‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologique (volume 2)Chapitre 13 sur 23 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

SlilTE DR l'anATOMIE PAI itOLOGIQUF. — ELLE ÉPROUVÉ DES MODIFICATIONS. — SON APPLICATION A l'iNFLAMiftATlON EN GÉNÉRAL PAR M. GENDRIN.

Le grand Dictionnaire des Sciences medicaïes , le iTraifé dé l* auscultation médicale de feu Laennec, çt iés deux ouvrages dé M. l^ouis que nous venons de jïàrcdùiir , sont les princij3aux dépôts de la doctrine âflatbmicd-patiiologique primitive de f'rance ; mais on peiU y i'emarqùer pltisieui's nuances. Les ahàtomopalhdiogistes du diclioiinaîrë et Laëniiec veulent souitiettre la pathologie aux altérations organiques ; Laen- Jiëti âpiDiique cëUe doctrine aux maladies de la cavité thoraciqiië. M. Louis s'attache aux tubercules |iulmpnaires, et leur subordonne non seulement toutes les plithisiès , mais encore les prodiictions tuberculeuses (îë tous les autres organes. Le même auteur reparaît Jioiu^ jouer lin iole un peu différent dans la gastro- 'ehtërite aiguë ; il la soiimet bien aux plaques de rilëuiiî , mais celles-ci sont elles-mêmes subordonnées à Une entité mystérieuse, à line essehtialhé fébi^ile qiii ne j^araît qu'à ti'avers des nuages , et i:|ui n'est conservée que pài: respect pour les classiques.

Ddiïs ces iiuahcës confuses de docti'iiië , TinflarniTiatidii ne joue qu'un rôle secondaire , et l'irritation est tiraitéë avec luj souverain mépris, quoiqu'on se trouve à chaqiie instant forcé de lui emprunter des explications. L'esprit de parti domine dans tous ces oiiVragës (jii'il a dictés. Il est hautement professé dans les ëci'its de Laennëc , et il perce de temps en temps dàris cëiik de M. Louis, dont le caractère est moins ardent et les prétentions moins élevées tjuè celles de son maître.

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^ Ces vices furent sentis par tous les bons esprits ,, et M. Gendrin espéra y porter remède en réduisant l'inflammation à sa vei'i table valeur. Il ne dédaigna pas non plus l'irritation. Il n'affecta point de dire, avec les ennemis déclarés de notre méthode, que Tirritatiou n'était point définie dans les ouvrages des physiologistes ; il l'admit, mais seulement comme luie nuance préliminaire de rinflamrnation , et donna à cette dernière une importance beaucoup plus grande cjue celle que lui avaient accordée les auteurs déjà cités. M. Gendrin n'entreprit point de traiter l'anatomie pathologique en général , mais seulement l'anatomie pathologique de l'inflammation , dahs le but de déterminer jusdu à quel point ce phénomène entre comme élément dans la pathologie humaine. La question était grande, belle, et parfaitement à l'ordre du jour lorsqu'il la traita.

Nous allons donc nous occuper de son travail (i^.

Nous dirons d'abord sans hésiter que M. Gendrin a rendu un vrai service à la science en rassemblant tous les faits relatifs à l'inflammation et les rattachant aux différens organes. 11 résulte en effet: de ce travail la confirmation de ce que iious avions recormu, que l'inflammation est la même dans tous les tissus; et qu'elle offre une foule de degrés, depuis les plus aigus jusqu'aux phis chroniques. L'auteur fait très bien connaître tous ces degrés, auxquels il trouve pou:i^ traits communs le développement et la multiplication des vaisseaux sanguins, et la formation d'une matière purulente dont il décrit les nuances diverses. La congestion sanguine arrive bientôt à produire la stagnation du sang dans le centre du foyer d'inflammation , et les injections ne peuvent plgs y pénétrer. Ensuite la fibrine accumulée, retenue, extravasée dans leà aréoles et dans les membranes enflammées, devient ia source du pus.

(i) Jlist, anatom. de U inflammation, Paris, 1826, 2 vol. in-8.

Il pense en effet que, seule , la fibrine donne la qualité plastique et l'aptitude à s'organiser qui caractérise ce liquide lorsqu'il est de bonne qualité.

On voit dans son ouvrage cette fibrine arriver sur les surfaces enflammées, en raison du progrès de l'inflammation. Elle vient se combiner, soit à la sérosité' albumineuse dans les tissus cellulaires et séreux , soit au mucus sur les membranes mucipares , soit aux différens produits de la sécrétion normale des glandes, à mesure que l'inflammation en ddate les vaisseaux sanguins. Cela va jusqu'à l'excrétion de sang pur en cas d'excès d'inflammation. Mais si l'extravasation était trop copieuse, on sait que la suppuration ne pourrait plus se faire.

