AN\T. PA.THOL. — EA^ENNEC
recouvré la santé ; après avoir en outre rencontré clans la société plusieurs de ces personnes qui avaient autrefois passé pour des phthisiques , notre observateur avait modifié sa première sentence, et il osait prononcer que la guérison complète des phthisies pulmonaires, après destruction et élimination des tubercules, n'était point une chose rare.
Tel est le résumé de la doctrine de Laennec sur la marche des tubercules pulmonaires ; est-elle bien la véritable expression de la nature? voilà ce qui s'offre présentement à examiner.
Pour ce qui concerne les descriptions , nous ne trouvons rien à blâmer. Il a très bien observé la formation des fausses membranes autour des parois des cavités vidées de tubercules ; la transformation de ces fausses membranes en cartilages , le rapprochement de ces cartilages dans quelques cas, après l'évacuation de la matière tuberculeuse; leur adhérence et la substitution d'une plaque^ véritable cicatrice , à un kyste , avec froncement de la substance pulmonaire et dépression de la surface du parenchyme la plus voisine, ou des adhérences. Il s'est bien rendu compte des fistules cartilagineuses communiquant dans les bronches et dans un kyste puîmonaire dont la matière tuberculeuse a disparu ; mais tout cela prouve- t-il que les tubercules, une fois formés, doivent nécessairement croître avant de se ramollir et d'être éliminés , et qu'ils doivent toujours, quand ils le sont, laisser des excavations dans le parenchyme?
Voilà précisément ce c[ue je ne saurais croire. La description que donne l'auteur des diverses phases des tubercules est fondée sur une idée préconçue purement hypothétique : il y voit des productions éirangères vivant d'une vie spéciale, assujetties à des
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métamorphoses nécessaires. Cest là que gît l'erreur. Les ubercuies sont un produit de l'irritation des tissus b lancs, soit lymphatiques, soit cellulaires , soit séreux, etc., et ils varient, comme tous les produits de ce genre, en grosseur primitive, en marche d'accroissement ou de décroissement, on consistance, en sécheresse ou en humidité, probablement suivant les proportions de l'albumine, de la fibrine, de la gélatine, du sérum qui les constituen , propositions qui sont sans doute elles-mêmes en rapport avec le tempérament, l'état actuel des solides et des fluides, les nuances d'action organique qui président à leur formation. Ce qui veut dire que nous ne pouvons pas déterminer au juste auxquelles de ces influences ils doivent leurs propriétés physiques et chimiques, soit avant, soit après la mort. II résulte de là que ces produits peuvent, comme mille autres, tantôt grossir rapidement 5 tantôt être résorbés avant d'avoir acquis un certain volume; qu'il en est dont la consistance n'est pas solide, de prime abord, et qui peuvent être résorbés peu de temps après leur formation ou leur sécrétion , si mieux l'on aime , sous l'influence d'un changement dans l'action organique morbide qui les engendre. Ces assertions sont rendues probables parlesimmenses variétés que présentent les tubercules dans les cadavres ; par les guérisons que l'on obtient, sans formation d'excavation pulmonaire, d'un grand nombre de pneumonies chroniques avec commencement de marasme , sueurs nocturnes, etc. (phthisies commençantes des auteurs), en envoyant les malades dans les pays chauds , par les rechutes et les nouvelles guérisons sous les influences alternatives du froid et du chaud, comme je l'observais jadis dans les marches de nos armées ; enfin , par ce qu'unVoit arriver aux produc-
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tions subinflammatoires de Textérieur du corps, oùl'on observe en effet et toutes ces variétés et toutes ces marches progressives et rétrogrades dont je viens de donner l'idée.
Il reste à faire sur les animaux vivans quelques expériences continuatrices de celles de M. Flourens, pour que ces probabilités se convertissent en certitude. En attendant 1 comme l'auteur lui-même nous a prouvé qu'on ne pouvait avoir que des présomptions sur l'existence des tubercules, aussi bien que de tous les autres corps étrangers pulmonaires, j'en conclus qu'après avoir constaté le degré de l'irritation du poumon, reconnu la matité, les cavernes, examiné attentivement les produits expectorés, tenu compte de la constitution et des antécédens, nous n'avons que des données approximatives pour déterminer si les productions sécrétées sont plus ou moins consistantes, plus ou moins résolubles. Une autre conséquence, c'est que , dans les cas de guérison , après l'existence d'une partie de ces symptômes , il ne nous est pas possible de prouver qu'elle s'est opérée plutôt par la fonte et l'élimination que par la simple résolution des tubercules , ou de tout autre produit de l'irritation. Enfin la dernière conséquence, c'est qu'étant donné un sujet en marche phthisique, nous ne pouvons lui faire l'application de l'histoire des altérations successives des tubercules, telle que nous la présente ici l'auteur, que lorsqu'il a succombé, et que nous en avons vérifié les détails par l'exploration de ses organes.
La question des causes devait être , pour Laennec, une occasion de révéler son système sceptico-fataliste. D'abord fidèle à son principe , dont j'ai rendu compte plus haut, il n'en reconnaît que d'occasionelles. Il rappelle qu'il a rayé des causes l'inflani- 4. i5
mation de l'un des tiwssus du poumon , et passe à la question da froid, comme si ces deux causes étaient sur la même ligne; mais la parité n'existe pas, le froid étant lui modificateur externe, positif ou négatif, peu importe, de nos tissus; tandis que l'inflammation est une modification intérieure de ces mêmes tissus. Mais nos lecteurs connaissent déjà la faiblesse de logique de cette école.
Par une suite de subtilités sophistiques , l'auteur parvient à révoquer en doute l'influence du froid sur la production des tubercules pulmonaires. On souffre moins du froid dans le nord que dans le midi, parce que l'on connaît mieux l'art de s'en préserver ; donc si la phthisie y est commune, elle ne vient pas du froid ; le froid des montagnes ne la produit pas; si elle est commune au nord des pays tempérés, elle est rare à leur midi ; il est bien vrai qu'elle est rare entre les Tropiques, mais on ne connaît que les littoraux de ces régions. Il ne tient aucun compte de la détérioration des tempéramens qu'amène le froid humide avec défaut de lumière, et qui se prononce de plus en plus dans les générations, jusqu'à vicier profondément la fonction de nutrition. Son idée prédominante est que les plages maritimes y sont beaucoup moins sujettes que Tintérieur des terres, et il affirme qu'on ne devient jamais phthisique en mer. Si nous voulons l'en croire, les phîhisiques ne sont que pour un quarantième sur la cote méridionale de Bretagne, pour un vingtième sur la côte nord de la même province, et sur celle de la Normandie , en comprenant ensemble les campagnes et les petites villes ; tandis qu'ils entrent pour un quart ou pour un cinquième dans la mortalité de Paris et des grandes villes du centre.
Je pense que ce calcul est à refaire, et nid dont
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qu'il sera refait; caria méthode numérique prend chaque jour plus de crédit. Mais il faut qu'elle soit éclairée par la discussion; car, appliquée simplement aux latitudes et aux localités , elle ne tient pas compte d'une foule d'autres influences qui ne sont pas moins efficaces pour altérer la constitution physique des hommes réunis en société.
Nous avons dit dans nos cours, et consigné dans nos ouvrages, que la détérioration qui s'opère parla succession des générations dans les familles qui vivent dans un air humide, sombre, peu renouvelé, disputé par un grand nombre d'animaux, et chargé d'émanations animales, rend les hommes tels, que les irritations sont plus tenaces et pénètrent plus avant dans les tissus, qui, dans l'état normal, se laissent rarement envahir par elles. Telle est, je crois, la cause de la facilité de désorganisation qui s'observe dans les grandes villes. Mais il me paraît faux que cette influence puisse être annulée par l'air maritime. Cette idée n'est qu'une présomption de notre auteur, fondée sur quelques faits mal interprétés et ensuite généralisés. Il n'a pas comparé, sous tous les rapports, les habitans des côtes marilimes avec ceux des grandes villes ; il n'a pas vu que les habitans des campagnes et des petites villes ne vivent pas sous des influences aussi détériorantes que ceux des grandes villes, ce qui rend ces dernières moins propres qu'eux à résister aux refroidisseraens de l'atmosphère. Il y aurait encore comparaison à faire des habitans des hameaux et des petites villes du centre, avec ceux qui sont placés sous les mêmes conditions dans les plages maritimes. Il est probable, selon nous, qu'à forces vitales autant égales qu'il est possible de les rencontrer, les sujets exposés aux vicissitudes des pays maritimes deviendront plus
souvent pbthisiques que ceux qui vivent dans l'intérieur des terres, pourvu que ces derniers ne soient pas établis sur un terrain trop marécageux. Quant à ceux qiu* sont placés dans l'intérieur des terres, en un lieu sec et bien ventilé, il n'est pas permis de douter qu'ils auront beaucoup d'avantages sur tous les précédens, et qu'ils présenteront moins de pbthisiques, comme aussi moins de catarrheux, de gencives détériorées et de mauvaises dentitions.
Nul doute aussi qu'il ne faudra tenir compte du genre de vie et de la médecine qu'on pratique dans chacune des conditions territoriales qui viennent d'être indiquées ; car il est bien certain , quoi qu'en ait dit Laennec , que les pbthisiques , ainsi que les bydropiques, sont incomparablement moins communs dans les salles d'hôpitaux dirigées par des praticiens qui s'attachent à détruire les irritations le plus tôt possible , que dans celles des docteurs à entités morbides, qui ne reconnaissent les maladies que lorsque les groupes de symptômes relatés dans leurs nosologies -modèles sont bien complets, et qui attendent cet instant pour porter un diagnostic et établir des indications curatives. La pratique médicale entre donc aussi pour quelque chose dans la causalité de la phthisie pulmonaire. Dire qu'on ne devient jamais phthisique en mer, c'est avancer une erreur; toutefois il est hors de doute que les vicissitudes de température y étant moins fréquentes que dans les terres , les causes de phthisie doivent y être moins nombreuses; ce qui surtout a donné de la réputation aux voyages maritimes pour la guérison des pbthisiques , c'est que les médecins les dirigeaient toujours vers les pays chauds ; certes personne n'a eu l'idée de les envoyer à Terre-Neuve pêcher la morue, ou sur les côtes du Groenland
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pour harponner des baleines. Nous ne demanderons pas si de pareilles navigations auraient fait beaucoup de bien à la poitrine délicate de feu Laennec.
Laennec refuse à l'hémoptysie le pouvoir de déterminer laphthisie pulmonaire. Cette question a été traitée par nous en parlant des hémoptysies: il serait inutile d'y revenir avec détails. Je me contenterai de faire remarquer ici , qu'en attribuant à des tubercules préexistans la majeure partie des hémoptysies, et toutes celles qui sont suivies de la phthisie pulmonaire , l'auteur avance une assertion sans preuve, et que, de plus, il s'ôte ainsi la ressource d'expliquer toutes les expectorations abondantes de sang par ces apoplexies pulmonaires indépendantes de toute affection tuberculeuse dont il s'attribue la découverte. Il n'est effectivement aucun praticien répandu qui n'ait vu très souvent la consomption pulmonaire à la suite des abondantes hémoptysies.
