FIJLVRE TYPHOÏDE DE M. LOUIS
On voit que l'ouvrage de M. Louis sur la phthisie pulmonaire n'est qu'une amplialion de celui de Laennec. Je ne connais point d'autre travail important, écrit uniquement dans le même esprit ; mais l'école anatomico-palhologique ne renonce pas pour cela à ses prétentions. Ou continue à vouloir subordonner l'idée de maladie à celle à' altération de la texture des organes, et à ne voir dans les symptômes que la révélation de ces désorganisations. Il était donc tout simple que l'on appliquât cette méthode aux affections des autres cavités splanchniques. Les phlegmasies aiguës de l'abdomen , maladies si fréquentes et
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si graves , ne pouvaient manquer d'avoir leur tour et d'être travesties à peu près comme celles du thorax. Avouons même que les anatomo-pathologisles purs ne pouvaient se dispenser de tenter cette conquête. La négliger, c'eût été se résigner à la substitution des gastrites et des gastro- entérites aiguës aux fievresessentiellesdesauteurs. M. Bretonneau^deTom-s, donna l'idée à nos Parisiens d'un nouveau genre de fièvre que l'on crut pouvoir établir d'une manière solide sur les bases anatomico- pathologiques posées par Laennec , sans nuire aux essentialités fébriles des classiques. Nous allons voir comment ce plan fut exécuté.
Le traité de l'affection typhoïde, publié en 1829 par M. le docteur Louis (1), lui a été suggéré par les écrits de M. Bretonneau, de Tours, sur la dothineii- /em. Ce dernier avait cru observer danslaïouraine que les fièvres épidémiques qui s'accompagnent de stupeur, délire, mouvemens spasmodiques et tétaniques, prostration, fétichlé des excrémens, avec une langue sèche, brûlée ou encroûtée, fuligineuse, et plus ou moins de diarrhée, étaient dues à une éruption de pustules qui se formaient dans la membrane muqueuse du tube digestif, et qui avait pour siège les follicules ou glandes mucipares de Peyer et de Brunner : les premières éparses dans cette membrane, les secondes disposées en plaques elliptiques et prédominant surtout vers la fin de l'intestin iléum.
Il attribuait à ces fièvres une marche et une durée déterminées, et prétendait qu'on ne les éprou-
(i) Recherches anatoinif/ueS) pathologiques ci thérapeutiques sur la maladie coiuiue sous les noms de gastro-entérite, fièvre putride, adjnaniique, ataxique, typhoïde, etc., etc.^ comparée avec les maladies aiguës les plus ordinaires ; par P.-Ch.- A. Louis, docteur en médecine de la Faculté de Paris, etc. Paris, 1829;, 2 vol, in-8°.
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vait guère qu'une fois clans ie cours de la vie. Selon lui , il était aussi ini|)ossible d'en arrêter l'explosion et la marche. que celles de la petile-vérole. Tout ce C[ue l'on pouvait faire, c'était d'en diminuer les symptômes en maintenant ia fièvre dans' de justes bornes, c'est-à-dire, la modérant si elle était trop intense, la ranimant, au contraire, si les forces tombaient dans la langueur, et combattant les accidens.
C'est cette idée que M. le docteur Louis a exploitée, sans insérer toutefois dans son titre le nom déjà si fameux de dothinentérie ; mais il a renchéri sur M. Bretonneau , qui décrivait sa dothinentérie comme une affection épidémique et peut-être contagieuse qu'il avait observée dans une région plus ou moins étendue.
Voyons maintenant comment M. le docteur Louis a été conduit à entreprendre des recherches sur cette entité.
Nous avons dit dans nos leçons faites à la Faculté de médecine de Paris de i85i et i832, et nous avions déjà écrit dans les Amiales de la médecine physiologique y et dans nos Commentaires sur les propositions de médecine consignées dans V Examen des doctrines médicales j que notre proposition de rapport ter toutes les fièvres dites essentielles des auteurs à la gastro-entérite, avait révolté un grand nombre de médecins; l'école de Paris surtout en avait frémi de courroux sous le règne octennal du jésuitisme, et le nom de gastro-entérite élait devenu si odieux , que , pour ne rien prononcer qui pût en rappeler le souvenir, on avait pris le parti d'attribuer toutes les fièvres dites de mauvais' caractère à l'inflammation <le l'arachnoïde; en sorte que partout on entendait retentir les mots d^ fièvre cérébrale.
Aussitôt qu'on eut ouï résonner le mot de dothi-
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nentérite , on se trouva moins oppressé, la conscience se sentit un peu allégée; on entrevit la possibilité de parler, sans se compromettre, des inflammations du canal digestif , puisqu'il ne s'agissait plus de celle de la muqueuse, mais seulement de celle des follicules, qu'on avait la liberté d'en isoler. Mais lorsque l'inventeur de cette nouvelle maladie , cédant au vœu des personnes scrupuleuses ,eat consenti à substituer la terminaison en ie à celle en ite^ on respira librement , et l'on n'hésita plus à s'occuper, et même à parler de la surface interne du canal digestif. Une dothinentérie ! \oi\k quelque chose de large. Ce n'est plus cette maudite inflammation , idée mesquine, rétrécie , étroite, exclusive , et vraiment désolante par les vastes conquêtes qu'elle ne cessait de faire depuis sept ans; c'est un ravage, une sorte d'altération sui generis^ dans les follicules, en même temps que la maladie, présumée d'origine humorale, qui produit tous ces désordres, occasione aussi de la fièvre et une foule de symptômes généraux; car on aime le général, le vague, l'illimité et surtout les ténèbres dans la médecine anti-physiologique. L'éruption boutonneuse, soit confluente, soit diffuse, n'étant , bien entendu , ou plutôt sous-entendu, que l'effet d'une effervescence, d'une despumation humorale qui s'opérait dans la substance des follicules, on rentrait de plein saut dans la médecine galénique; les boutons n'étaient plus, comme inflammations, la cause de la fièvre, et l'essentialité fébrile sortait de la lutte triomphante et plus brillante que jamais. Quel bonheur! Il y avait de quoi entonner mille Te Deum, et M. Bretonneau méritait au moins l'apothéose.
Mais il fallait agrandir, élargir cette entité, pour lui faire accomplir l'oeuvre à laquelle on la destinait. Qu'est-ce , en effet, qu'une petite épidémie d'un
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petit coin de la France, observée modestement par un praticien de province, fameux, à la vérité^ dans son département ; mais enfin qui n'était pas placé sur un théâtre assez élevé pour éblouir les yeux de la multitude médicale ? 11 s'agissait de tirer de son invention un parti tel, que Tessentialité fébrile pût regagner tout le terrain qu'elle avait perdu, et que ces dangereux physiologistes se trouvassent dans l'impossibilité de le lui enlever une seconde fois.
Tel fut le plan de la cabale, et M. le docteur Louis, tête vierge de toute étude médicale , de toute observation étrangère à la clinique de Laennec et consorts ,mais laborieux à l'excès et dévoué sans réserve, fut choisi pour la confection de cette grande oeuvre. Sa leçon faite , sachant fort bien qu'il n'avait que deux ou trois noms à citer, que même celui de M. Bretonneau ne pouvait lui servir de rien , ce médecin se mit à forger.
Renfermé dans la clinique d'un médecin de l'Hôtel- Dieu, observant jour et nuit, et suivant jusque dans la salle de dissection des malades qu'il ne traitait point, il inventa et confectionna, de toutes pièces, et sans matériaux étrangers , une fièvre uniquement fondée sur les plaques de l'iléum. Ce n'était plus la dothinentérie de M. Bretonneau, Car il n'en fit point une éruption varioloïde, encore moins une épidémie intercurrente, sui generis , parcourant capricieusement certaines contrées; c'était une large et vaste maladie destinée à absorber toutes les fièvres d'un caractère adynamique et nerveux, et, sans nulle exception, toutes les gastro-entérites qu'on n'aurait point arrêtées dans leur progrès. Par ce rare artifice, il ne devait rester aux médecins physiologistes que des gastrites et des entérites sans symptômes typhoïdes, et des affections légères du canal digestif, que leurs antago-
nistes pourraient rapporter tantôt aux courbatures, tantôt aux embarras gastriques ou intestinaux ^ ou bien à des mouvemens ïéhn\es primitifs; car M. Louis a formellement autorisé la fièvre à produire à peu près tous les désordres des fonctions et toutes les inflammations partielles des organes qui en sont chargés. Cela lui a semblé plus commode que de nier ces inflammations.
C'est ainsi que les bases de la doctrine physiologique devaient être sapées.
Pour arriver à donner tant de prérogatives à son entité typhoïde, M. Louis s'impose la marche suivante. Il commence par poser en principe que les faits vieillissent, et qu'il faut refaire toutes les observations. Sur ce point, nous sommes d'accord avec lui relativement aux observations mal faites; car nous avions dit la même chose dans notre Histoire drs phlegmasies, publiée vingt ans avant son J^raité du typhus. Nous ne prétendons pas, pour cela, qu'il ait lu cet ouvrage. Cet axiome était devenu monnaie courante : il a pu le trouver dans toutes les bouches.
11 rapporte un certain nombre d'observations de gastro-entérites terminées par la nécroscopie; il les interprète à sa manière, et il en résulte, selon lui, que les plaques elliptiques, qu'il a trouvées plus ou moins tuméfiées, rouges, ulcérées, ramollies, etc. , ont eu l'initiative. Cette assertion est gratuite; car, dans beaucoup de cas, l'irritation a débuté par l'estomac, et le météorisme et la diarrhée, qui correspondent à l'affection des intestins, ne paraissent que longtemps après l'anorexie et les troubles sympathiques de l'estomac. Il peut avoir raison pour les cas où les lésions des intestins ont ouvert la scène morbide; mais ce n'est pas un motif pour que les intestins aient été souffrans lorsque rien encore n'annonçait qu'ils dussent l'être.
Mais cette difficulté n'en est pas une pour lui : il la fait disparaître en supposant qu'il n'y a que trois symptômes qui révèlent la lésion de l'estomac. Or, ces symptômes sont les nausées, les vomissemens et les douleurs à l'épigastre. Ainsi, chaque fois qu'un malade a passé une ou plusieurs semaines avec l'a^ norexie, la mauvaise bouche, la soif, des douleurs de membres, des céphalalgies, le tout augmentant par l'ingestion des alimens, ces symptômes sont attribués aux plaques , alors même qu'il n'existe aucun signe de la lésion des intestins; et lorsque, plus tard, l'estomac s'affecte plus vivement, ou que l'autopsie y découvre les traces d'une inflammation, M. Louis déclare, sans façon, que cette affection est consécutive, et produite uniquement par la fièvre, qui reste elle-même, ainsi que tous les autres symptômes, sur le compte des plaques. C'est là le premier défaut que nous avons à lui reprocher. Il prouve que cet auteur ne connaît point les signes de la gastrite, ou qu'il affecte spéculativement de les méconnaître.
En lisant avec attention les histoires de gastroentérites qui ont débuté par la diarrhée, on voit souvent que, tant que l'irritation s'est bornée, pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, à produire cette évacuation , il n'y a eu ni fièvre ni inappétence; mais qu'à l'instant où ces symptômes ont apparu, la maladie a pris une activité nouvelle, et que bientôt les symptômes nerveux venaient s'y ajouter. Dans ces cas, au lieu d'accepter les faits tels qu'ils sont, et de dire que l'inflammation n'a eu la force de produire la fièvre qu'en s'élevant vers les intestins supérieurs et attaquant l'estomac, ce qu'annoncent toujours l'inappétence, la soif, la rougeur et la sécheresse de la langue, une influence plus marquée sur le cerveau, le rachis, et sur l'appareil
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locomoteur qui devient endolori et impropre à l'exercice , M. Louis suit une autre marche. Il soutient que l'affection des plaques a seule produit tous les symptômes graves , la fièvre surtout, et que c'est cette dernière qui détermine les gastrites et les duodénites.
Ce vice n'est pas moins essentiel que le premier, puisqu'il accuse chez l'auteur un défaut complet d'aptitude pour l'observation des phénomènes de la vie, ou un calcul qu'il nous serait pénible de qualifier. Cependant, la facilité avec laquelle on prévient la propagation de l'inflammation vers la partie supérieure du tube par une application de sangsues à l'anus, dépose formellement contre son assertion, et prouve que ces diarrhées dépendent , du moins le plus souvent, du gros intestin.
Lorsque l'irritation débute par les intestins inférieurs, deux cas peuvent se présenter: ou elle commence parle colon, et alors la diarrhée est abondante dès le début, sans météorisme, puis celui-ci survient si rien n'arrête l'inflammation, et est bientôt suivi des signes de la gastrite et du mouvement fébrile; ou l'irritation existe d'abord dans l'iléum, plus ou moins près de la valvule iléo-cœcale, ce qui donne des coliques sans diarrhée, ou avec peu de diarrhée, du météorisme, des douleurs profondes, des borborygmes , des mouveniens dans le ventre, de la sensibilité à la pression, surtout dans la région iliaque droite; enfin, après plus ou moins de souffrance et de durée, la diarrhée se déclare; elle est peu abondante tant que l'inflammation n'a pas pénétré dans le gros intestin, ensuite elle le devient plus ou moins suivant l'étendue de la colite et la nature et labondance des ingesta. En même temps se prononcent tous les autres symptômes qui marquent le passage à
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l'état aigu, si l'art n'est point intervenu pour mettre un terme à l'inflammation : et ils sont d'autant plus graves que l'inflammation fait plus de progrès dans les régions supérieures du tube digestif (i).
Que fait l'auteur dans ces deux formes du début?
Dans la première, il suppose, sans fondement, que la diarrhée vient des plaques supérieures à la valvule, et ne voit dans le météorisme qu'un progrès de la même affection , au lieu d'y voir l'ascension de l'irritation du colon à Testomac.
(i) Dans nos Propositions de r Examen, nous avons rapporté la diarrhée à i'irrilation des gros intestins. Ce foit est de toulc vérité) mais peut-être a-t-il besoin encore de quelques commentau-es pour être bien compris. Il est bien avéré qu'un purgatif et une indigestion , qui en fait l'office, obligent le gros intestin à laisserpasser et à expulser les matières que lui lancent les intestins grêles. Si ce mécanisme n'est que momentané, le gros intestin n'en souffre pas; mais s'il se continue ou se répète fréquemment, celte portion du tube digestif ne tarde pas à s'irriter, et la muqueuse contracte de l'inflammation. C'est ainsi que la cœeite, la colite et la rectite se développent par l'abus des purgatifs et par les indigestions réitérées, et d'autant plus promptement que les ingcsta sont moins bien digérés , plus acres et surtout plus putrides. Or, il en arrive autant dans la gastro-entérite qui débute par la région supérieure du tube digestif. Les premières selles que produit l'inflammation des intestins grêles peuvent être sans phlegmasie du gros intestin; mais pour peu qu'elles continuent, cette phlegmasie est provoquée par une double cause : le passage des matières acres et putrides; la propagation de l'entérite venant du haut, qui ne tarde pas à franchir la valvule iléo-cœcale. Cette propagation, ainsi que celle en sens inverse ou du rectum par le colon, le cœcum et l'iléum, peut avoir lieu avant comme après le développement de l'état fébrile; mais dans l'un comme dans l'autre cas , la fièvre ne devient intense et n'agit sur les centres nerveux de manière > duire l'ataxie et l'adynamie, que lorsque la muqueuse est enflammée dans une assez grande étendue ou dans plusieurs points simultanément. Tous ces changemens peuvent être constatés et suivis, pour ainsi dire, à la piste, par un habile observateur de l'état vivant.
