser échapper la remarque qu^ celte hydropisie symptomatique n'est qu'un fait d'anatomie pathologique mal à propos placé sur la ligne des maladies, faute très ordinaire chez notr^ anatomo-pathologiste.

N'apercevant non plus dans les épanc/iemens de sang que l'on trouve parfois dans la cavilcde la plèvre^ autre chose qu'un fait d'anatomie pathologique qui n'est point rattaché par l'auteur aux irritations vasculaires, de manière à présenter un intérêt physiologique ^ je passerai sur ce point pour arriver au pneumothorax. Ce n'est pas que cet état morbide soit traité plus philosophiquement qu'un autre; la sécrétion primitive d'un gaz dans les cavités pleurales n est point prouvée. On n'y voit autre chose qu'un

ANAT. PATIIOL. — LAKNNEC. 2^Q

dégagement de gaz par la vaporisation d'une portion du liquide d'un épaLichement qui ne remplit pas la cavité, soit parce qu'il est primilivemeiU peu abondant, soit parce qu'il se trouve incomplètement résorbé, chose commune, ou complètement, chose très rare, sans que le poumon déprimé ait pu se déployer pour se remettre en contact avec les parois. Les modifications vitales qui amènent tous ces changemens, ne sont pas mieux appréciées que celles des autres altérations du thorax. Toutefois, comme ici les signes tirés de l'auscultation sont d'un grand poids , cet article n'est pas dénué d'intérêt.

En eifet, toutes les fois que l'on constate un pneumothorax avec ou sans épancliement^ avec ou sans excavation et fistule pulmonaire, on est acheminé vers la recherche des modifications ant)rraales de la vie, auxquelles cet état morbide est subordonné. Un moyen sur de diagnostic est donc ici une chose importante. Or, le véritable signe du pneumothorax se trouve dans la comparaison du son et de l'auscultation : son clair et bruit respiratoire nul, tel est ce caractère; il est précieux , et dû, sans nulle réserve , au talent observateur de Laeonec. Joignons-y, toujours d'après lui, la jUtctualion liippocratique que détermine la succussion du thorax; k tintement métallique, pour les cas où le gaz et le liquide coexistent dans la même cavité; le son mat perçu simultanément dans la partie la plus déclive de cette cavité, ce qui varie selon la position du sujet. Enfin n'oublions pas que le bourdonnement ou résonnance amphorique se joint aux signes précédens , s'il existe une fistule qui établisse la communication des bronches avec la cavité de la plèvre, et nous aurons la somme des élémens du diagnostic pour ces cas presque toujours désespérés.

580 MÉDECliVK DE LA FKAÎVCE.

Mais , dit l'auteur lui-même , tout ce qui concerne le diagnostic n'est, pour ces cas, qu'une connaissance purement spéculative : le traitement est à peu près nul, ou seulement palliatif et modérateur des plus graves symptômes. Incapable de remonter de ces désordres à leurs causes, et de tirer de là des inductions sur l'art de prévenir des altérations irréparables , il se trouve réduit à chercher les moyens d activer la sécrétion des liquides épanchés, et c'est toujours, conime on pense bien, sans ménager l'estomac. Quant aux fistules, elles ajoutent beaucoup aux difficultés du traitement; car, s'écrie notre rusé pathologiste , rien de plus rare qu'une fistule uniquement produite par l'action du liquide épanché et indépendante d'une excavation pulmonaire avec profonds désordres du parenchyme, souvent même avec formation d'une escarre gangreneuse.... Il se souvient que je me suis élevé contre lui et les siens lorsqu'ils attribuaient aux épanchemens une vertu perforative de la plèvre, et que je leur ai reproché de n'avoir pas observé dans ces cas-là la simultanéité d'un abcès parenchymateux, se faisant jour dans un foyer de pleurésie , avec épanchement. Mais au lieu de discuter la possibilité de ces perforations de la plèvre épaissie par les fausses membranes qu'elle a sécrétées, Laennec les donne pour choses fort rares, et passe légèrement sur la question: telle est sa manœuvre. Plus tard nous aurons occasion de remarquer qu'elle est devenue celle de tous les médecins qui soutiennent les vieilles entités morbides, et prétendent les conserver à côté des nouvelles dans un cadre nosologique monstrueusement bigarré. Par exemple, ils vous disent, sans avoir l'air de s'apercevoir qu'on les devine : c II est bien vrai que la 0 majeure partie des fièvres graves dépend de la

AN AT. PATIIOL. — LAEiNNKC. 2S1

9 gaslro-entérite ; mais il en existe aussi qui n'en cîé- » pendent pas, et vouloir les nier c'est se montrer «exclusif (i). »

Comme on le pen;?e bien , Laennec n a pu produire aucun exemple de succès des mo3ens thérapeuliques dans les modes d'altérations organiques dont il a fait ici des maladies.

Les produclioiis accidtnteiles de la plèvre devaient èlre isolées des |)lourrsies, comme les productions accidentelles du pouuion l'avaient été des catarrhes et des pneumoîues. Tout pathologiste qui n'admettra pas l'irritation organique et ses degrés va^riés, avec les diversifications qu'elle subit dans les différens genres de tissus, sera réduit à suivre cette marche, mais il ne pourra jamais, pas plus que notre auteur, tracer les lignes de démarcation qui rendent ces productions essentiellement diiïérenles de celles qu'il avouerait dériver de Tinflamniation. C'est tout juste le cas où se trouve ici Laennec. Sa première section se compose des productions accidentel/es qui se développent à la surface interne de la plèvre , ordinairement avec un épanrlitment de liquider Or , jious venons de voir que ces épanchemens dépendaient des j}leurésies qui sont de véritables inflammations: comment doiic pourrait -on faire pour prouver que de prétendus cancers cérébriformes, qui ])araissent comme des amandes sur la plèvre, ordinaircnieni entourées d'une rougeur qui s*étend à quel' que dislance ^ et qui est {\uq. à de nombreux vaisseaux sanguins^ sont indépeiîdans de la pleurésie? comment convaincre les esprits sévères et difficiles sur les preuves que quelques 5/nV.s noires, interposées entre les éleveurs en parîie blanches , en partie jaunes et

( I ) Pour la question de la peiforation des plèvres, sans abcès pulmonaires, nous renvoyons à M. Gendrin . infra.

SfeSâ MÉDECINE DE LA FRANCE.

rouges, sont de !a matière méianique qui , non plus que les élevures, n aurai l rien de commun avec Tinflammalion aiguë ou chronique que l'on vient de reconnaître dans la précédente sectio!)? Cette tâche était bien au dessus de la puissance dialectique et même sophistique de Laennec ; aussi ne l'a t-il pas remplie, et tout homme sans prévention ne peut voir dans ées cancers cérébritormes et ses mélanoses de la plèvre, autre chose que des résultats de la pleurésie.

Laennec s'en est douté; aussi passe- t-il légèrement sur ces premières pioducîions pour parler de granuialiohs qu'il nomme tuberculeuses ^ semblables aux étuptions milinires de la peau rouge comme ces érup^ lions, et qui sesontdéveloppéesdans défausses membranes produites par [ in fia mm a tioji ici la difficulté pour donner le change est bien pins grande: l'inflammation, comme cause, est trop évidente; l'auteur est donc forcé de Findiquer; puis il ajoute, selon la méthode déjà notée plus liant, et si bien .imitée par son école, que ces graîinlaîions peuvent aussi se développer satis inOammation. Qiiant aux preuves, il n'en donne point; tout se réduit à l'assertion.

La seconde section montre des productions accidentelles entièrement solides de la jf lèvre. Il s'agit de ces masses inertes de matière tuberculeuse, iormant comme des morceaux de fromage, ou niéme beaucoup plus sèches, et rej>résenîant des fragmens de plâtras. Laennec ne nous apprend point qui lui en a fourni des exemples; il se contente d'ajouter qu'aucun observateur ne les a l^ien décrits. Ce qu'il y a de certain, c'est que j'en ai trouvé tle semblables dans les pleurites chroniques, et que je les ai décrites dans VHisloire des phleginasies. Il est à croire

ANAT. PATHOL. — LAENNEC. sSS

que si notre auteur les eût trouvées ailleurs que dans rrjes ouvrages, il eût cité ses auteurs. Du reste, il les attribue à une sécrétion vicieuse de la plèvre... Même explication sur les prétendus amas de matière ccrébri forme que des observateurs qu'il cite ont rencontrées dans la plèvre. H y a toute apparence que ces matières ne diffèrent pas de celles dont j'ai parlé ; mais notre auteur se tient dans un vague qui ne me permet pas d'en donner la démonstration. (Ouvr. cité, t. Il, p. 070.)

Enfin sa troisième section montre les productions accidentelles développées entre laface adhérente de la plèvre et les parties voisines. Il s'agit des tubercules, des encéphaîoïdes, des incrustations cartilagineuses et osseuses, des transformations de la -^plèvre ; mais qui manifestement se sont formées dans le tissu cellulaire externe, puisque le feuillet lisse, séreux, passe par-dessus et les recouvre à Tintérieur. Que dire de l'indépendance dii mouvement inflammatoire où Ton veut mettre ces productions, après ce que nous avons dit à Toccasion des autres sièges qii'elles peuvent occuper? Laennec parle ensuite, d'après Haller et quelques modernes, de kystes qu'on aurait trouvés dans la cavité des plèvres, et s'évertue à prouver que son cylindre pourrait en procurer le diagnostic, aussi bien que des grosses collections de matière tuberculeuse. Laissons-lui ce plaisir, et notons seulement que toutes ces productionà n'ont pu être isolées ni par lui, ni par personne, des diverses nuances de l'irritation organique.

Un article quatrième est destiné à démontrer que le passage des intestins dans la cavité pectorale à travers du diaphragme est un cas pour le diagnostic duquel le stéthoscope peut être d'un grand secours. Nous n'avons rien à dire sur ce sujet ; chacun

peut consuter Fauteur lui-même. (Ouvr. cité, t. II, p. 58o.)

Maladies de la circulation.

L*aiîteur commence parceiles du cœur : il consigne duisson ouvrage (ie longs détails sur les mouvemens du cœur, cju'il examine sous quatre rapports: i. l'étendue que le cylindre leur trouve ; 'j. le choc ou la force d'impuisioTi de Forgane ; 5. la nature et l'intensité du bruit qu'il fait entendre; enfin, 4- '^^ï'^^yî^^^iTie suivant lequel les diverses parties du se cœur contractent. De là autant de chapitres où ces questions sont traitées avec beaucoup de détails, ce qui leur donne un haut intérêt. Mais il n'est poiiîl denotre objet d'analyser ce travail étranger à toute espèce de doctrine; ilfaut nous contenter d'eu extraire les principales idées. L'étendue des baltemens du cœur est en raison diîecte de la faiblesse et du peu d'épaisseur de ses parois. Le choc ou force d'impulsion est au contraire en raison directe de leur éj)aissein', aussi bien que la lenteur du soulèvement de l'instrunient par cette impidsion. Plus le bruit est clair, plus les parois sont minces. Lesanomalies du rhythme sont les palpitations, les irrégularités, les intermittences, qui trouvent leur place dans la pathologie de l'organe. Pour les détails, nous ne pouvons que renvoyer à l'auteur même, ouvrage cité, t. u^ p. 38 1 et suiv.

Les anomalies du bruit du cœur lui fourni&senl un cinquième chapitre fort intéressant . dans lequel il donne des détails stu- le bruit de soufflet et sur le bruit de scie ou de râpe qui n'eu est qu'un plus haut degré. Il est des cas où le bruit de soufflet est sibilant, et Laennec lui donne le titre de musical; mais ce bruit ne s entend* que dans les artères.

AFfAT. PATnor. — ÏAINKEC. kS5

Le bruit de soufflet du cœur n'est ni l'effet de la percussion de cet organe sur les parois , ni le résultat du passage du sang à travers des ouverlui es veniriculair( s rétrécies ou ossifiées , puisque \'ai!teur Ta rencontié chez des sujets qui n'avaient aucune affeclion oiganique du cœur. Il se passe dans le tissu du cœur luimême, ou bien il tient à la nature du sang, On a la présomption de la première de ces deux causes, et l'on a lieu de croire ce bruit un phénomène de vitalité, par un bruit plus ou moins rapproché de celuilà que Ton entend dans la contraction des muscles locomoteurs A cette occasion , notre auteur rapporte les expériences d'Erman de Berlin , et puis celles de Wollaslon. Il les a répétées eu appliquant et son oreille et son stéthoscope sur des muscles en contraction , ce qui lui a fait entendre tantôt un frémissement, tantôt un bruit comme celui d'une voiture éloignée. Le tétanos est une maladie des [)ius propres à l'exercice de ce genre d'auscultation.