La tristesse est mise, par notre auteur, au rang des causes de la phthisie pulmonaire. Il en cite un exemple très curieux tiré d un couvent de religieuses auxquelles on avait soin de ne jamais présenter que des images lugubres; nouveau sujet pour le philosophe de déplorer les conséquences de la folie humaine. (Ouvrage cité, t. I", p. 647, etc.) Au surplus, ce fait intéressant est en faveur de nos opinions ; car la tristesse et la terreur continuelle de l'enfer sont de puissantes causes de congestion et d'irritation du parenchyme pulmonaire.
Les fièvres intermittentes et les continues laissent parfois des tubercides dans les cadavres de leurs victimes. Je me suis étonné de voir qu'il ne faisait pas préexister les tubercules à la fièvre; ma surprise s'est accrue lorsque j'ai lu ensuite qu'ils sont sans doute résorbés ; car il en résulte rarement la phthisie
J25o MEDECINE DE LA FRANCE.
pulmonaire, selon les paroles de l'oracle. L'auteur n'a pas prévu qu'on pourrait lui demander si cette résorption n'a pas lieu dans bien d'autres cas , et si elle n'annule pas , au cas qu'elle soit réelle ( ibid, p. 649), la sentence d'irrésolubilité qu'il a portée contre toutes les productions tuberculeuses.
La contagion et Vinocalalion ne lui paraissent pas admissibles ; mais il admet l'hérédité tout en convenant que souvent un ou deux enfans périssent seuls dans une nombreuse famille de plithisiques , et qu'il n'est nullement rare de voir des parens octogénaires, qui même ne succombent pas à cette maladie, perdre tous leurs enfans par la phîhisie pulmonaire. Yoilà des faits qui réclament de nouvelles observations : des inductions seraient à tirer des modificateurs qui ont agi sur ceux qui meurent et sur ceux qui survivent dans une même famille. Mais l'auteur n'aborde pas cette question : il se tait également sur les cas non moins communs où un phthisique, un scrofuleux viennent déparer une nombreuse famille de sujets parfaitement sains. Combien de fois n'ai-je pas entendu dire à ces malheureux : « Je ne crains pas » d'être phthisique, car il n'y en a jamais eu dans ma «famille, etc. » Mais tout médecin qui ne consentira pas à traiter ces problèmes en prenant pour guide l'irritabilité aux prises avec ses modificateurs, et la marche des irritations qui résultent de leur conflit, n'approchera jamais de leur solution.
Il serait oiseux de suivre l'auteur dans la description de la constitution aile phtliisir/tte, dont Arétée nous a laissé le premier modèle. On n'y trouve rien cjui se rattache à une doctrine. Laennec convient que la phthisie peut enlever les hommes les plus robustes : vérité défavorable à son système , et qui ne trouve d'explication que dans la doctrine physio-
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logique. Il en est ainsi de la suivante que lui arrache la puissance des faits. Les anciens croyaient, dit il, la phthisie plus commune entre dix-huit et trentecinq ans , que dans les âges plus avancés. Mais Bayle a remarqué qu'elle était plus fréquente encore entre quarante et cinquante ans dans les hôpitaux de Paris. Du reste, aucun âge n'en est exempt, puisqu'on l'a trouvée chez le fœtus , et que Laennec l'a constatée chez une femme de quatre-vingt-dix-neuf ans.
Ainsi, sous ce rapport, aussi bien que sous tous les autres , voilà la phthisie prdmonaire placée sur la même ligne que tous les autres résultats des irritations de nos organes. Mais réservons pour un autre lieu les rapprochemens et les déductions que cette considération nous rappelle.
Laennec couronne vraiment son article des causes par la tirade qu'il enfante en substituant une aberration spéciale dénutrition à l'irritation de M. Broussais, ou à l'inflammation fjiti n'en est c/iiun degré ^ suivant le même auteur, au dire de son Aristarque. Comment croire, ajoute-t-il, que l'irritation puisse produire indifféremment tubercules, encéphaloïdes, mélanoses, tissus fibreux, cartilagineux, osseux, kystes , etc. ? C'est avouer que l'inflammation n'est c[u une occasion , etc. « Et puis il faudrait une cause qui déterminât les tubercules plutôt que les cancers cérébri formes, une éruption secondaire qui envahît vingt organes, plutôt qu'une production cartilagineuse bornée au lieu principalement affecté , et qui aurait converti l'ulcère tuberculeux en une fistule, sans inconvénient pour la santé. »(Ouvr. cité, t. P', page 653.) Toutes ces difficultés déterminent notre auteur à s'en prendre uniquement aux aberrations de la nutrition.
Remarquez cV abord ce comment croire. Eh! mes-
sieurs, il ne s'agit pas d'expliquer les faits aussitôt qu'ils ont frappé nos sens; il faut commencer par s'assurer qu'ils existent ; on les explique ensuite si Ton peut. Or, rien n'est mieux prouvé que le développement des tubercules dans les tissus qui ont éprouvé long-temps l'irritation à un léger degré ; rien aussi n'est mieux prouvé que la possibilité de prévenir les tubercules en épargnant aux organes la nuance chronique d irritation, à la suite de laquelle on les voit se développer. De ce double fait, résulte un grand principe qui devient fondamental en hygiène et en thérapeutique; et ce principe est un des plus féconds en applications vUiles. S'il est réel, il faut l'admettre en attendant qu'on en trouve l'explication. Vous refusez de croire que l'irritation puisse produire des désordres d'aspects différens ; mais songez donc où ce refus va vous conduire : si vous n'admettez pas qu'une cause puisse produire plusieurs effets, selon son degré d'activité, et la disposition des corps sur lesquels elle agit, vous voilà forcés de nier que la chaleur puisse faire revivre un animal languissant et tuer un. animal sur-excité ; que cette cause puisse faire éclore un œuf et en cuire un autre ; que le même degré de froid puisse rendre la vigueur à un homme épuisé par la chaleur , et éteindre la vie chez un enfant ou chez un vieillard décrépit et chez un convalescent; que le vin puisse fortifier et débiliter suivant la dose à laquelle il est pris, et suivant la susceptibilité des individus , vous vous trouvez par la même raison dans l'obligation impérieuse de nier que le froid atmosphérique qui vient d'agir sur une dizaine de sujets placés dans les mêmes circonstances , par exemple sur un poste de militaires, soit la cause des m.aladies qu'ils présentent après son action, par la seule raison que toutes ces
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maladies ne se trouvent pas parfaitement identiques. Aussi l'un vousprésente une congestion encéphalique, l'autre une pleurésie ; le troisième une pneumonie ; le quatrième une bronchite ; le cinquième une péricardite ; le sixième un accès d'asthme ; le septième une angine; le huitième une gastrite ou une péritonite; le neuvième unarthritis; ledixième une fièvre intermittente. Or, cette supposition est un fait que les praticiens observent journellement , et si vous n'admettez pas que la même cause puisse produire des effets différens et même opposés, en médecine comme dans les autres séries de faits qui constituent les connaissances humaines , vous n'avez plus de guide qui puisse vous conduire en hygiène , ainsi qu'en thérapeutique, et la médecine cesse d'être une science pour vous.
Vous ne voulez pas reconnaître l'irritation diversifiée de nos organes comme le fait commun à plusieurs effets produits par une même cause, par conséquent comme le lien qui les associe les uns aux autres. Ce refus vous conduit à isoler les maladies qui naissent sous l'influence de la même cause, et vous ne savez plus qu'en faire scientifiquement et nosologiquement parlant. Ce sont des entités isolées dont vous êtes réduits à chercher les spécifiques isolés; opération intellectuelle purement empirique et surtout très difficile; disons mieux, impossible. Mais, ce qui est bien plus grave, cette manière de philosopher à courtes vues est évidemment contre l'intérêt de la science , en ce qu'elle vous fait négliger un grand et puissant moyen de diminuer la somme des maux qui afflige l'espèce humaine, je veux dire la soustraction opportune des modificateurs irritans. En voici la démonstration.
L'école de Laennec refuse de reconnaître l'irrita-
a34 MiîDKcrNE Dr: la frange.
tion pour une cause de tubercules : il est clair que cela la conduit à permettre aux causes irritantes d'agir sur les organes où peuvent se développer les tubercules. Ainsi , pour être conséquens, ces médecins ne doivent prendre aucune précaution contré le froid qui fait agir le poumon aux dépens de la peau et de l'appareil urinaire; contre l'exercice de la voix, de la parole, du chant, des instrumens à vent; contre le régime stimulant, les marches précipitées, etc. , etc. Cette école doit par conséquent négliger le précepte de l'émigration vers les pays chauds, le phis ulile de tous aux personnes qui vivent sous l'inuninence de la phthisie pulmonaire. 11 est encore évident que cette écoie ne doit pas redouter les médicamens capables de stimuler l'appareil viscéral, elc. Si elle n'agit pas de la sorte, elle est inconséquente et se réfute elle-même; nouveau point sur lequel nous saurons prochainement à quoi nous en tenir.
Lorsque très évidemment l'irritation cAr^/nV/w^ peut produire toutes les altérations organiques dont I.aennec veut l'absoudre, c'est-à-diie lorsque ces altérations viennent dans les organesquiont été long-temps stimulés à un degré modéré, et lorsqu'elles peuvent être prévenues en empêchant qu'ils ne le soient, comme les dix maladies crue nous avons vu résulter de l'action du froid peuvent être prévenues en empêchant cette action de s'exercer sur notre économie; lorsque tout cela est incontestable, on trouve encore un prétexte pour enlever à l'irritation le rôle de cause, comme si l'on avait senti qu'effectivement ce rôle ne lui est pas ravi par rallégation qu'elle ne saurait produire des effets diiférens. Ce prétexte consiste à avancer que l'irritation n'agit que sur la nutrition; ainsi la nutrition se trouve substituée, comme
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cause à l'irritation. Celle-ci se borne à la dépraver, et la nutrition dépravée devient seule comptable de tous les modes d'altération organique.
Laennec et les siens ne se sont pas aperçus qu ils ne faisaient que substituer une difficulté a une autre : on ne conçoit pas, nous disent-ils, comment l'irritation peut produire des effets aussi différens entre eux, tels qu'un tubercule, un tissu encéphaloïde, une cicatrice cartilagineuse, etc. J'en conviendrai , mais conçoit on mieux que la nutrition, qui est aussi une cause unique , puisse opérer des effets aussi diversifiés? Nous avons les mêmes raisons d'en douter que vous derévoquer en doute une action toute semblable de la part[de l'irritation. Soutenez-vous que la dépravation diversifie ce grand pliénomène, et qu'ainsi chaque altération peut obtenir sa cause particulière ? Nous vous répondrons que le mot dépravation est un signe abstrait qui ne représente à l'esprit autre chose qu'une nutrition déviée de son type ; et comme vous avouez que l'irritation peut faire dévier la nutrition, puisqu'elle est, selon vous, la cause occasionelle des aberrations de cette fonction , vou5 accordez implicitement que l'irritation peut être la cause des lésions organiques les plus disparates contre elles.