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Dans la seconde, il diagnostique d'abord Juste; car il est de son intérêt de voir le fait tel qu'il est. Mais dans les deux il fausse également les mêmes faits en supposant que l'affection de l'estomac et celle du duodénum ne dépendent point de la progression de l'irritation inflammatoire du bas vers le haut, mais seulement de la fièvre.
Il répèle bien en plusieurs endroits que l'altération (et non l'inflammation, cela serait trop positif) s'avance de la fin de l'iléum vers le duodénum; mais il ne lui permet pas plus de passer du colon dans l'iléum que de parvenir jusqu'à l'estomac, comme il ne souffre pas que celle de ce viscère puisse, étant primitive, cheminer à travers le duodénum et le jéjunum, pour venir produire les plaques de l'intestin iléum. A plus forte raison lui défend-il de naître dans le duodénum, et de se propager ensuite vers le haut et vers le bas ])our produire sa typhoïde.
En un mot, il faut toujours que ses plaques aient l'honneur de l'initiative toutes les fois que les dérangemens des fonctions digestives, au lieu de se dissiper, se terminent par une fièvre grave accompagnée de symptômes ihypoïdes.
Ainsi , si d'aventure il arrivait à quelque confrère de guérir une irritation apyrétique du tube digestif , soit avec, soit sans diarrhée, que M. Louis aurait considérée comme un prodrome du typhus , il aimerait mieux déclarer qu'il s'est trompé, et que le malade n'avait qu'une courbature^ un embarras gastrique, ou intestinal fce sont là ses subterfuges), que d'avouer que ce confrère aurait fait avorter une inflammation capable de dégénérer en typhus.
D'où il résulte, en définitive, et d'une manière aussiclaireque le jour, que les prodromes du typhus ne peuvent jamais être reconnus que lorsque le typhus
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s'est déclaré , et a parcouru toutes ses périodes. Voyons maintenant comment l'auteur envisage les autres lésions fonctionnelles qui complètent le groupe de son entité typhoïde, telles sont la dysphagie , la rougeur et la sécheresse du larynx, de l'arrière-bouche, du pharynx, la rougeur, la sécheresse et l'altération du mucus lingual et oculaire; la céphalalgie, le délire, la dysurie et les phlegmasies des voies urinaires et génitales, les taches, les pustules^ les vésicules mihaires de la peau [sudamina), la prostration, les spasmes trémulens, les crampes, le délire, la somnolence , etc.
Il partage ces symptômes en deux séries : les uns sont essentiels à l'entité, et les autres sont secondaires ou accidentels ; mais aucun n'est le produit de l'inflammation des plaques, car il ne lui est pas prouvé que les lésions des plaques ne soient que des inflammations essentielles; elles dépendent de l'entité typhus; elles sont symptomatiques, et l'un des effets de cette fièvre, dont elles ont le privilège exclusif de constituer le caractère anatomique, au préjudice de toutes les autres lésions. Ainsi elles produisent la fièvre et sont produites par elle.
Parlons d'abord des symptômes essentiels : pour ceux-là, nul embarras; c'est la fièvre, disons-nous, qui les produit. Mais quoi! la fièvre? veut-il dire l'accélération pure et simple du cours du sang ? non certes ; on pourrait lui dire que cette accélération n'occasione pas nécessairement ces lésions : ce n'est pas non plus cela qu'il entend ; il veut parler d'un être fièvre qui se compose dçs frissons , de la chaleur et des dijférens états du pouls. Ce n'est donc pas seulement la fièvre du typhus, c'est aussi toute autre fièvre, puisque l'on voit les mêmes lésions dans la péripneumonie, dans la variolC; dans la rougeole, dans la
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scarlatine, dans le rhumatisme , dans l'érysipèle , etc., qui ont aussi de la fièvre.
Maintenant jetons un coup d'oeil sur les principales de ces lésions : nous verrons que la rougeur et la chaleur, avec les couennes muqueuses, et même les ulcérations et les indurations ou ramollissemens qui les accompagnent , sont des inflammations dans la bouche, l'arrière- bouche , le larynx, le pharynx, comme dans l'estomac et dans les bronches , parce que ce sont des produits de la fièvre ; tandis qu'il n'est pas certain que la lésion principale, l'altération des plaques , soit toujours de l'inflammation , puisque c'est seulement le caractère anatomique du typhus. Toutefois des ramollissemens et des couennes, qui seraient sans injection sanguine, pourraient bien n'être inflammatoires dans aucun de ces régimes ; et, dans ce cas, ces altérations seraient aussi des produits non inflammatoires de l'être fièvre typhoïde.
Si cela est trop subtil pour quelques lecteurs, nous avouerons notre impuissance pour les tirer de leur embarras , car nous le partageons. Nous ne comprenons pas plus qu'eux comment les altérations des plaques de l'intestin , qui ne seraient pas des inflammations, pourraient être le caractère anatomique d'une fièvre qui produirait ailleurs des inflammations, ni comment, étant des inflammations, dans d'autres cas, elles engendreraient des lésions qui tantôt seraient inflammatoires, et tantôt ne le sei'aient pas, ou qui le seraient dans les bronches sans l'être dans le pharynx , dans l'estomac, dans le larynx, ou a}lce versa. Il faut être doctrinaire, essentialiste, absolutiste, spiritualiste, ontologiste , pour comprendre tout cela ; et nous n'avons pas cet avantage !
La langue mérite de fixer un moment uotreattention : dans son Traité de la Phthisie , M. Louis nous assura
qu'elle n'indiquait point l'état de l'estomac. Il revient ici sur cette question, et nous apprenons de lui que cette rougeur est une lésion secondaire , commune à beaucoup de maladies, c'est-à-dire à toutes celles qui peuvent produire de la fièvre; car c'est uniquement la fièvre, c'est-à-dire l'être composé de Jrlsson , de chaleur et des différens états du pouls qui la rougit.
Nous avons dit avant lui , et répété dans nos écrits et dans nos leçons théoriques et pratiques , que la rougeur, la chaleur et la contraction de la langue sont ou des phlegmasies primitives, ou des irritations secondaires, tenant de la nature de l'inflammation, ou même de petites inflammations semi- externes, qui rendaient témoignage de l'existence d'une inflammation située plus profondément, soit dans le pharynx, le larynx ou la trachée, soit dans l'appareil de la digestion, et surtout dans la membrane muqueuse de l'estomac. Nous avons ajouté que ces phlogoses , qui manquent rarement dans le début des gastrites et des entérites, peuvent se dissiper et se dissipent souvent, au bout d'un certain temps, dans l'état aigu, avant que l'inflammation qui les a produites soit apaisée , lorsque Ton fait usage des antiphlogistiques. Mais nous n'avions pas imaginé qu'on pousserait la chose jusqu'à les dire absolument indépendantes des inflammations de l'estomac. C'est une erreur si grossière, qu'il suffit de la signaler pour la réfuter.
On peut en dire autant, et nous Pavons dit aussi, du pharynx , des rougeurs et des vices de sécrétion de la conjonctive, des grandes lèvres et de l'ouverture du vagin chez la femme. Toutes ces irritations peuvent être primitives ou secondaires et manquer chez certains sujets ; mais cela est fort rare dans le début des gastrites et des entérites...
S'il arrive quelquefois que ces rougeurs, quoique 4. 27
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primitivement sympathiques, deviennent, jusqu'à un certain point, idiopathiques , et persistent après la cessation de la plilegmasie profonde qui lésa produites, elles ont cela de commun avec toutes les irritations secondaires, et il suffit d'en prévenir les observateurs.
Mais il y a loin de là à la prétention de M. Louis , qui veut en faire des phénomènes sans aucune valeur dans la séméïolique même des gastrites ; car il est de notoriété pour tous les véritables observateurs , que la rougeur, la chaleur, la forme lancéolée, qui est une contraction spasmodique , et la sécheresse de la langue , aussi bien que la rougeur du voile du palais et du pharynx, sont des signes infiniment précieux pour le praticien qui traite une gastrite, puisque toutes les fois que ces lésions persistent sans être primitives ^ elles lui indiquent avec certitude les différens effets des médicamens et du régime, et cela dans une foule de cas où il n'existe aucune espèce de mouvement fébrile. Elles ne sont donc pas , comme le veut le docteur Louis, des lésions dépendantes de l'entité fièvre , et tout-à-fait inutiles au praticien pour apprécier l'irritation qui règne dans l'intérieur des voies gastriques. Nous avons rencontré dans le monde quelques élèves de Laennec imbus de ce pernicieux principe , qui, ne faisaient aucun cas de la rougeur de la langue , et qui entretenaient depuis plusieurs semaines des gastrites , que quelques sangsues à l'épigastre et quelques jours de régime antiphlogistique dissipèrent sans beaucoup de résistance.
Au surplus , il est pour nous très évident que M. Louis n'a soutenu cette proposition que pour se mettre en opposition avec nous , et flatter les personnages influens de son parti ; nous pensons même que tel est le but constant et fondamental de l'ouvrage qui nous occupe maintenant.
Parmi les lésions secondaires se trouve la péri-pneumonie; mais gardez-vous de croire que l'auteur y voie une complication déterminée par le froid. C'est un phénomène accessoire, non essentiel, puisqu'il ne se rencontre pas dans tous les cas. Il n'est nullement question de comparer les typhus d'hiver avec ceux d'été. Que diront les médecins des armées qui ont comparé les typhus du nord avec ceux du midi , et qui ont constaté que les phlegmasies pulmonaires rendent les premiers plus meurtriers que les seconds!... Mais connaissent-ils M. Louis , devenu tout-à-coup législateur du typhus après une soixantaine de cas recueillis dans un hôpital de Paris, sur des malades qu'il n'a point traités ?
On se figurera peut-être que notre auteur aura trouvé un certain nombre de symptômes caractéristiques de son entité typhoïde : grande serait l'erreur; il n'en possède pas, comme bientôt nous le verrons. M. Louis n'est sûr de rien , si ce n'est que les plaques de l'iléum expliquent seules le groupe des symptômes du typhus... mais expliquent... comment?... ce n'est pas physiologiquement, c'est-à-dire par l'influence vitale des plaques malades sur les différens organes ; une telle assertion serait trop forte ; elle me ferait encourir la haute censure... Elles expliquent donc les symptômes d'une manière... comment dirai-je? intellectuelle ou matérielle? En vérité, je ne sais; car le pyrrhonisme me gagne aussi. Voici pourtant ce que j'ai compris :
Les symptômes, parleur existence, attestent celle des plaques pendant la vie; et les plaques, après la mort, prouvent par leur présence que la maladie était un typhus. Quant aux modes d'influences réciproques des plaques sur les symptômes ou des symptômes sur les plaques , en cas que cela fût possible , je ne m'en
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charge pas, M. Louis m'ayant laissé dans l'ignorance sur les deux points Ainsi, pas d'explication, des simultanéités d'existence entre les symptômes et les plaques, entre les plaques et les symptômes, voilà tout ce que j'ai pu distinguer.
Mais voici bien une autre difficulté : notre auteur ayant entrepris de poser le diagnostic de sa maladie (tome II, page 3i4)? et en ayant étalé les principaux symptômes, s'aperçoit tout-à-coup qu'aucun d'eux n'est absolument* indispensable à son existence, et qu'il faut avoir recours à Tordre de leur succession. Il prend donc ceux des typhysés qu'il a vus mourir, au moment où leur santé a commencé de s'altérer, et les conduit jusque sur la table de dissection. Yoilà , j'espère, la tragédie du typhus bien complète.
Mais pourtant quelques typhus ont guéri , et l'auteur en a pu rapporter jusqu'à cinq observations sur cinquante-huit. Il a donc trouvé moyen de diagnostiquer le typhus sans nécroscopie. Eh bien ! où croiriezvous qu'il a trouvé la preuve de l'existence des plaques morbides de l'iléumPDans la stupeur, la somnolence, le délire , les taches elliptiques et rosées de la peau , et les sudamina ou éruptions miliaires.
Ainsi , tous les phénomènes qui révèlent Tirritation du tube digestif , comme la soif, les nausées , les vomissemens,les douleurs de i'épigastre, et, ce qui devrait être plus précieux pour lui, le météorisme, les douleurs de ventre et la diarrhée , ne sont rien pour lui. Et pourquoi donc ? direz-vous. C'est que tout cela peut exister par le seul effet de l'entérite.
Je vous vois satisfait, cher lecteur. Yoilà au moins, dites- vous, quelque chose de positif : somnolence ou j délire, pétéchies, sudamina ; ainsi le cerveau et la % peau vont désormais me fournir la garantie dont j'avais besoin.
ANÂT. PÀTHOL. — TYPHOÏDE DU DOCT. LOtJlSr 4^ ^
Craignez cej3endant de vous être réjoui trop tôt. Apprenez de M. Louis lui-même qu'il existe des affections typhoïdes simulées (t. Il, p. ^^\o).
Vous trouverez dans ce chapitre intéressant un exemple d'érysipèle avec des symptômes ataxiques, où il n'y avait ni météorisme, ni diarrhée , ni plaques dans Filéum ; mais des traces évidentes d'une phlegni^sie sous - arachnoïdienne, avec épanchement dans les ventricules latéraux; puis un second érysipèle avec des signes évidens de gastro-entérite et de météorisme; mais comme le sujet n'avait pas de plaques, attendu qu'il était plus jeune , le météorisme n'a plus la même valeur. Il ne signifie plus typhus , mais seulement entérite. Entendez-vous? D'ailleurs il faut des taches roses lenticulaires (qui ne sont pas de rigueur, selon lui), et des épistaxis (qui manquent dans plus de la moitié des cas) pour attester l'existence des plaques typhiques. — Vous êtes étonné : gardez votre surprise, toutefois, pour une meilleure occasion. La voici : l'observation de la p. 4^6 du tome II vous offrira tous les symptômes du typhus très bien conditionnés, sur un jeune homme de quatorze ans, sans altération des intestins grêles ^ mais avec traces d'irritation gastro-encéphalique et ramollissement considérable dans la muqueuse du colon. Vous allez croire que l'auteur, poussé à bout , va vous avouer que les inflammations de l'encéphale et de ses membranes suffisent bien pour produire les phénomènes encéphaliques , et que l'influence de la gastrite peut y contribuer. Vous ne connaissez guère M. Louis : il répondra que le sujet était peut-être trop jeune pour avoir des plaques , et qu'il interrogera les médecins des enfans pour s'en assurer. Il ajoutera qu'au surplus, si l'on ne trouvait pas les traces d'une péripneumonie sur un sujet qui en aurait offert tous les symptômes^ il faudr^^it dire qu'il avait uiiQ
-péripneumonie simulée. Demandez-nous encore , messieurs les doctrinaires anti-matérialistes de la médecine, ce que nous entendons par des entités morbides factices^ et par l'ontologie médicale?