C'est aussi par la contraction de la tunique musculaire des artères que Laennec explique le bruit musical qu'elles font entendre chez certains sujets, et dans ces vaisseaux comme dans le cœur ces bruits dépendent d'un état verveux , car ils ne sont pas continus , et d'ailleurs ne s'observent pas dans l'état fébrile, à moins d'une mobilité nerveuse particulière du sujet; car Laennec avait toujours en réserve une exception pour chaque règle générale qu'il posait.

Le bruit de soufflet du cœur existe presque toi jours dans le rétrécissement des orifices de cet organe, quoiqu'il soit indépendant de la collision du sang contre les orifices; il est commun dans les hypertrophies ; mais le seul tronble de la santé qui lui a paru coïncider constamment avec le bruit du cœur et des artèfes, ou à peu près y car il faut toujours

5i96 MÉDECINE DE LA FRANCE.

une restriction, c'est une agitation nerveuse plus ou moins marquée, qui est toujours en raison directe de l'étendue du bruit, c'est-à-dire du nombre et du volume des artères qui le présentent.

L'entité nerveuse , bruit musical des artères, ayant été ainsi créé, l'auteur s'occupe à l'instant même de lui assigner un prognostic; uiais il y joint des restrictions qui nous dispensent de le considérer d'une manière rieuse.

En somme, ce bruit, qui lui paraît tout vital, pourrait bien être purement mécanique; j'en ai la présomption fondée surtout sur l'insuffisance de ses preuves; mais je craindrais ou d'être ennuyeux, ou de perdre mon temps à discuter sur des faits mal constatés, en m'arrêtant plus long-temps sur ce sujet. La théorie nerveuse de Laennec s'applique encore au frémissement cataire, ou à ce bruit que la main posée sur le cœur perçoit dans certains cas, et que l'esprit compare au bruit que fait un chat auquel on passe la main sur le dos , en même temps qu'il fait entendre un murmure de satisfaction. Corvisart , qui le premier nota ce bruit , l'attribuait à l'ossification de la valvule mitrale, ou bien à un rétrécissement quelconque des orifices du cœur ; mais Laennec, qui l'a rencontré sans aucun désordre dans ce viscère, croit devoir en faire un phénomène nerveux ; ce qui me paraît aussi peu prouvé que l'assertion de Corvisart. Je crois voir dans ces deux opinions des ^généralisations précipitées, fondées sur une observation incomplète des faits, et je pense qu'il faut encore ajourner l'explication du bruit cataire, aussi bien que celle des bruits de soufflet, de râpe et de srie.

Les baltemens du cœur entendus à distance de la poitrine^ à celle de deux pouces à deux pieds, luipa-

AÏ^AT. PATHOL. — LAKNNEC. 2^7

raissent également nerveux et peu graves par euxmêmes. Malgré leur nature nerveuse, ils dépendent d'un gaz dégagé dans le péricarde. On se demande alors pourquoi les autres bruits ne supposeraient pas aussi quelques dégagemens de gaz, soit dans les ventricules du cœur, soit dans la cavité cylindrique des grosses artères, et si ces dégagemens et la réplétion incomplète des cavilés où le sang circule, ne tiendraient pas à un genre d'altération des parois ou du fluide qui les parcourt, qui n'est pas encore bien cormu. Encore une fois , C(^s questions ne sont pas définitif vement résolues.

Quelques médecins ont essayé l'application du stéthoscope de Laennec au diagnostic de la grossesse. Cet auteur les mentionne ; rien de plus naturel. Il cite M. Kergaradec comme l'inventeur de cette application ; b(>aucoup d autres l'ont imité , et particulièrement M. Paul DNl)ois, qui possède, sur ce point de diagnostic, des observations nombreuses, que sans doute il mettra prochainement au jour.

Il définit après cela les palpilalions « un battement » du cœur .sensible, et incommode pour le malade, »p!us fré{|upnt que dans l'état naturel, et quelque- » fois inég il sons le rapport de fréquence et de déve- «loppenient. » il y en a de plusieiu^s degrés : i. le malade entend ses propres batteuîens, quelquefois même doubles , surtout quand sa tète repose sur l'o» reiller; u. il n'y a que simple augmentation de fréquence, les ventricules étant simplement dilatés; 5. il y a en n'jén)e temps augmentation de force et de fréquence, su!tout lorsque le pas est accéléré; cela correspond à l'hypertrophie. Presque toujours il y a augmentation simultanée de bruit et d'étendue des battemens; dans 1 hypertrophie simple et intense il y a forte impulsion et soulèvement des pa-

2 88 31ÉJ3F.CI-\P. Ï>K I.A FRANCK.

rois, niais bruit plus £ourJ et souvent pouls faible; clans rhjperîrophie avec tliîalalion on oliserve augmentation simultanée cVimpulsion, Je bruit et d'étendue : là s'entend surtout le coup de marteau.

Ce peu suffit pour donner une idée de ce que l'auteur entend par palpitations ; il n'y attache d'autre idée que celle de Texagération des diverses actions du cœur.

Le chapitre des irrégularités et celui des intermillerices complètent ies désordres de cette section. Les variations ont lieu, i. dans la fréqîicnce des battemens, qui est souvent augmentée dans les palpitations; u. dans des pulsations qui, soit plus longurs ou plus courtes, interviennent dans une série de pulsations régulières ; 5. dans la force et la durée des pulsations des ventricules, comparées à celles des oreillettes: elles anticipent les unes sur les autres, elles se confondent, etc.; désordres qui peuvent se réunir aux palpitations, etc. Quant aux intermittences on s'en fait assez l'idée. L'auteur les définit « une » suspension subite et momentanée des battemens 8 du cœur, pendant laquelle Tartère est affaissée et ne »se sent plus sous le doigt » La durée de l'intermittence est égale^ ou supérieure , ou inférieure à celle d'une pidsation ; mais il y a des intermittences incomplètes ou fausses dans lesquelles le pouls se sent encore un peu. Il y a aussi des suspensions, l'artère restant pleine et tendue. Les intermittences vraies sont celles où l'artère ne se sent plus; elles sont communes chez les vieillards^ et rares dans la \igueur de rage, à moins qu'il n'existe une maladie du cœur; ce qui suppose que les vieillards peuvent les avoir sans que leur cœur soit malade. Ces intermittences arrivent après la contraction des oreillettes, et peu-

ANiT. PATHOL. — lÀ^EIfl^EC. «89

vent être considérées comme des repos du cœur. Elles sont ordinairement irrégulières.

Suit une dissertation sur les auteurs qui ont traité des pulsations , tels que Galien y Solano de Laques , Bordeii et Fouc/uel, qui passent pour avoir porté des progrès très fameux sur la marche et les terminaisons des maladies aiguës d'après les différences des pulsations artérielles; mais ces recherches doivent être faites dans d'autres vues , maintenant que l'on possède des notions plus précises sur les causes organiques des prétendues fièvres, et que Ton a pour but d'entraver leur marche, plutôt que de l'observer paisiblement dans une savante expectation. En effet, c'est par la connaissance des différens états morbides dit coeur et des artères , par celle du siège et de l'étendue des congestions sanguines inflammatoires et par Fatteinte portée aux centres nerveux, que doivent être appréciées les différences des pulsations du cœur dans les maladies inflammatoires; et c'est pour fixer son opinion sur les moyens de ramener le plus tôt possible ces pulsations à l'état normal, en remédiant aux causes de leurs aberrations , et non pour s'exercer à des prophéties favorables ou funestes, que le pi-aticien aujourd'hui s'exerce à ce genre de diagnostic. Au surplus, Laen/iec païait s'être fort peu douté de cette différence relativement aux maladies aiguës.

Content d'avoir donné une idée succincte des recherches de notre auteur sur les différences que présentent les pulsations du cœur, nous abandonnons ce sujets puisqu'il ne s'agit que de faits de pure observation , que tout le monde peut retrouver dans le texte, pour suivre Laennec dans son étude des maladies du cœur ; car c'est là que se retrouve la théorie , et qu'il faut relever ce qu'elle peut avoir de faux ou de dangereux.

âjj^Ô MléDECINE DE LA FRANCE.

Dos maladies du cœui".

Les plus graves el les plus fréquentes sont la dilaiation des ventricules , V épais sis sèment de leurs parois, la réunion de ces deux affections et lein^s combinaisons diverses; la persistance du trou de Botal; \à perforation de la cloison des ventricules ; V ossifia cation des valvules sigmoïdes de l'aorte et des valvules mitrales ; les excroissances placées sur ces mêmes parties. Viennent ensuite \qs> productions de diverse nature cpii peuvent se développer dans le cœur ; mais elles sont plus rares, (4 ne troublent la santé qu'arrivées nu }>oint de produire l'iiypertrophie ou la dilatation des ventricules; enfin la dilatation des oreillettes et leui' hypertrophie^ qui sont plus rares encore , et que'Laennec considère comme produites par un état pathologique des valvules ou des ventricules. Après ces affections propres du cœur^ il place les maladies du péricarde et de V aorte.

Cette énoncialiou suppose une observation attentive et soutenue; mais elle ne dorme point l'idée d'un esprit exercé aux rapprocheniens physiologiques. Pourquoi placer eu tète la dilatation et l'hypertrophie tles ventricides , lorsque l'on dit bientôt après que ces lésions peuvent être l'effet des productions de diverse nature qui se développent dans fintérieur de ces mêmes ventricules ? 11 fallait comnjencer par les lésions qiie l'on croyait élémentaiies. On (Hra (jue l'hypertrophie et la dilatation iie sont pas torijonrs l'effet des productions dont il s'agit, et que d'ailleurs celles-ci ne sont pas diagnosticables dans leur début. Eh bien ! dans ce cas i on devait commencer par la lésion qui les pré-

AN AT. PATHOL. — LAENNEC. 29 I

cède toutes également , y compris les dilatations et les hypertrophies des oreillettes, car elles devaient figurer à côté de celles des ventricules : or cette lésion préliminaire est l'irritation du cœur, qui toujours se manifeste par des signes sensibles avant que les lésions organiques de ce viscère puissent être déterminées. Cet ordre aurait été physiologique; il aurait inspiré pour la suite la recherche des causes qui amènent cette irritation ; et après les avoir exposées pour les cas où elles sont connues, on aurait placé ceux où elles ne le sont pas, et ceux où l'altération du cœtir paraît innée. C'eut été procéder du connu à l'inconnu , et mettre les lecteurs sur la voie des recherches; en un mot, c'eût été faire de la pathologie, tandis que l'on n'a fait qu'une anatomie pathologique confuse.

Les symptômes généraux de toutes ces affections sont presque les mêmes , ajoute l'auteur ; et si se met à tracer le groupe de symptômes qui caractérise tout obstacle au cours du sang placé dans le point cen^ tral du cercle circulatoire. Or ce groupe est exactement le même qui nous a servi à caractériser une classe de maladies, que nous avons nommées, dans le premier Examen, obstacles au cours du sang y pour les distinguer des inflammations, des subinflammations, des névroses, des débilités , des empoisonnemens , etc. Nous avions cru devoir séparer ces symptômes de la foule des autres, pour prévenir les erreurs de pratique que leur méconnaissance peut produire, et depuis douze ans nous traitions dans nos cours les obstacles au cours du sang après les irritations, lorsque Laennec eut l'idée d'en profiter. Nous en sommes charmés , car il nous fâchait depuis long-temps de voir des praticiens conseiller l'exercice du corps aux personnes qui coMimencent à s€waiff]râi^

des irritations du cœur et des obstacles au cours du sang, qui nécessairement en résultent, sous prétexte qu'elles n'ont qu'une névrose, et qu'elles n'ont pas (Xaffection organique. Mais les praticiens auraient bien mieux profité de notre division si Laennec l'eût rappelée et consacrée par son adhésion , au lieu de s'en servir furtivement pour caractères communs à un genre d'affections organiques ; car, par cet artifice, il les empêche de reconnaître la maladie lorsqu'elle est encore curable , et leur cache les véritables indications de cette époque si précieuse. En effets s'ils ne trouvent pas de lésion organique, ils ne voient que des névroses, ils ne font rien pour la prévenir, et retombent dans la faute que nous avions voulu prévenir. Les médecins qui connaissent la doctrine physiologique comprendront tous cette distinction.

Ces symptômes sont les suivans: respiration habituellement courte et gênée ; palpitations ( qui ne sont pas de rigueur ) ; étouffemens par le mouvement et les affections vives de l'âme , et même sans cause appréciable.) rêves effrayans^ réveil en sursaut , etc. Je passe sur tous les autres qui appartiennent aux degrés plus avancés de ces maladies, c'est-à dire à ceux où l'affection organique, devenue appréciable, peut en donner l'explication. C'est dans ce premier degré qu'il importe le plus de bien saisir les indications; mais si l'on n'est pas assez averti , on ne voit encore que de la névrose , et Y affection organique qu'il fallait prévenir ne l'est point. Au surplus, c'est une faute qu'un médecin qui n'est qu'anatomo-pathologiste ne saura jamais éviter.