En somme, vous ne pouvez faire de la nutrition dépravée la cause commune de toutes les altérations organiques, sans admettre une prédisposition particulière de chaque tissu à se laisser désorganiser ou réorganiser, dans des circonstances données, d'une manière plutôt que d'une autre. Eh bien ! nous ne vous en demandons pas davantage pour l'irritation : vous êtes forcés de nous l'accorder sans doute, puisque vous nous avez , par vos aveux , autorisés à établir que l'irritation peut produire les déviations de
la nutrition ; il suit de là que l'irritation jouit de la possibilité, non contestable par vous-mêmes, de produire tous les modes d'altération organique.
Mais insistons , car il ne faut rien négliger pour éclairer cette question. L'auteur voudrait que l'irritation donnât l'explication des différences d'altération organique qui surviennent dans la plithisie pulmonaire. Sans doute elle ne la donne pas complète, mais ce qu'elle donnesuffit, etl'aberration dénutrition sans irritation ni abirritation qui lui servent de cause déterminante ,lafournitencorebien moins. En effet, dans l'état normal on ne sait pas pourquoi un tissu est fibreux, l'autre gélatineux, l'autreformé de fibrine ; on ignore comment les uns et les autres se maintiennent différens malgré leurs entremélanges avec les mêmes matériaux nutritifs. On ne peut qu'attribuer ces phéiiomènes et leurs différences aux lois de la chimie vivante ou organique. Mais il faut toujours finir par se demander pourquoi ces lois dévient de leur rhythme normal ; car l'on n'en trouve pas la raison dans les explications de ces mêmes lois que nousfournit l'école atomistique moderne, puisque ces lois se rattachent aux causes premières. En effet que jious apprennent les microscopistes lorsqu'ils nous disent aujourd'hui que les premiers faits de l'organisation remontent aux molécules organiques qui résultent de la macération dans l'eau? lis affirment que les atomes ont un mouvement propre qui est leur vie ; qu'ils ont des affinités diverses les uns pour les autres ; qu'en vertu de ces affinités , ils se rapprochent pour former les animaux primitifs, infusoirs; que ceux-ci se perfectionnant, finissent avec le temps par former les animaux les plus complexes, les plus parfaits. Tout cela peut être , mais n'est que présumé ^
ANAT. PATHOL. — LÂENNEC. 237
Sans remonter aussi haut dans l'échelle zoogénique, nous sommes convaincu, avec tous les microscopistes, que les animaux et l'homme commencent et finissent par l'état moléculaire. Nous admettons que des atomes étendus dans le liquide séminal des deiix sexes ont une vie, un mouvement propre et des affinités diverses entre eux ; que ces affinités, en les rapprochant^ forment des fibres; que ces fibres jouissent de propriétés vitales qui sont le résultat de la vie ou de la force propre de chacun des atomes qui viennent de les former ; que ces fibres, en se continuant , s'enchaînant avec d'autres, forment des tissus qui ont des propriétés résultant de celles de chacune de leurs fibres ^ et en première origine, de celles de chacun des atomes de ces fibres. Nous croyons bien qu'il y a pendant toute la vie des rapports d'affinités , d'attraction , de répulsion , entre les fibres formant les tissus et les fluides qui les parcourent. Nous ne doutons point que des phénomènes électriques soient incessamment produits dans les rapprochcmens des molécules fluides et solides , dans les décompositions, les départs, les recompositions, les transformations, en un mot, de la matière vivante. Mais tous ces faits cachés, ou du moins incomplètement connus, que d'ailleurs nous avons désignés dès nos premiers écrits par les mots chimie vivante ou or ganic/ ue ,n empêchent pas qu'il ne faille chercher quels sont les modificateurs sous l'influence desquels les phénomènes de composition et de décomposition se dérangent et devient du rhythme normal; livrons-nous donc à cette recherche, et tâchons de trouver des faits qui soient à la portée de nos moyens de connaître. Or nous trouvons tout cela dans l'étude de l'irritation, qui nous montre , pendant l'action des agens extérieurs^ tantôt une vie plus
active, tantôt une vie moins prononcée, et qui, dans les deux cas , devient plus ou moins irrégulière. C'est cette étude, suivie avec constance, qui nous apprend qu'un tissu, long-temps forcé par les modificateurs externes à agir au-delà du degré harmonique, est exposé à telle ou telle déviation matérielle du type normal ; tandis que le tissu , réduit par les circonstances à une diminution d'action plus ou moins considérable, est sujet à telle ou telle autre. Or, ces notions nous suffisent pour la thérapeutique et pour l'hygiène; et en vouloir davantage, c'est embrasser une chimère qui nous échappe sans cesse , sans laisser dans notre esprit aucune semence de vérités d'une utile application.
Sur les signes physiques des tubercules , i\ n'y a qu'une remarque critique à faire , et déjà nons l'avons faite pour les productions étrangères en général j c'est que la certitude de l'existence de ce que l'auteur nomme tubercules crus ne saurait jamais être acquise. Certains râles, et la pectoriloquie indiquent, suivant lui , le ramollissement et l'évacuation de la matière tuberculeuse, la grandeur, la multiplicité et la situation des cavernes, etc. Sur tout cela, nous n'avons rien à reprendre : on y voit seulement la preuve d'une finesse d'audition à laquelle peu de personnes parviendront, parmi celles surtout qui s'attachent moins au curieux qu à l'utile.
L'auteur donne d'utiles conseils sur la pectorilo^ quie douteuse, et sur ce qu'il appelle le tintcmenL métallique et la résonnance amphorique.
L'article cinquième est consacré aux syrrptômes et à la marche de la phthîsie pulmonaire. L'auteur fait subir à son entité les subdivions suivantes: i* phthisie régulière, manifeste ; 2° phthisie irrégulière, mani-
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feste ; 5° phthisies latentes ; /f phthisies aiguës ; 5"" phthisies chroniques.
Un esprit droit sentira de prime abord combien celte division est arbitraire et peu lumineuse. Quant à ceux qui pourraient en douter, je leur dirai d'après l'auteur: Fhlhisie régulière , manifeste (i) ; début par une toux sèche de plusieurs mois^ somment par un catarrhe aigu au milieu de la santé la plus florissante , ou par une hémoptysie répétée.
Voilà le groupe de symptômes du début d'une affection morbide. Il ne témoigne^ pour le physiologiste , autre chose qu'une irritation du poumon plus ou mohis muqueuse ou sanguine ; elle est prouvée. La cause 'de cette irritation ne l'est pas encore ; il faut la chercher. L'auteur ajoute : Le tout dépendant de tubercules dont on ne peut acquérir la certitude, il moins de mort par une cause étrangère. S'il n'y a pas de certitude, pourquoi désigner ce groupe par les mots phlhisie tuberculeuse , et suvlout inanifeste P L'auteur dira plus tard que ces symptômes et les suivans ne prouvent pas cette phthisie. Sur quoi donc se fondera le néophyte pour assurer que ce groupe représente un état tuberculeux ?
Peu à peu expectoration muqueuse , fièvre à re^ doublemens, à sueurs nocturnes^ copieuses^ mais qui laisse la tête libre, n'abat pas les forces comme les fûvres essentielles , et ne détruit pas r appétit; puis se complique d'une diarrhée due à une éruption secondaire de tubercules dans les intestins , on marche sans cela et même sans ulcération.
Cette fièvre peut être enlevée s'il n'y a pas d'alté-
(i) Quoique je souligne, je n'emploie pas ici les phrases dy texte, mais les mots les plus strictement représentatifs ciu'il contient des idées de l'auteur. Je suis forcé d'abréger et de m'en tenir h un résumé.
ration tuberculeuse, (et aussi, selon nous, si les tubercules sontrésolus} elle ne laisse pas la tête libre ; elle ne permet pas l'appétit ; elle abat les forces s'il y a complication de gastro-entérite et d'irritation cérébrospinale. La diarrhée ne s'y ajoute pas nécessairement par la même raison , et l'éruption secondaire qui doit la produire est une fiction que les faits ne justifient point.
Jusqu'ici nous n'avons donc vu, dans la description deh plil/iisie tuberculeuse, rien qui prouve les tubercules; dans la p/it/iisie manifeste, aucune manifestation positive de la nécessité d'une consomption future par altération organique. Il est possible que tout cela se réalise; mais puisque le contraire l'est également, de l'aveu même de l'auteur, nous ne pouvons que le présumer, le redouter si l'on veut; mais non l'affirmer ; tandis que nous affirmons sans crainte, avec le médecin physiologiste, l'existence d'une irritation inflammatoire du poumon, avec la coexistence ou la non-coexistence, suivant le cas d'une autre irritation , soit dans les voies gastriques, soit dans les centres nerveux.
La fièvre lieclique établie , amaigrissement rapide en raison de [abondance de l'expectoration, des sueurs , des évacuations diarrliéïques, etc. Suit le tableau tracé par Arétée... Fort bien : voilà le malade en consomption progressive. Mais vous nous avez annoncé que tout cela dépendait de tubercules dans le poumon, et vous allez nous dire bientôt que tout cela peut être produit par un simple catarrhe. Où donc est le manifeste? nous savons de plus que vous que, si l'irritation gastro-intestinale n'a été ni produite ni fomentée par le traitement, une partie des symptômes de ce groupe peut manquer. Où donc est la cêfiiUidc pour celui qui a prononcé les :mota do
ANàT. PATHOL. — LAFNNEC. 2[^\
•plilliisle tuberculeuse manifeste?.,., nulle part. Elle n'existe que pour le médecin à méthode physiologique, qui dit : c Voilà une irritation inflammatoire »et sécrétoire de plusieurs organes qui amène le marasme. » Il passe ensuite à la partie conjecturale , et il ajoute : « Je vais chercher des faits dans le passé »par le commémoratif , dans le présent par des • essais de médications rationnelles; dans l'avenir »en tenant compte des changemens qui survien- »dront,afin de pouvoir déterminer à quoi tiennent » l'existence et l'opiniâtreté de ce groupe de symp- » tomes. »
En continuant son histoire, l'auteur arrive aux signes stéthoscopiques, qui seuls peuvent, selon lui , faire reconnaître sûrement le ramollissement et l'évacuation , dans les bronches , de la matière tuberculeuse. Son but est donc de faire valoir sa découverte. Il n'y a pas de mal à cela ; il est bon que chacun s'assure la jouissance au sien dans un monde littéraire où les filous abondent et raffinent dans l'art d'insulter et de loaanger insidieusement ceux qu'ils ont volés, afin de mieux dissimuler leurs larcins. Mais il fallait que l'auteur attendît ce moment pour faire arriver la certitude sur le groupe de symptômes qu'il décrivait; et comme il ne l'a pas fait, comme il déclare (ouvrage cité, t. 1"% p. 694) que tous les autres symptômes réunis et la marche convSomptive jusqu'à la moi't ne prouvent point l'existence des tubercules, el peuvent être le résultat d'une simple affection catarrhale, ou d'une affection du foie ou d'un squirrhe du pancréas, je trouve parfaitement justifié le reproche que je lui ai adressé plus haut d'avoir imaginé une division arbitraire et peu lumineuse de sa phthisie pulmonaire. Voilà 4. \6
qui est prouvé pour la série des cinq phthisies réputées régulières. Passons aux autres.