En somme , tous les symptômes formant le groupe du typhus peuvent manquer, si on les examine l'un après l'autre pour s'assurer de ceux qui sont essentiels. D'autre part , toutes les altérations organiques que l'on a coutume de trouver à la suite de ces maladies peuvent également être en défaut, hormis les plaques.
Du moins, me direz-vous , je trouverai du certain dans l'anatomie pathologique?... De grâce, ne précipitez point votre jugement, et apprenez deux choses importantes. La première , c'est que les plaques peuvent être affectées dans la plupart des autres maladies aiguës , comme elles le sont dans le typhus. Il faut pourtant en excepter l'entérite ; car si elle en offrait après la mort , on lui ferait perdre son nom , pour lui imposer celui de typhus insidieux ou latent. La péripneumonie est celle des maladies aiguës qui en a offert le plus souvent ; c'est M. Louis lui-même qui se donne beaucoup de mal pour nous le prouver. On en aura la preuve en parcourant les observations de son premier volume. Mais il n'a pas voulu pousser la subtihté jusques à supposer un typhus caché sous le masque de cette phlegmasie. Il a mieux aimé dire que puisqu'elle n'en a pas toujours , les plaques ne font pas partie de ses caractères anatomiques. Ainsi c'est par la majorité qu'il se décide,
La seconde chose importante qu'il faut noter, c'est que les plaques peuvent exister sans qu'il y ait ni fièvre , ni affections cutanées ou gastriques, ni aucun des phénomènes dits nerveux. Croyez-vous que pour cela l'entité typhus va succomber? Rassurez- vous; ces cas seront, non plus des typhus simulés, mais des ty^
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phus dissimulés owlatens, ISous dirions, nous, grossiers physiologistes, qu'il n'y a rien d'étonnant qu'on rencontre les follicules soit disséminés, soit agminés, gonflés, saillans , rouges, endurcis, ramollis, ou ulcérés chez des malades qui ont éprouvé pendant des semaines ou des mois des douleurs de ventre, du météorisme, du dévoiement, etc. Nous ajouterions que le peu ou le défaut de fièvre chez ces sujets n'a rien qui doive surprendre, puisque l'inflammation était peu active , bornée à une étendue peu considérable dans le canal, peu ou point partagé par l'estomac et nullement par l'appareil de la respiration : nous verrions là des entérocolites , soit chroniques , soit subaigués , et nous ne serions point surpris qu'il n'existât aucun phénomène attestant la lésion de l'encéphale, sachant de reste que le trouble sympathique de cet appareil est constamment en raison de l'étendue des inflammations viscérales , et que dans celles des voies digestives ce trouble correspond surtout à l'affection de la région supérieure, qui n'est que peu ou point lésée dans les cas pris pour exemples. Enfin , si l'on nous apprenait que de pareils malades ont succombé tout-à-coup par une péritonite, effet d'une perforation de l'iléum ^ cela nous paraîtrait tout simple ; car nous savons que des muqueuses enflammées peuvent s'ulcérer et se percer aussi bien que s'endurcir, se ramollir^ ou se réduire en bouillie. Cette catastrophe nous surprendrait d'autant moins que l'art aurait moins fait pour arrêter les progrès des entérites en question. Mais ce n'est pas ainsi qu'opère le génie subtil de M. Louis. Il voit pendant la vie , dans le groupe de symptômes que nous venons de représenter, ou un embarras intestinal (cette entité lui est chèrej , ou une entérite , si la chaleur, la douleur et le mouvement fébrile lui permettent de prononcer le mot inflammation. Il traite en conséquence , ou il traiteTait (car les
terminaisons de ce genre qu'il rapporte ne sont pas de son fait) par les purgatifs , sans refuser des alimens si la fièvre manquait; par les saignées générales , s'il y avait fièvre et inappétence, car les sangsues ne sont jamais bonnes à rien ; et , si le malade succombait, il se déciderait enfin sur le caractère de la maladie. Les plaques manqueraient-elles , c'était une entérite ; les plaques existeraient-elles, c'était un typhus latent dont la malice a joué le pauvre praticien en simulant ou l'embarras intestinal , ou l'entérite ; mais jamais vous ne l'entendriez dire entéro-colite , quoique le gros intestin eût souffert avec l'intestin grêle ou entéro-gastrite, si l'estomac s'était affecté. Ces expressions ne sont point dans son vocabulaire, elles sentent trop fort le physiologisme.
Voilà quels sont les typhus sous forme latente de M. Louis, dont vous trouverez l'histoire avec les observations à l'appui, page 332, IP vol. Veuillez le lire , et comparer les observations avec celles qu'il donne de l'entérite, et vous jugerez si nous en avons rendu un compte fidèle.
Jusqu'ici nous n'avons donc pu parvenir à caractériser le typhus de M. le docteur Louis. Tous les médecins cependant connaissent cette maladie : il n'en est point qui ne sache que, lorsque dans une fièvre continue qui n'est due ni à l'inflammation de l'un des tissus du poumon, ni à celle du cœur, ni à celle de l'encéphale et de la moelle rachidienne, ni à celle du foie, des reins, de l'utérus, de la vessie, ni à celle du péritoine, ni enfin à une inflammation de l'ouverture des muqueuses et de l'extérieur du corps, on voit paraître un certain groupe de symptômes, le typhus est suffisamment caractérisé I Ce groupe est composé de ce qui suit : langue brune, de rouge qu'elle était ; gouvent enduite, ainsi que les lèvres et les dents, d'une pouennq brunâtre ou noire; fétidité des excrétions,
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couleur brunâtre de la peau , avec ou sans pétéchies et éruption miliaire ; prostration des forces musculaires; somnolence ou délire à voix basse, quelquefois avec loquacité bruyante et agitation; soubresauts convulsifs ou contractions tétaniques des muscles, et surtout des bras et des avant-bras , mémo de la face. H leur importe peu, relativement au caractère générique, qu'il y ait diarrhée ou constipation , météorisme ou affaissement de l'abdomen , soif avec possibilité de boire, ou vomissement; parce qu'ils savent que la présence ou l'absence de chacun de ces symptômes en particulier n'empêchent pas que la maladie ne soit un typhus. Mais ils savent que si les phénomènes dits ners^eux sont seuls ou très prédominans sur les autres, la maladie est plutôt une encéphalite qu'un typhus. Voilà donc ce qu'il leur faut pour caractériser cette maladie, et ils n'ont nul besoin que l'autopsie vienne leur en donner la confirmation.
Nous avons prouvé, nous, que les symptômes du typhus étaient ceux d'une gastro-entérite aiguë , non arrêtée dans sa marche, et parvenue à un haut degré d'intensité ! Nous avons démontré que les symptômes nerveux (prostration, somnolence, délire et mouvemens convulsifs) sont l'effet, non de l'accélération du cours du sang, mais d'une irritation consécutive de l'appareil cérébro-rachidien , qui tend à s'enflammer, et qui s'enflamme quelquefois; ce qui explique pourquoi les symptômes de la cérébro-méningite ressem* blent à quelques uns de ceux du typhus.
Tout cela ne suffit point à M. Louis ; il entreprend de prouver que les plaques morbides des intestins grêles expliquent seules les phénomènes du typhus; et comme il rencontre des typhus où ces plaques n'existent pas, il est réduit à leur refuser ce nom sans pouvoir lui en substituer un autre; tandis que nous, et tous les médecins raisonnables, qui n'avons pas besoin dp
plaques, sommes assurés de toujours découvrir notre phlegmasie du canal digestif. Il est vrai que si le malade ne succombe que fort tard , après avoir été bien traité, la gastrite quelquefois a disparu; mais nous connaissons ce cas; nous l'indiquons avant la mort, et nous avons toujours la certitude que la gastrite a existé dans le début , car nous connaissons ses symptômes; et comme il ne nous faut pas de plaques et qu'il y a toujours des traces d'entérite , nous sommes certains que Tautopsie ne viendra pas nous donner un démenti.
M. Louis, qui veut des plaques, et qui ne peut les affirmer avant la mort, est obligé de refuser le typhus aux vieillards , à qui tous les siècles l'ont accordé, et il ne sait que faire de leurs fièvres graves, adynamiques, ataxiques; car il n'a pas la permission de les nommer des gastro-entérites. En conséquence il prend, en sage , le parti de n'en donner aucune explication. Une sait que faire non plus des gastro-entérites aiguës de l'enfance , parce qu'il n'est pas trop sûr que les plaques y soient pour quelque chose ; ce qui prouve qu'il ne s'est pas donné la peine d'entrer dans un hôpital où l'on traite des enfans, et où il aurait eu des plaques fébriles et non fébriles à discrétion. Tout cela n'embarrasse point les médecins d'un bon jugement. Enfance ou vieillesse , plaques ou non , ils savent que la gastrite et l'entérite aiguës sont communes à tous les âges : ils notent seulement les différences que ces circonstances leur impriment. Qu'il y ait ou non des plaques dans les deux extrêmes de la vie, la prostration, la somnolence et le délire, les convulsions et les spasmes musculaires , la fétidité et l'aspect livide de la peau n'en sont pas moins le cortège nécessaire des gastroentérites aiguës arrivées à leur summum , c'est-à-dire des maladies typhoïdes , et ce fait seul condamne les prétentions de M. Louis. Ce fait montre eu même temps
que son entité n'a pas assez de largeur et de profondeur pour recevoir et absorber toutes les gastroentérites des physiologistes , non plus que tous les typhus des classiques. A plus forte raison les grandes différences qu apportent les âges demeurent-elles lettres closes pour M. Louis.
En effet , tous les médecins capables de bien observer savent que l'irritation de Tencéphale consécutive à la gastro-entérite est extrême, dans le jeune âge, et produit une congestion cérébrale qui paraît être le symptôme prédominant ; ce qui est beaucoup plus rare chez les adultes. Ils savent aussi que , dans la décrépitude, la gastro-entérite typhoïde est le plus souvent sans réaction, et que les congestions cérébrales, aussi fréquentes que dans l'enfance, ne se résolvent plus aussi facilement, et s'accompagnent souvent d'épanchemens et de phénomènes paralytiques ou apoplectiques. Or, tous ces faits si importans se trouvent encore en dehors des plaques de M. Louis ; et si jamais il les traite, il faudra qu'il s'impose des tourmens égaux à ceux que vient de lui donner le typhus des jeunes sujets, pour parvenir à en faire des entités qui diffèrent essentiellement de ce dernier.
M. Louis, qui veut des plaques à quelque prix que ce soit pour justifier l'entité typhus, se trouve dans une anxiété déplorable toutes les fois qu'une gastro-entérite, capable de réagir sur le cerveau, vient compliquer une autre phlegmasie, et réussit à exterminer le malade, déjà débilité, sans avoir eu le temps de faire gonfler et de désorganiser les fiollicules. Tels sont les cas cités par lui où la gastro-encéphalite est venue tuer en peu d'heures des érysipélateux.Il pouvait joindre à ces faits ceux de gastro-entérite typhoïde consécutive à la pneumonie, à la bronchite, à la pleurite, et à toutes les phlegmasies de l'extérieur du corps , même celles qui appartiennent à la chirurgie; car on yoit tous les jours succomber,
avec les symptômes typhoïdes, des malades ainsi affectés, et plusoumoinsdébilités, qui n'avaient point dans les intestins grêles une irritation catarrhale capable d'y faire éclore des plaques bretonniques. Que fera-t-il de tous ces cas, lui qui refuse le droit de produire le fuligo, la stupeur, la somnolence , le délire et les tressaiilemens miilculaires aux irritations inflammatoires réunies des voies gastriques et de l'encéphale? est-ce du latent, du pernicieux, de l'insidieux, du perfide, du simulé, du simulant? qu'il nous le dise pour l'amour d'Esculape, ou nous le déclarons apôtre de l'arbitraire quand même...
Ne pouvant parvenir à fonder son entité ni sur les plaques qui existent dans une foule d'autres maladies, ni sur les symptômes nerveux qui appartiennent à toutes les grandes phlegmasies capables de bouleverser l'influence de l'encéphale, M. Louis se trouve, en plusieurs endroits de son ouvrage, dans une angoisse capable de lui faire pardonner ses erreurs. Ne pouvant obtenir de caractères propres et fidèles, puisque les plaques elles-mêmes lui font faux-bond, il prend, avonsnous dit, le parti désespéré de fonder les caractères de son entité sur le concours de phénomènes soit cadavériques, soit vitaux, et sur leur succession dans un ordre déterminé !
Cette méthode est bien vraiment le comble de l'ontologie médicale; mais on est obligé de la lui pardonner en considération de la peine qu'il s'est donnée pour l'évaluation de chacun des élcraens de ses caractères prétendus ; c'est ce que nous désirons de faire comprendre à nos lecteurs; et dans ce but nous allons, avant de critiquer l'ensemble de ses caractères , examiner comment il est parvenu à découvrir chacun d'eux, ou du moins les principaux, car nous craignons que trop de détails sur un ouvrage aussi vide que Ip çien ne fatigue epfîn nos lecteurs.
Vent-il prouver que les plaques forment le seul caractère anatomique de l'entité typhoïde , il dit que, bien que commune à une foule de maladies aiguës et chroniques , elles sont plus fréquentes dans le typhus ; et sa conclusion est qu'elles en forment le caractère anatomique seul essentiel.
Se propose-t-il de leur attribuer tous les symptômes qui dépendent des intestins , il soutient que si le météorisme peut provenir d'une entérite sans plaque, il dépend le plus souvent de ces plaques ; que si l'on a toujours trouvé de l'inflammation dans le cœcum et le colon, elle était si légère dans quelques cas ^ qu'on ne doit pas en tenir compte, et qu'il ne faut attribuer le flux de ventre qu'à l'iléum , et par conséquent aux plaques. Notez bien, cher lecteur, que, pour tenir ce langage, il faut que M. Louis se soit trouvé dans l'impossibilité absolue de montrer une seule diarrhée indépendante de la colite; car sa mission et son désir étaient de faire croire à ceux qui ne sont pas anatomo-pathologistes, que les physiologistes avaient commis une grave erreur en attribuant la diarrhée à l'irritation des gros intestins, et en soutenant que cette évacuation n'existe point d'une manière soutenue tant que l'inflammation qui vient du haut n'a pas franchi la valvule du cœcum.