Suivent les altérations produites par les maladies du cœur sur la texture des autres organes, L'auteiu' les décrit bien ; mais il ne les apprécie pas toutes avec justesse. Par exemple, il n'attribue rinjection

AIVÀT. l'VTHOL. — LAENNEC. 295

sanguine, qui se rencontre clans tons les organes de l'abdomen , qu'à la stagnation forcée du sang dans les vaisseaux capilh.ires: L'injection est telle, selon lui, que l'on croirait à l'inflammation delà membrane muqueuse du tube digestif, si l'on ne voyait pas l'affection du cœur, et si l'on ne savait pas que les stimulans ont été bien supportés jusqu'à la fin; donc, ajoute-t-il, l'injection sanguine ne suffit pas pour caractériser une inflammation de ces tissus. (Ouvr. cité , t. 2, p. /190 et suiv. )

Beaucoup d'erreurs, et des plus préjudiciables, existent dans ce passage. 11 est certain que les affections du cœur produisent la stagnation du sang dans le foie et dans le tube digestif; mais il est faux que ces organes n'en soient pas irrités et sur-irritables. La duodénite et la pléthore du foie se déclarent plusieurs fois pendant la marche progressive des hypertrophies cardiaques, et exigent, pour être guéries, le traitement qui leur est particulier ; car celui de l'affection du cœur ne les dissipe pas lorsqu'elles ont acquis de l'intensité. Si le médecin les néglige, comme le faisait Corvisart, qui ne les connaissait pas, elles font d'énormes progrès, et s'il s'obstine à déposer sur la villo-muqueuse irritée les drogues qui passent pourspécifiques des symptômes concomitansdesanévrismes, comm e la digitale, les narcotiques , les expectorans incisifs, les diurétiques, etc., les malades meurent au milieu des angoisses les plus horribles qu'il eût été facile de leur épargner par une thérapeutique plus rationnelle. Il est donc faux dé dire cju'ils ont bien supporté les stimulans jusqu'à la fiu de leur vie, comme il l'est de soutenir que l'injection sanguine de la membrane soit alors étrangère à toute modification inflammatoire. L'injection d'ailleurs n'est pas la seule preuve de cet état. Les autres altérations

de la gastrite et de l'entérite des grêles s'y trouvent toujours associés dans ces cas ; et l'on peut affirmer, sans crainte de jamais se tromper, que tous les sujets morts avec ime affection du cœur, qui offrent des altérations semblables à celles des gastrites et des entérites, en ont été attaqués. Il en est de même pour les traces de la pneumonie et de la bronchite qu'ils peuvent aussi présenter; de même enfin pour les traces des inflammations des vaisseaux quand on les trouve évidentes. Rien de cela n'est illusoire , et l'obstacle au cours du sang n'a servi que de cause prédisposante à ces phlegmasies.

Lorsque je sortis de l'école de Corvisarl, je pensais comme Laennec sur les injections des viscères abdominaux; mais roî)servation et surtout la pra.tique m'ont détrompé. Un médecin physiologiste peut conduire, le plus souvent, une affection organique du cœur incurable jusqu'à la mort , sans que ses malades soient tourmentés par l'inflammation du tubedjgestif, comme le furent ceux de Corvisart ; et s'il ne peut éviter cette inflammation, il peut au moins signaler le moment de sa formation , et déterminer le lieu où elle se trouvera prédominante après le décès. Il en est de même, à peu près, pour les phlegmasies pulmonaires

On s'attend bien que notre auteur ne laissera pas échapper l'occasion de faire valoir son stéthoscope comme l'unique moyen pourdistinguer les affections du cœur au milieu des nombreux désordres qui peuvent les accompagner, et surtout des altérations pulmonaires dont les symptômes ont tant de resseipblance avec ceux qui dépendent du cœur. Mais Laennec manque toujours de sagacité dans ce genre de rapprochement. Il ne s'est jamais appliqué à distinguer, parmi les symptômes que présente le poumon,

ANAT. PATHOL. LAENNEC H^b

ceux qui sont indépendans des maladies cardiaques d'avec ceux qui résultent seulement delà stagnc^tion du sang dans le j3oumou, produite pai' le vice des fonctions du cœnr. C/est ce que nous avo?is plusieurs fois vérifié en parlant de ses catarrhes et de ses œdèmes pulmonaires ; alors il a souvent fait la faute de ne parler que de la maladie du poumon lorsque jes symptômes et i'aqtopsie concouraient à prouver que ia langueur et la faiblesse des parois du cœur avaient déterminé, pendant un temps plus ou moins long, la stagiiation du sang dans les vaisseaux du poumon. Maison a déjà vu que, lorsqu'il traite d'une aifeclion , il lui subordonne constammeiU toutes les autres comme autant d'attributs divers, etsesertquelquefoissucGe§sivement de la même observation cornme d'exemple de plusieurs affections prédominantes. Ce n'est paj^ que l'auteur ignore rinfiiience du cœur sur les poumons , ni celle de ceux-ci sur le cœur; car il dit formelleipent, en traitant des causes, que l'œdème pulmonaire peut dépendre du cœur, et que l'hypertrophie de ce viscère peut être causée par la toux et par tout autre obstacle au dégorgement des artères ; mais cette réciprocité d'irjflueiice le n)et à son aise pour attribuer J'affection qu'il veut donner commis secqqdaire à celle qu'il a entrepris de considérer comme prédominante; et il ne marique pas A m profiter.

Quant aiix causes des hypertrophies cardiaque^? étrangères anx affections du poumon, et aux .Qb§tar des provenant des rétrécissemens de l'aorte, il I/^jp réduit sans hésiter, aussi bien que les causes dig^ yégétations, ossifications, etc., au vice de la nutlir tion 5 sans tenir compte des agens extérieui'S d'i^'lLtation qu'il fait profession de mépriser. Mais sur ce

2^6 MÉDECINE JJE LA FKAlVCrî.

point, noMS ne pouvons que renvoyer à ce qui a été dit précédemment.

Après ces considérations générales, Laennec entre dans la description des caractères anatomiques et des signes extérieurs des hypertrophies et des dilatations des ventricules et des oreillettes du cœur, lésions quil considère isolément d'abord, et ensuite dans les rapports et les comphcations qu'elles peuvent présenter entre elles. Le suivre dans ces détails, ce serait reproduire son travail, qui est entre les mains de tout le monde. Aussi ne i'entreprendrai-je point, d'autant que nous n'y trouverions, sous le rapport des doctrines, rien qui ne fût conforme à ce que nous avons déjà critiqué! Nous nous contenterons donc de quelques réflexions sur ce qui touche à la physiologie de ces affections.

L'auteur voit les causes les plus communes de dilatations et des hypertrophies des parois musculaires des quatre cavités du cœur, dans l'obstacle qu'elles trouvent à expulser le sang qui les traverse. C'est donc ou dans le poumon devenu difficilement perméable par une cause quelconque, ou dans l'aorte rétrécie , ou dans les végétations qui peuvent obstruer les orifices du cœur que sont placées ces causes. De tels obstacles peuvent , je le crois aussi , contribuer aux hypertrophies et aux dilatations du cœur; mais ce n'est point d'une manière mécanique ou par le résultat d'une sorte de fatigue des fibres des parois de cet organe. Ce doit être plutôt parce que le défaut d'évacuation des cavités du cœur empêche celle des veines de ce viscère , et maintient son tissu musculaire dans un état continuel d'engorgement sanguin. La même modification a lieu à différens degrés toutes les fois que le coeur éprouve des irritations fortes et prolongées, C/est ainsi que les passions, les mar-

AJNAT. PATHOL. LAEJN'JNEC. 297

ches précipitées, les fréquences répétitions de l'état fébrile, et !e transport clans ie cœur des irritations rhumatismales et goutteuses, engendrent les h^'pertrophies et les anévrismes, en très< peu de temps, sans aucun obstacle mécanique au dégorgement des cavités cardiaques.

Quant aux végétations développées sur la membrane des valvules, elles ont la même cause cjue l'hypertrophie elle-même ; elles sont le résultat d'une phlegmaàie chronique de celte membrane qui a déterminé une congestion dans le système vasculaire propre au tissu musculaire du cœur. Elles sont donc plutôt compagnes que causes de l'hypertrophie et de la dilatation , ciuoique , après leur formation, elles puissent contribuer aux progrès de ces altérations organiques.. Mais Laennec ne pouvait pas comprendre cela, lui cjui ne les attribuait qu'à un vice de nutrition, il en faut dire autant des rétrécissemens de l'aorte : îaphlegmasiequi les a déterminés dans cette artère a presque toujours été partagée par la membrane interne des ventricules. Mais cette même inflammation qui rétrécit la crosse, la dilate bien plus souvent encore, et, dans ce cas aussi , le ventricule gauche qui la partage s'hypertrophie et se dilate en même temps, sans qu'on puisse prétexter aucun rétrécissement qui ait offert quehjue obstacle à la sortie du sang de cette cavité musculaire. Tous ces faits sont indiqués dans les propositions de VExamen des doctrines , etc.

Laennec n'a donc avancé rien de satisfaisant en faisant naître, par un vice de nutrition inconnu et tout hypothétique , des obstacles mécaniques qui seraient la cause la plus fréquente des principales maladies du cœur.

Kn niant que l'endurcissement du cœur dépende

de l'irritation, Laennec n'a rien substitué qui puisse être de quelque utilité pour la médecine.

On trouve quelque chose de bon dans l'article qui concerne le raiTîoJlissement du cœur; mais c'est seulement sous le rapport de la séméïotique : en effet, il est utile de savoir que tout bruit et toute vivacité dans les pulsations du cœur excluent le ramollissement ; comme la mollesse et la lenteur des pulsations le font présumer, aussi bien que Télouffement, la lividité des lèvres, la difficulté du mour vement et la faiblesse du pouls. Quant à la cause prochaine, point le plus inq^orîant, puisqu'il conduit à la thérapeutique, la théorie de l'auteur est l^in de satisfaire le véritable physiologiste : l'irritation et l'inflammation n'ont rien à faire ici, quoi qu'en ait dit M. Bouillaud, qui pourtant se connaît mieux en preuves que Lapunec le sophiste. Le ramollissement du cœur dans les fièvres que notre auteur affecte de nommer ^ssé'«//^//^s, parce qu'il est l'amant du vague et de l'insubstantiel, ne fait pas exception. C'est le vice de la nutrition qui les produit ici comme dans les hypertrophies, avec cette différenceque dans celles-ci c'est la maladie du cœur qui vicie la nutrir tion ; tandis que dans l'autrecas, c'est lafièyre. Si ce n'était pas l'hypertrophie qui produisît le vice de nutrition , une autre cause l'engendrerait, ou il se

produirait lui-même 11 est des genres de cerveaux

qui ne reculent pas devant cette absurdité, et qui l'appliquent même à des questions du premier ordre. Si pourtant nous voulons substituer le langage de la raison au jargon des spiritualistes ou ontologistes , car c'est tout un , nons répéterons que ce qu il y a fl'évident, quand le cœ'ur a été longrtemps agiié et turgescent, c'est toujours la surabondance de sang dans les vai§se^ux prÉ)pi?es et d^ns les fibres mus-

ANAT. PATOL. — LAENNEC. 299

ciilaires de cet organe . d'où doit enfin résulter leur ramollissement coname on Tobserve dans mille autres cas analogues, et nous rappellerons à cette occasion ce qui a été dit plus haut sur le rôle qu'on fait jouer à la nutrition dans la production des affections organiques. Au surplus, ou peut juger combien Laennee était mauvais observateur en pathologie, et mauvais thérapeutiste , lorsqu'on le voit nier à M. Bouillaud que le ramollissement de l'estomac soit Teffet de l'inflammation de la muqueuse de ce viscère; il n'y voit qu'un résultat tout simple, comme beaucoup d'autres , de lafm>re , et qui cède aisément aux analeptiques : une pareille hérésie suffirait pour faire rayer son auteur du nombre des bons praticiens ; et certes il ne fait rien qui tende à l'y rétablir lorsque, l'instant d'après, il conseille les amers, les ferrugineux, les antiscorbutiques contre les ramollissemens du cœur; car ces moyens ne sont propres, comme nous rivons vu plus haut, qu'à augmenter les angoisses qui résultent de la stagnation du sang dans l'épigastre,et de l'irritation qui s'y trouve réunie. Lorsque l'on a pris du plaisir à lire quelques bonnes observations anatomiques ou séméïotiques dans Laennee, on regrette toujours qu'il n'ait pas borné là sa tâche, et qu'il ait absolument voulu se faire législateur de pratique.