2** La seconde est la pklhisie irrégulière manifeste. Il nomme ainsi celle dans laquelle laffectiou tuberculeuse parait commencer dans un autre organe : Exemples : par une diarrhée chronique, une péritonite avec perforation y les tubercules du mésentère chez les enfans scrofuleux, ceux de la région cervicale, ou ceux des glandes bronchiques... Laennec n'a point prouvé qu'il y eut des diarrhées débutant par des tubercules des intestins, et n'eu a point donné les caractères; il les suppose tuberculeux, afin de ne pas avouer Fexislence de l'iléo-colite, véritable cause de ces tubercules ; il méconnaît Tenlérite chez les enfans scrofuleux , pour lui faire préexister les tubercules du mésentère qui n'en sont qu'un effet ; il est encore plus opposé aux faits lorsqu'il suppose des tubercules perforant le péritoine avant de se Jeter sur les poumons ; les tubercules cervicaux et les bronchites ne sont pas moins gratuitement supposés préludes et preuves d'un état tuberculeux du parenchyme pulmonaire. J'ai vu des cas où la consomption pulmonaire, survenue à des porteurs de semblables glanglionnites, n'était pas accompagnée de tubercules. Il n'y a là qu'un art de dissimuler les différentes marches et les effets divers de l'irritation des organes, et surtout de faire perdre de vue la communication de celle des membranes de rapports aux ganglions qui leur correspondent; communication à laquelle l'au* teur ne voulait pas croire, peut-être parce qu'elle a été découverte par l'école physiologique de Bichat, et non par la sienne. Les preuves d'une phîhisie irrégu- Hère manifeste n'existent donc point dans le groupe de symptômes qu'il a présenté. Elles y existent d'autant moins que le stéthoscope , qui seul doit
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lui en fournir la certitude, n'a point encore prononcé.
3** La plitliisie latente reste rarement telle pendant tout son cours : suivant Fauteur, long-temps prise pour une autre maladie, elle se démasque quelques semaines ou seulement quelques jours avant Ja mort. Entendrons-nous encore long-temps ce jargon figuré, si peu fait pour une science telle que la nôtre ? Qu'est-ce en effet qu'un être malicieux qui se cache d'abord, et n'ote son masque que lorsqu'il est sûr de son coup! Malheur aux praticiens qui prendraient à la lettre un tel langage. L'auteur veut désigner les personnes affectées de scorbut, de maladies vénériennes ou surexcitées par le mercure, qui ont été long-temps en proie à lui état de fièvre hectique , et qui succombent dans le marasme avec des symptômes puhnonaires que l'on ne distingue qu'aux approches de la mort. Il range dans la même classe les phthisies qui ont débuté par une diarrhée prolongée jusque près du terme fatal, moment où la phthisie s'est enfm déclarée, et celles qu'ont masquées dessymplômes nerveux de dyspepsie ou d'hypocondrie, c'est-à-dire des gastrites et des entérites méconnues; ce qui nous montre que la phthisie lur tente se confond avec la phthisie irrégulière manifeste. Quoi qu'il en soit, tous les symptômes sont mis sur le compte de la maladie que l'on traite, et l'on ne songe à la phtliisie qu'après que les tubercules ont été reconnus ; s'il ne s'en fût point trouvé, l'affection pulmonaire, que l'on aurait découverte, eût été, comme le reste, un symptôme de la maladie, ou bien on nous aurait dit cju'elle dépendait d'un simple catarrhe ; car le catarrhe pulmonaire est le masque principal des phtliisies. (Ouvrage cité, t. P% p. 699.) Mais pour Targuer de mascarade, il faut des tuber-
cules ; et comme les tubercules ne doivent dépendre de rien, et exister par eux-mêmes, c'est-à-dire par un vice de nutrition flût tout exprès pour eux, .on n'a de certitude que lorsqu'on les voit enfin. C'est alors qu'on affirme l'existence d'une phthisie pulmonaire long-temps dissimulée par un ou par plusieurs masques trompeurs.
II eût été plus simple et plus philosophique de suivre de l'œil l'irritation dans les divers organes où elle se manifeste après les premiers symptômes de la première maladie, en s'éludiant sans cesse à en découvrir les causes, et à saisir les indices des altérations qui surviennent ; mais on se fût ainsi classé parmi les médecins physiologistes, et c'est, avant toute chose , ce qu'il fallait éviter.
' J'en conclus que cette troisième phthisie, dénuée de caractères pendant la majeure partie de son cours, est aussi mal distinguée que les deux autres, et se confond avec la précédente. Elle est néanmoins celle que l'auteur croit la plus commune. 11 a trouvé tant de fois des cicatrices de tubercules ou des tubercules même dans les cadavres de gens qui n'avaient jamais passé pour phthisiques, qu'il conclut, en général , que le plus grand nombre des phthisies est latent , au moins dans le principe. (Ouvr. cité, 1. 1^\ p. 99.) Cette sentence ne nous paraît pas très propre à soutenir les prétentions de ceux qui veulent, avec notre auteur, prendre les modes d'altération organique pour unique base du diagnostic et de la classification des maladies.
4° liCS p/ithisies aiguës sont, selon lui, le produit d'une affection tuberculeuse long-temps latente, qui éclate tout-à-coup et se démasque avec une fièvre violente , l'amaigrissement et des symptômes si graves, que la destruction du sujet est consommée dans
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l'espace de six semaines ou deux mois. Cette catastrophe est due, suivant l'auteur, à des masses tuberculeuses multipliées, qui se ramollissent toutes à la fois, en même temps qu'il se fait des éruptions secondaires de tubercules nouveaux... Les faits pourraient fort bien être ici dénaturés, ce qui rendrait l'explication gratuite. 11 se pourrait qu'il n'y eût point de masse tuberculeuse en ramollissement ^ mais plutôt des granulations blanches ou jaunes dans le parenchyme hépatisé et sans excavation ; ce qui n'est autre chose qu'une pneumonie générale subaiguë. J'en ai vu plus d'un exemple dans ces pneumonies subaiguès qui ne sont pas toujours des phthisies ; car elles font souvent périr avant le marasme; et le marasme seul donne le droit de qualifier un malade de phthisique; ces granulations m'ont paru être produites par l'inflammation; et quant à Téruption de nouveaux tubercules, elle est possible sans doute, mais c'est la cause qu'il faut chercher, et la cause est encore ici l'inflammation. Des tubercules, soit ramollis, soit solides, n'ont pu se former dans le poumon sans une action morbide irritative; tous les sophismes de Laeunec n'ont pas prouvé le contraire; c'est cette action qui , après des progrès lents, générateurs de certains tubercules, arrive enfin au degré de l'inflammation qui en produit d'une autre forme, et comme cela s'opère dans uitc grande étendue de parenchyme à la fois, la dyspnée et la fièvre sont portées au plus haut point, et bientôt le malade n'a plus assez d'espace libre pour respirer. Cette maladie n'est vraiment qu'une nuance des précédentes ; et je ne vois pas qu'on puisse rationnellement en faire une entité particulière.
50 Quant à la phdiisie chronique (jui se compose de
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plusieurs attaques , et qui cesse quelquefois au point de permettre le retour de l'embonpoint^ et cela durant l'espace de plusieurs années , l'auteur n'y voit autre chose que des éruptions peu nombreuses et éloignées de tubercules qui se font à plusieurs reprises. Rien de plus sur la cause de ces éruptions , qui sont plutôt conjecturées que prouvées. L'auteur les a déduites des fistules cartilagineuses, des cicatrices lamelleuses ou des corps cartilagineux qu'il a souvent rencon-* très dans ses recherches cadavériques. Ces observations sont bonnes à retenir; mais il importe aussi de savoir que la plupart des sujets sur lesquels on les a faites n'ont point été suivis par l'auteur durant le cours de leurs maladies. Au surplus, le titre de chroniques nous semble mal approprié aux maladies de ces sujets j car, très évidemment, ils n'ont point été détruits par une seule affection prolongée pendant longues années : leur mauvaise constitution , les circonstances au milieu desquelles ils ont vécu les ont exposés plusieurs fois à des retours delà même affection. Il n'est vraiment pas plus rationnel de les soumettre à une phthisie unique de presque toute leur vie, que de soutenir qu'un homme sujet aux rhumes ou aux gastrites , et qui succombe dans un âge plus ou moins avancé, à un catarrhe suffocant ou à un ramollissement de la muqueuse de l'estomac, n'a souffert que d'un seul catarrhe ou d'une seule gastrite, depuis la première attaque jusqu'à son dernier moment. Au fait, il en est ainsi de la majorité des hommes. Nous avons piesque tous un organe plus irritable et plus faible qu'il ne devrait l'être; à force d'éprouver des excès d'innervation et de congestion , cet organe ne peut plus vivre normalement; sa nulritiou se détériore; sa désorganisation consommée ontrahie enfui celle de plusieurs
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autres, et notra dernière heure est sonnée. Faudrat-il donc inventer une longue et unique maladie pour tous ceux qui ne succomberont pas aux preraières atteintes des affections de leurs principaux organes?
On voit que ce cinquième chef de division des phthisies n'est pas plus rationnel que les quatre autres.