M. Louis a-t-il formé le projet de persuader à ses lecteurs que les troubles prodromiques, ou les dérangemens de la santé qui précèdent l'état de fièvre grave, existent sous l'influence de plaques latentes , lors même qu'il n'y a ni diarrhée ni douleur de ventre; il déploie une adresse qui mérite d'être signalée, car sans cela les inattentifs et les personnes de bonne foi en seraient dupes infailliblement... Il commence par raconter légèrement tous ces antécédens : frissons, lassitude, céphalalgie^ anorexie, soif, sentiment de faiblesse; puis il ajoute adroitement , lorsque le cas l'y autorise, que le jsuje^ mangeait çucore, qu'il était
même soulagé lorsqu'il avait pris des alimens, bien que quelques heures après il se trouvât plus mal. Il le fait ainsi se traîner un certain nombre de jours ; après quoi yhut la diarrhée , que suivent enfin l'état fébrile et les symptômes typhoïdes. Que la priorité soit accordée à l'irritation des intestins, lorsque la tension, Tendolorissement du ventre et la diarrhée ont existé pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, cela se rencontre fréquemment chez des porteurs d'eau , des commissionnaires, des domestiques, et chez beaucoup d'ouvriers récemment arrivés à Paris , et dont Falimentation est différente de ce qu'elle était dans leurs départemens. Nous faisons la même observation sur les recrues. Tous ces sujets ont souvent contracté, avant d'entrer dans les hôpitaux, une entéro-cohte apyrétique que le défaut de traitement et de régime entretient et conduit à l'état aigu; on le conçoit d'autant mieux, qu'ils sont d'ordinaire dans l'âge où les irritations catarrhales des intestins , cause des plaques^ sont très fréquentes. Mais en résidte-t-il que tous doivent les avoir? Il en est un grand nombre cpii souffrent d'abord de l'estomac et du duodénum , sans avoir d'irritation dans les intestins. Or l'anorexie, les frissons, les maux de tète , les lassitudes , le sentiment de faiblesse, la soif surtout, ne correspondent-ils pas à cette irritation ? Si les malades mangent, c'est qu'elle n'est pas encore assez forte pour empêcher l'appétit et la digestion. S'ils se mettaient à la diète , elle s'épuiserait le plus souvent; mais ils croient devoir continuer de manger., et ils augmentent ainsi l'irritation, qui se change en phlegmasie , et se répand enfin dans tout le tube digestif.
Pourquoi donc, lorsque les maux de ventre et la diarrhée ne se déclarent que plusieurs jours après les symptômes gastriques et duodéniques, pourquoi supposer que des plaques latentes peuvent seules en don-
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lier l'explication ? Pourquoi supposer que ces plaques ont pu devenir malades, et se détériorer sans que l'intestin donnât le moindre signe d'altération?
Pourquoi ?... le voici : En l'appréciant, nos lecteurs prendront une juste idée de la logique de M. Louis.
C'est parce qu'il a fait des plaques la lésion caractéristique du typhus; de sorte que tout trouble fonctionnel qui se termine par une fièvre typhoïde mortelle où l'on trouve des plaques , a du nécessairement commencer par elles. En effet, si ces troubles, soit gastriques, soit intestinaux, guérissaient sans typhus, ce ne seraient que des courbatures , des embarras ; car il lui faut l'épigastraîgie , les nausées et les vomissemens, pour prononcer le mot de gastrite. D'autre part, si ces mêmes troubles étaient suivis de symptômes typhoïdes mortels sans plaques , ce seraient des typhus simulés, ou de faux typhus ; enfin , si les symptômes que M. Louis accorde à la gastrite avaient eu l'initiative, et qu'il survînt un typhus, celui-là garderait son nom s'il était à plaques , et ces plaques seraient affirmées primitives ; et si elles manquaient, il rentrerait dans les faux typhus. Ainsi Fauteur se tirerait d'affaire par des pétitions de principes.
Veut-on savoir maintenant comment il s'y est pris pour prouver que les plaques sont le caractère anatomique du typhus ? On retrouvera toujours le même artifice : c'est en prenant pour exemple de typhus , dans le premier volume de son ouvrage , des gastro ] entérites terminées par la mort et offrant des plaques, et refusant , dans le second , le nom de typhus à toutes les gastro-entérites autopsiées dans lesquelles il ne se rencontre point de plaques.
Ainsi , toujours des pétitions de principes.
Mais , direz- vous , les nécroscopies ne lui ont-elles pas souvent démontré, comme à tant d'autres, que i'estomac offre des traces de phlegmasies à la suite des
typhus OÙ les symptômes gastriques ont prédominé; et que, par contre , les intestins sont peu ou point malades dans ceux où il n'existe ni météorisme , ni diarrhée?
Sans doute M. Louis a observé ces faits aussi bien que nous tous ; mais rappelez-vous ce qui vient d'être dit au sujet des prodromes, et faites-en l'application aux autopsies. Si l'estomac offre de graves lésions, il lessuppose consécutives aux plaques lorsqu'il en existe; s'il n'en existe pas, la maladie perd le nom de typhus. Si l'intestin n'est pas fourni de plaques, elle le perd également, et de cette manière l'auteur n'est jamais pris en défaut.
Supposez-vous que les symptômes qu'il regarde luimême comme significatifs de la gastrite ont persisté pendant le cours de la maladie ( vomissement , hoquets après la boisson, épigastre douloureux à la pression) et que l'autopsie découvre cette gastrite avec des plaques dans l'iléum; il vous dira que la gastrite n'était pour rien dans les symptômes typhoïdes , et il vous le prouvera en vous citant quinze ou vingt observations d'autopsies offrant cette double lésion , mais dans lesquelles il lui a plu de n'attribuer les symptômes typhoïdes qu'aux plaques. Insistez-vous enfin en lui citant des gastro-duodénites typhoïdes sans plaque ; il leur refusera le nom de typhus ; c'est-à-dire qu'aux assertions fausses, évidemment contradictoires aux faits, notre auteur ajoute sans cesse les pétitions de principes pour établir que les plaques sont la condition sine quâ non de tous les prodromes , quels qu'ils soient.
Nous avons vu que la diarrhée est devenue un effet des plaques par la défense formelle de l'attribuer à l'inflammation du gros intestin : nous avons remarqué que le météorisme s'est trouvé une preuve de plaques par le refus qu'on a fait de donner le nom de typhus aux fièvres graves avec rAétéorisr^e où l'on n'a point
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trouvé de plaque ; ainsi , jusqu'à ce moment, M. Louis nous a placés dans un panorama d'anatomie pathologique où nous n'avons rien pu distinguer au-delà des plaques... Voyons maintenant ce qu'il fera des symptômes dits nerveux.
Nous n'avons pas oublié que ni les irritations de l'estomac, ni celles des autres viscères de premier ordre ne sauraient lui expliquer ces symptômes. Les fondera-t-il sur les plaques ? Eh ! pourquoi pas , puisque les plaques sont le seul caractère anatomique du typhus? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne les attribuera pas à l'affection du cerveau; car, selon lui, si l'ouverture en montre souvent des traces, quelquefois elle n'en découvre aucune. Or, comme il lui faut de graves altérations pour affirmer qu'un organe a été malade, et comme il admet en principe qu'une fonction peut être lésée sans que ses instrumens aient souffert d'altération , il ne se généra pas plus dans cette question que dans toutes les autres : tant de sujets avaient de l'infiltration sons-arachnoïdieune; tant , des épanchemens dans les ventricules ou ailleurs; tant, de la rougeur dans la corticale, de la sablure sanguine dans la médullaire ; tant réunissaient un ou plusieurs de ces désordres; mais tant n'avaient rien de tout cela, et offraient ces tissus dans Tétat normal. Donc les altérations de l'encéphale ne sont pour rien dans la production des symptômes nerveux tels que prostration, stupeur, somnolence, délire, convulsions diverses. Les altérations des plaques sont seules constantes; donc elles doivent seules expliquer tous les symptômes nerveux.
Mais comment les expliqueront-elles ? lui direz-vous: tîomment prouverez-vous que l'in italien des plaques seules (car souvent, nous dites-vous, la muqueuse n'est pas malade) agisse plus puissamment sur l'appareil sensitif et moteur que de violentes gastro-duodé- 4. 2§
nitesjtle vastes péripneumonies. descardites,cles péritonites^ etc.?... D'ailleurs n'est il pas possible que l'irritation de l'appareil encéphalique soit portée au délire, aux convulsions et à la mort, sans qu'il se passe d'altération appréciable dans les tissus qui le constituent? Ces altérations sont subordonnées à la durée de l'irritation qui y fait affluer le sang. Qui nous dit que le travail inflammatoire, exhalatoire et suppuratoire, n'y est pas empêché par l'inflammation prédominante d'autres organes , ou par le défaut du sang que ces organes lui soustraient? Cela empéche-t-il que l'irritation ne l'agite à un degré suffisant pour produire les symptômes nerveux du typhus ?
Quoi ! vous parlez d'irritations propagées d'un organe enflammé jusqu'au cerveau... mais M. Louis ne connaît pas cela. Il est possible que par inadvertance cette expression lui échappe en dissertant ; mais ce ne sera jamais lorsqu'il sera question d'établir les caractères du typhus. Les plaques ne sont-elles pas là, les y a-t-on mises pour rien ? Si M. Louis avait eu la faiblesse de convenir que la douleur et l'inflammation des organes peuvent précipiter et bouleverser l'innervation au point d'occasioner la prostration , le délire , les convulsions, ses plaques perdaient à l'instant toute leur importance ; c'en était fait de son échafaudage ; il devenait simple médecin physiologiste , et il était réduit à supprimer son manuscrit....
On n'aura pas du moins celte inconséquence à lui reprocher. Eh! que devenait la méthode numérique, cette découverte sublime qui enthousiasme nos corps savans? gardons-nous bien de prendre une pareille idée de M. Louis. Compter des symptômes, compter des altérations organiques; des altérations , entendezvous! et non des aberrations de vitalité capables de les produire, si la vie peut les supporter assez longtemps : voilà tout ce que M. Louis vouhiit faire. En con-
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séquence, il a compté, recompté, supputé, comparé ses calculs les uns avec les autres; et de là est résultée la sentence que voici : Puisqu'il n'y a point constamment de lésion dans le cerveau, et qu'il y a constamment lésion dans les plaques elliptiques de l'iléum, le cerveau n'est pour rien dans les symptômes nerveux du typhus; donc les plaques y sont réellement pour tour.
On lui répondra peut-être qu'il a trouvé lui-même des symptômes nerveux pareils à ceux du typhus chez des sujets cjui n'avaient que des gastrites et des entérites sans plaque tuméfiée, etc. Sa réponse est toute prête : ce n'étaient pas des typhus, donc les symptômes nerveux n'y ont pas été provoqués de la même manière que dans le typhus. Appréciez cette allégation , lecteur qui avez fait attention à la méthode qu'il a choisie pour démontrer que les plaques forment la base du typhus, et les symptômes du typhus la preuve irréfragable de l'existence des plaques.
Il est pourtant une classe de docteurs soi-disant médecins, auxquels une telle réponse peut paraître péremptoire.
Il faut croire qu'elle a bien aussi quelque valeur aux yeux de celui qui la donne, et qu'il est vraiment ici de bonne foi, car on trouve à la p. 583, t. II, une observation qu'il n'aurait point rapportée telle qu'elle est, s'il avait pressenti les conséquences qu'il était tout naturel d'en tirer. Il s'agit d'une jeune fille de quinze ans , dont la maladie débute avec des symptômes nerveux très graves, tels que délire, étonnement, symptômes spasmodiques multiformes, à la suite de longues contrariétés et d'une forte réprimande qui lui avait été faite par son père. L'état aigu s'était déclaré sur-lechamp, et la malade était entrée à l'hôpital le lendemain de cette scène. Les symptômes de l'irritation gastrique étaient dès lors évidens , puisque l'inappé-
tence, la soif et la chaleur fébrile existaient dès l'arrivée de la malade : mais on n'y fait aucune attention ; et au lieu d'une saignée ou d'une application de sangsues à l'épigastre et sur le trajet des jugulaires, on lui fait prendre un bain (un bain avec une congestion cérébrale, sans déplétion préalable!), et on lui applique des sinapismes aux membres inférieurs : la maladie n'a garde de céder. Le lendemain, lavement avec la camomille et trente grains d'assa foetida dont l'effet irritant est renforcé par une potion gommeuse avec dix grains de musc. Il n'en fallait pas tant pour développer une gastro-entérite déjà imminente; aussi la tension du ventre et la diarrhée surviennent-elles immédiatement. Dieu sait ce qu'on lui fit ensuite : pour nous, nous sommes réduit à le présumer, car l'auteur ne le dit pas. Toujours est-il certain que cette pauvre fille, d'ailleurs robuste , se traîne jusqu'au cinquantième jour avec les symptômes du typhus ; ce qui nous prouve invinciblement (ju'elle offrait beaucoup de ressources- Mais passons sur ce point.
Dans ses réflexions, M. Louis se demande si les symptômes nerveux pouvaient être attribués à toute autre cause qu'au typhus. La réponse n'est que trop facile : cette infortunée jeune fille était nerveuse, et tourmentée par ses parens. Cette donnée suffit bien pour expliquer la prédominance des symptômes spasmodiques ; mais lorsqu'on ajoute à son irritation gastrique le stimulus des prétendus antispasmodiques , les symptômes ne peuvent qu'augmenter, et d'autant plus que le traitement, après avoir disséminé , comme on l'a vu, Tirritation dans le canal digestif, ajoute sans cesse un nouveau stimulus à cette irritation, qui finit par être décidément inflammatoire, et même typhoïde. Eh bien ! M. Louis ne tient nul compte de ces nombreux coups de fouet donnés par toutes les voies au système cérébrospinal, $es réflexions n'ont pour objet que l'influence
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des plaques que l'autopsie lui avait montrées. Faut-il ou ne faut-il pas leurattribuer tous les symptômes^ et conséquemment l'étonnante prédominance des nerveux?.,. Les plaques et les ulcérations de l'intestin grêle l'emportent : c'est la lésion prédominante , et quoiqu'il y eût dans la tête injection de la pie-mère du côté droit ( le bras gauche avait été presque toujours spasmodiqnement contracté ), infiltration sous-arachnoïdienne (qu'il dit partielle et légère) ; une cuillerée (qu'il dit petite) de sérosité dans chaque ventricule latéral ; une substance cérébrale plus ferme (il dit un peu) que de coutume,, surtout à droite; le cervelet et la protubérance annulaire proportionnellement aussi fermes que le cerveau, il n'hésite pas à affirmer que c'est à V intestin grêle qu'il faut rapporter les premiers accidens (t. III, p. 091) , et il consacre deux pages à prouver (à sa manière) que les plaques elliptiques de l'iléum en doivent être seules responsables. Le cerveau entre bien pour quelque chose dans ses réflexions; mais gardez-vous de croire que ce soit sous le rapport des stimulations qu'il a reçues; aucune n'est mentionnée, pas même l'algarade du père qui fit éclater à l'instant même la maladie. Il ne parle de l'encéphale que pour se demander si les symptômes cérébraux n'étaient pas en rapport avec l'inégalité de consistance du cerveau, et se décide, comme on le prévoit assez, pour la négative. Pas un mot, non , pas un mot des horribles stimulations pratiquées sur les extrémités nerveuses sensitives, sur la peau, sur la surface muqueuse du canal digestif, et qui ont nécessairement amené les différences de consistance dont il s'agit.
Voilà ce que c'est qu'un anatomo - pathologiste pur ; il ne voit que les désordres organiques, et jamais les modificateurs de l'état vivant qui les ont produits.
Nous ne ferons plus de réflexions sur les observations
particulières rapportées par M. Louis. Ces réflexions seraient trop tristes, trop humiliantes pour notre époque de lumières....