Il ne dit rien de Vairophie du cœur, comme produit des maladies ; mais il répète ce que nous avions écrijt , qu'un petit cœur normal est une chose favorable à la santé ^ quoiqu'il expose, selon lui, certains hypocondriaques à des lipothymies.

Le déplacemeut et les vices de conformation du cœur, et leur séméïologie , sont fort bien , et ne se rai tachent à aucune théorie médicale chez notre autour. Nous pourras donc, sur tous ces points, rm^

v500 MÉDECIHIÎ DE LA. FRANCE.

voyer lîos lecteurs à l'ouvrage même. Laennec n'est dangereux que clans les questions qui peuvent suggérer des idées pratiques.

La cardUe ou inflammation de la substance charnue du cœur est divisée en générale et en partielle : la générale a élé observée par Meckel, qui a trouvé le coeur infdtré de pus. Il fallait cela à Laennec, qui ne reconnaît d'autre inflammation que celle qui suppure, et qui ne peut rap|)orter qu'au vice de la nutrition toutes les irritations et congestions vasculaires qui dénaturent les tissus sans y faire sécréter de la matière purulente pareille à celle du phlegmon. A la cardite partielle se rattachent les abcès qui se forment dans la substance du cœur. Mais l'auteur ne peut pas leur assigner de signes certains.

Les ulcères du cœur sont moins rares : on ne les diagnostique pas davantage; mais ils peuvent y produire des solutions de continuité et perforer l'organe en différens lieux, ce qui peut aussi arriver sans qu'il y ait ulcération. L'auteur cite des exemples de toutes ces lésions , extraits de plusieurs auteurs. On le lit avec intérêt dans tout ce chapitre qui, du reste, est de pure anatomie pathologique, et complètement nuisons le rapport pratique, attendu qu'il n'apprend point à ménager les irritations du cœur de manière à prévenir ou seulement à retarder la catastrophe.

Rien de satisfaisant sur Va surcharge graisseuse du cœur par rapport à la physiologie pathologique, et au traitement qui doit en découler. On apprend seulement que le cœur s'amincit par l'infiltration de la graisse, et qu'il n'en résulte point de rupture. Mais l'auteur n'a point pensé à rapprocher l'obstacle au cours du sang qui en résulte de tout autre embarras du mouvement circulatoire. On se souvient qu'il avait dit , en parlant dos asthmes, que la dys-»

ANAT. PÀTHÔI. -* LAEÎ^NÈC. 3oi

pnée des obsèses dépendait de la dépense d'action nécessaire pour l'exécution de la iesj)iration : tout cela ne sent point son observateur physiologiste.

Les productions cartilagineuses et osseuses de la substance musculaire du cœur^ quel que soit leur siège, ne doivent être étudiées dans cet ouvrage que comme faits d'anatomie pathologique.

Quant aux autres productions accidentelles qui peuvent se développer dans le cœur^ elies se réduisent, pour l'auteur, cà des tubercules, à un état couenneux, lardacé (encéphaloïde) , à des kystes séreux, à des vers vésicuîaires : c'est encore de la pure anatomie paîhologicj[ue.

Les endurcis semens carlilagineux et osseux des "Valvules du cœw% les épaisissemens osseux et cartilagineux de la membrane interne du même organe ont leurs 5/^72^6" ^ après leurs caractères anatomiques. Tout cela peut être lu avec un intérêt de curiosité sous le rapport de l'anatomie pathologique ; mais rien, absolument rien qui puisse conduire à prévoir de loin ces désordres', et à s'opposer à leur production. Le vice de nuti ition qui les détermine reste absolument indépendant et inaccessible au praticien jaloux de guérir.

C'est encore sous le double rapport de l'anatomie pathologique et de la séméïotiqiîe , purement et simplement, qu'U traite des concrétions du sang ^ dites polypes du cœur et des vaisseaux. Il pense , avec Corvisart, que des concrétions peuvent se former pendant la vie dans le cœur, comme elles se forment dans les sacs anévrismatiques. îl cherche les signes de celles du cœur pendant la vie , mais ne trouve que desprobabilités : quant à celles des artères et des veines, il s'appuie du tétuoignage de Bodgson, maladies des anères et des vaines^ traduit par

M. Breschet, pour ce qui concerne ces altéret-ons. Il ne s'est point exercé à les rattacher aux modifications des agens externes dont le médecin peut modifier l'action en temps opportun. Toutes les formes des altérations organiques du centre de la circulation sont pour lui autant de maladies dont il reclierche les signes dans l'intérêt de son stéthoscope. C'est quelque chose ; mais ce n'est que de i'anatomie pathologique et de la séméïotiqne.

Viennent enfin les injlammations de la membrane interne du cœur et des gros "vais seaux (? ). Laennec est très difficile sur l'admission de ces inflammations. Si l'agonie a été longue et lahorieuse, si l'ouverture a été faite phjsde trente heures après la mort, et si le sang est fluide, ce liquide peut avoir déposé sa matière colorante sur la memhrane interne du cœur et des gros vaisseaux, et rien ne prouve que l'inflammation soit la cause de la rougeur qu'elle présente à Tautopsie. L'auteur prouve cela par l'expérience suivante : il prend un morceau d'aorte , et après l'avoir rempli de sang et l'avbir lié aux deux houts, il le laisse séjourner dans Testomac du cadavre pendant vingt -quatre heures. De blanche qu'elle était, la membrane interne de l'artère devient rouge; et si elle n'était pas exactement rem plie, la rougeur n'existe que par bandes comme une espèce de ruban, et cette rougeur résiste au lavage. Casimir Broussais a répété cette expérience, et a prouvé que cette prétendue imbibltion est bien différente de la rougeur inflammatoire. Cependant Laennec passe outre, et veut que le développement , c'est-à-dire l'épaississement des artères, avecinjection de leurs vaisseaux propres, se joigne à la coloration rouge pour que l'on puisse soupçonner qu'il y a eu de l'inflammation ; mais

(i) Ouvrage cilé, t. II> p. $98.

ÀTfAT. PATHOL. — LAENNEC. 3o3

la forrnàlion d'une matière coagulée et fibrineuse, adhérente à la liiembrane , les injections des tuniques proj3re et celluleuse des artères, la sécrétion du J3US entre les tuniques et leurs ulcérations, sont les seids signes qui, selon lui, fom^nissent la certitude complète de l'élat inflammatoire.

J'ignore si la rougeur peut être produite par la seule imbibition dans la tunique interne des artères ; mais je puis attester que depuis que j'ai connaissance de ces objections, j'ai souvent cherché cette rougeur à la suite des longues agonies, et que je ne l'ai trouvée que lorsque j'avais observé, pendant la vie, des symptômes qui m'avaient annoncé une forte irritation du cœur et des gros vaisseaux. Nul doute que l'inflammation soit incontestable lorsque l'on trouve l'injection sanguine des artères ou une couenne dans leur intérieur; mais faut-il conclure de là que ce phénomène n'a point existé lorscju'on n'observe qu'une simple rougeiu' ? je ne le pense pas, car les malades peuvent péiir dans le premier degré d'une cardite et d'une aorlite avant que l'inflammation ait eu le temps de ramollir les tissus et de les pénétrer d'une forte injection sanguine, à plus forte raison d'y former des fausses membranes et des ulcérations.

D'après ces considérations , je crois pouvoir avancer que, lorsqu'il a existé des signes non équivoques d'une surirritation du cœur et des artères peu de jours avant la mort, et que la nécroscopie offre la rougeur indiquée, on a des preuves suffisantes de rinflammation de ces organes Je dirai plus ; il ne me paraît point probable que l état aigu piâsse souvent déterminer seul l'injection et le développement des tuniques artérielles. Je pense que notre anatomo- pathologiste a assigné a l'artérite aigiié les caractères an atomiques de la chronique

3o4 MÉDECmE DE LA FRANCE.

qu'il a constamment méconnue. En effet, il n'en parle point, et met tous !es désordres qu'elle peut produire sur le compte de ses "vices de nutrition. Il faut toutefois distinguer plusieurs degrés de vétusté dans cette chronicité. Dans le moindre, on retrouve les traces cadavériques mentionnées par notre auteur, comme les seules traces des nrtérites; et dans les autres toutes les désorganisations dont il rend la nutrition seule responsable. Les ulcérations des artères sont cependant pour lui une trace d'inflammation; mais il ne les fait point commencer par la tunique interne; elle est trop ténue pour pouvoir s'y prêter. Il en trouve l'origine dans la tunique moyenne et dans l'externe ou cellulaire. Là se forment de petits dépôts de matière sécrétée qui s'ouvrent dans l'intérieur et y forment probablement i\Q?> cavités ulcéreuses. Hodgson et Rreys sont cités ; mais l'auteur ne veut pas que l'on confonde ces dépôts avec le produit de l'inflammation qu'il se garde bien d'appeler chronique. Certains décollemens des ossifications lauîelieuses qui, formées sous la tunique interne, la déchirent, et donnent lieu à de petits hiatus dans lesquels s'amasse de la fibrine qui se décompose et prend l'aspect d'une pâte friable contenant du phosphate calcaire, terreux, ne dépendent pas non piusderinflammation: si on leur trouve des bords ronges, il ne faut pas y voir une inflammation , mais une simple inibibition de sang ; car aucun signe ni local , ni général , n'a attesté l'état inflammatoire.

On voit par cette assertion jîisqu'ri quel point Laennec pousse l'arbitraire dans ses décisions : de son autorité souveraine, il partage les altérations organiques réunies, confondues, des mêmes artères, en inflammatoires, et en non inflammatoires. Les ulcérations le sont ; les ossifications ne le sont pas. Le vice de nutri-

ANAT. PATHOL. — LAEJMNEC. 5o5

tion non inflammatoire agit tout à coté de l'inflammation sans en être dépendant. Notre homme est sûr que la rongeur des déchirures causées parles lamelles osseuses , est indépendante , comme ces lamelles, de l'inflammation dans une artère qui peut offrir à peu de distance des désordres qu'il attribue à ce phénomène. Il est si étranger à toute notion relative aux inflammations chroniques et aux subinflammations, qu'il lui faut des symptômes violens , analogues sans doute à ceux du phlegmon, pour avouer l'existence d'une artérite, et pourtant l'observation atteste journellement que les ulcérations, qu'il reconnaît pour inflammatoires, peuvent se former sans que ces symptômes aient existé. Il s'est flatté sans doute que sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, son affirmation tiendrait lieu de preuves.

Les concrétions polfpiformes dit sang sont traitées par Laennec avec beaucoup de détails. Il cite Kreysig et Burns qui pensent que la membrane interne des vaisseaux enflammés arrête des globules de sang qui passent, et les coagule; d'où résuite l'oblitération de ces vaisseaux. Mais il ne croit pas à ce m.écanisme. Son opinion est que le sang, devenu stagnant dans les vaisseaux, par une cause quelconque, fût-ce par la syncope, peut y former un caillot fibrineux qui possède la vie, et s'organise aussi bien que la couenne inflammatoire. Il accorde la même propriété à toute matière plastique exsudant des vaisseaux non enflammés, et cite en preuve les adhérences qui réunissent les solutions de continuité faites par des instrumens ]:ien coupans, sans qu'il se soit développé d'inflammation. Il a vu des adhérences entre les plèvres produites par des exsudations également indépendantes de l'inflammation et des concrétions xle lymphe coagulable organisée dans les bronches. Il 4. 20

5o6 MÉDECINE DE LÀ FRANCE.

va jusqu'à soutenir que les flocons d'albumine nageant clans la sérosité ascitique des hydropiques les pluscachecliques se réunissent et forment des corps înadhérens doues de la vie. Selon lui, la stagnation du sang dans les veines suffit pour qu'il s'y forme des caillots qui les oblitèrent.

Après tout cela , il admet que le caillot formé dans les vaisseaux y détermine de l'inflammation et une exsudation plastique avec laquelle il adhère ; ce qui produit l'oblitération, et quelquefois des inflammations qui suppurent en fort peu de temps. Le pus résorbé par les veines dans les foyers purulens les enflamme et les conduit aussi fort vite à la suppuration. C'est ainsi qu'il explique les pneumonies lobulaires, si communes chez les blessés.

Dans tout cela , je vois d'utiles observations; mais aussi plusieurs assertions gratuites , et le tout dans l'intention d'accréditer le plus possible la pathologie humorale. Tous les médecins savent qu'il se forme des caillots dans le cœur et les gros vaisseaux, durant les derniers momens de la vie, chez les sujets qui périssent par obstacle au cours du sang. Les oblitérations de veines se voient dans les phlébites dites 'varices^ et dans des anciens foyers de congestions sanguines viscérales mal traitées; mais il y a de l'exagération à multipher, comme on le fait ici, les coagulations et les obstructions sanguines à loccasion de tous les ralentissemens du cours du sang, dans la syncope, par exemple. Les autopsies ne justifient point tous ces infractus indt pendans de l'inflammation, et la plupart sont imaginaires. Autrement il n'y aurait point de mort par gastro-entérite chronique , avec ralentissement du pouls ( et elles sont communes), qui n'en offrit dans le mésentère et dans k rate. .