Cette théorie rallie donc , par ses conséquences , les hémorrhagies aux inflammations; rapport senti et annoncé depuis bien long-temps.

Elle rappelle aussi Bichat, qui voit la sensibilité organique des capillaires non sanguins se mettre en rapport avec ce fluide par l'effet de l'inflammation; d'où résulte que ces vaisseaux peuvent l'admettre en entier, et même l'exhaler par leurs orifices béans sur les surfaces et dans l'intérieur des tissus.

Je passe sur toutes les particularités de l'inflammation normale, suppurante, adhésive, pour donner une idée des différences que l'auteur admet dans ce phénomène en le promenant dans les divers tissus de l'économie; car il a le bon esprit de ne pas se bornera le considérer d'une manière abstraite. Dailleurs, cela n'était plus possible dans l'état actuel de îa science.

Il admet pour chacun d'eux, à très peu d'exceptions près, l'inflammation aiguë ,\à chronique, h phagédénique ou ulcéreuse , et \^ gangreneuse.

Rappelons -nous que l'inflammation est, selon notre auteur, toujours et partout essentiellement la

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même , et nous en conclurons qu'elle n'est modifiée que jDar les degrés de l'irritation, par les causes, qui peuvent être des matières étrangères, par la structure des parties, parla nuance où elle règne dans leurs différens tissus et par les divers produits exhaîatoires ou sécréloires de chacun d'eux , dans lesquels il se trouve des matières colorantes, etc. Viennent ensuite les inflamraations des différens tissus. Nous en noterons quelques particularités.

Dans le début de la péritonite , il y a de la sérosité en vapeur qui gonfle ie ventre. Puis vient Texsudafion ou la fausse membrane, qui peut se détacher par flocons dans la sérosité; le tissu cellulaire postérieur s'affecte, il y a emphysème sous-séreux par la vaporisation du sérum , et le phlegmon y est possible. Il admet la perforation des intestins comme celle de la plèvre par suite des phlegmasies séreuses. Elle résulte de foyers circonscrits remplis de pus ou d'une fausse membrane entre les deux lames des séreuses ; il en peut résulter des altérations inflammatoires phagédéniques. Il y a dans l'état chronique de ces phlegmasies des élévations qui dépendent de l'infiltration circonscrite d'une matière album ineuse ,coagulable; elles sont plates ; et d'autres, qui dépendent d'un épanchement aussi circonscrit de fibrine diversement colorée et même rouge , sont noires; ce qui pi'oduit des apparences de pétéchies.

Quant aux ti s s us fibreux^ les cartilages n'étant point fibreux , ne sont susceptibles d'inflammation que lorsqu'ils le sont devenus, et c'est le premier effet de leur irritation. Mais les diarlhrodiaux, les seuls qu'il regarde comme vrais cartilages, ne deviennent jamais 'fibreux, et ne s'enflamment point; les autres peuvent éprouver toutes les nuances de l'inflammation.

Les os, plus compliqués que les cartilages, et surtout plus sanguins, sont plus souvent attaqués de l'iu-

flammation. Leur inflammation aiguë est celle de leurs plaies , la chronique est l'exostose, la phagédéniquë ou ulcéreuse est la carie, et la nécrose correspond à leur inflammation gangreneuse.

Dans la peau enjlanimée s'offrent une foule de nuances qui ont été décrites par un assez grand nombre d'auteurs pour que nous nous dispensions d'en donner le détail. Nous dirons seulement, à l'appui de la médecine physiologique , que le furoncle est l'inflammation intèr-aréolaire du derme, et que l'on n'y trouve point, dans l'état simple, d'escai e gangreneuse. Le bourbillon li'est donc qu'une exsudation pseudomembraneuse^ qui traverse la peau dans une aréole; Il n'est point susceptible d'organisation spontanée . et pénètre quelquefois avec l'inflammation dans le tissu cellulaire. Les inflammations chroniques de la peau se composent, dé Vévfthénioïde , des vésicatoires ^ du pemphigus , des inflammations pustuleuses , où figurent surtout les dartres. Celles-ci attaquent plus ou moins les cryptes sébacés, qui se gonflent , et dont les orifices se dilatent, et leur sécrétion, altérée par l'irritation et mêlée d'albumine et de fibrine, avec ou sans matière colorante, explique les différences de leurs suppurations.