Le traitement de la p/itliiste pulmonaire est le sujet de l'article sixième. L'auteur la de'clare incurable par les moyens de l'art , et pense que la nature seule peut opérer la guérison.En appliquant cette sentence aux tubercules , comme il le fait , puisqu'il substitue toujours le désordre au groupe de symptômes, on ne saurait être de cet avis, attendu qu'il est impossible de prouver que ces productions tuberculeuses soient irrésolubles, et qu'elles ne puissent disparaître qu'après être tombées en détritus, et avoir laissé des excavations à leur place. iSous avons discuté ce point, et nous avons fait voir que, dans beaucoup de cas, la résolution était probable, au moins dans les commencemensdes irritations chroniques du parenchyme pulmonaire. Nous avons appuyé cette probabilité par la guérison de plusieurs affections tuberculeuses extérieures , qui s'obtient tous les jours par l'emploi persévérant des antiphlogistiques et des révulsifs. J'en pourrais appeler à ma pratique , qui est positive à cet égard; mais j'aime mieux citer celle des premiers chirurgiens de nos hôpitaux , qui voient des maladies externes bien plus que moi. Les médecins qui résident à Paris pourront se procurer la certitude que les tubercules et d'autres indurations lymphatiques sont résolubles eu suivant quelque temps la visite de plusieurs d'entre eux, entre autres, celle de M. Lisfranc, chi-
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rurgien en chef de l'hôpital de la Pitié , dans le traitement des tumeurs blanches. Je conviendrai que cette résolution est plus difficile à Tinlérieur qu'à l'extérieur, et dans le poumon plus que dans aucun autre appareil , parce que ce viscère est le plus inflammable de tous (argument en faveur de la doctrine physiologique) ; mais je soutiendrai toujours que si Fappel du sang et des fluides lymphatiques vers l'extérieur est persévérant, et soutenu par une haute température ambiante, cette résolution est possible, et s'obtient tous les jours chez des personnes opulentes, qui peuvent et veulent prolonger leur séjour dans les pays chauds, aussi long-temps que cela paraît nécessaire à un médecin véritablement observateur. Je sais qu'ici mon assertion n'est que probable , puisqu'on ne peut constater l'existence des tubercules pulmonaires pendant la vie ; mais des probabilités rrjuitipliées doivent produire la conviction. Si elles ne la produisent pas , elles doivent au moins déterminer la pratique du médecin; car la probité marche avant toutes les doctrines : par exemple, si je vois vingt-quatre personnes affectées du mode de l'irritation pulmonaire qui a coutume de se terminer par la phthisie;si,surces vingt-quatre personnes, douze succombent sous mes yeux, et me montrent, après leur mort, des tubercules dans leurs poumons, pendant que les douze autres, que j'avais envoyées dans les pays chauds, en reviennent dans un état de parfaite et durable guérison , sans avoir eu des excavations et sans avoir passé par le marasme, n'ai-je pas assez de motifs pour croire à -la résolubilité des tubercules? Tel est ma position morale : à force de rapprochemens, de faits bien observés depuis vingt-sept ans , j'ai acquis la conviction que les tubercules sont l'effet des irritations
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pulmonaires , qu'ils peuvent se résoudre lorsque les médications antiphlogistiques et révulsives sont employées de bonne heure, et constamment soutenues.
Cette conviction, toute forte qu'elle est , ne m'empêche pas d'admettre, avec Laennec, la possibilité de la guérison par détritus des tubercules , lorsque ces productions sont peu nombreuses et circonscrites , au moyen de la formation d'un sac membraneux, cartilagineux, osseux, et du rapprochement des parois de ce kyste , quand elle.? sont assez molles, ou leur réduction en une lame qui se présente comme une cicatrice dure avec froncement du parenchyme pulmonaire tout autour.
J'avoue ces changemens , parce que je les ai aussi constatés, et que les faits sont sacrés pour moi. Mais je me crois , en conscience , obligé de critiquer mon auteur, lorsque, négligeant tous les faits qui déposent en faveur de mon opinion , il n'admet d'autre guérison que celle par détritus, et pose en conséquence les deux indications ci-après : i" prévenir une seconde éruption de tubercules; 2° favoriser le ramollissement, la fonte et l'évacuation de ceux qui existent. 11 dit aussi favoriser la résorption; mais il entend après le ramollissement qui a succédé à finduration : car, pour lui , les tubercules sont toujours un fruit qui doit nécessairement, dès qu'il a germé , grossir, mûrir et tomber en déliquium.
L'auteur n'indique aucun mode nouveau pour remphr sa première indication, i^a doctrine physiologique hii aurait suggéré les médications propres à diminuer l'action dans les poumons, et à la faire prédominer long-temps à l'extérieur; elle lui aurait donc fait sentir l'importance d'uneatmosphèrechaude et d'une alimentation végétale, propre à favoriser l'action de tous les sécréteurs. Mais il n'a point
compris le rôle de l'irritation dans la sécrétion des tubercules, et il se borne à réserver les saignées pour détruire les complications inflammatoires ou les congestions sanguines accidentelles , et à substituer aux grands exutoires usités de petites cautérisations de huit à dix lignes de diamètre. Du reste , il croit fort peu à la vertu des grandes suppurations prolongées, et ne tire l'indication des exutoires que de la préexistence de quelques affections cutanées.
Les moyens propres à favoriser le ramollissement et la fonte des tubercules sont tous puisés dans différentes classes d'irritans : on y voit figurer toutes les substances aikaliues de la matière médicale , singulièrement multipliées par l'activité des chimistes de nos jours. C'est proprement le traitement adopté, même encore aujourd'hui , par les médecins arriérés pour la diat/ièse scrofuleuse. Laennec ne croit guère à son efficacité; cependant il le prescrivait, comme ses ordonnances me l'ont prouvé , et il se l'appliquait à lui-même; car il avalait force savon. Tout cela s'explique par son souverain mépris pour l'irritabilité des voies gastriques.
Il n'accorde pas plus de vertu aux prétendus cicatrisans des ulcères du poumon , tels que les plantes aromatiques, les purgatifs, le baume de ïolu, ceux de la Mecque, du Pérou , la térébenthine , le camphre, le soufre uni aux huiles; moyens qui, selon nous, ont été fort mal à propos transportés des ulcérations de l'extérieur à celles des viscères. Les gaz divers et les vapeurs balsamiques qu'on s'est empressé de faire inspirer dans le même but, ne lui semblent pas plus utiles ; tout cela ne peut avoir guéri que des catarrhes. L'auteur a plus de confiance dans l'air que l'on respire sur les bords de la mer. Il a soin de fermer les yeux sur les inconvéniens des
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vicissitudes atmosphériques si communes dans ces parages, et particulièrement sur les côtes de l'Océan, à cause du flux et du reflux des marées ; il n'a garde de tenir compte du refroidissenientquerévaporation fait subir à certains vents qui peuvent succéder plusieurs fois par jour à des courans d'air opposés, ce qui rend la tempéral:ure variable indépendamment des marées : comment ferait- il cas de tout cela , lui qui veut écarter, à quelque prix que ce soit, de l'étiologie des tubercules, les répulsions subites et. réitérées de l'action et des fluides, de la périphérie vers l'intérieur? Il préfère au rationnel le merveilleux: c'est la vapeur des plantes marines qui jouit de la vertu antiphîhisiqiie; malgré tout ce que la température des côtes peut offrir de contraire à cette spécificité. Aussi fabriquait-il une atmosphère marine artificielle dans une petite salle à l'hospice clinique de la Charité , à Paris , en la faisant joncher et tapisser de varec. Les résultats n'en étaient pas , disait-il, bien clairs.... toutefois il n'avait pas encore perdu l'espérance , puisque fort peu de temps après avoir publié son édition, il est allé, lui phthisique, finir ses jours dans la baie de Ouarnenay.
Tels sont les résultats de la passion et du travail de l'imagination, substitué à celui de la raison : Laennec néglige l'étude des lois physiologiques , l'observation de nos organes en rapport avec leurs modificateurs dans la recherche des causes de la phthisie , pour s'en tenir à une allératlon inconnue des fluides causée par un vice inconnu de la nutrition, et il arrive par celte méthode, après d'excellentes desciiptions, i'' à la négligence des modificateurs les plus utiles; 2" à la recommandation des modificateurs les plus nuisibles dans la maladie qui fait l'objet principal de ses recherches; maladie cepen-
2^2 MEDFXINE Diî LA FRANCE.
dant à laquelle il a consacré sa vie entière, et par laquelle il était destiné définitivement à la perdre.
Après les tubercules viennent les autres productions étrangères , qui ne nous arrêteront pas aussi long-temps, à beaucoup près.
Les kystes qui se développent dans le poumon , indépendamment de ceux qui circonscrivent quelquefois la matière tuberculeuse, sont bien décrits. Mais il valait autant ne leur assigner aucune cause que de les attribuer vaguement au vice de la nutrition , puisque tous les changeniens de forme et de texture des organes accusent ce vice ou celui de la sécrétion.
Les liydatides ne donnant lieu à aucune innovation dans les théories pathologiques , ne m'arrêteront point ici. Les naturalistes ne liront pas sans intérêt la description qu'en donne l'auteur, qui a cru devoir les transporter dans la classe des animaux, sous la dénomination de vers vésiculaîres acéphalocystes ; car il n a point trouvé de céphaîocystes. Les concrétions cartilagineuses, osseuses, pétrées^ crétacées , du poumon ont été mal à propos considérées par Bayle comme des causes particulières de phthisie pulmonaire. Elles ne sont, suivant Laennec, que des produits de la matière tuberculeuse. Celte opinion avait été émise par moi dans V Histoire des p/ilegmasies , en 1809, et dans ma critique de Bayle, qu'on trouve dans le premier Examen de 1816. J'avais soutenu que ces concrétions n'étaient autre chose que de la matière tuberculeuse dépouillée de son humidité par la résorption, et réduite à ses élémens calcaires avec de la matière animale. Laennec dit , au contraire , que ces concrétions proviennent de ce que la nature sécrète trop de matière calcaire, c'est-à-dire beaucoup plu? qu'il n'en faut pour former les kystes. Cette
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assertion est ragiie , mystérieuse , arbitraire, insignifiante; mais des milliers de faits, au milieu desquels figurent ceux de la goutte, prouvent que l'irritation placée dans des tissus cellulaires, séreux, fibreux, lamelleux, lymphatiques, en un mot dans des tissus qui sécrètent, exhalent, charient, reçoivent en dépôt la matière fibrineuse, albumineuse et gélatineuse du sang, peut y produire, suivant son degré et sa durée , des extravasations ou des dépôts qui varient en consistance, depuis celle du pus plilegmoneux , jusqu'à celle de la concrétion calcaire la plus sèche. La quantité d'albumine qui se rencontre dans ces irritations vasculaires chroniques est toujours en proportion de la part qu y a prise l'irritation des capillaires sanguins ; c'est-à-dire qu'il y a plus de fibrine et d'albumine dans le pus phlegmoneux, intra ou circum-articulalre d'un goutteux, qu'il n'y en a dans la concrétion calcaire également intra ou circum-arliculaire du même goutteux. Nous avons eu dernièrement , au Val-de-Grâce , l'occasion de vérifier toutes les nuances de l'irritation vasculaire depuis la simple rougeur jusqu'à la carie des surfaces aj'ticulaires , dans les diverses articulations d'un sujet goutteux; jamais [)lus belle occasion ne nous fut offerte de prouver la vérité et l'importance de la méthode physiologique. Ce fait frappa de conviction tous les assistans.