Ainsi voilà les symptômes nerveux du typhus séparés de ceux des autres maladies , et renfermés dans les limites de notre panorama. M. Louis, cet inventeur de lois anatomico-pathologiques, nous a donné la preuve qu'il est étranger aux lois de la vie. Suivons encore quelque temps ce législateur dans la recherche des symptômes caractéristiques de son typhus avant de passer au résumé de son diagnostic.
Tous ceux dont nous avons parlé jusqu'ici n'ont de valeur que par l'ouverture des cadavres , et l'auteur, plus familier avec la mort qu'avec la vie, se trouve fort embarrassé lorsqu'il veut sortir de ce terrain... Voilà un malade avec de la fièvre ou sans fièvre , dont les fonctions de l'estomac et des intestins sont dérangées , et qui dépérit à vue d'oeil ; qu'il ait ou non des douleurs de ventre ou de l'épigastre, du météorisme , de la diarrhée , des symptômes nerveux , tout cela ne saurait dire à M. Louis s'il a des plaques ou s'il n'en a pas , et par conséquent s'il est ou s'il n'est pas dans l état typhoïde , puisqu'il ne l'a pas encore ouvert. Où regardera- 1- il pour savoir à quoi s'en tenir? Il regardera la peau, il palpera la rate, il examinera le nez. Le malade a-t-il la rate tuméfiée?... probabilité de plaques, car les grosses rates sont des lésions communes dans le typhus , quoiqu'il ne nous dise pas si ce sont les plaques , ou la fièvre, ou l'entité, qui ont le privilège de les produire. Heureusement il ne s'est point souvenu qu'il a placé les fièvres intermittentes dans la rate, et qu'une pareille affection poûrrxiit avoir laissé la rate plus grosse qu'à l'ordinaire; il n'a point eu non pins l'idée qu'une tumeur étrangère à cet oi'gane pourrait la simuler. Mais ne troublons pas sa sécurité.
Si la rate ne dit rien , car elle ne répond pas toujours, et c'est grand dommage, la peau dira peut-être quelque chose. A-t-elle des taches roses, lenticulaires, et des sudamina? Ces deux choses peuvent manquer; mais si elles sont là, tous les doutes seront levés, attendu qu'elles sont plus fréquentes dans le typhus que dans les autres maladies aiguës (t. II , p. 320 ).
Enfin , qui l'aurait cru ? les épistaxis elles-mêmes sont des présomptions de plaques , comme les taches et le millet, pourvu qu'elles viennent accompagnées d'autres symptômes.
Ainsi c'est dans trois phénomènes qui peuvent manquer, et qui ne sont pas positifs lorsqu'ils existent , que notre auteur, repoussé de toutes parts dans sa recherche des caractères spécifiques , vient mettre toute sa confiance , après avoir avoué que tous les symptômes du typhus peuvent exister sans que les plaques elliptiques des intestins grêles soient malades , et qu'elles peuvent l'être sans qu'il existe un seul symptôme de typhus. 11 est impossible qu'il ait une confiance parfaite dans ces prétendus caractères ; et en effet il l'a si peu , qu'arrivé à la conclusion de son diagnostic , il a recours à la succession des symptômes dans un ordre et pendant une durée déterminés.
Mais avant d'y arriver, examinons son diagnostic différentiel du typhus comparé avec l'entérite Cette question lui a paru fort importante; elle ne esî Das moins pour nous.
Il nous assure (t» II, p. 019) que l'entérite diffère autant du typhus que le catarrhe de la péri pneumonie et la rougeole de la variole. Voici d'abord les différences anatomiques :
Première différence. Si les plaques sont affectées dans l'entérite , elles le sont moins profondément que dans le typhus, et toujours avec la muqueuse dont
44o MÉDECINE DE LA FRANCE.
elles partagent l'inflammation ; tandis que celle-cî peut manquer dans le typhus , les plaques étant ramollies , épaissies, rouges ou bleuâtres , ulcérées ou non ulcérées... Ainsi cette première différence n'est point dans labsence et la présence des plaques malades , mais dans le degré de leur altération. Or, une différence de degré n'a jamais été une différence dénature. Seconde différence. Il n'a trouvé, dans aucun cas à' entérite proprement dite^ certaines lésions secondaires, telles que les diverses ulcérations des membranes muqueuses, si fréquentes dans le cours des affections typhoïdes (/^/c^). Pesez d'abord le sens de ces mots proprement dite, et vous verrez que l'auteur ne conçoit pas clairement son entérite. Mais passons là-dessus , supposons qu'il a prouvé que son entérite est sans gastrite , et raisonnons dans cette hypothèse. Eh bien! l'entérite n'est pas la gastroentérite; l'inflammation y est donc moins étendue; si elle est moins étendue , elle est moins intense , et ne doit pas altérer aussi profondément les follicules de la mem« brane ; si elle est moins intense, elle occasione moins de fièvre; si la fièvre y est moindre, l'irritation des systèmes nerveux et sanguin y est moindre aussi, et ne tend pas avec une égale puissance à la reproduction de l'inflammation dans les autres organes , tels que la langue, le voile palatin ,1e pharynx, le larynx et les bronches, les poumons, la vessie, la peau. Quant à l'assertion de l'état sain de la muqueuse des intestins, dans son typhus, les plaques étant profondément altérées, il y a, de la part de l'auteur, exagération calculée. Dans les cas où les plaques étaient fort malades , nous avons trouvé cette membrane plus ou moins enflammée ou désorganisée par une inflammation déjà passée au brun ou au noir, friable, en bouillie, ou fort amincie, en un mot désorganisée. Elle conservait dans ces régions moins de sang que les plaques, parce que les plaques sont plus vasculaires qu'elle; et dans d'autres régions,
ANAT. PATHOL. — TYPHOlDJÎ DU DOCT. LOUIS. ql^l
OÙ la phlegmasie l'avait moins maltraitée , elle en avait encore assez pour attester son inflammation, et Ton voyait celle-ci perdre son sang et passer au brim et au livide à mesure que l'on s'approchait des portions les plus altérées, au milieu desquelles paraissaient, nous le répétons, des îlots folliculaires, ulcérés ou non ulcérés, ramollis ou indurés , mais toujours plus sanguins que la muqueuse.
Voilà ce que nous avons vu dans les gastro-entérites qui étaient restées long-temps dans l'état typhoïde sans que le la diarrhée eût cessé. Mais il est d'autres cas où l'inflammation, après avoir gonflé les follicules, diminue ensuite et devient prédominante, soit dans un point de la muqueuse où les follicules ne sont point disposés en plaques , tels que l'iléum, le duodénum , le colon , soit dans un autre organe; alors le sang est soustrait à la portion de cette membrane qui environne les plaques , avant que l'inflammation l'ait désorganisée. C'est une révulsion comme toute autre, et les nécroscopies en offrent toujours de pareilles en des lieux différens, à la suite des inflammations prolongées. Si les plaques restent tuméfiées et injectées plus long-temps que la muqueuse , c'est que leur résolution , comme celle des ganglions mésentériques et du foie, est plus lente que celle du tissu muqueux. Mais M. Louis ne paraît pas avoir fait cette remarque.
Cet auteur parle bien du cas où les follicules agminés avaient perdu toute leur inflammation et s'étaient affaissés et même cicatrisés de leurs ulcérations; mais il ne s'exerce point à déterminer si l'inflammation s'est réfugiée quelque part après avoir quitté les plaques et la muqueuse , ou si le malade est mort par l'épuisement des forces nerveuses. Cette question est belle , néanmoins, et digne des recherches d'un anatomopathologiste ; mais, pour en sentir l'importance, il faut être observateur de la vie autant que de la mort.
Après les différences anatomiques entre l'entérite et le typhus, viennent celles que l'auteur tire des symptômes et de la marche. Nous allons le laisser parler.
« Quant aux symptômes, qu'on les étudie chez les sujets qui succomhent, ou chez ceux qui guérissent, la différence est toujours la même. Tandis que l'affection typhoïde débute par un mouvement fébrile oj^dinairement intense , bientôt accompagné de la perte des forces, dans une proportion supérieure à celle des autres symptômes de somnolence, de stupeur, de délire, d'éruption de tâches lenticulaires et très fréquemment de sudamina^ d'épistaxis , de bourdonnement d'oreilles, de dureté de l'ouïe, de mouvemens spasmodiques plus ou moins graves et de météorisme , le mouvement fébrile qui a lieu dans l'entérite est ordinairemejit \è* ger, la perte des forces peu considérable ou seulement proportionnée à l'abondance des évacuations alvines; la somnolence extrêmement rare, en rapport avec la faiblesse, sans jamais être comparable à celle qui a lieu dans le cours de l'affection typhoïde ; les taches lenticulaires , les épistaxis ne sont ^d^s plus fréquentes que dans toute autre maladie aiguë; il n'y a ni stupeur, ni surdité, ni sudamina, ou du moins ceux-ci sont très rares; ni météorisme, ni escarres, ni délire; et quand la terminaison de la maladie est favorable , la convalescence est très rapide, les moyens les plus simples y conduisent ; tandis que dans l'affection typhoïde, la convalescence , quel qu'ait été le traitement, esl presque toujours longue {si longue probablement) , que l'utilité des moyens dirigés contre elle jusqu'à ce jour est un sujet de doute pour d'excellens esprits. » (T. II, p. 320.)
N'épiloguons pas sur la rédaction ^ n'ayons égard qu'à ce que l'auteur a voulu dire.
Nous remarquerons d'abord qu'il n'a point prouvé
que les entérites dont il résume ici la marche aient été sans mélange de gastrite.
Nous dirons ensuite que, soit qu'il y en eût , soit qu'il n'y en eût pas, le groupe de symptômes que l'auteur nous offre ici est au fond tout semblable à ceux de ses typhoïdes latentes ( de la p. 332 à la p. 376 ) dans lesquelles les plaques ont pu être malades sans qu'il y eût ni fièvre violente, ni stupeur, ni extrême prostration , etc.
Nous observerons ensuite que si l'affection typhoïde débute ordinairement par un mouvement fébrile intense, elle ne débute pas toujours ainsi ; et l'auteur nous en a fourni des preuves par douzaines ; d'où il résulte que ce début est fort loin d'être un caractère dislinctif. Mais ces faux caractères ne sont pas les seuls, puisque nous avons vu que les sudamina , les épistaxis , les mouvemens spasrnodiques, le météorisme, etc., sont des symptômes qui peuvent manquer aux plaques ou exister sans elles. La réfutation de cette tirade se trouvera toujours, quoi que puisse faire M. Louis, dans ses typhus latens et douteux.
Il nous dit que , dans l'entérite , la perte des forces est peu considérable et seulement en rapport avec Tabondance des évacuations alvines, et nous donne cela comme une preuve de l'absence des plaques. Mais il ne devait donc pas nous donner pour des typhus des affections à peine fébriles avec forces à peine prostrées, dans lesquelles les intestins ont été perforés par l'ulcération des plaques elliptiques. C'est pourtant ce qu'il a fait, comme on peut s'en assurer en lisant le tome II de son ouvrage, de la page /pi à la page /po. On y trouvera trois observations qui n'offraient que l'aspect d'entérites assez bénignes, et cependant l'auteur nous dit, p. /|3i, que cette perforation est propre aux sujets atleints d'affections typhoïdes. Son assertion que la somnolence est extrêmement rare, en rapport avec la fai-
blesse, sans jamais être comparable à celle qui a lieu dans le cours de t affection tjphoïdej est donc une insigne fausseté
Les taches lenticulaires, les épistaxis, ne sont pas plus fréquentes, nous assure-t-il , dans l'entérite que dans toute autre maladie aiguë. Si elles sont communes à tant de maladies aiguës, pourquoi donc leur donner un rang si distingué parmi les signes du typhus? Cette réflexion est applicable aux sudamina ; car s'ils sont très rares dans l'entérite, ils peuvent s'y rencontrer, et cessent ainsi d'être un caractère du typhus.
Quant au délire ^ nous ne reviendrons pas sur ce que nous en avons dit; mais il est important de nous arrêter un peu sur la convalescence. Elle est, suivant l'auteur, très rapide à la suite des entérites. Cette assertion est trop générale et fort trompeuse ; cela dépend du degré de l'entérite. Il est si faux que la convalescence soit nécessairement rapide, que l'entérite tend le plus souvent à passer à l'état chronique, et que même il est quelquefois très difficile de l'en empêcher, car cette forme lui est très familière. Eh! que sont donc ces carreaux , affections des plus chroniques si communes chez les enfans, sinon de véritables entérites? et les hypocondries, si fréquentes chez les adultes, ne tiennent-elles pas somment à des entérites chroniques qui ont succédé à des aiguës à la suite des guérisons des prétendus typhus ou fièvres adynamiques de nos pseudo-browniens ? H est possible que M. Louis, élève non traitant et prosecteur dans une salle de la Charité, ne sût pas tout cela lorsqu'il composa son livre ; mais il faut qu'il l'apprenne avant de se donner pour législateur en médecine... La convalescence, au contraire^ est presque toujours lente dans le typhus, suivant le même auteur, quel quen ait été le traitement,.,. Oh ! ceci est par trop fort. Voilà d'à-
ANAT. PATITOL. — TYPHOÏDK Î)V DOCT. LOUIS. Z^/|5
bord im presque qui annonce des exceptions, et de suite l'on conçoit que la prévention peut les avoir exagérées. Ensuite nous demanderons à M. Louis s'il a été témoin de tous les modes de, traitement qu'on peut opposer au typhus. Connaît-il les effets du traitement physiologique? où l'a-t-il vu mettre en pratique? assurément il n'a point été appliqué aux malades dont il nous a transmis les observations ; il croit peut-être que, pour avoir reçu quelques saignées de bras, pendant qu'on leur donnait des bouillons, ou qu'on leur appliquait vésicatoires et sinapismes, ces malades ont été traités par une méthode vraiment antiphlogistique. Quand bien même ils n'auraient eu, après leurs saignées de bras, ni bouillons, ni topiques irritans , ni eau d'orge oximellée, ni petit lait, ni eau de veau; quand même ils n'auraient pris que de la solution de gomme ou de la limonade à peine acidulée (condition sans laquelle cette boisson est excitante) , ils n'auraient pas encore été traités suivant la méthode physiologique. L'observation des effets de cette méthode était pourtant une condition de rigueur, avant d'oser affirmer que la convalescence des typhus est toujours lente quel qu'ait été le traitement. D'ailleurs cette affirmation générale et exclusive sur la lenteur des convalescences, outre c[u'elle est en opposition avec le presque, est essentiellement fausse, puisqu'elle n'a nul égard au degré d'intensité et à la durée de la maladie, qui sont le plus souvent l'une et l'autre en raison du plus ou moins de temps cpi'a persisté l'irritation du tube digestif qui a précédé letat fébrile, et à la manière dont on l'a traitée. Si cet état d'irritation, qu'il appelle prodrome, a été exaspéré par des fautes de régime, par des vomitifs ou des purgatifs dirigés contre un prétendu embarras (le beau mot!), la phlegmasie aiguë éclate avec plus de violence , est plus tenace, et condtiit le sujet à une débilité beaucoup plus considé-
rable, d'où résulte une convalescence plus difficile. Mais si la maladie est bien prise dès son début, et si les points de phlegmasie du tube digestif sont reconnus et combattus par des saignées locales et des topiques émolliens, à mesure qu'ils se déclarent, les symptômes typhoïdes sont souvent peu intenses, peu durables, et la convalescence est franche et rapide. Voilà des faits. Je sais qu'ils n'étaient pas connus à M. Louis lorsqu'il entreprit la rédaction de son code du typhus; mais du moins il a manqué de circonspection, et n'a nullement prévu à quoi il s'exposait en se dévouant, quand même , aux intérêts d'un parti.