On sent que l'aspect et les produits des inflamniatidns chroniques de la peau doivent varier suivant la présence ou l'absence des follicules; car, s'ils manquent, la forme dartreuse ne peut exister suivant notre auteur.

Il ne considère les pustules syphilitiques que sous le rapport de rintlammation chronique. Nulle discussion sur la caiise matérielle ou purement irritative. On s'eut qu'elles ont beaucoup de rapport avec les dartres.

lues pustules teigneuses les plus prononcées, celles de la faveuse , par exemple , attaquent les bulbes

des cheveux ; mais les superficielles, comme celles aè la granulée, de la furfuracée, sont placées dans le réseau vasculaire superficiel de la peau, 11 ne dit pas que les cryptes ou les follicules y soient intéressés. Le degré de congestion sanguine, la jiart qu'y prennent les traînées cellulaires enchevêtrées dans le derme, les papilles , les nerfs de ce iissu , et le tissu cellulaire souscutané, établissent d'énormes différences entre l'aspect des dartres , des teignes , et de toutes les inflammations chroniques de la peau.

Ainsi disparaîtront peu à peu ces entités de la pathologie cutanée, si finement distinguées entre elles, si savamment dénommées , si pompeusement différenciées par l'artifice du pinceau , et auxquelles on s'évertue avec tant d'inanité à donner de l'importance et à chercner des spécifiques qui leur correspondent. Ce progrès, consacré par M. le docteur Gendrin , est une émanation dii-ecte de ta médecine physiologicjue, qui ne cesse depuis vingt ans de réduire toutes les dermatoses au phénomène de l'inflammation et à 'celui de la subinflammation.

Les injlammaiions phagédéniques de la peaii sont la suite des précédentes ; elles n'ont de reiiiarquable que le gonflement et l'injection de leurs bords et de leui' fond.

Dans les gangreneuses ^ outre la gangrène par excès d'inflammation, quelle que soit l'origine de celle-ci > ou les gangrènes cutanées accidentelles, on voit la pustule maligne et l'érysipèle gangreneux , sur lesquels nous ne troiuons rien de nouveau : l'auteur ne s'ciccupe ni de la fièvre, ni de la répétition ou de la priorité du phénomène de finflammation dans les viscères.

Arrivé à Vanatomie pathologique des membranes muqueuses , il les partage en deux séries ; elles sont toutes purement muqueuses ou mucipares, à Texcep-

tion de celle cUi tube digestif, qui est villeuse et muqueuse tout à la fois.

Nous passons sur l'état normal, qui n'offrirait rien de particulier sous les autres rapports. Nous nous contenterons d'ajouter que, malgré la présence de ces villosités, l'auteur n'y voit pas, à notre manière, un sens interne destiné à émouvoir de nombreuses sympathies; aussi l'inflammation n'est-elle considérée dans les muqueuses, ainsi que dans la villeuse, que sous le rapport des changemens qu'elle introduit dans leur tissu. Ces changemens caractéristiques, selon l'auteur, de l'état inflammatoire aigu , chronique, phagédénique et gangreneux , sont d'ailleurs fort bien décrits, à cela près que M. Gendrin laisse de côté certaines altérations qu'il se propose de soustraire plus tard à l'inflammation ; nous verrons comment et pourquoi. Les inflammations des membranes muqueuses et villeuses sont distinguées, pour la description , en érythémoïdes^ pustuleuses et pseudo -membraneuses. Mais ceci n'est que de l'anatomie pathologique. L'inflamma^ tion peut passer, et passe souvent, d'une forme à l'autre, quoique née sous des influences identiques. Les différences iX^i^e et de constitution sont souvent , d'après notre observation , les seules causes de ces différences qui peuvent aussi se montrer chacune sous des influences endémiques ou épidémiques particulières.

Nous omettrons les détails très multipliés, mais bien connus , de ces phlegmasies tant aiguës que chroniques, phagédéniques et gangreneuses, en nous bornant à faire observer qu'il y manque des rapprochemens et des considérations physiologiques , ce qui en fait plutôt des articles d'anatomie pathologique purement et simplement , qu'une étutle clinique tendant à perfectionner l'art de guc'rir. On en conclura facilement que ce travail ne saurait fournir des bases ni

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à la séméïotique, ni à la nosologie, et encore moins à la thérapeutique.

Arrivé à X anatomie pathologique des vaisseaux sanguins ^ l'auteur commence à établir l'état normal de ces tissus, comme il Fa fait pour tous ceux dont il s'était occupé précédemment. Du reste, il n'étudie les maladies des artères et des veines que jusqu'au point où ces vaisseaux ne sont pas assez petits pour échapper à l'observation directe.