Qu'on ne croie donc pas que les concrétions des goutteux diffèrent, par leur nature, de celles des phthisiques , de celles des porteurs d'entéro-ganglionites chroniques et de laryngo-trachéites à excrétions calcaires, etc. ; le siège immédiat, c'est à-dire les tissus blancs et les degrés d'irritation sont les mêmes toutes les fois qu'il y a interposition dans les parties d'une matière calcaire; la différence est seu-
leinent clans l'organe et clans l'appareil dontle tissu, dépositaire de ces concrétions, fait partie; et si, au lieu d'être irrité dans le degré cjui donne ces concrétions, il l'eût été dans d'autres, ce même tissu aurait pu donner ou du pus phlegmoneux, ou de la matière d'apparence de gelée (colloïde de Laeniiec),ou bien une bouillie à grumeaux calcaires , avec destruction de cartilages et d'os, cjuand la partie en contient; et quekjuefois, au milieu de tout cela, des épanchemens purement sanguins.
Il faudra bien que l'attention des observateurs encore arriérés se iixe un jour sur tous ces rapprochemens générateurs de la vraie théorie médicale : ils y trouveront aussi l'explication des autres productions accidentelles de Laennec, dont il nous reste à parler; ce sont les mélanoses et les encéplia^ loïdes du poumon.
J'éprouve un sentiment pénible en lisant le chapitre de notre auteur sur les mélanoses du poumon. Jadis Bayle en avait fait une matière morbifique , génératrice de la plithisie, comme on l'a vu plus haut; je réfutai cette assertion en exprimant l'idée que les mélanoses du poumon n'étaient cpie les altérations ordinaires de cet organe, empreintes d'une matière colorante devenue prédominante avec les progrès de l'âge; et j'ajoutai que tous les foyers de phlegmasies étaient sujets à noircir par la vétusté. 11 était difficile de me réfuter par les faits. Intervinrent ensuite les précieux travaux de M. Breschet , qui firent voir que cette couleur noire dépend de la fixation de la matière colorante du sang : découverte qui semblait faite exprès pour confirmer notre opinion. Accablé par ces faits, Laennec s'est trouvé dans un extrême embarras : il ne f^^ilait pas cjue la matière morbifique noire pérît; elle devait exister
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SOUS quatre formes : en masses enkystées ; en masses non enkystées; en matière infiltrée entre les divers tissus des organes , et en matière déposée à leurs surfaces. Tout cela doit se rencontrer, selon moi, puisque la couleur noire n'est qu'un accident dans l'inflammation chronique comme dans la subinflammation , et Laennec aurait eu raison s'il eût adopté cette opinion; mais, voulant concilier sa matière morbifique noire, qui n'est que supposée, avec les faits bien constatés de coloration noire des tissus altérés par les irritations chroniques, il se tourmente et fait de vains efforts pour distinguer si des poumons durs, imperméables, tuberculeux, noirs, doivent cette couleur à la matière pulmonaire noire croissant avec l'âge, ou bien à une infdtration de sa matière morbifique méîanique. Ne trouvant pas de différence, il a recours aux données approximatives. Ainsi, quand on rencontre dans un poumon des masses noires déjà ramollies (notez la condition), et configurées de manière à ne pouvoir être confondues avec les glandes bronchiques, on admettra l'existence de la mélanose. Mais si l'infiltration du tissu pulmonaire par la matière noire lui donne une densité égale à celle du foie , pourvu que celle densité soit Jlasque, ou du moins qu'elle n'offre de la dureté que dans certains points cartilas^ineux , on doit croire qu'un tel poumon n'est coloré que par la matière noire pulmonaire.
Je le demande, sont-ce là des caractères positifs? une pareille distinction n'est-elle pas une confession de défaite? Je ne cite pas les observations que l'auteur rapporte à l'appui de son système , car je les trouve incomplètes : elles laissent à désirer la description de la membrane muqueuse du tube digestif, et par conséquent l'influence que l'inflamma-
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tion de ce tissu a pu exercer sur la marche de la maladie.
En résumé, nous connaissons deux esjDeces de couleurs noires, indépendamment du pigmentum de la choroïde; l'une particulière au poumon, que Fourcroy considérait comme du carbone , qui est normale, acquiert de la prédominance avec Tâge , et se communique aux altérations que cet organe vient à subir ; l'autre qui est toujours anormale et se rattache à l'irritation chronique de tous nos organes : celle-ci paraît dépendante de la fixation de la matière colorante du sang plus ou moins déviée de son état normal. On ne sait pas encore pourquoi , dans certains cas, celte mélanose se multiplie si prodigieusement dans divers tissus , comme on l'a vu chez l'homme et plus encore chez le cheval.
Il résulte de ce qui vient d'être dit , que Laennec ne pouvant plus prouver sa mélanose spéciale, qui se confond, ainsi que je le lui avais démontré, avec la coloration des produits de l'inflammation et de la subinflammation , prend le parti de la supposer, et lui assigne des caractères imaginaires qu'il ne peut justifier par aucune observation positive.
Les encéplialoïdes du poumon renîrent dans celles qu'il a décrites dans le Dictionnaire des Sciences médicales, et dont nous avons déjà parlé, l'auteur présente cette matière sous trois formes: i" enkystée; 2** en masses irrégulières non enkystées; 5" infiltrée dans le tissu de l'organe. Il leur accorde ^ comme à toutes ses prétendues productions à vie spéciale , trois périodes : i° celle de la crudité ou de formation ; 2® celle d'état , où elle ressemble à la substance cérébrale; 5° celle de ramollissement, qui produit les altérations , etc.
Après avoir minutieusement décrit les deux pre-
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mières formes où Ton voit une matière blanchâtre ou jaunâtre qui se confond avec quelques formes de la tuberculeuse, enfermée soit dans un kyste, soit dans plusieurs lamelles celluleuses(i), l'auteur passe à la troisième forme, qu'il n'a point observée dans les poumons, n'y ayant vu que des masses non circonscrites, assez difficiles à reconnaî tre. II ajoute quecette matière présente un aspect varié par son mélange en diverses proportions avec lesdifférens tissus dans lesquels el le se développe. Ainsi rien de vraiment spécial sur cette matière cérébriforme, quipeut,comme la tuberculeuse , étouffer le poumon sous Ténormité de ses masses, soit enkystées, soit à cellules, soit simplement déposées dans le tissu du parenchyme. Mais si l'on songe que, de plus, cette matière offre, de l'aveu de l'auteur, de V analogie avec l* albumine y en ce qu'elle se coagule ainsi par la chaleur, on pourra, je crois, fort bien lui appliquer tout ce qui a été dit de la matière tuberculeuse; de légères différences dans la consistance et dans la couleur, différences que l'auteur indique généralement, ou suppose plutôt qu'il ne les établit, ne devront pas nous arrêter; d'autant qu'on en observe de pareilles dans la matière tuberculeuse.
Nous soumettrons donc la sécrétion de la matière cérébriforme aux mêmes lois que celle de la tuberculeuse. Mais, pour nous mieux convaincre, interrogeons Laennec sur les effels des encéphaloïdes. Il serait difficile d'en parler d'une manière plus vague et plus contradictoire. La matière qui les constitue ne cause ni fièvre ni maigreur, et cependant elle occasione l'une et l'autre ; elle est délétère et elle ne l'est pas; elle détermine des colliquations et elle
(0 Ouvr. cité, t. 11^ p. 55 et guly.
i58 MÉDECINE DE LA FRANGE.
n'en détermine pas, etc., et tout cela, parce que notre systématique veut, à quelque prix que ce soit, mettre tous les symptômes et tous les accidens des malades chez qui la nécroscopie lui a montré de la matière encéphaloïde, sur le compte de cette matière qu'il a découverte, afin de lui donner plus d'importance. Pardonnons-lui toutefois; il n'avait pas, pour expliquer tant de symptômes, la connaissance des lois de l'irritation.
Tellt est , en général , la méthode de notre auteur ; et le défaut de cette connaissance peut seule nous l'expliquer : il crée un certain nombre de matières morbifiques qu'il fait venir on ne sait d'où ; qu'il dépose dans les organes on ne sait comment; qu'il fait vivre d'une vie spéciale , et mourir on ne sait pourquoi ; qu'il ne saurait jamais démontrer sur le vivant, et auxquelles cependant il n'hésite pas à attribuer tous les maux de ses malades, lorsqu'il les a découvertes dans leurs cadavres.
Le chapitre vu* du tome II est consacré aux affections des vaisseaux et des nerfs des jwumons. Sur les vaisseaux, on ne trouve rien qui mérite d'être noté : quant aux affections des n^r/s, j'ose avancer que l'auteur ne les connaissait pas; il ignorait comment l'irritation se propage des points phlegmasiés, âes viscères dans les centres nerveux et dans les nerfs de l'appareil locomoteur et de la peau qui se trouvent îe plus à proximité. Il devait confondre les irradiations douloureuses qui s'échappent du cœur et de l'estomac avec celles qui partent des poumons ; ou plutôt il n'a l'idée ni des unes ni des autres. Au surplus, c'est un sujet encore neuf pour les médecins qui n'ont point été élevé» à l'école physiologique de France. Je ne puis mentionner cette seconde partie du chapitre que pour dire qu'elle est mauvaise,
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et qu'elle suggère un traitement presque toujours nuisible dans les douleurs qui peuvent être rapportées à la portion du torse qui correspond aux poumons.
Après les affections des nerfs du poumon, viennent les affections nerveuses de cet organe ; cette ressemblance , dans les dénominations , fait soupçonner quelque vice dans la théorie : mais ne préjugeons rien. Nous trouvons d'abord les dyspnées nerveuses. Se livrant à quelques considérations générales, l'auteur rappelle que Corvisart a beaucoup réduit les asthmes prétendus nerveux des anciens, en rayant du catalogue de ces affections les altérations organiques du cœur, et quelques unes de celles des poumons. Laennecmet l'asthme en second ordre, parce qu'il a rapporté plusieurs dyspnéesasthmatiques auit catarrhes secs, latens ou manifestes, à l'emphysème et à l'œdème des poumons. Ici je vois confusion : une irritation bronchique qui donne peu ou beaucoup de sécrétion peut bien être une cause d'asthme; mais l'emphysème et l'œdème ne peuvent pas être placés sur la même ligne que cette irritation, parce qu'ils ne sont eux-mêmes que des effets d'une autre affection. C'est à une cause organique que Laennec attribue l'anhélation des apoplectiques, des épileptiques, des hystériques et des personnes sujettes à tomber en syncope; car, dans ces cas, il y a toiijours des troubles dans la circulation, dans la respiration, et des congestions pulmonaires. Mais aussitôt que ces contestions manquent (et toutes les compressions et dépressions de l'organe peuvent les produire), la dyspnée mérite, selon lui, le nom de nerveuse.