ANAT* PATHOL. — LAENNEC. 5oj

Les végétations qui se développent sur les valvules et sur les parois des cavités du cœur sont divisées par notre anatomo-pathologiste en celles àQ forme verruqueuse et en vésiculaires. Corvisart regardait les premières comme vénériennes. Laennec repousse cette idée avec raison. Kreysig, Berlin et M. Boiiillaud les attribuent à l'inflammation, après des rapprochemens faits pour opérer la conviction. Mais notre auteur, qui n'entend pas toujours raison lorsqu'il s'agit de ce phénomène , aime mieux y voir, on ne sait sur quel fondement , des précipitations de la fibrine du sang qui se coagule et s'organise sur ses surfaces.

Quant aux polypes vésiculaires , personne ne les avait l>ien décrits dans le cœur; aussi l'auteur se complaît-il à leur description minutieuse; c'est son genre. Il en cite un pareil trouvé adhérent dans l'estomac d'une jemie fille, et contenant de l'arsenic qu'elle avait avalé.Personne neputméconnaître dans ce caillot un produit de l'irritation inflammatoire et hémorrhagique déterminé par la stimulation de l'arsenic ; et ce fait, avec l'aspect de la membrane interne du cœur quand elle en offre de semblables , ne permet pas de douter qu'une irritation plus ou moins inflammatoire ne préside, dans tous les cas, à la formation de ces corps étrangers. Cependant notre auteur pense autrement; il voit dans les polypes un caillot formé libre d'abord entre les colonnes charnues du cœur, qui s'organise d'abord, et se colle après cela à la surface de la membrane qu'il irrite. Il faut bien aimer les hypothèses, et bien compter sur la docilité des lecteurs, pour croire qu'ils admettront sans preuve une assertion aussi téméraire.

Quant aux signes de ces productions, nous renvoyons à l'auteur même, que nous ne voulons'

3o8 MÉDECINE DE LA FRANCE.

pas copier^ et dont nous n'avons pour but que d'étudier et d'apprécier la doctrine. Ce que nous en avons vu jusqu'à ce moment suffit bien pour justifier notre intention.

Après avoir établi les caractères anatomiques de \a pérlcardlte aiguë ^ l'auteur se plaint de l'obscurité des signes , et ne pense pas que le stéthoscope luimême puisse en fournir de certains, surtout lorsque cette inflammation est compliquée de celle de la plèvre et des poumons. La description de cette maladie n'ayant point offert à Laennec loccasion d'émettre des vues théoriques en opposition avec la doctrine physiologique , nous n'avons point de remarque critique à faire. On lira cet article avec beaucoup d'intérêt: nous n'y ajouterons que la remarque suivante :

L'obscurité des signes de la péricardite vient d'abord, selon nous, de ce qu'une foule de maladies , qui ont leur siège hors du cœur, peuvent produire dans cet organe toutes les altérations de pulsation que détermine la péricardite elle-même. Cette obscurité tieni encore à la facilité qu'il y a pour le médecin , et aussi pour le m lade , de confondre les douleurs qui partent du cœur avec celles qui viennent de la plèvre voisine, du diaphragme , de l'extrémité cardiaque de l'estorrîac, et mêmexies muscles intercostaux qui correspondent au cœur, et nous pouvons ajouter qu'effectivement le tissu du cœur participe quelquefois très vivememen taux souffrances de ces or ânes, et qu'il éprouve alors dans ses mouvemens des modifications ma ogues à celles que lui causerait l'inflammation de la tuniqu séreuse. De là la difficulté du diagnostic de la péricardite, qui d'ordinaire ne devient évidente que par l'excès de la collection séropurulenle, ce qui sup-

AN AT. PATIÏOL, — LAENNKC. 309

pose presque toujours le passage à Tétat chronique. Toutefois cette difficulté de diagnostic est moins grave pour le médecin physiologiste que pour tout autre ; lorsqu'une inflammation se déclare dans un point du corps où plusieurs organes sont en contact, que lui importe, sous le rapport du traitement, lequel de ces organes est le plus fortement attaqué? Les indications curatives ne sont-elles pas les mêmes dans le début, c'est-à-dire dans le moment où il importe le plus d'agir avec une grande célérité? Plus tard , si la phlegmasie n'a pas cédé, l'organe malade se décèle par la lésion de ses fonctions , et nous dévoile de nouvelles indications.

Laennec donne pour caractères anatomiques à la perlcardite chronique d'offrir une rougeur phas forte que l'aiguë, et disposée par taches qui semblent y avoir été posées avec un pinceau ; d'avoir rarement wwç^ pseudomembrane qui est plus mince cjue celle de l'aiguë, et parait comme une couche de pus très épaisse ; enfin l'épanchement , qu'il lui assigne , est lactescent. 11 pense que les adhérences générales qui font paraître l'enveloppe du cœur comme collée sur cet organe sont le produit de cette nuance de péricardite.

Nous avons vu des péricardites chroniques presque sèches, ou n'ayant qu'une once ou deux de sérosité limpide, avec des taches rouges, granuleuses sur la membrane séreuse, telles qu'on en trouve quelquefois dans des pleurites de la même nuance. L'anxiété, la tristesse, l'immobilité, avaient été extrêmes dans les deux cas de ce genre que nous avons remarqués; maLs il y avait simultanéité de gastrite. L'inflammation péricardienne n'avait point été annoncée ; mais nous avions parié d'une irritation du cœur dont nous penijions que l'on devrait trouver des

traces dans la nécroscopie. Nous nous fondions sur des pulsations dures, avec un endolorissement constant à la région du cœur, le tout avec les signes de Tinflammation chronique de l'estomac.

Notre auteur parle de V hydro-péricarde sans phlegmasie ; mais c'est pour suivre les traces de l'antique, ou plutôt du moyen âge, car il n'en a point vu d'exemple, et il se borne à en tracer les signes par supposition , pour servir et valoir au besoin.

Le pneumo-péricarde devait avoir aussi son article ; car il faut parler de toutes les maladies que l'imagination vagabonde des auteurs a pu créer, pour ne pas être exclusif. Or, ce pneumopéricarde n'est autre chose que la gazéification d'un peu de liquide épanché dant» la membrane, ce qui n'a lieu que dans le cadavre , ou tout au plus dans les derniers instans qui précèdent la mort. Laennec croit l'avoir diagnostiqué sur le vivant, en retournant, flairant, percutant, auscultant les pauvres agonisans. Mais , de bonne foi , y a-t-il dans ce petit fait d'anatomie pathologique les matériaux nécessaires pour l'érecfion d'une maladie?

Le chapitre XXIV, destiné aux productlojis accidentelles développées dans l'épaisseur des parois du péricaî^de , est assez pauvre. Il ne s'agit que de quelques tubercules ou de quelques kistes qu'on y a parfois trouvés, et enfin d'incrustations osseuses, telles que nous en avons rencontré une qui formait une sorte de boîte solide dans laquelle le cœur était encaissé. Laennec a daigné nous citer.... non en mauvaise part^ à cette occasion.

En imitant ejc profèsso àes affections organiques de l'aorte^ il débute par l'inflammation, et répète, avec plus amples développemens, ce qu'il a dit des petites pustules suppurantes formées dans l'épais-

ANA.T. PATHOL, — LàEMEC. Oit

seur des parois de cette artère, et qui s'ouvrent à sa surface interne. Il passe ensuite au mode de formation des lamelles cartilagineuses qui se développent par points isolés tendant à se réunir derrière la tunique interne: il en détermine très bien la forme et la position ; mais il tient à en exclure l'inflammation. C'est en vertu de cette aversion qu'il a pour toutes les nuances inférieures de l'inflammation qu'il s'élève ici contre M. le professeur Bouillaud, qu'il trouve aussi vague que Broussais dans les idées qu'il a de l'inflammation , et contre le rôle qu'ils lui font jouer. Où est , dit-il , l'orgasme inflammatoire générateur de ces productions osseuses ? On voit qu'il ne sort pas de son idée exclusive, qui consiste à ne voir l'inflammation que dans le phlegmon, il trouve plus simple d'avouer que les causes de ces ossifications, comme celledes cancers, sont inconnue?;; Yoilà les hommes à prétentions outrées en fait de science. Ce qu'ils ne conçoivent pas, personne ne doit le concevoir. Il n'y a que la phrénologie qui explique ce travers de l'esprit humain , en faisant voir que nul ne peut se faire une idée des phénomènes extérieurs, s'il n'a dans son appareil encéphalique les organes qui leur correspondent assez développés, et si l'action de ces organes n'est point paralysée par l'action prédominante de quelques autres. Il est vraiment dans l'observation physiologique de l'homme une série de rapprochemens pour lesquels notre auteur ne paraît pas avoir eu d'organe.

Quelques mots sont dits ensuite sur les vices de conformation de V aorte ^ après quoi il s'occupe des anévrismes de Vaorte. Il ne croit pas devoir nier qu'ils ne puissent s'effectuer par une dilatation simultanée de toutes les tuniques de l'artère. Rien de splus positif ) en effet, et la crosse aortique en four-

3l2 MÉDECINE DE LA FRANCE.

nit assez d'exemples. Ces sortes d'anévrismes qu'on nomme "vrais sont toujours d'une certaine étendue. Qu'on nous permette un rapprochement : tous les foyers d'inflammation où se trouvent de fortes branches artérielles n'en sont-ils pas autant de preuves ? Ces vaisseaux se réduisent à niesure que l'inflammation se dissipe. Fort bien; mais, lorsqu'elle devient chronique , ils restent volumineux. Il est un terme de durée à la possibilité de leur réduction. Combien n'avons-nous pas vu de cas où les artères opistogastriques et mésentériques sont restées excessivement volumineuses jusqu'à la morr. Un des effets des phlegmasies prolongées et souvent renouvelées est à à coup sûr de grossir et de multiplier les vaisseaux des organes, à tel point qu'ils ne sont plus réductibles à l'état normal. Si donc l'aorte avait souffert quelque part une inflammation prolongée par les €xpectans y ou exaspérée long-temps par les tonificateurs, il se pourrait que cette artère ne revînt point à son calibre normal, et que sa mollesse, produit de la phlegmasie, lui permît de céder à l'impulsion du sang, et la rendît anévrismatique. Nous en avons rencontré un exemple bien frappant au Valde-Grâce. La crosse de cette artère joignait, à un calibre extraordinaire, une épaisseur de ses parois de près d'un demi-pouce , par le dépôt entre ses tuniques d'une matière albuminoso-fibreuse , véritable sécrétion subinflammatoire ; des lamelles osseuses se voyaient au-dessous de sa tunique interne, et deux des artères qui s'élèvent de la crosse étaient oblitérées à leur embouchure vers ce gonflement , l'une entièrement, et l'autre à moitié; nous ne nous rappelons pas précisément laquelle l'était complètement; c'était peut-être la sous-clavière gauche, car le pouls manquait de ce côté. Au surplus, nous croyons

ANA.T. PATIIOL. — LAENNEC. 3l3

avoir publié ce fait ; mais nous ne nous rappelons pas s'il a été déposé dans les Annçiles de la méch' cine physiologique , ou ailleurs.

Quant aux anévrismes faux qui ont rarement leur siège à la crosse, ils consistent d'abord dans une dilatation très circonscrite, et d'un seul côté, en une sorte de bernie de l'artère qui se déchire bientôt. Laennec leur assigne pour causes,!'' les incrustations osseuses des artères et la déchirure qui résulte de leur soulèvement; 2" les gerçures et les petites ulcérations de la membrane interne; 5° les tubercules ou les petits abcès développés dans l'épaisseur de la membrane fibrineuse qui se font jour à l'intérieur de l'aorte. Cette explication de Laennec lui paraît rentrer dans cM^d^Scaiya^ qui le premier attribua les anévrismes à des dégénérations stéatomateuses , ulcéreuses , fongueuses et squammeuses de la tunique interne de l'aorte, lesquelles, rompant sa tunique propre (la fibrineuse), donnent lieu à l'anévrisme. La différence est ici que Laennec fait naître les dégénérations non dans la tunique interne, mais dans la propre^ ou bien dans les lamelles cellulaires interposées entre les diverses tuniques. Scarpa aura toujours la priorité pour avoir fixé l'attention sur les altérations organiques des artères , comme cause des anévrismes faux. Laennec, selon nous, se rapproche davantage de la vérité, puisqu'il détermine mieux le siège de ces altérations ; mais ils n'ont ni l'un ni l'autre compris le rôle de l'irritation dans la production de ces désordres : nous accusâmes finflammation et la subin* flammation, surtout dans nos Propositions publiées en 1821. Il nous paraît que cette cause si bien saisie, et développée par M. le professeur Bouillaud , avec le titre seul d'inflammation , pourra de moins en moins être remise en problème.