Au surplus , dans les cas les plus graves, dans ceux où la maladie, négligée dans son début, a pu s'élever au summum d'intensité et de durée, à cause du temps nécessaire à la cicatrisation des ulcères, à la réparalion des pertes de substance de la muqueuse, la convalescence n'est ni excessivement longue, ni très difficile, lorsque les excitans ne viennent pas l'entraver, et que les alimens ne sont donnés qu'après que tous les points phlogosés du tube digestif sont arrive's à leur solution.
Qu'est-ce, au surplus, qu'un caractère qui ne se tire que de la terminaison d'une maladie? Faudra-t-il donc, pour savoir si l'on a traité un typhus, attendre que le malade soit mort ou guéri ? Nous avions déjà frappé cette manière de diagnostiquer du ridicule qui lui est si bien acquis ; mais il est des écrivains qui refusent de lire, d'autres qui parcourent au lieu d'étudier, d'autres enfin qui ne comprennent pas ce qu'ils ont lu.
Ainsi le parallèle de M. Louis, loin d'établir des différences essentielles entre l'entérite et le typhus, démontre seulement que ces maladies ne diffèrent que par le degré et l'étendue de l'inflammation. Si l'entérite est seule, la possibilité de la digestion subsistera,
il y aura même de l'appétence. Si la phlegmasie des intestins grêles n'est ni fort intense ni fort étendue, la maladie sera sans fièvre , comme l'est journellement l'entérite de plusieurs hypocondriaques, et nécessairement chronique. Si au contraire elle est intense et développée dans une certaine longueur du canal, il y aura de la fièvre, et l'estomac participera plus ou moins à l'irritation; dès lors, s'il y participe à peine, l'entérite, quoique fébrile, n'ôtera pas l'appétit, chose fréquente chez les enfans affectés de ce qu'on nomme fort improprement le carreau : s'il y prend part, l'appétit diminuera ; il cessera même si la maladie s'accroît , parce que l'inflammation est rarement stationnaire dans les viscères; lorsqu'elle ne diminue pas , elle augmente et envahit des points qu'elle n'avait pas encore attaqués. Elle pourra donc se convenir en vrai typhus si le malade est dans les conditions qui favorisent l'état aigu; s'il ne s'y trouve pas, et qu'il soit épuisé, ou dans la convalescence de quelques maladies , ou trop vieux, ou si l'action vitale est exagérée dans un autre appareil et a déjà épuisé le sujet, la gastro-entérite n'acquerra jamais assez d'intensité pour modifier le système cérébro-spinal dans la nuance qui donne le groupe des symptômes typhoïdes; elle l'épuisera plus ou moins vite ou lentement, et le conduira au marasme, à moins qu'une autre maladie ne le tue , ou qu'une ulcération produite par l'entérite ne perfore l'intestin et ne provoque une péritonite subitement mortelle. Or, comme cette perforation peut arriver à toutes les époques de l'entérite , attendu que la disposition aux ulcérations est une chose fort variable , on aura des exemples de perforation à toutes les époques de cette maladie ; on en trouvera dans la gastro-entérite aussi bien que dans l'entérite simple; elles se présenteront chez celui qui mange et digère encore , comme chez celui qui ne digère plus ; chez ceux qui conserveront
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assez de forces , comme chez ceux qui se trouveront dans le plus haut degré de la prostration , soit par Texcès de l'irritation transmise à l'encéphale (typhus), soit par un épuisement provenant de la surabondance des évacuations; chez le phthisique (M. Louis en cite des exemples), aussi bien que chez celui dont les poumons n'auront souffert aucune atteinte, etc. La plupart de ces faits , dont nous avons recueilli de nombreux exemples , se trouvent aussi consignés dans les ouvrages de Laennec et de M. Louis ; mais ils n'y sont pas présentés comme ils devraient l'être.
Parmi les chances de l'entérite, soit simple, soit compliquée de la gastrite et de la duodénite, se trouve celle, par lui omise, de la péritonite sans perforation, par la simple progression de la phlegmasie de la muqueuse à la séreuse. Le passage se fait d'ordinaire dans le point le plus enflammé de l'iléum, au voisinage de la valvule. On ne connaît pas plus la prédisposition qui fait ainsi traverser l'inflammation , que celle qui la rend ulcéreuse et perforative ; mais à coup sûr ni l'une ni l'autre ne sont des apanages exclusifs de la gastro-entérite à forme typhoïde.
Yoilà ce que les faits nous obligent d'admettre concernant les rapports de l'entérite avec le typhus ; bien entendu qu'on ne s'avisera pas de donner le nom d'entérite à l'inflammation bornée aux gros intestins. M. Louis a esquivé cette difficulté en n'accordant pas un mot à la cœcb-colite ni à la colite pure et simple. L'a-t-il donc supposée impossible? Non, peut-élre; mais il n'entrait point dans son plan de fixer sur cette phlegmasie l'attention de ses lecteurs. Tout est finesse , calcul dans les écrits de ce docteur, et tout tend sourdement à creuser une mine qui fasse crouler les Propositions de VExamen ; on dirait qu'il est commandé pour cela, comme le fut jadis Geoiïroy pour saper la philosophie du dix-huitième siècle,
A1VAT. PATHOL. — TYPFIOIDE DU DOCT. T.OUIS. 44^
Si M. Louis eût entrepris de comparer les phlegmasies muqueuses des gros intestins avec celles des grêle?, il eût été force de considéj er les premières dans les diverses régions du dépùt stercoral. La dysenterie se fût trouvée en contact avec le typhus , et ce dernier eût été plus difficile à spécialiser.
De plus, il eût fallu insister sur les cas où Tinflammation vient des intestins grêles, et les comparer avec ceux où , née dans les gros eux-mêmes, elle y reste fixée^ ou s'élève, en franchissant la valvule, jusque vers Tiléum , le jéjunum , et même au-delà. Mais cette recherche aurait fait voir trop clair dans Thistoire de la diarrhée ; il eût été dès lors difficile d'en faire un attribut de l'affection typhoïde; il l'eût été bien plus encore de soutenir que la diarrhée des typhisés est uniquement dépendante de l'intestin grêle; car enfin cette diarrhée est une diarrhée comme toute autre, et notre auteur n'eût peut-être pas conçu le projet de lui assigner un mécanisme particulier. L'échafaudage allait donc crouler.
L'adresse de M. Louis a su prévenir ce malheur : il a choisi pour exemple de son entérite les entéro-colites considérées d'une manière générale, nullement approfondie ; et n'ayant jamais eu à parler d'autre chose que d'entérites accompagnées de diarrhées, il a insinué, et puis posé insensiblement en principe que la diarrhée est un symptôme inséparable de l'entérite. Il ne s'agissait plus,après cela, que d'isoler cette entérite du typhus, et les plaques lui ont servi, cojnme on Va vu, pour cet objet. Il a toujours pris soin, dans ses réflexions sur ces deux entités prétendues si différentes , de tenir sans cesse l'attention fixée sur la portion du canal supérieure à la valvule, de ne jamais montrer une diarrhée sans iléite, et par cet artifice, il a cru anéantir la distinction établie par nous entre la cœco-colo-rectite et l'entérite proprement dite.
Tous ceux qui ne 'jugeront de l'entérite et du typhus que par son ouvrage, n'auront donc nulle idée du rapport de ces deux maladies avec les épidémies dysentériques où le typhus est si fréquent, avec la phthisie pulmonaire et avec la diarrhée commune.
Sur ce dernier point surtout , ils resteront non seulement dans l'ignorance, mais encore dans l'erreur la plus dangereuse. En effet, il répète à chacjue instant que la diarrhée peut avoir lieu sans lésion de la muqueuse du colon , comme la sueur sans lésion de la peau. Il va plus loin; car il attribue la diarrhée pure^ ment et simplement à la faiblesse : erreur grossière , et qui a été si formellement réfutée dans V Histoire des phlegmdsies. Ce qu'il y a de fort singulier, c'est qu'il résulte évidemment des sophismes qu'il a prodigués dans ses deiix ouvrages, que la diarrhée ordinaire d'un homme bien portant dépend de la faiblesse, pendant que celle d'un phthisique, déjà épuisé, dépend d'un pHticipe tuberculeux et ulcéreux , et même bien souvent de l'inflammation.
Si M. Louis eût voulu dire que la faiblesse peut être cause de la diarrhée , en ce sens qu'elle fait faire de mauvaises digestions lorsque Testomac est débile ou leâ alimens difficiles à assimiler, il aurait eu raison ; car, mal élaborés, les résidus de la digestion irritent le colon, qui se hâte de les expulser ; encore eût-il fallu ajouter que cette stimulation conduit, si elle persiste, la muqueuse de cet intestin à Tétat inflammatoire, qui est alors consécutif à la débilité de l'estomac. Mais ce n'est pas cela qu'il entend , car il ne s'en est jamais douté : il considère la diarrhée à la manière des browniens; il y veut faire voir un relâchement, un défaut de vitalité proportionné à la faiblesse générale, et qui ne permet pas au colon de supporter le poids des éxcrémens* Or c'est une grave erreur ; car lorsque le colon manque de vitalité , il garde les matières au lieu
ANAT. PATHOL. TyI^HOÏDE DU DOCT. LOtIfS. 4^^
de les expulser comme on le voit dans tontes lés paralysies provenant des affections de la moelle épinièrei Si la diarrhée survient ensuite dans ces maladies, c'est toujours parce qu'une inflammation descendue des întestiiis grêles , ou provoquée par celle des nerfs lombaires, vient ranimer la vitalité des gros intestins. On voit de combien d'erreurs fourmille la théorie de M. Louis sur l'entérite, et coml)ien ce parallèle, dont il fait tant de bruit, est fautif et dangereux pour liJ jeunesse qu'il veut instruire.
Après avoir rétréci et défiguré, chacun en pàrtîcii-' lier, tous les admirables phénomènes que la nature déploie dans la gastro- entérite aiguë , M. Louis les dispose dans un ensemble dont il fait un tableau , selon lui, décidément caractéristique. Il s'agit de cette succession des symptômes dans un certain ordre, et pendant une durée déterminée, qui doit suppléer a l'insuffisance de chacun d'eux en particulier, pour caractériser le typhus, et fournir enfin un lai^ge et imposant piédestal à cette entité.
C'est à cette œuvre que nous allons maintenant le contempler : après quoi, nous essayerons de mettre à l'épreuve la solidité de son artifice.
Après quelques discussions sur les symptômes, l'auteur dit qu'on pourrait caractériser ainsi l'affection typhoïde: «Maladie aiguë, accompagnée d'un mouvement fébrile plus ou moins intense , variable dans sa durée, propre aux jeunes sujets, principalement à ceux qui se trouvent depuis peu de temps au milieu dé circonstances nouvelles pour eux ; dont la cause est inconnue ; débutant par un frisson violent, l'anorexie j la soif, et dans la très grande majorité des cas, par dés coliques et la diarrhée; bientôt accompagnée d'une faiblesse peu en proportion des autres symptômes ; puis plus ou moins promptement de somnolence, de stupeur^ de délire, de météorisme, de sudamina ^
de taches roses lenticulaires, d'escares au sacrum, d'ulcérations plus ou moins profondes de la peau , dans les points occupés par les vésicatoires , de surdité, de mouvemens spasmodiques, ou de contractions permanentes des membres; symptômes dont les uns se dissipent après un certain temps, les autres augmentent, pour la plupart, d'une manière progressive, quand les malades succombent, ou diminuent plus ou moins rapidement pour disparaître enfin toutà-fait, si l'affection a ime heureuse issue; dont le caractère anatomique consiste dans une altération spéciale des plaques elliptiques de Tiléum. » (T. Il, p. 317.)
On voit que le mot d'inflammation n'est pas même prononcé , quoique l'auteur ait fait figurer l'inflammation dans toutes les altérations oreaniaues essen-
iqu(
tielles ou accessoires de sa typhoïde. Mais cette conclusion était préparée ; car il avait eu soin de ne pas toujours les attribuer à l'inflammation , en désignant quelques nuances qui, selon lui, n'en dépendaient nullement.
Cette précaution était de rigueur, car s'il n'eût accusé que l'inflammation, on aurait pu lui dire que ce phénomène peut être arrêté dans sa marche, et que, par conséquent, la maladie ne doit pas nécessairement acquérir toute l'intensité qu'il lui prête pour lui trouver des caractères essentiels. Il a donc cru pouvoir prévenir cette objection en subordonnant l'inflammation à la maladie , c'est à-dire en établissant que cette dernière n'altère pas toujours les tissus en les enflammant, mais qu'elle les altère constamment, soit de cette manière , soit d'une autre. D'où résulte que X altération est son effet nécessaire et caractéristique, tandis que i inflammation n'est qu'un de ses effets éventuels déterminé oar certaines circonstances. Au reste, demandez- ;ii que.s sont les modes d'altérations non inflamma-
toires, et vous Tentendrez répondre qu'ils sont spéciaux ou spécifiques.
Certes voilà du vague , des précautions pour ne s'engager à rien, et pour prévenir l'accusation d'avoir une doctrine. Il est vraiment étonnant qu'un homme qui tire ainsi la science par la queue puisse trouver de nos jours des partisans. Mais nous n'avons pas encore signalé le point le plus mystérieux de sa théorie. Quelle est la maladie qui altère ainsiles tissus?... c'est îetyphus... qu'est-ce que le typhus ? c'est le groupe de symptômes qui vient d'être exposé ; mais dans l'ordre et avec toutes les conditions qui lui ont été imposées, c'est à-dire avec des plus et des moins, avec la présence ou l'ahsence de quelques uns de ses symptômes ( les mots débutant par un frisson violent, Tanorexie, la soH dans la très grande majorité des cas en sont la preuve ; car ils prouvent que ces caractères peuvent manquer) ; c'est, disons nous, le groupe en question avec la supposition qu'on a mis des vésicatoires , etc. ; enfin avec celle que la maladie est terminée. Nous avons une observation décisive, ce nous semble , à faire ici. Si l'entité ou l'être typhus n'est constituée que par la réunion de tous les attributs énoncés dans la définition qu'on vient d'entendre, elle n'existe pas avant la terminaison de la maladie. Qu'est-ce donc qui produit tous les symptômes et tous les désordres qui précèdent et préparent cette terminaison ?
Les partisans de l'auteur répondront que c'est une cause inconnue; mais cette réponse ne vaudra rien, puisqu'on prétend que c'est la maladie et non sa cause qui désorganise. La cause doit en effet produire d'abord la maladie , et celle-ci les altérations et les symptômes, ou les symptômes et les altérations, comme l'entendra l'ontologiste; autrement la cause se confond avec la maladie, et il n'y a plus moyen de s'entendre.