Nous admettons volontiers ce principe, n'eu ayant pas un meilleur: c'est celui de l'époque; et pour un fauteur des anciennes doctrines, tel que
a6o ^ MÉDi'CÎNE DE LA ÏRANCF.
Test notre auteur, c'est avoir fait un grand pas que de sy être soumis. Nous prenons donc acte de cette soumission, et nous allons vérifier si toutes les dyspnées, qu'il qualifie de nerveuses , sont indépendantes des congestions.
La première qui paraît est la dyspnée des personnes délicates^ qui se développe par l'effet des moindres affections morales... Ceci est vague ; ces personnes délicates peuvent avoir une hypertrophie du cœur, etc. ; dans ce cas, il y aurait congestion dans le poumon. Viennent ensuite :
La dyspnée des personnes obèses ^ attribuée par l'auteur à la dépense de l'action nerveuse... Ceci est fiiux: elle dépend de l'obstacle au cours du sang, qui détermine la congestion pulmonaire.
La dyspnée par paralysie du diaphragme.,, elle est facile à concevoir, mais difficile à prouver. Les muscles respirateurs ne se paralysent que dans les altérations profondes du prolongement rachidien, et la mort ne tarde guère... Mais bien des médecins peuvent prendre pour des paralysies de ces muscles leur diminution d'action produite parle voisinage d un foyer de phlegmasie. C'est ainsi que la pleurite, la péricardite, la gastrite et la péritonite peuvent suspendre la contraction du diaphragme. Mais il y a loin de là à la véritable paralysie.
Les dyspnées par compression de la moelle cervicale, par rhumatisme des muscles respirateurs , sont réellement nerveuses, aussi bien que celles qui sont produites par les douleurs de l* estomac et des intestins; mais la première est une débilité ou une paralysie consécutive, pendant que les deux autres sont des irritations primitives des muscles respirateurs.
Reste une dyspnée particulière observée chez certaines personnes, et qui n'a lieu que lorsqu'elles ont
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les yeux fermés. Ne Payant point rencontrée, je ne saurais en parler.
Finalement, l'auteur s*arréle aux dyspnées graves et durables auxquelles on ne peut assigner pour cause une altération èoidenle dans les organes... Cette définition ne satisfait pas; car ce qui n'est pas évident pour le commun des praticiens peut l'être pour les bons observateurs de la vie, et tous peuvent découvrir une cause or^ganique qu'ils n'avaient pas d'abord aperçue; il faut qu'il soit prouvé qu'il n'y a ni congestion ni compression dans le thorax, ni affection du cœur, pour qu'une dyspnée soit déclarée purement nerveuse comme l'entend notre auteur; c'est-à-dire dépendante d'une constriction spasmodique des fibres contractiles, soit fibrineuses, soit gélatineuses des bronches.
Quoi qu'il en soit, Laennec regarde comme telles , 1" V asthme avec respiration puérile ; 2° Vast/ime spas* modique des praticiens.,. Mais ceci est trop vague; c'est toujours le langage des botanistes... Encore une fois, il n'est pas applicable à la médecine. Prenez un homme affecté d'une dyspnée intermittente, à périodes régulières ou irrégulières, et prouvez-moi, par l'analyse de ses fonctions, c'est-à-dire par l'examen scrupuleux de ses appareils fonctionnans, qu'il n'y a dans leurs tissus ni foyers de phlegmasies et de subinflammalion , ni congestion ou extravasation permanente, ni atrophie, ni hypertrophie, soit innées, soit acquises, qui produisent les attacjues d'asthmes. Si vous ne pouvez le démontrer , restez dans le doute et laissez faire des progrès à l'art du diagnostic. On a toujours la manie de vouloir faire les maladies comme les législateurs font les lois : tant de symptômes contre, tant pour; ceux-ci l'emportent en nombre; donc la maladie existe. Cette
26a MÉDECINE DE LA FRANCE.
méthode devient absurde dès qu'on l'applique à de prétendus êtres dont l'existence est souvent problématique. Il faut, en pathologie, constater ce qui frappe les sens , et remettre son jugement à une autre époque pourtout le reste. Quant au traitement, on le dirige d'après l'analogie et la manière dont agissent les modificateurs.
Lorsqu'il n'aspire point à la création des entités morbides , Laennec est bon à lire. J'aime à trouver dans le passage sur la respiration puérile, que le besoin de respirer peut être mesuré p^ar l'intensité du bruit respiratoire , et que les enfans eux-mêmes ne sont pas une exception à cette règle; car, malgré leur penchant à courir, ils ne courent réellement bien que lorsque ce bruit diminue, c'est-à-dire, selon nous, lorsque Tobësité et l'hypertrophie cardiaque de la première enfance ont disparu. Ce bruit annonce, continue notre aiîteur,que l'étendue du poumon ne suffit pas au besoin de respirer. (T. II, p. 74 et 75,etc. j Très bien; mais pourquoi n'y suffit-elle pas? J'affirme, moi, d'après mon expérience, que c'est, le plus souvent, parce que le sang fibri-, «eux ou séreux passe difficilement par les vaisseaux du poumon, et comprime et réduit les vésicules aériennes. Reste à bien déterminer la cause de cette stagnation ; mais c'est à cela même que notre anatomo-pathologiste est le moins habile. Il observe fort bien cette dyspnée puérile dans ses catarrhes muqueux ou secs; il remarque avec justesse qu'un peu de mucosité dans les bronc^iies suffit, chez certains sujets, pour la produire et même pour leur donner une sensation d'étouffement ; que-chez d'autres les m^êmes effets sont produits par la marche, et disparaissent dès qu'ils sont assis ; mais de ces faits il tire une mauvaise conclusion: c'est que ,
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quand toutes les cellules se dilatent bien , il faut chercher la cause de la dyspnée ailleurs que dans les poumons. Elle est donc, à son estime, dans l'innervation, et voilà le motif qui le porte à ranger Vasthme, avec respiration puérile, dans les névroses.
C'est là, tout juste, qu'est Terreur: le bruit puéril démontre que l'air entre avec effort dans les vésicules ; mais pourquoi ? c'est parce qu'elles sont comprimées, nous avons vu comment, et que, pour cette raison , l'étendue de l'espace respiratoire ne suffit plus au besoin de la respiration. C'est Laennec qui l'a dit; il n'a fait que méconnaître la cause qui rétrécit cet espace, en la plaçant dans l'innervation, au lieu de la voir où elle est, c'est-à-dire dans une pression toute mécanique des vésicules par le sang.
Si quelqu'un s'étonnait que nous admissions cette pression pour les cas où un demi scrupule de mucosité dans les bronches, un léger mouvement mus?, culaire, une attitude incommode suffisent pour déterminer l'étouffement , nous lui dirions que celui qui n'a tout juste que ce qu'il lui faut d'air pour respirer, ne peut en être privé sans des angoisses qui sont d'autant plus vives qu'il est plus nerveu^. Qu'on suive ces individus dans le cours de leur vie, on les verra finir avec des congestions permanentes des poumons, soit par la maladie de cet organe , soit par celle du cœur; et l'on pourra vérifier qu'rU ont définitivement en relief, et qu'ils n'avaient jadis qu'en légère esquisse.
La seconde dyspnée nerveuse de notre auteur, ou X asthme spasmodique , est caractérisé par la définition qu'en donnent Sauvages et Cullen ; car, auparavant, toute dyspnée portait le nom d'asi/imc. Mais, depuis ces auteurs, on désigne seulement par ce mot , « toute dyspnée revenant par attaques , dans l'ira-
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atervalle desquelles la respiration est quelquefois > tout-à-fait libre. Chaque attaque est à redouble- »mens quotidiens, débutant le soir ou la nuit, et )» diminuant le matin à l'aide d'une expectoration « plus ou moins forte. » (Ouvrage cité, t. 1", p. 79.) On sait que la plupart des praticiens tendent aujourd'hui à reconnaître à cet asthme luie cause organique dans les bronches, le poumon, la plèvre ou le coeur, et l'auteur avoue que souvent la périodicité dyspnoïque en dépend; mais puisque les poumons ont des fibres contractiles, rien n'empêche, suivant lui, que l'asthme ne puisse dépendre de la constriction spasmodique de ces mêmes fibres. Il les suppose aussi douées d'une force d'expansion ; et si cette force est vaincue par celle de contraction, le spasme existe, et l'attaque de l'asthme est constituée. Je ne rapporterai pas tous les raisonnemens de notre auteur pour prouver que l'inspiration est un mouvement actif d'expansion de la part des tissus pulmonaires. Tous les prétendus faits qu'il allègue sont supposés , car jamais il ne sera possible d'isoler l'expansion du poumon de la pénétration de l'air ou d'un fluide quelconque dans les vésicules pulmonaires, et la force qui pousse ce fluide est assez grande pour expliquer sa pénétration. Laennec cite Prus, qui a vu une portion de poumon herniée se dilater dans le moment de l'inspiration : mais Prus a-t-il donc prouvé que l'air du parenchyme ne pénétrait pas dans la portion herniée ? Hélas ! non : Prus était un sophiste de profession qui n'était pas difficile sur les preuves : c'est sans doute par affinité d'organisalion intellectuelle que Laennec l'a choisi pour son autorité. .. En général, cet auteur accueillait sans scrupule les assertions les moins prouvées, pourvu qu'elles vinssent d'un ennemi de la méthode physiologique.