5l4 MÉDECINE DE Lk FRANCE.

J'ai cru devoir m arrêter un peu sur les anévrismes. L'explication de ces altérations organiques est en effet un point de doctrine des plus importans pour faire bien sentir aux praticiens combien l'humanité doit gagner à ce qu'ils s'habituent à terrasser le plus tôt possible l'ennemi protéiforme que nous appelons inflammation et subinflammation , quel que soit d'ailleurs le tissu où il apparaît, et le nom que lui ait imposé l'ignorance physiologique des anciens, la routine et les préjugés de plusieurs modernes.

Sur la description des concrétions de sang dans les sacs anévrismatiques , Laennec est vraiment complet. Il fait voir que les couches les plus extérieures des sacs les plus volumineux des anévrismes avec ruptures , et qui paraissent comme des lamelles charnues décolorées , et celles de la matière friable, dites jadis stéatomateuses, ne sont que de la fibrine dégénérée. Il prouve que le sang s'infiltrant entre ces couches, les écarte, les ramollit, et parvient jusqu'à la peau, qui est disséquée et percée; d'où l'hémorrhagie extérieure.

Il s occupe, après cela, des effets des anévrismes de l'aorte sur les organes voisins ; mais ici le défaut de justesse de ses idées sur l'irritation lui fait commettre de graves erreurs; car il ne voit que de la mécanique dans l'amincissement , l'usure, la perforation des cartilages, des membranes, des os, etc. , et n'émet aucune idée relative à l'inflammation : que le sac ajoute à ses parois toutes les lames cellulaires, tous les tissus mous qu'il rencontre, il n'y a là que de la matière plastique mise en jeu, et rien qui rentre dans le phénomène de l'irritation. Il ne s'avise pas d'émettre une seule idée sur l'agacement que doit éprouver l'irritabilité des tissus divers soumis à l'influence prolongée d'une tumeur rénitente

AJN'AT. PATHOL. — LAEWNEC. v^ 1 5

et pulsative. Il lui faudrait une suppuration phlegmoneuse pour qu'il accordât quelque chose à Tinflammation. Du reste, il a rassemblé les faits les plus curieux sur les désordres que peuvent causer les sacs anëvrismatiques dans leurs progrès, telles que leur ouverture dans le péricarde, dans la plèvre, dans les bronches, dans la trachée, la compression delà veine-cave inférieure, et une mort subapoplectique ; les effusions du sang dans le canal rachidien, d'où paraplégie subite et la mort, etc. Il est fort bon à consulter sur toutes ces espèces d'altérations organiques.

Nous en dirons autant pour tout ce qui concerne les signes de ranévrisme de l'aorte. L'auteur les trouve tous équivoques, même avec le secours du stéthoscope, et termine ce chapitre intéressant en concluant que trois lésions graves des organes placés dans l'intérieur de la poitrine restent sans signe certain, malgré la percussion et l'auscultation : ces lésions sont Vanévrisme de V aorte , la péricardite et les concrétions sanguines formées pendant la vie dans les cavités du cœur.

Les affections des vaisseaux pulmonaires et cardiaques, et celles de l'artère pulmonaire, sont peu nombreuses, suivant notre anatomo-pathologisle. H n'y voit que les vices de conformation , les incrustations osseuses et la dilatation ; encore tout cela n'at-il été observé que porté à un degré médiocre. La dilatation est, dit-il, assez commune après les grandes congestions pulmonaires et les fortes dyspnées. Je pense de même; mais j'ai rencontré aussi, quoique fort rarement, l'inflammation aiguë des artères pulmonaires avec la péripneumonie. Nos lecteurs doivent savoir d'avance que l'irritation et l'inflammation îi'auront rien à faire dans tous les désordres dont il

3l6 MEDECINE DE LA. FRÂI^CE.

s'agit, pas même dans les ossifications des artères propres du cœur. Laennec n'oublie pas que cette dernière altération a été regardée par Parry et par Heberden comme la cause de V angine de poitrine , et il ne songe pas à mettre en question si le groupe de symptômes auquel on donne ce nom n'est pas plutôt l'effet d'une irritation chronique du tissu du cœur, dont cette ossification n'est qu'un effet. Quant à moi , j'en ai eu l'idée, et je l'ai développée plusieurs fois dans mes écrits.

Vient enfin le traitement des maladies du cœur. L'hypertrophie de cet organe est bien traitée : on doit rendre à Laennec la justice qu'il conseille le traitement de Valsalva et d'Alsbertini sans aucune réserve; on fait vivre les malades vingt ans de plus, dit-il; pourquoi hésiterait-on à les y soumettre? ce qu on doit craindre, c'est de rester en-deçà, et jamais d'aller au-delà du but qu'on se propose. Trois mois de réduction successive des alimens ; un an , si la maiadie récidive; l'œdème pulmonaire et général, Tascite, la cachexie, n'excluent pas les saignées, et indiquent les diurétiques ; la digitale ralentit peu l'action du cœnn% à moins qu'elle ne cause de la nausée. En ce point, nous ne sommes pas de son avis : la digitale raienîit les pulsations toutes les fois qu'une phîegmasie ne les maintient pas accélérées, et que l'estomac est sans piilogose. Il se fie peu à 1 acide hydrocyanique, médicament infidèle qu'on a vu mortel à dix gouttes, après avoir été pris impunément jusqu'à soixante. Cette remarque est très judicieuse. Je connais un praticien qui l'a vu funeste à trois gouttes. Celui que l'on emploie, et qui n'a pas fait de mal, est le seul auquel on puisse se fier; souvent en le conservant on le rend inerte, et si on le renouvelle on ne sait plus par quelle dose il

ANAT. PA HOL. — LAENNEGé 3l'J

faut recommencer. Laennec trouve l'eau de lauriercerise sans action, et préfère l'infusion des feuilles fraîches de cet arbre, en commençant par un gros dans un verre d'eau, et augmentant selon les effets. Ce conseil nous semble fort sage. Si les diurétiques n'ont plus d'action, il veut qu'on insiste sur les drastiques sans aucune réserve en considération de l'état des voies digestives.

La dilatation du cœur simple ou seulement prédominante sur l'hypertrophie , ne lui permet plus la même hardiesse dans l'emploi des émissions sanguines, à plus forte raison les ramoilissemens. Mais s il est timide sur la saignée, il devient téméraire et même inconsidéré sur d'autres moyens : sans doute il se figure tous les tissus relâchés et ramollis comme celui du cœur; car on le voit prodiguer les amers, les ferrugineux, les aromates, la cataire, la valériane, la mélisse, la feuille d'oranger, substance qu'il conseille d'alterner et de varier en la combinant avec d'autres, sàwa/it les caprices de r estomac^ ce qui veut dire qu'en vertu d'une idée fixe, celle de la nécessité de tonifier, il n'abandonne le médicament qui irrite désagréablement l'estomac que pour lui en substituer un autre aussi nuisible, et qu'il changera bientôt encore pour recourir à un semblable, plutôt que de reconnaître qu'il est des cas où la médication stimulante est vraiment nuisible dans cette maladie. Au surplus, c'est son genre, et nous y sommes habitués.

Les signes d'ossification des valvules et de tout autre obtacle au cours du sang, ne doivent rien changer a:ix médications conseillées. Il rapporte des exemples deguérison d'hypertrophies par le régime sévère : aujourd'hui tous les praticiens sont d'accord sur ce point ; mais un fût cité par notre auteur n^

3lS MÉDECINE DE LA FRANCE.

doit point passer sans commentaire : il s'agit d'une dame guérie d'une hypertrophie par un traitement de dix mois selon la méthode de Valsalva , et qui périt d'un choléra-morbus. On nous eût rendu service en nous disant par quels toniques on avait confirme la cure ( car tel est l'usage des médecins de l'école ontologique), et en nous donnant la description de l'estomac. Nous n'ignorons pas non plus que les convalescens sont gourmands, et nous serions curieux de savoir si cette femme guérie ne s'était pas trop livrée à son appétit. Des détails de ce genre sont d'une utilité pratique, et ont au moins autant de droit à la minutie que la description d'un caillot ou celle d'un tubercule.

La péricardite, la cardite, l'inflammation de la membrane interne du cœur, n'offrent à notre auteur d'autres indications que celles des pleurésies et des péripneumonies. L'anévrisme de l'aorte est incurable : on ne peut qu'imposer un régime à la Valsalva en observant toutefois de ne pas saigner au point de faire mourir dans une défaillance. S'il se prononce à l'extérieur, on n'a , pour lui opposer, que l'action du froid et celle des astringens. On a recommandé l'acétate de plomb pris à l'intérieur : il l'a donné long-temps de suite, à la dose de trois et quatre grains par jour^ sans remarquer qu'il produisît les symptômes de la colique de plomb ; mais il ne lui a point reconnu de vertu héroïque contre ces sortes d'affections. Un médecin physiologiste nous aurait de plus rendu compte des effets de ce médicament sur le tube digestif; car cet organe pouvait en souf» frir sans colique de plomb.

Les affections nerveuses du cœw^ etdes vaisseaux.

La première dont il s'occupe est la névralgie du cœur* Il décrit une douleur plus ou moin^ vive ,

ANAT. PATHOl. — LAENNEC. SîQ

ordinairement poignante , et qui est ou bornée au cœur, ou propagée de là au poumon gauche, à l'estomac et quelquefois au plexus brachial, à l'épaule, au bras et même à l'avant-bras, où elle suit le trajet du nerf cubital jusqu'aux doigts. Cette douleur, que nous avons souvent observée, se confond, comme il le dit fort bien, avec Tangine de poitrine , phénomène dont on a fait une maladie spéciale depuis une vingtaine d'années. Il y a sentiment de compression à la poitrine comme si le sternum était pressé, et quelquefois propagation dans le dos; palpitation, ou du moins petitesse et souvent irrégularité du pouls; dégagement de gaz de l'eslomac; nécessité de suspendre la progression et même tout mouvement musculaire; respiration entrecoupée, incomplète, et sentiment de suffocation. Elle est fort irrégulière dans ses retours... Il cite Héberden, Parry, Burns et Rreysig , qiii l'ont attribuée à l'ossification des artères coronaires du cœur ; mais les nécroscopies n'ayant pas toujours confirmé ce diagnostic , et ayant découvert à la fin des altérations organiques du cœur, on est resté persuadé , en Angleterre et en Allemagne, ajoute-t-il , que cette névralgie dépend de ces affections et de celle des gros vaisseaux voisins du cœur. On pense aussi qu'elle est toujours très grave et qu'elle menace de mort subite. Pour lui, il n'adopte point cette idée; il la combat au contraire, et dit que l'angine de poitrine à un léger degré ou même un peu plus intense, est une affection extrêmement commune qui se rencontre souvent chez des sujets qui n'ont aucune affection organique. Il croit même que l'influence delà constitution médicale contribue à son développement ; mais il convient qu'elle peut être accompagnée des affections organiques du cœur et des gros vaisseaux. Il rappelle l'opinion de Desportes

320 MÉDECmE DE LA FRANCE.

qui la place dans le nerf pneumogastrique, c'est-àdire qui en fait, ainsi que lui , une névralgie. Toutefois il ne se décide point à lui accorder ce siège , attendu qu'elle se propage au bras et même à la cuisse gauche. Il l'a même observée du côté droit , et en rapport avec un gonflement notable du testicule du même côté. Enfin, il en fait une névralgie vaguement désignée , et la rapproche des sciatiques , des tics, etc.

Tout cela pourrait être plus physiologique : en effet, l'angine de poitrine est -elle une affection organique? est-elle une ossification? est- elle une névralgie, et siège- t-elle dans la huitième paire? n'estce pas plutôt une affection nerveuse par débilité des nerfs pulmonaires, comme la voulait Jurine, ou une affection nerveuse de la moelle cervicale, comme on l'a soutenu depuis ?.... Je m'étonne que ces questions puissent être posées au point où nous a conduits la méthode physiologique : qu'est-ce que l'angine de poitrine ? un groupe de symptômes nerveux attestant l'irritation d'un ou de plusieurs organes... Quel est l'organe dont l'irritation le produit le plus souvent? c'est le cœur. Ya-t-ild'autresorganes qui , par leur irritation , puissent produire ce groupe affecté à l'augine, ou un autre qui lui ressemble , et qui se rapporte à la névralgie que Laennec a observée du côté droit? c'est ce qu'il faut maintenant examiner.