Mais voici bien une autre difficulté ; si la maladie ,
qui est un composé de symptômes et craltérations , produit et les symptômes et les altérations, il en résulte que les altérations et les symptômes sont produits par eux-mêmes, puisqu'elle n'est composée que de symptômes, et voilà bien la répétition de ces absurdités métaphysiques que nous avons nommées Vontologie médicale. Ainsi cette hydre en apparence terrassée, pousse ici une nouvelle tête , dissimulée par le masque du calcul et d'im scepticisme prétendu philosophique. Ainsi , ni le ridicule de créer une maladie qui ne peut réunir tous ces caractères distinctifs que lorsqu'il n'est pjus temps de la traiter; ni la difficulté de la présumer avant cette époque par la compensation d'ime foule de symptômes dont plusieurs ne sont qu'en partie développés, ou peuvent cesser d'un instant à l'autre, ni la possibilité avouée que tous ces symptômes soient illusoires et que les plaques n'existent pas; ni celle que les plaques existent , quoique les symptômes formant les attributs de l'entité soient en défaut, rien n'a eu le pouvoir d'arrêter M. Louis dans sa création ontologique. Il a pu supposer ses contemporains assez sîupides pour se laisser imposer une méthode aussi absurde que celle qu'il a empruntée aux classiques des époques de mysticisme et d'ignorance en anatomie pathologique. Et c'est lui qui se donne un air de supériorité sur les médecins physiologistes , et qui ose avancer qu'ils li'ont produit encore aucun travail capable de faire connaître les inflammations de l'estomac...
Mais laissons les réflexions générales , et passons avec lui au chapitre des causes ; car nous avons assez parlé dé ses typhus latens et de ses affections typhoïdes simulées. Il dit bien en passant quelques mots sur letat du sang; mais c'est seulement pour faire remarquer que tantôt il offre dés couennes , que tantôt il n'en offre pas , et que ces couennes varient en couleur, en consistance et en aspect. Il ne donne point une juste idée des dif-
férences de composition qui séparent l'état normal des humeurs de celui où le mettent les diverses nuances de son entité typhoïde; et, dans le fait, cela n'était pas hien nécessaire, puisque les indications curatives ne se tirent point de ces différens états, et qu'on ne peut agir sur les fluides qu'en modifiant d'abord l'action des solides. Occupons-nous donc des causes.
Notre auteur fait parade de la plus profonde ignorance sur cette question. Il saisit en homme habile cette occasion qu'il croit favorable pour isoler de plus en plus l'entérite du typhus , car il ne perd jamais de vue son objet favori , celui de saper la doctrine physiologique. A l'en croire , tandis qne les causes de Ven' tente sont souvent évidentes, celles de l'affection typhoïde sont inconnues. Pour la gastrite, il n'en parle pas, puisqu'elle n'est pas connue , personne n'en ayant encore donné les vrais caractères. Ce qui veut dire que personne ne l'a traitée à la manière de M. Louis, Quant à la complication des deux , ou à la gastro-entérite, fi donc! il n'en est plus question depuis longtemps; c'est-à-dire depuis que M. Louis a protesté, la main sur sa conscience, que toutes les gastrites qui se rencontrent chez les typhisés sont secondaires et un pur et simple effet ou de la fièvre produite par l'entité, c'est-a-dire, en partie par elle-même , puisque la fièvre est au nombre des principaux attributs du typhus, ou des plaques, puisque les plaques qui n'ont point de causes sont responsables de tout, même de l'entité, lorsqu'elles ne sont pas la même chose qu'elle , ce qui dépend de la disposition d'esprit et de jugement où se trouve notre écrivain.
Ainsi , point de cause ; mais cependant , et sans doute par manière d'acquit , il va répéter ce que Veocpérience a déjà appris sur quelques unes des circon" stances quifavorisent le développement de cette mala^ die (t. II , p. 45 0- Qïielle réserve pour un ho mme qui
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n'a pas craint d'affirmer cent fois, contre l'évidence y que l'estomac n'était point malade au début, lorsque tout annonçait son irritation ; que Fintestin grêle était plaqué dans des cas où rien au monde n'indiquait l'affection de cet organe ; que l'inflammation n'avait point existé dans des tissus évidemment désorganisés par elle; que les prodromes s'étaient développés spontanément lorsque les sujets avaient commis des fautes de régime, ou avaient continué de travailler étant déjà malades; que des traitemens fort différens n'avaient porté aucune influence sur la marche des inflammations; que les plaques seules pouvaient expliquer des symptômes nerveux intenses et multipliés chez une jeune fille tourmentée d'abord par des affections nerveuses, ensuite par des drogues stimulantes, qui avaient manifestement exaspéré sa maladie! En somme, M. Louis affirme lorsque l'affirmation est favorable à la cause qu'il a entrepris de plaider, et doute ou nie lorsque les vérités les mieux établies lui semblent devoir nuire aux intérêts de son parti. Telle est sa loi suprême; elle nous explique assez tous les efforts que ne cesse de faire son parti pour l'élever au plus haut degré de la hiérarchie médicale.
Les circonstances sur lesquelles il se propose de faire des recherches sont l'âge , le changement d'habitude, et peut-être le sexe.
Nous ne le suivrons point dans ce chapitre, le plus Sec et le plus stérile de tous : tant étaient de tel âge, et tant de tel ou tel autre ; tant étaient à Paris depuis telle ou telle époque ; tant avaient fait des excès de table, et tant avaient eu des peines morales, etc. Il a vu sa maladie de quinze à trente-neuf ans ; plus souvent chez les nouveaux venus à Paris que chez ceux qui habitaient cette ville depuis long-temps. Il l'a vue chez tous les tempéramens et chez les personnes sobres, comme chez celles qui se livraient à des excès, et dans
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presque toutes les professions, l! n'en accuse ni les peines morales, ni les excès de travail, ni même labus (les passions. Enfin, pour conclusion , nous apprenons de lui cjue la plus grande obscurité règne sur les causes de l'afCeclion tpji l'occupe (t. Il, p. /j57). Belle instruction pour ceux qui cherchent dans l'étiologie des moyens prophylactiques contre les maux de l'espèce humaine !
II résulte pourtant un fait de ses calculs : c'est que l'inflammation de l'intestin grêle produit plutôt des plaques depuis la puberté jusqu'à quarante ans que dans les autres âges de la vie ; mais il faudrait bien se garder d'en conclure qu'elle ne produit les symptômes typhoïdes que dans les cas où elle occasion e ces plaques. C'est là l'erreur perpétuelle de Fouvragequi nous occupe, et saus cesse elle reparaît, malgré les faits cités par l'auteur lui-même, qui eu contiennent la réfutation.
En somme , si l'on veut connaître la raison pour laquelle notre auteur n*a pu assigner de cause à son typhus, nous dirons en deux mots que c'est uniquement parce cpi'il a refusé de l'attribuer à l'inflammation de la muqueuse du tube digestif.
Nous arrivons enfin au traitement : c'est ici la partie la plus insidieuse de l'ouvrage. L'auteur ne sait quels effets ont produit les traitemens qu'il a rapportés. Il a recours aux chiffres, et ses calculs n'apprennent rien. Il recherche successivement les effets de la saignée , des toniques et des vcsicatoires. Parmi les typhus terminés par la mort, tant ont été modifiés de telle manière, et tant l'ont été de telle ou telle autre; même calcul pour les typhus graves ou légers qui ont guéri, puis à la fin l'auteur ignore constamment si l'art en a guéri un seul.
Voilà de belles données à présenter à des médecins qui connaissent les procédés de la méthode physiolo-
gique ! elles sont clignes de la barbarie du douzième siècle , et parfaitement en rapport avec ce qui précède. M' Louis, dans son acharnement contre la méthode physiologique, néglige toutes les données qu'elle fournit à l'art. Ne prenant point pour base de ses vues thérapeutiques une inflammation que l'on voit souvent naître, et que l'on peut suivre de l'œil dans les différens points du tube digestif, il n'a eu garde d'apprécier les efforts que l'art peut faire pour éteindre cette phlegmasie à ses différentes époques , ou pour la détourner. Il la prend toute formée , parvenue à son summum, accompagnée d'altérations plus ou moins profondes qu'elle a produites; il fait de ces altérations des nécessités de son existence, et les suppose même préexistantes à son développement ; ensuite il en abandonne la guérison on ne sait à c^uoi; car vraiment il est difficile de se rendre compte de ce qu'il veut dire. Est-ce la nature qui guérit ou qui tue? et, dans ce cas, quelle idée faut-il se faire de cette nature? Est-ce l'entité-typhus qui est douée d'une marche fatale vers la guérison ou vers la mort? Dans cette hypothèse, à gui appartient |a marche? est-ce au groupe de symptômes, ou bien aux plaques, ou à un dwinum qiiid? Et si la réunion de toutes les altérations que l'on a trouvées constitue cette entité, quel est le principe qui les domine et qui les fait marcher? En un mot, à quoi tient la fatalité ?
14. Eouis fait agir sur ce confus je ne sais quoi, les trois ordres de moyens que nous venons d'indiquer; i| suppute, et ne sait, à la fin du compte, s'ils ont fait (ju bien ou du mal. Ce qu'on obtient de plus positif de sa plume sceptique , ce sont les mots suivans : «Cette influence ( celle des moyens thérapeutiques) , bien que bornée, me semble réelle. » (T. Il, p. dernière.) C'est sur le hasard , et sur l'observation faite à sa manière , que se fonde tout son espoir. Il en espère un spécifique
semblable au quinquina , à l'opium et à la vaccine. C'est une manière bien mesquine de dissimuler les admirables résultats que nous a déjà donnés l'observation physiologique. Ou ne saurait témoigner plus d'ignorance de cette méthode , plus d'indifférence sur la vérification des expériences qu'elle a suggérées, et par la môme raison pour les progrès de la science. Quoi! lorsque des hommes laborieux et véridiques ont recherché les sources de votre typhus , ont démontré qu'elles étaient dans l'inflammation , ont prouvé qu'on pouvait très souvent Tem pécher d'arriver au degré qui produit les symptômes typhoïdes , les seuls qui signale nt un grand danger; ont travaillé avec une attention soutenue à déterminer quelles sont les médications les plus favorables à la guérison des altérations organiques que cet état suppose ; lorsque ces hommes sont multipliés ; lorsqu'ils ont donné des preuves dé bonne foi, de philantropie , vous osez faire un traité sur le même sujet avec les marques de la plus complète ignorance de tous leurs travaux, et dans votre superbe indifférence, terminer cette oeuvre impie par la désolante conclusion que l'art ne peut presque rien sur le typhus, et qu'il faut attendre du hasard et du temps un spécifique ; et vous n'avez même pas la conscience de discuter, ni même de mentionner leurs travaux , d'en dire assez pour porter la jeunesse à les consulter? ïl semblerait, à vous lire, qu'on n'a jamais traité îe même sujet ( quoique vous ayez dit le contraire dans votre début); que vous le découvrez, que vous l'inventez , et qu'il n'y aura jamais autre chose de mieux à faire que de partir de vos erremens pour l'ap* profondir.
La méthode de M. Louis est absolument conforme a celle des psycologistes et des théologiens, qui continuent de disserter à perte de vue en partant de certains faits supposés dont on a depuis long-temps
46 J MÉDECINE DE LA lUAINCL.
prouvé la fausseté , sans jamais se mettre en devoir d'y remonter pour leur rendre l'authenticité qu'ils ont perdue. Tous ces gens comme il faut se mettent fièrenjent au-dessus de la logique; ils affirment d'un ton ferme et raisonnent à leur manière d'après des assertions substituées aux faits. Ils sourient de pitié lorsqu'on leur fait des objections, et continuent à dogmatiser sans se donner la peine d'y réjDondre.
Ne croyez pas toutefois que M. Louis et les siens n'aient tiié aucun profit des travaux des physiologistes. Comparez les époques diverses des observations qu'il rapporte avec les traitemens qu'on a suivis , vous verrez qu'à partir de 1822 la stimulation va toujours en diminuant, et qu'on arrive au point de ne plus y recourir qu'après un traitement anliphlogistique prolongé , dans les cas du moins où l'auteur a jugé à propos de nous parler du traitement après le pren^ier et le second jour.
Aussi n'est - ce pas dans les observations où le kina, le camphre , le musc , les teintures alcooliques ont été administrés dès l'npparition des premiers symptômes typhoïdes que M. Louis va chercher les trois exemples de succès des toniques qu'il a cités ; c'est dans trois observations où l'on a attendu la cessation de la fréquence et de la chaleur fébrile pour les administrer. Ces faits sont de 1822 et 20 ; mais ils doivent être plus rares dans ces années qu'ils ne l'ont été depuis, si j'en juge par les prescriptions des premiers jours dans les observations terminées par la n)ort.
Ce qu'il y a de plus positif encore , c'est le soin que prend l'auteur de répéter à plusieurs reprises dans sor) traitement général, depuis la pageSii jusqu'à la fin, le précepte de ne recourir aux toniques que lorsque le pouls est devenu aussi lent ou même plus lent que dans l'état normal, et la chaleur douce
AN AT. PATliOL. — TYPHOÏDE t)t DOCT. LOUIS. /jGl
et faible, d'acre et brûlante qu'elle était pendant que les inflammations subsistaient encore. Ce conseil est répété avec une affeclalion marquée. C'est un aveu arraché par la puissance de la vérité à la conscience de l'auteur. Mais il a pris ses précautions pour pouvoir y céder sans paraître avoir fait de concession aux physiologistes. C'est ce qu'il est bon maintenant de faire connaître à nos lecteurs.
M. Louis n'a point reconnu l'inflammation pour la cause fondamentale des phénomènes du typhus. Il lui est donc loisible de dire que l'entité ou la maladie qui les produit, tantôt est inflammatoire, et tantôt ne l'est pas. Vous voyez la conséquence : estelle inflammatoire, traitez- la par les antiphlogistiques; a-t-elle cessé de l'être, et la faiblesse est-elle dominante, opposez-lui les toniques, sans quoi vous êtes exposés à voir périr le malade.
En supposant que ces deux préceptes soient justes, ce que nous allons examiner, toujours est-il, monsieur Louis , que les médecins de votre parti n'ont établi cette distinction que depuis que les nôtres leur ont prouvé que la débilité ne forme pas l'essence du typhus depuis le commencement jusqu'à la fin , comme ils le croient encore dans les cas cités par vous , où ils se précipitent dans le brownisme aux premiers signes de stupeur et de prostration. Or, bien nous est permis de signaler, en passant, l'influence qui les a tirés d'une si déplorable erreur. Ils concèdent donc, suivant M. Louis , leur fidèle interprète , que le typhus doit d'abord être traité négativement, malgré la stupeur, les spasmes, la prostration , la somnolence, au-^ tant de temps qu'il y a forte chaleur avec la fréquence du pouls, et que le corps n'est ni exsangue, ni trop amaigri. C'est beaucoup que cela, et nous devons en prendre acte. Mais ils veulent que si le malade n'entre pas en convalescence après plusieurs jours de ce trai-
402 MLDÉCmE DIÎ LA FRANCE.
tement, les phénomènes nerveux qu'ils attribuaient la veille à l'inflammation soient attribués le lendemain à la débilité, et qu'on prodigue les toniques. Je dis que Vo?i prodigue , etc., M. Louis est positif sur ce point : les petites doses de quinquina lui paraissent tout-àfait inertes. Selon lui, soit que le malade meure, soit qu'il guérisse, le médecin doit l'avoir stimulé pour avoir rempli sa mission. C'est bien assez d'avoir consenti à abandonner les toniques dans les premiers temps, on ne saurait, sans exclusisme, avouer que là maladie est la même depuis le commencement jusqu'à la fin. Il faut être éclectique et concilier les opinions opposées. Voilà ce qui se passe dans le fond de la tête de nos docteurs.