Dans la partie pathologique, qui rentre toute dans l'inflammation , on trouve des faits de haute importance ; mais l'auteur a pu puiser à de bonnes sources. Selon lui , toutes les rougeurs de la tunique interiie des artères ne doivent pas être rapportées à l'inflammation. Il veut , pour l'état aigu des inflammations artérielles et des veineuses , outre l'imbibition sanguine , rugosités de la tunique interne , vasa vasorum multipliés, possibilité de séparer les tuniques les unes des autres, épanchemens , exsudations diverses, et, au plus haut degré , oblitération ou réduction du vaisseau en tissu cellulaire; indépendamment de la propagation de la phlegmasie aux tissus cellulaires voisins.

Il est clair que ce n'est encore là que de l'anatomie pathologique calquée sur le plus haut degré d'inflammation ; car lorsque, pendant la vie, le praticien a réuni des signes suffisans de la surexcitation des artères et des veines , il n'a besoin que de la rougeur et de l'imbibition sanguine de leur tunique interne pour être sûr qu'elles ont souffert un état véritablement inflammatoire, car le sujet peut périr d'une autre affection dans la première période d'une inflammation vasculaire. Mais ces vues n'entrent pas dans le plan des anatomo-pathologistes , auxquels il faut des désorganisations très prononcées pour qu'ils affirment l'existence de l'inflammation d'un tissu quelconque. Ils méconnaissent donc constamment ce phénomène toutes les

fois qu'il a causé la mort dans sa première périodp , sans songer qu'il est des phlegmasies çl*une activité, telle ,soit par leur cause, soit par l'extrême irritabilité des centres nerveux, qu'elles tuent, dans bien des cas, en détruisant la fonction innervatricq, avant d'avoir opéré de grands désordres dans les tissus qui eu ont été affectés. Le choléra-morbus épidémique que nous venons d'essuyer n'a que trop prouvé la vérité de cette assertion, et M. le docteur Genclrin s'est montré, dans ce qu'il a écrit sur cette maladie , plus anatomo-pathologiste que médecin bien pénétré des principes d'iuie véritable physiologie. Il a donc été toujours fidèle à la doctrine dont il fait profession dans l'ouvrage dont nous flonnons ici l'analyse.

Les inflammations chroniques des vaisseaux sont bien décrites par l'auteur, ainsi que les phagédéniques. Nous avons vu avec beaucoup de satisfaction qu'il ne s'est point évertué , à l'imitation de Laennec, à isoler de l'inflammation tous les désordres de l'épaisseur des vaisseaux, avec ou sans ulcért^tion, dans lesquels le sang a disparu pour laisser à sa place des fluides blanps coagulés, plus ou ïïioins tenaces, ramollis ou friables, ou des dépots salins et calcaires. Toutes ces altérations sont, par l'auteur , rapportées à l'inflammation phrpnique. Toutefois nous verrons plus loin que, en homme qui a ses vues, il s'est réseivé le moyen de revenir, au besoin , sur cette assertion; mais ce n'est pas maintenant ce qui doit nous occuper.

Dans Vanatomie pathologique de, V inflammation des vaisseaux et des ganglions lymphatiques, M. Gendrin n'a point meution^^ié lasecrétiqn de la matière dite tuberculeuse. Nous verrons plus tard commei^t il la considère.

V inflammation du tissu nerveux, considérée soit dans les centres, soit dans les nerfs estra-cr^niens, est bien décrite; mais il n'est point question, dans le-

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tat chropiqiie, des altévations que Tauteui' croit pouvoir rapporter, avec Laeniiec, à un yice prin^itif de la nutrition, tels que squirrhes, tubercules, etc.

On a toujours la douleur, en lisant les observations particulières, qui du reste î^e sont pas de la pratique de l'auteur, de reconnaître que la plupart des décè§ ont été le résultat d'un traitement insuffisamment antiphlqgistique ou même directement stimulant, qui a laisse le temps aux phlogpses du tube digestif de se communiquer aux centres nerveux.