Il importe d'abord de rechercher comment le coeur est malade lorsqu'il en est la source. Or, l'autopsie a prouvé aux uns que ses artères propres étaient ossifiées, ce qui suppose qu'elles avaient souffert une plegmasie chronique; aux autres, qu'il était hypertrophié, dilaté, ramolli, inégalement affecté dans ses quatre divisions, ce qui fait voir qu'il avait été le siège de congestions, de turgescences mor-

ANAT. PATHOL. — LAENNEC. 321

bides... Qu'ont de commun ces diverses lésions? Firritation; seulement elle a donné des résultats diversifiés. Dans tous ces cas, les irritations des autres nerfs n'ont donc été que la propagation de celle des nerfs du cœur. Par ce peu de mots, Ton voit déjà que, développée dans les nerfs pneumogastriques du cœur, sous la forme de douleur, l'irritation a pu se propager par les communications nerveuses dans les nerfs des membres, surtout des thoraciques, et associer leur névralgie à celle du cœur et des nerfs intercostaux du même coté. Or, quand les nerfs du sentiment sont irrités sous forme de douleur, ceux de mouvement le deviennent facilement dans les mêmes régions^ et le manifestent par l'état spasmodique. Vuilà donc le spasme expliqué avec la douleur dans le cœur, dans tout le coté gauche de la poitrine, et dans les membres correspondans.

Maintenant suivons l'irritation du cœur dans sa marche. Est elle commençante ? le malade succombet-il avant qu'elle ait produit une altération organique, soit dans le tissu musculaire, soit dans le petit appareil vasculaire propre de cet organe ? l'observateur dira que l'angine de poitrine ne dépend point des affections organiques du cœur; il la posera donc dans les nerfs; et si la mort avait été déterminée par l'estomac, par les poumons, par le cerveau, par la moelle cervicale, il pourrait croire que l'angine de poitrine dépend de la même cause. Si , au contraire, le malade ne succombe ni à la suffocation , ni aux apoplexies , ni à la gastrite , etc. , et qu'il vive assez long-temps pour que l'irritation du cœur, cause de l'angine, produise les affections organiques indiquées, l'observateur mettra l'angine sur le compte de ces affections, au lieu de la mettre, comme il ÇAuait dû le faire, sur l'irritation nervoso-infiamma-

toire, cause commune de l'angine et des altérations organiques. Dans les deux genres d'explications, on méconnaît donc la cause, avec cette différence que dans celle où l'on accuse les nerfs du cœur seuls, on voit au moins une partie de la cause , et que dans celle qui s'en prend aux affections organiques on méconnaît entièrement la cause pour ne penser qu'à l'un de ses effets, à un effet qui se trouve placé, par rapport à elle, sur la même ligne que l'angine pectorale même.

Passons au cas où le groupe de symptômes nerveux, dit angine de poitrine, aurait son siège du côté droit de la poitrine. La première explication qui s'offre à mon esprit est celle des cas de transposition des viscères , qui n'est pas si rare qu'on l'a cru, puisque depuis dix-sept ans que je suis au Val-de-Grâce j'en ai rencontré deux exemples dans mon service. On conçoit facilement qu'un cœur placé du côté droit peut très bien éprouver le mode d'irritation qui cause l'angine de poitrine , et que si l'observateur n'a pas constaté cette transposition , la raison du siège du mal doit lui échapper.

Après cette explication, j'en trouve d'autres qui ne sont pas moins basées sur l'observation : les nerfs sensitifs du poumon qui accompagnent les bronches peuvent aussi bien s'endolorir avec les rameaux bronchiques surirrités, que les nerfs du cœur avec les vaisseaux du cœur également surirrités ; et comme les communications du nerf pneumogastrique sont les mêmes des deux côtés , la propagation de la douleur et du spasme devra s'y faire de la même manière. A ce compte, il pourrait y avoir du côté gauche des angines de poitrine d'origine pulmonaire, comme du côté droit, et je ne doute nullement qu'il n'en existe; mais comme le cœur est voisin et en com-

ANAT. PATHOL. — LAENNEC. 523

munauté de nerfs avec le poumon gauche, il doit s'endolorir et se spasmodiser secondairement, ce qui donnerait à l'angine pulmonaire gauche une physionomie un peu différente de la droite.

Enfin , je vois encore une autre explication possible : il est des cas où les irritations d'un côté du thorax sont rapportées au côté opposé, soit par erreur de perception , soit qu'effectivement elles retentissent pkis fortement de ce côté que de celui qu'elles occupent.

Quant au fond de la question concernant les propagations des irritations viscérales dans les nerfs de l'appareil locomoteur, il est de toute évidence; tout ce qu'on peut alléguer contre , c'est que cette propagation n'a pas lieu chez tous les sujets porteurs d'irritations viscérales inflammatoires ou subinfîammatoires. Cependant il est d'expérience, et tous les médecins physiologistes en conviendront , que dans la majeure partie des phlegmasies chroniques fixes des viscères , il existe des douleurs permanentes ou mobiles dans les nerfs extérieurs qui correspondent le plus directement avec le foj^er du mal, et que d'autres douleurs sont même très souvent ressenties dans les muscles, et quelquefois même jusque dans le périoste, les ligamens, les articulations des parties où se distribuent ces mêmes nerfs. Le vulgaire des médecins n'y voit, avec le malade, que du rhumatisme; mais les vrais interprètes de la nature n'y sont pas trompés. J'en appelle à témoin tous les praticiens qui ont attentivement observé les pleurésies chroniques, les inflammations fixes et prolongées des points divers du tube digestif, néphrites, métrites, ovarites chroniques, toutes les tumeurs extraordinaires des cavités viscérales. Au surplus, comme ce point de pathologie et de séméïologie a

été traité avec détail dans les Commentaires sur les propositions de l'Examen, nous n'y insisterons pas plus long- temps.

lues palpitations purement fiefveuses étaient difficiles à distinguer de celles qui dépendent des affections organiques ; aussi l'auteur laisse-t-il beaucoup à désirer sur ce point. Il leur donne pour caractères principaux l'absence des signes de Thypertropliie et de ta dilatation du cœur, c'est-à-dire qu'il leur assigne i° des pulsations précipitées dont le bruit est clair, et qui ne s'entendent pas au loin ; 2° le non-soulèvement des parois du thorax, et ce signe lui paraît des plus importans; v5° le défaut de congestion sanguine dans la tète et les poumons, excepté chez les vieillards ; du reste , elles sont avec un sentiment d'agitation intérieu^re, surtout dans la tête; elles sont fort importunes; le repos de la nuit ne les calme point. Il n'y a ni frisson , ni chalefir de la peau , ni sueur, qui puissent donner l'idée d'un état fébrile; mais souvent des urines abondantes et limpides dans les accès de palpitation.

Yoilà bien une nuance de palpitations; mais il est difficile de la retrouver dans la nature, si ce n'est chez les convalescens qui ont souffert de grandes pertes de sang; et alors elle dépend plutôt de la fluidité de ce liquide et de la mobilité générale tenant à la faiblesse du système nerveux, que d'une névrose spéciale du cœur. Mais l'immense majoritédes palpitans, qui n'est point dans ce cas, est affectée d'hypertrophie ou d'ampliation cardiaques. Les palpitations qui paraissent par le défautet la suppression des règles, sont avec hypertrophie , du moins passagère , et qui devient permanente si le flux n'est pas promptement régularisé. J'ai même presque toujours observé que le âérangement des menstrues ne rend guère palpitantes

ANAT. PATHOL. — LAENIÎ^EC. 55l5

queles filles et les femmes qu'une hypertrophie native y prédispose. Pourquoi Laennec dit-il que les palpitations nerveuses des vieillards sont les seules qui s'accompagnent de congestions sanguines dans le cerveau et les poumons ? c'est parce que son entité, palpitations nerveuses^ est mal faite. Les exceptions , comme les contraires que tant d'auteurs nous offrent dans l'exposé des signes caractéristiques de leurs maladies, supposent toujours qu'elles sont mal conçues, c'est-à-dire que les faits n'y sont pas disposés conformément à la vérité. En effet, si les palpitations des hommes devenus vieux sont plus souvent avec des congestions vSanguines que celles qu'ils éprouvèrent dans leur jeunesse, c'est que Tétat de leurs organes a changé; c'est que leur cœur, à force de palpiter, est devenu plus m-alade, et que leurs poumons, après avoir joui long-temps de la faculté de résister aux congestions, l'ont définitivement perdue; en un noot, c'est que la maladie n'est plus la même. D'ailleurs cette distinction n'est pas fondée, car presque tous ceux qui sont sujets aux palpitations , jeunes ou vieux , sont exposés aux congestions sanguines viscérales; et s'ils ne les ont pas d'abord, ils les auront plus tard, comme nous venons de le voir. D'autre part, pourquoi voudrait-on que les cœurs hypertrophiés ou amplifiés fussent exempts des palpitations nerveuses? n'est- il pas plus exact de dire qu'ils y sont plus exposés que les cœnirs d'un petit volume et d'une irritabilité m.oins grande? ne sontce pas les organes les plus riches en nerfs et en vaisseaux sanguins qui nous offrent le plus souvent des <îxemples de névroses? pourquoi ces affections s'associent-elies si fréquemment aux phlegmasies? c'est que l'inflammation modérée hypertrophie les organes en y faisant prédominer les vaisseaux et les nerfs.

On voit donc que Laennec a fort mal fait de créer une maladie dite palpitation ner<^euse, qui aurait pour caractère de n'être jamais associée à aucune altération organique du cœur, pas même à Phypertrophie et à l'ampliation, sans aucune désorganisation appréciable. 11 a choisi pour cela des cas de palpitations dont la cause était mal déterminée, dont la marche et les résultats n'étaient point accomplis , et il a eu soin de s'abstenir de tout rapprochement qui aurait pu détruire l'illusion. Il ne nie point que les palpitations puissent amener des altérations organiques du cœur ; mais il assure qu'il connaît des personnes qui palpitent depuis plus de dix ans sans en avoir contracté... Cela ne prouve rien du tout. Qui lui assure que ces palpitans n'avaient pas dès lors le cœur affecté ailleurs que dans ses nerfs? est-ce que les affections organiques sont diagnosticables aussitôt qu'elles sont formées? Il faut souvent bien plus de dix ans à l'irritation pour désorganiser des viscères beaucoup moins robustes que le cœur, ou du moins pour que la désorganisation soit constatable sur le vivant. Laennec connaissait ce fait ; il l'exagérait même, puisqu'il accordait cà ses tubercules, ou du moins à ses germes tuberculeux, une longévité si effrayante qu'ils avaient jusqu'à quatrevingt-dix ans pour produire la phthisie pulmonaire. Mais la manie de créer et de caractériser des entités morbides lui fermait constamment les ^j^ux sur toute espèce de contradiction.

Laennec repousse les saignées du traitement de ses palpitations nerveuses; c'est avec quelque fondement, puisqu'il n'admet ni hypertrophie, ni anévrismes, ni congestions sanguines; mais comme il arrivera assez souvent que ceux qui voudront juger d'après lui se méprendront sur l'existence de ces

ANAT. PATHOL. — LAENNEC. 5^7

trois états , et d'autant plus qu'il s'y trompait luimême, comme nous l'avons vu souvent, le précepte de cet auteur sera pour eux une source d'erreurs, aussi bien que celui des bains et des antispasmodiques. On nous a souvent présenté des ordonnances sorties de l'école de Laennec, par lesquelles on forçait à l'exercice des palpitans qui s'en trouvaient aussi mal que des bains chauds où froids, et des antispasmodiques : c'est que ces palpitans avaient de l'hypertrophie, de la pléthore et une irritation gastroduodénale; le tout dans un degré assez peu prononcé pour que les gens qui ne voient que spasme ou vice organique les rangeassent à côté du spasme. On ne fera jamais de bonne médecine avec cette dichotomie d'affections nerveuses et d'affections organiques ; les maladies de nos organes ont des nuances multipliées , et tout écrivain ou professeur qui ne rangera pas ces nuances dans un ordre méthodique, avec tous leurs attributs, et qui ne fera pas sentir les passages de l'une à l'autre, aussi bien que les ascensions et les dégradations de l'irritation , en rapport avec les modificateurs qui l'élèvent à la phlegmasie, ou l'abaissent jusqu'à la sous-excitation, tout professeur, disons-nous, qui ne suivra pas cette méthode , formera de mauvais élèves dont l'éducation médicale sera en grande partie à refaire. Notre créateur n'a garde de laisser échapper l'occasion de fonder une nouvelle maladie. Voici venir le spasme de cœur avec bruit de soufflet et frémis ^ sèment cataire; le tout, bien entendu, sans vice organique , pas même en herbe. 11 a suffi que Fauteur ait entendu ce bruit sans avoir constaté un vice organique bien prononcé, pour qu'il ait tracé une ligne de démarcation. 11 s'est fort peu soucié de s'assurer si ce vice n'était pas déjà commencé;

il a oublié que lui-même a dit ailleurs que les lésions organiques existent souvent latentes pendant long-temps, ne produisant que des phénomènes intermittens. Il lui faut une entité nerveuse, et il la fonde de suite sur quelques cas mal approfondis; il croit lui donner du poids en disant très sérieusement que le bruit de soufflet et le frémissement cataire peuvent se porter successivement du cœur dans les artères , et des artères dans le cœur. Un bruit de soufflet, un frémissement qui se promènent!... mais le nerveux est le réceptacle de toutes les merveilles. Voilà donc l'entité constituée. Le fondateur compte assez sur la docilité de ses sujets pour la croire inamovible. Il ne s'agit plus que de lui assigner un traitement : cela sera bientôt fait. Il lui sufHra d'ajouter que, si tout cela n'est pas lié à une affection organique ^ le traitement doit être celui des palpitations nerveuses. Oh ! que le si est un instrument commode pour les inventeurs en tout genre!. . Il y a des névralgies artérielles : c'est Laennec qui les a vues, car il le dit ; et comment ne pas le croire après tant de preuves de véracité ! ce sont des douleurs vives, continues ou intermittentes, qui suivent quelquefois le trajet des artères, et paraissent avoir leur siège dans le lacis nerveux gajiglionnaire qui enveloppe ces vaisseaux. N'est-ce pas là du romantique ? Personne encore n'avait pu constater la sensibilité dans ces nerfs (i), et voilà qu'ils y^araissent à notre inspiré le siège de vives douleurs... Pourquoi pas? Lafontaine a bien fait parler une lime. Mais aussitôt le poète se souvient que la sensibilité de ces nerfs est un problème, et il se hâv^ d'ajouter que ces doideurs ( qui sont vives ) sofv.