Ils ne craignent pas le témoignage des nécroscopies: si le malade meurt après avoir été stimulé, on dira qu'il n'y a plus d'inflammation ; pour peu que la lividité et la mollesse aient succédé à la rougeur et à l'excès de rénitence, et si les dernières traces existent encore quelque part, on assurera qu'une inflammation qui a résisté aux antiphlogistiques un certain nombre de jours ne doit plus être traitée par les toniques. Ainsi, quoi qu'il arrive, on n'aura jamais tort.
Le malade guérit-il, l'honneur en revient aux toniques, sans le secours desquels il allait s'écroider après les saignées du début, comme un vieux mur ébranlé par les coups redoublés du bélier. La convalescence est-elle prompte , triomphe , Te Deum ! Sans les toniques , il allait périr, ou rester dans une débilité déplorable. La convalescence est-elle longue, que voulez:-vous? c'est un des caractères du typhus. Cette entité n'est quelquefois complétée qu'après deux ans de convalescence.
Je vous défie , cher lecteur, de trouver ces doctrinaires en défaut , si vous avez la bonté de leur accorder leurs prémices , c'est-à-dire une entité composée
ANAT. PATHOL. — - TYPHOÏDE i)tT boCt. LOUIS. 4^3
d un groupe de symptômes qui ne sont essentiellement ni rouges ni noirs, ni chauds ni froids, mais qui peuvent être tout cela, ou successivement, l'un et l'autre, afin que tous les oracles classiques soient accomplis.
Ici donc nous sommes obligés de nous inscrire formellement contre les assertions pratiques de M. Louis; il le faut bien toutes les fois que ses erreurs procèdent moins de sa logique que de sa manière d'observer.
Je dirai d'abord que les saignées du bras , les seules qu'il veuille accorder , et les boissons émollientes prises en aussi grande quantité que le malade peut les supporter (ce sont ses expressions) , ne donnent nullement la mesure delà puissance du traitement antiphlogistique. La gastro-entérite aiguè typhoïde est une des phlegmasies où la lancette a le moins à f^vire; un petit nombre de phlébotomies suffit ; si la maladie n'y cède pas, la répétition de cette émission jette le malade dans une extrême prostration^ le précipite dans uri marasme prématuré et le rend souvent incurable. Le meilleur mode d'émission sanguine est celui des saignées locales , et surtout des sangsues apposées , non pas nécessairement en abondance, mais en nombre proportionné aux forces , sur les points de la cavité abdominale où la phlegmasie prédomine. Mais il faut en leconnaître les points pour pouvoir les attaquer; ci\r SI ['on soulieni jnordlc us , avec notre auteur, que la maladie est constamment dans les plaques^ on négligera le moment opportun d'agir, soit à l'épigastre, soit à l'anus , soit dans les flancs, les hypocondres ou les divers trajets du colon , et l'on n'obtiendra pas les résultats qu'on s'était promis.
Les boissons trop copieuses , quelque émollientes qu'elles soient, entretiennent l'inflammation , quel que soit le point où elle prédomine , dans les voies diges^ tives; elles sont nuisibles surtout après les saignées géaérales abondantes , et souvent causent le vomisse-^
46z| MKDFCINF PF LA FRANCE.
ment ou détermineiU la diarrliée par une indigestion d'eau : il faut donc les ménager. Mais si les saignées locales sont |3ratiquées à pro|3os sur l'estomac et sur la région duodénale, la soif cesse, et Ton fait très bien alors de ne pas gorger les malades de boissons ; il importe de n'en donner qu'aulant qu'il en faut pour soutenir le malade, de ne jamais forcer l'absorption dans les intestins grêles enflammés, et de l'obtenir par la voie du gros intestin, s'il n'est pas malade, afin dVutretenir la sécrétion urinaire. Si Ton agit autrement, si Ton entonne le malade de boissons lorsque la gastrite prédomine , si l'on midtiplie les lavemens quand le colon est phlogosé, ce qu'indique toujours la diarrhée, quoi qu'en puisse dire notre subtil calculateur , on empêche la résolution des phlogoses et l'on entretient l'état aigu.
Voilà la meilleure méthode; celle qui abrège la durée des gastro-entérites; celle qui empêche qu'elles ne dégénèrent en typhus, et qui suspend les symptômes dans celui-ci, et les empêche de conduire les sujets au dernier degré de l'épuisement. Nous l'exposons ici, quoiqu'elle l'ait été depuis peu dans nos leçons imprimées, afin de prouver aux médecins qui auront lu l'ouvrage de M. Louis que dans toutes ses observations il ne cite pas un seul exemple de traitement antiphlogistique bien appliqué. Ils peuvent le relire après avoir essayé la méthode que nous indiquons, et ils seront convaincus que c'est à tort et contre la vérité qu'il a dit que les sangsues ne convenaient jamais dans le typhus, et que , quel que fut le traitement, la maladie poursuivait impérieusement sa marche fatale.
Les vésicatoires , les sinapismes, les fomentations aromatiques opposées au météorisme n'entrent point, comme on peut bien le penser, dans le traitement antiphlogistique, et toutes les fois qu'on en a fait usage, il ne Auit pas se flatter de l'avoir suivi. J\T. Louis a
bien raison de condamner les deux premiers de ces moyens ; mais à qui doit-il cette idée ?... combien d'années n'y a-t-il pas que les physiologistes ont écarté ces moyens de la cure antiphlogistique? ils ne les proscrivent pas cependant ; ils les réservent pour l'époque où la révulsion peut être tentée sans danger.
Pteste enfin la fameuse question des toniques : ces messieurs les veulent, à quelque prix que ce soit, même par la voie de l'estomac, pour les typhus avancés, comme ils les ont voulus pour la période algide du choléra. Y renoncer, ce serait abdiquer le dernier siècle, et les éclectiques ne peuvent s'y résoudre. Il doit y avoir du bon ; c'e st leur devise. Cherchons donc la valeurde cette espèce de médication. Us nous assurent, en apparence de la meilleure foi du monde, que les malades ne guériraient pas sans cela; mais j'atteste, de mon côté, que j'en guéris tous les jours, et des plus adynamiques, sans sulfate de kinine, sans vin et sans serpentaire de Virginie. Je proteste qu'il m'arrive très souvent, après avoir éteint l'inflammation par les saignées^ soit générales, soit locales, de laisser pendant deux jours les malades dans la prostration. Je ne la redoute plus lorsque la fréquence du pouls a cessé ou seulement beaucoup diminué. Je donne de l'eau sucrée ou de la limonade, et je prédis, pour le second ou le troisième jour, le retour des forces qui amène celui de l'appétit. Alors les légers bouillons ou l'eau laiteuse sont accordés ; et loin d'avoir de ces longues convalescences , si nécessaires au complément de l'entité typhoïde, j'en ai de très rapides ; car, après quelques jours de boissons légèrement nutritives, les alimens peuvent être accordés et augmentés en peu de temps avec le plus grand succès; ce qui n'arrive guère quand on a stimulé et prodigué les reslaurans au moment où le mouvement fébrile vient de céder.
Je ne crois donc point à l'assertion de M.Louis, 4. 00
proclamant a son d^ trompe que si les malades np sont tonifiés au moment où lé ponls perd sa fréquence, ils ne pourront jamais se relever. Cela pçut çtre dit de bonne foi ; rnais qu'il essaie notre méthode^ pt sa conviction changera. C'est une fiction que cette adynamie typhoïde sans fréquence du pouls' et sans chaleur fébrile, après les saignées. C'est un subterfuge ingénieux pour ne pas abandonner jes toniques, pour leiir conserver un rôle c|e quelque imp'of'tance dans le traitement d'une entité dont ils étaient naguère les spécifiques. C'est un moyen de se soustraire à une influence qu'on a subie malgré soi , celle de ]a méthode physiologique, et d'épargner à l'anjour-propre un aveu qui coûte. Voici le mot : en plaçant cette dél^îlité consécutive sous l'influence du typhjiiS;, on la met §ur la mêm.e ligne que Tinflammation, que rétat bilieux, que l'étaf nerveux; l'on a l'air de sjB rallier aux anciens, qui admettaient tous ces états dans une même maladie, comme ses effets et son ouvrage^ et l'pn fait û des médecins physiologistes comn^e s'ils n'avaient rien découvert dans la science. Cet heureux subterfuge autorise même à ne rien dire des leçon^ qu'on a reçues d'eux , et M. Louis en a usé en disciple digne de ses maîtres.
Pour terminer sur les toniques, nous ne prétendons pas nier qu'ils ne puissent être fort utiles à la suite des pertes de sang excessives, soit spontanées, soi|; provoquées. INous les avons quelquefois employés 3ans ces cas avec un succès non douteux. En effet, que la phlegmasie soit totalement emportée, ou qu'il en resté dans quelque point du canal, l'important esjt que le sang ne manque pas au cerveau, car la mprt en ^serait la suite nécessaire. Lors donc que le filet du sang artériel est trop exigu à la suite des héiporrhagies excessives, il faut exciter le cœur et ranimer un peu le canal pour qu'il puisse faire l'absorption. Il le faut
quand bien même il resterait un point de phlegm.^sîcr circonscrit dans l'estomac, le duodénun^, ou cjVie|que intestin : il le faut, sauf à revenir ensuite aux émissions sanguines locales, si cette phlegmasie ranimée tend à se propager de nouveau. i
Reste à déterminer quelle est la voie la plus avan-' tageuse pour le coup de fouet que Ton veut donner: c'est l'analyse physiologiqiie des fonctions et non l'idée grossière d'une entité morbide comprimant tout l'prga-' nisme qui fera connaître cette voie. La stimulation de la peau doit être tentée la première: le calorique, les rubéfians instantanés sont les moyens qui s'offrent d'abord. La stimulation interne se décide (Faprès le lieu où prédominait l'inflammation qui a précédé la perte du sang : était-elle vive dans l'estomac , gardezvous de stimuler par cet organe; vous vous en repen-* tiriez deux heures après. N'accordez même pas^ des boissons trop acides : une boisson sucrée suffira pendant la stimulation de la peau. C'est le concours de ces ^eux moyens qui nous a le plus servi dans ces sortes de cas. Si le colon est sain, on peiit porter la stimufq-'^ tion sur la surface de cet intestin; elle agira aussi puissamment qu'on pourra le souhaiter, si les deux moyens précédens marchent de concert ayec elle : c'est dans ces cas qu'un lavement avec le sulfate de kinine peùt^ être utile. Si le colon est trop enflammé , ce n^est point sur lui qu'on doit frapper. L'estomac sain en peut sans doute choisir l'ingestion pour ranimer l'action dw cœur par les diffusibles ; mais si ces deux voies internes sont également fermées par l'inflammation , je ne vofs vraiment que la stimulation extérieure qui soit indiquée jusqu'au moment où la circulation est rét^^^fç? et où l'absorption des liquides muqueux et sucrés élt devenue possible par la surface interne des voies dîgestives. Aller au-delà , et se faire une loi de donner pendant plusieurs jours de suite des potions kinacéêà"
OU kinînées, camphrées, musquées et virginisées aux typhisés que les antiphlogistiques viennent de jeter dans la prostration , c'est prolonger la maladie, et préparer une convalescence longue, difficile, sujette aux rechutes, et qui certes est bien loin de devoir faire partie des caractères de la maladie principale. 11 est un point important sur lequel nous craindrions d'être mal interprétés par les malveillans; car nous en comptons beaucoup, sans rien dire de ceux que nous ne pouvons pas compter; et ce point va terminer nos réflexions.
Il est certain que tous les malades auxquels on enlève facilement la gastro-entérite, même typhoïde, dans l'espace de quelques jours, n'ont point eu d'altération profonde, soit en ramollissement, soit en ulcération, dans le canal digestif. Nous pouvons affirmer cela, contradictoirement à M. Louis, parce que nous avons plusieurs fois ouvert dans cette période des soldats qui s'étaient donné la mort. Nous avons en effet rencontré chez eux des rougeurs et des gonflemens des follicules, plus ou moins considérables, suivant la région où prédominait la phlogose, et nous avons pu comparer les symptômes avec ceux d'autres sujets qui ont eu le bonheur de guérir dans la même période. Mais quant à ceux qui ont passé par tous les degrés de l'adynamie dans l'espace de quinze, vingt, quarante, cinquante jours, et qui n'ont pas succombé , il n'est pas permis de douter que ce retard de guérison n'ait été nécessité autant par la lenteur des cicatrisations que par la multiplicité des points de phlegmasie, et jamais par la faiblesse pure et simple. Je ne parlerai pas avec détail de la meilleure manière de conduire ces malades à la convalescence : il me suffira de dire , en général « que , passé une certaine période, la saignée ne convient plus , et qu'il faut les nourrir avec des boissons fort douces en t^ttendant que la nature ait achevé son tra^
vail. Notre opinion est d'ailleurs qu'aucun de ces sujets ne se sauve de la stimulation tonique des ontologistes.
Mais c'est à la convalescence de ces derniers malades que j'en veux venir : on ne doit pas s'attendre qu'elle sera d'abord rapide. L'expérience nous a montré qu'ils restent pendant douze ou quinze jours dans un état extrême de faiblesse, avec peu d'appétit , et presque sans faire de chairs. Si l'on s'avise de vouloir hâter la marche de ces sortes de convalescences, la gastrite, la diarrhée ou une péritonite, avec ou sans perforation, vous les enlèvent bien souvent. Si l'on attend avec patience, en leur donnant de légers bouillons, de l'eau laiteuse ou du lait danesse, etc., ils finissent d'ordinaire, au bout de la quinzaine, par sortir de leur faiblesse, par prendre un grand appétit ; et, à partir de ce moment, leur convalescence marche avec autant de promptitude que celle des sujets qui n'avaient pas éprouvé d'altérations organiques.
Non , non , je le répète en terminant ; non , il n'est nullement vrai que la lenteur des convalescences soit un des attributs du typhus , et tous ceux qui languissent pendant des mois à la suite de ces maladies sont des sujets qu'on a stimulés à contre-temps , et chez lesquels on a, par cette pernicieuse pratique, empêché la résolution de plusieurs points partiels de phlegmasie , soit dans l'estomac et le duodénum , soit dans la région iléo-cœcale , ce qui est le plus ordinaire; soit enfin dans tout autre point du canal; sans parler des phlegmasics secondaires , dont une fausse médication ou un régime mal entendu peuvent également prolonger la durée.
Nous ne porterons point de jugement général sur M. Louis ; noire but n'est nullement de le molester. Nous n'avons eu pour objet , dans ce qui concerne cet auteur , que de lui aider à se corriger s'il en sent le besoin , et s'il en a le désir.
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