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Sans doute il est souvent possible d'admettre une constriction spasmodique des bronches, et de l'imaginer jusque dans les vésicules où elle s'opposerait à Tintroduction de l'air. Il est des cas où le contact de ce fluide sur la surface interne des bronches est douloureux , et produit à l'instant même une sensation de constriction et la dyspnée; ces cas sont ceux desbronchires, de la coqueluche, etc., où la muqueuse est très irritable; mais il y a toujours, en même temps, une congestion de sang dans les poumons ; il en est d'autres où certaines vapeurs acres, ou des odeurs même suaves, produisent le inême effet; mais cela paraît souvent associé à un état habituel de congestion de sangdansîe poumon. On voit quelques personnes que les affections morales, l'obscurité, ou une trop vive lumière, l'approche d'une autre personne qui se place devant leur face, empêchent de respirer; mais ce sontd'ordinaire des sujets à hypertrophie ou à dilatations du cœur qui offrent ces exemples, quand ce ne sont pas des catarrheux, des pneumoniques ou des pleurétiques. Beaucoup d'individus, dans notre espèce, vivent avec une poitrine étroite et un cœur volumineux, surtout dans les grandes villes où le poumon prend rarement tout son accroissement, à moins que l'on n'ait passé l'enfance à la campagne. Eh bien! ces individus étouffent de temps en temps sans phénomène remarquable, s'ils ne sont pas nerveux, lorsque la circulation est nùse en grand mouvement, ou qu'un obstacle quelconque empêche la liberté de la respiration; mais s'ils deviennent névropathiqucs, un rien les rend dyspnoïques, d'autant plus que le cœur s'amplifie et se ramollit davantage , et ce sont eux qui fournissent ces dyspnées extraordinaires, quant à leurs causes^ dont les recueils d'observations sont lemplis. En général aussi.
lorsque lïrritabilité du cœur et celle de Festomac sont simultanément augmentées, la dyspnée est très facile ; mais, si j'en crois le rapport de mes sens, elle n'a lieu, dans ces cas, que parce que le spasme, soit du diaphragme, soit du cœur, détermine une stagnation du sang dans le parenchyme pulmonaire. Depuis long-temps je suis à la recherche de la cause prochaine de la dyspnée, soit continue, soit intermittente, soit périodique, et j'ai toujours trouvé que les causes qui la produisaient, qu'on les appelle organiques, nerveuses, ou mécaniques, n'y parvenaient qu'en retardant la circulation du sang dans les vaisseaux du poumon. En avançant ce fait, je ne soutiens pas l'impossibilité d'une dyspnée sans congestion quelconque, ou , comme on dit , purement nerveuse; mais j'avoue que je n'en ai nulle idée (i). Laennec étale une foule de moyens contre l'asthme,^ mais c'est d'une manière empirique. On y voit toujours figurer la stimulation de l'estomac. Les anciens la pratiquaient, le plus souvent, dans l'intention de fondre le* humeurs visqueuses qu'ils supposaient la cause des accès d'asthme. Leur prétexte était plausible, puisqu'ils voyaient presque tous ces accès se terminer par l'expectoration , au moment où elle cessait d'être visqueuse. Mais aujourd'hui que ce prétexte n'existe plus , d'où vient que l'on adopte tous leurs moyens^ tels que les gommes-résines fétides, les savonneux, les aikalins , le kermès, la scille, les antiscorbutiques? ou qu'on leur en substitue d'autres non moins nuisibles à l'estomac, tels que les cantharides, les teintures arsenicales, le muriate de barvte , le carbonate et le sous-carbonate
(i) Les dyspnées dépendantes des afFcctions médullaires , de la lésion des nerfs pneumo {^aslriques^ des asphyxie?, etc., sont bientôt avec congestion de sang dans les poumons.
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ck fer, etc., sans daigner s'enqnérir de Teffet qu'ils j3ourront produire sur l'estomac? Cette fière affectation de ne jamais avoir pitié de l'estomac, est propremenl le caractère de la horde jésuitico-raédicale. Lorsque ensuite liaennec veut passer de l'empi-^ risme aux explications, j'avouerai qu'il n'est pas toujours intelligible pour moi. Je le comprends lorsqu'il conseille de combattre les asthmes qu^il reconnaît secondaires en attaquant la maladie dont elles dépendent. Mais lorsqu'il donne les narcotiques contre la cause nerveuse , dans le but de diminuer le besoin de respirer, je le trouve inintelligible. Est-ce donc que ce besoin tient à l'excès d'activité de l'innervation ? ne vient-il pas plutôt du défaut d'espace dans les vésicules pour respirer ?Si l'on nous avait dit que les narcotiques agissent en diminuant le spasme, soit du cœur, soit des poumons, soit des muscles, qui s'oppose â la liberté de la circulation et occasione la stagnation du sang, cela aurait pu être compris, et l'on s'expliquerait comment d'autres modificateurs pourraient amener le même résultat. Nous connaissons bien des moyens pour dé.truire le spasme ; mais nous ne saurions imaginer comment la diminution de la perception du besoin d'oxigénation peut apporter de la diminution dans ce besoin. J'ai souvent essayé de procurer du sommeil aux personnes malades du cœur, que le besoin de respirer tenait éveillées tout le long des nuits; qui se sentaient suffoquer aussitôt que le sommeil venait affaiblir les muscles inspirateurs, ou diminuer le nombre de leurs auxiliaires. Je leur donnais donc l'opium pour leur adoucir leurs angoisses, pour leur faire oublier leur dyspnée, leur donner le besoin du sommeil (c'est là l'idée de Laennec), en opposant ce besoin à celui de la respiralion. Mais la lutte des
deux besoins devenait alors si pénible, que les malades me conjuraient de les abandonner k leur insomnie.
La section quatrième de Laennec nous amène les affections de la plèvre : elles sont soumises aux mêmes doctrines que celles des autres tissus du poumon, ce qui doit abréger beaucoup notre tâche. Mais il y a quelques observations utiles à faire, et nous n'aurons garde de les omettre.
La première est relative à la division des pleurésies, qu'il s'est bien gardé d'appeler pleurites : r pleurésie aiguë, franche, légitime; 2" pleurésie hémorrhagiqne aiguë ; o" pleurésies chroniques ; 4"* rétrécissement de la poitrine, suite de pleurésie; 5° pleurésies circonscrites et partielles; 6° pleurésies latentes; ^Vpleuro-péripneumonies; 8° empième des chirurgiens.
Exposer une pareille division, c'est la critiquer. Il eut été beaucoup plus naturel et méthodique de prendre la maladie dans son état aigu et simple; de faire connaître ensuite les dégradations diverses que subissent ses caractères distinctifs, et de finir par rendre comptede ses effets sur la structure, la forme, la composition des organes qu'elle affecte.
Pour la première section , la pleurésie franche aiguë, des caractères anatomiques précèdent encore le reste de Thistoire, méthode que repousse l'ordre chronologique des faits, et qui , d'ailleurs , n'offre à l'esprit rien de précis à cause des nombreuses variétés d'altérations que peut souffrir l'organe qui vient de s'enflammer. Ces variétés possibles sont elles-mêmes soumises à une foule de conditions de diverses natures : considérations de constitution , de traitement, d'état antérieur de l'organisme, de cornplications accidentellement déterminées, d'affections
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morales, de soins liygiéniqiies, etc. Tout cela peut faire que la plèvre qui est, au premier jour, comme tous les organes récemment enflammés, injectée de sang, exhalant ou sécrétant son fluide plus abondamment qu'à l'ordinaire, tendant vers la purulence, présente plus tard différens modes d'altérations et différens produits qui n'auront aucune ressemblance avec ceux du commencement. En posant chacun de ces modes à la suite des circonstances qui les amènent, on aurait fait de la pathologie éclairée par l'anatomie pathologique; car c'eut été mettre sous les yeux du lecteur les faits comme ils se présentent dans la nature, c'est-à-dire les dérangemens des fonctions sous l'influence des modificateurs du corps , et les altérations qui en résultent dans les instrumens de ces fonctions. L'enchaînement des faits et la tendance à l'étude de leurs rapports restent comme conséquence d'un pareil ordre, et la science pathologique existe. En prenant certain nombre de formes de ces altérations pour sujet de son texte, on ne fait plus que de l'anatomie pathologique embrouillée et obscurcie par la pathologie; car l'isolement des désordres organiques conduit à l'isolement des dérangemens de fonctions et à celui des causes de ces dérangemens : d'où résulte la tendance à la dissociation des faits , et à la destruction de la science pathologique, puisque ces sciences ne peuvent exister que par le secours des rapprochemens.
Cette méthode tend donc manifestement à substituer, d'une manière furtive et insidieuse, l'anatomie pathologique à la' pathologie proprement dite, et à nuire par conséquent au développement des connaissances relatives aux maladies.
La pleurésie liémorr/iagique aiguë çsi à tort érigée
^n un genre spécial : rhémorrhagie est un accident qui peut se compliquer avec les pleurésies chroniques, avec toutes les irîflaminaiions de membranes.
Les pleurésies chronir/ues vont très bien après les aiguës; mais les rélrécisseinens de la poitrine qui en résultent viennent aussi par l'effet des pleurésies latentes , des pleurésies circonscrites ou partielles , et des pleuro'pèripneumonies ; pourquoi donc n'avoir pas placé ces rétrécissemens à la suite de ces diverses formes tie la pleurésie , et à côté de ïcnipième des chirurgiens ?
Laennec ne considère l'iiémorrhagie des pleurésies que comme un suintement de sang plijs ou moins pur, dont la fibrine sert à l'organisation des fausses membranes par son union avec l'albumine.
Je ne m'arrêterai point sur les détails qu'il donne à ce sujet. Il établit que c'est la fibrine qui sert le plus à la production de ces fiiusses membranes qui .s'organisent, et sont elles-mêmes susceptibles d'inflammation et peuvent engendrer de fausses membranes nouvelles.
Ces fausses membranes peuvent , suivant lui , se gangrener aussi bien que la plèvre. Cette gangrène n'est presque jamais générale, ni même fort étendue; elle n'est pas primitive et ne dépend point d'un excès d'inflammation aiguë ; elle est ordinairement la suite de l'ouverture dans la plèvre d'un abcès du poumon , et quelquefois ces gangrènes partielles sont la suite de pleurésies chroniques. Puis il décrit une gangrène générale des fausses membanes de la plèvre, l'attribuant à une diathèse générale... Tout cela n'est point net, satisfaisant. En résumant les faits, j arrive à croire que ces cas de gangrène, sans excès de congestion sanguine, ne sont pas sans excès d'irritation , et qu'elles se rencontrent chez les sujets
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dont la matière nerveuselocale a été dénaturée par des phlcgmasies chroniques ; car si rinflammalion, longtemps alimentée par les stimulans, repasse subitement à l'état aigu sous l'influence d'une nouveHe stimulation, on voit souvent paraître ces gangrènes après une courte exaspération, avec plus ou moins de douleur. C'est de cette manière, et parles phlcgmasies chroniques des vaisseaux et des nerfs qui les accompagnent, que s'explique la majeure partie des gangrènes qu'on ne peut attribuer à l'excès de la congestion sanguine ; d'autres dépendefit des venins et des poisons ; mais ce n'est pas le lieu d'en parler. Laennec parle aussi des épanchemens pleurétiques qui s'ouvrent dans les bronches, et parla s'évacuent. Il en attribue la découverte à Bayle; puis se corrige en disant que Bayle les a constatés; mais il ne parlé plus de la prétention qu'avaient jadis ceux de son école de réduire toutes les vomiques à des épanchemens pleurétiques avec fistules pulmomaires communiquant dans les bronches. 11 ne dit rien non plus de la réfutation que j'en ai faite en prouvant que ces cas n'étaient que des simultanéités d'une phlegmasie parenchymaleuse et d'une membraneuse, c'est-à-dire de pleurites avec un abcès du parenchyme ouvert dans la plèvre [du côté de l'épanchement , et que les liquides épanchés ne jouissent point d'une vertu perforante ou fistultfic/ue qui puisse rendre raison de leur sortie par les bronches. Laennec se contente de supposer que toujours la perforation est l'effet des tubercules du parenchyme à moitié déprimé. 11 croit dépouiller ainsi l'inflammation du parenchyme de toute participation aux perforations de la plèvre ; mais cette prétention a déjà été appréciée.
L auteur est satisfaisant dans l'exposition des si-