(i) Nous ne parlons pas des filets cérébiO'>î)inaux dont lau* artère peut être le conducteur.

ANAT. PATHOL. — LAENNEC. 3^9

moins aiguës que celles des nerfs cérébraux. Un homme d'esprit sait toujours se tirer d affaire : son dernier tour de force pour parfaire son entité est d'en faire l'apanage des hystériques et des hjpocon driaques, chez qui tout est, comme l'on sait, extraordinaire, merveilleux, incroyable. . . , et chez qui bien des choses sont... imaginaires. Tels sont aussi les sujets chez lesquels notre auteur a pris soin de placer plusieurs des maladies qu'on pourrait lui contester. Il est inutile d'ajouter que le traitement ck cette névrose est celui de toutes celles des poumons et du cœur.

Une carotide peut devenir momentanément plus forte que l'autre , et vice verset... Même phénomène par rapport aux artères vertébrales, à celles de l'épigastre, qui tantôt sont, et tantôt ne sont pas superpuisantes chez les hypocondriaques, etc. En fautil davantage pour créer une entité nerveuse, qui a pour titre : Impulsion artérielle augmentée? L'auteur a bien prévu que quelqu'un pourrait lui répondre : « Pourquoi pas, s'il se forme successivement »> des congestions dans plusieurs organes.'' Mais dans » ce cas , les troncs et \iis grosses branches artéû rielles ne sont pas les seuls tissus affectés; d'ail- » leurs vos hypocondriaques ne sont- ils pas des » gens à congestions? » li se défend donc d'avance en ajoutant que cela n'a pa« ^ujours lieu par congestions et apoplexies : asseruon toute gratuite et qu'il lui eut été impossible de prouver. Mais il voulait donner du nouveau; et quoi de plus nouveau, en effet, que des artères volumineuses qui se mettent capricieusement à puiser violemment pendant quelques heures , sans recevoir du cœur plus de san^ qu'àTordinaire, et sans qu'il existe de congestions dans les tissus auxquels elles fournissent du

sang ? Cette invention est digne des précédentes ; C'est du mystère , et n)oilà ce qu'il faut. .,

Le spasme des arlcres avec bruit de soufflet et frémissement cataire est îa dernière névrose de la création de Laennec. Il rappelle qu'il a donné de longs détails sur ce phénomène, ce qu'il n'aurait pas fait, s'il l'eût regardé comme toujours consécutif à une affection organique; mais il pense que souvent il dépend d'un vice de l'influx nerveux.

Voilà d'abord une assertion qui répugne; car aucun fait physiologique , aucune expérience ne conduisent à admettre dans les tuniques des grosses artères, des innervations assez fortes pour modifier leur dilatation et leurs contractions indépendamment de l'influence des ondées de sang que le cœur leur lance, et sous l'effort desquelles leur tunique moyenne réagit dans des limites fort étroites. Nous avons traité cette question dans notre Physiologie appliquée à la pathologie , et nous avons fait voir que le maintien de la circulation serait incompatible avec une mobilité musculaire des grosses artères, indépendante du cœur, et qui les rendrait capables de mouvemens spontanés de dilatation et de contraction sous l'influence si changeante du système nerveux, tels que l'on en observe dans l'œsophage, dans le canal digestif, dans Furèthre, dans l'utérus. Les grosses artères, les seules qui puissent présenter les phénomènes dont il s'agit, doivent donc être passives, jusqu'à un certain point, comme les os, les ligamens , les aponévroses ; ce sont des points d'appui pour les colonnes de sang poussées par le cœur ; seulement ces points d'appui creux et cylindriques sont doués d'une certaine élasticité vitale afin de rendre la percussion et de favoriser le mouvement du liquide dans leurs cavités glissantes.

ANAT. PATHOL. — LAENNEC. 35 1

Voilà tout ce qu'il est possible de leur accorder sans tomber dans l'hypolbétique, dans la vision. Leur spasme n'est donc que celui du cœur, qui cesse un moment de leur envoyer du sang^ ou c'est celui des capillaires dans lesquels ils le versent, qui refusent d en recevoir davantage , soit parce qu'ils en ont trop , soit parce qu'ils ne peuvent plus faire passer dans les veines celui qu'ils contiennent. Dans ce cas, le coeur continue de pousser le sang par l'embouchure de l'artère ; mais comme celle-ci est trop pleine et n'évacue presque rien par les extrémités, elle ne réagit pas sur le sang avec la même vélocité qu'à l'ordinaire. Le pouls est senti plein et presque sans vibration. C'est ce qu'on observe dans une foule de congestions des gros parenchymes. C'est à ces deux phénomènes que se réduisent les prétendus spasmes des grosses artères; car, dans le fait, il n'y a que les petites qui puissent jouir d'une activité propre, capable de modifier le cours du sang.

Quant au bruit de soufflet et ^u frémis sèment cataire^ on est fort étonné de voir Laennec, qui vient de les donner pour nerveux, les comparer avec le bruit que l'on entend dans les tuyaux à incendie lorsqu'ils ne sont pas complètement pleins d'eau , et qu'il s'y trouve de l'air. Est-ce donc que l'influx nerveux des artères, qui n'est admissible que par induction , et qui ne produit point des mouveraens sensibles, aurait la propriété de faire le vide et le plein, selon son caprice, dans l'intérieur de ces vaisseaux?... On ne sait vraiment quelles qualifications l'on doit donner à de semblables propositions, à une doctrine aussi bizarre. On peut croire que Laennec , qui était déjà fort malade , comme il nous l'apprend lui-même, lorsqu'il écrivait ce passage, avait déjà l'innervation intellectuelle dans un

état anormal. Il faut l'avouer, toute cette dernière partie, qui traite des maladies nerveuses de la circulation, est peu digne de ce qui précède ; elle est tronquée, incomplète; toute en titres de chapitres, rien en substance. On n'y trouve ni faits positifs , ni déductions sages , ni raisonnemens suivis. L'auteur n'avait plus assez de force pour rappeler , recueillir, rassembler, comparer les faits; son style le prouve à satiété; on n'y retrouve plus l'explorateur minutieux, infatigable, des organes morts. N'étant plus anatomo-pathologiste, il voulait être législateur en médecine. Mais si , hors de l'anatomie pathologique , Laennec était peu de chose dans &a plus grande vigueur, devenu malade, avec un cerveau tel que le sien, échauffé par la fièvre qui le consumait, il ne pouvait plus être rien en médecine... sinon un visionnaire.

Conclusion sur Laennec.

Laennec est, sans contredit, un anatomo-pathologiste scrupuleux, et fort exact dans les descriptions qu'il donne des akérations organiques qu'il étudie ; mais il explique souvent fort mal ces altérations. De plus, il ne tient pas compte de toutes celles qui existent dans les cadavres qu'il explore. 11 a toujours pour objet, dans chaque nécroscopie, (le faire ressortir une altération organique à laquelle il veut rapporter tous les symptômes , et prodigue les sophismes pour amener ses lecteurs à son opinion. Cela le conduit à dissimuler l'importance des lésions qu'il regarde comme secondaires, et souvent à n'en pas dire un seul mot.

Un autre objet que se propose constamment cet auteur est de faire considérer son stéthoscope comme le seul moyen d'obtenir le diagnostic des maladies

ANAT. PATHOL. — LÂENNEC. 335

de la poitrine, toutes les fois qu'il est possible d'y parvenir : c'est pour cela qu'il débute constamment par l'exposition des signes tirés des autres moyens d'exploration , et qu'il les entoure tous d'incertitude avant d'exposer les signes sléthoscopiques qui seuls, selon lui, peuventfixer le caractèreprécis de la maladie.

Laennec est un homme opiniâtre, dominé par un petit nombre d'idées fixes , et n'épargnant pas les sophismes pour les faire prévaloir; ce qui le conduit souvent aux contradictions. Exemples : il soutient la doctrine humorale des anciens sur l'essentialité des fièvres, en témoignant pour eux la plus grande vénération ; et fait toutes sortes d'efforts pour ridiculiser l'opinion des modernes, qui pensent que les inflammations peuvent produire les tubercules, les squirrhes, les cancers, etc.; et le principal motif de sa dérision est que cette opinion n'est que la reproduction des théories surannées des classiques, qui prétendaient que l'induration blanche était une des terminaisons de l'inflammation. Ce sarcasme est reproduit en cinquante endroits dans son ouvrage.

Il a entrepris de réduire toutes les formes de l'inflammation à celle qui produit la suppuration. Toute irritation qui n'arrive pas à ce terme est expliquée , ou par un vice de nutrition , ou par une altération primitive des humeurs, ou par la débilité, ou enfin elle ne reçoit aucune explication ; or il est impossible, au point où se trouve la science, d'être conséquent et satisfaisant avec une doctrine qui n'admet point les différens degrés de l'irritation, et ses formes diverses dont l'inflammation suppurante fait partie. En effet , une pareille doctrine ne conduit point à l'appréciation de l'action des modificateurs; de sorte que ceux qui la soutiennent, outre qu'ils

donnent de fausses explications, ne sont ni étiologistes, ni thérapeulistes: de là résulte qu'ils tombent à chaque instant dans les contradictions et les absurdités, sans qu'il leur soit possible de les éviter. Il ne leur reste donc que les sophismes et les subtilités pour dissimuler la faiblesse de leurs raisonnemens , ou bien ils sont réduits à répéter leurs objections , sans paraître s'apercevoir qu'on les a réfutées ; ce qui est le comble de la misère en fait de raisonnement. Tel est le cas où se trouve notre auteur depuis la première jusqu'à la dernière page de son ouvrage , ainsi que nous l'avons fait remarquer en l'analysant.

Laennec aura rendu des services à la science sous le rapport de l'anatomie pathologique et de la séméïotique ; car la science a besoin de ces hommes patiens et minutieux pour lui fournir des fails. Toutefois il est rare que ces hommes soient en même temps doués de vues larges et profon(!es, qu'ils résument bien les faits qu'ils ont recueilHs, et qu'ils en extraient des idées-mères, propres à faire faire de grands pas à la théorie. C'est précisément le cas de Laennec ; il est petit et mesquin dans sa théorie comme dans ses recherches; c'est un manœuvre qui recueille et apprête des matériaux; mais ce n'est point un architecte, et l'édifice qu'il veut construire reste imparf^ut.

Laennec a de plus le malheur d'être trop passionné, ce qui le fait à chaque pas tomber dans l'injustice. Il ne fut jamais capable de séparer ses intérêts de ceux de la vérité. C'est un vice intellectuel des plus préjudiciables à celui qui aspire à l'honneur de fonder ou seulement de restaurer une science quelconque.

Malgré tous ces défauts, le nom de Laennec restera dans la science | et sera toujours honorable

pour sa patrie. Ce qu'il a fait de bon sera rais à profit, et ses erreurs, qu'on se lassera de lui reprocher, tomberont dans l'oubli. Mais avant que ce triage soit lait , il y aura une école qui admettra le faux et le vrai de la doctrine de cet auteur.

Ce que nous avons donc à faire présentement, c'est de chercher ce que devient maintenant parmi nous l'école anatomico-pathologique que cet auteur nous a laissée.

Page 1