On y trouve également des phlegmasies des gro3 nerfs extérieurs, tel que !e sciatique, où l'autopsie u*^f~ rive que par la négligence qu'on a mise à traiter ffanchement rinflammation dans son début, pour se confiera des révulsifs prématurés ou se jeter dans le spécificisme. Nous avions fait la même remarque en parcourant l'anatomie pathologique des membraqes mu-jqueuses et surtout de la villeuse du tube digestif. Ce sont toujours ou l'imprudence, ou 1^ négligence des malades , ou les bévues dés praticiens , qui fournjssépt les plus riches moissons aux anatomo-pathologistes. Ils tirent habilement le rideau sur la méthode prétendue curative , pour ne fixer l'attention que sur l'étendqeet la beauté des altérations organiques; et f ouvrage passe sans critique. Tl nous semble pourtant c[ue les erreurs du traitement sont faiblement compensées par les belles descriptions anatomico -pathologiques aux^ quelles elles donnent lieu, et que ces descriptions auraient une utilité beaucoup plus grande en faisant connaître leurs fautes aux médecins traitans, et les portant à tout faire pour s'en corriger. "''

11 est inutile de dire que M. le docteur Gendrin a beaucoup profité des travaux du professeur Lalleinand pour l'anatomie pathologique de l'encéphale; mais il est juste d'ajouter que plusieurs observations importantes lui apj3artiennent; mais nous verrons plus tard

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que le professeur de Montpellier envisage les affections de l'encéphale sous un point de vue plus large et plus fécond en applications thérapeutiques.

\] inflammation des muscles est mieux décrite chez M. Gendrin que nous ne l'avons vue partout ailleurs. C'est le tissu cellulaire, comme l'a dit Bichat, et comme nous l'avons répété , qui l'introduit entre les faisceaux et les fibres musculaires ; mais celles-ci et les nerfs finissent par y participer. L'auteur fait Tim portante remarque que la fdjre musculaire enflammée passe bientôt à un état de demi-contraction , dans laquelle elle n'obéit plus ni à la volonté ni à la stimulation du nerf même par le galvanisme, dans laquelle elle ne cède même pas à la section de ce nerf : fait précieux qni prouve, avec beaucoup d'autres, que la matière nerveuse est partout douée des mêmes propriétés, et que les nerfs ne reçoivent point du cerveau, comme les vaisseaux reçoivent du cœur, un fluide auquel tiennent essentiellement leurs fonctions, quoique leur communication avec ce centre nerveux soit nécessaire pour la perception de ce qui se passe en eux , aussi bien que pour l'entretien de leur action.

L'auteur n'a point rangé dans les inflammations chroniques musculaires, la dégénération graisseuse des muscles, par l'effet des vieilles douleurs et des affections qui condamnent pendant long-temps des membres entiers à l'inaction. N'admettant point les subinflaramations , il n'avait pas de place pour ces sortes d'altérations où l'action organique, détournée des fibres musculaires, devient prédominante dans les tissus cellulaires et fibreux. Au surplus, on lit avec intérêt ce qu'il dit de l'inflammation musculaire chronique , qu'il suit dans les désorganisations progressives des viscères, tels que le cœur, le tube digestif, l'utérus et la vessie. Nous n'y avons rien trouvé que de fort judi-

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cieiix ; mais tout ce qui peut être rapporté à Tirritatien organique chronique ne s y trouve pas.

Les inflammations des organes sécréteurs sont envisagées cle manière à ce qu'elles confirment pleinement les vues cle la médecine physiologique. L'auteur dit, avec beaucoup de raison, suivant nous, qui professons le même dogme depuis vingt-cinq ans, que toute action sécrétoire augmentée tend à l'état inflammatoire. Il fait voiries sécréteurs de la bile, de l'urine, du fluide pancréatique, du sperme, de la salive, rougissant, dans les expériences faites sur les animaux, sous l'influence d'une excitation qui exagère leur action sécrétoire. Il ajoute qu'un premierdegréd'irritation augmente le produit de la sécrétion , le rend acre, et, si elle devient plus forte, sanguinolent; maisqu'une fois l'inflammation bien confirmée , la sécrétion s'arrête pendant que l'organe se tuméfie, et tend au phlegmon. Il ne répète pas à la lettre ce qu'écrivit Bichat, que les sécréteurs reçoivent l'irritation qui les fait agir de la surface muqueuse, et surtout de la région de cette surface où viennent s'ouvrir leurs canaux excréteurs ; mais on le conclut facilement des expériences qu'il rapporte, et d'ailleurs il dit très expressément que dans la salivation mercurielle , la membrane de la bouche donne des marques de phlogose avant que la salivation apparaisse; d'où il résulte que toutes les fois qu'un organe sécréteur est conduit à l'inflammation par l'exagération de sa fonction sécrétoire, cette inflammation est provoquée par l'irritation de la surface muqueuse.

Ces faits, si bien connus désormais, ne devraient-ils pas suffire pour inspirer aux praticiens de la circonspection dans l'emploi des purgatifs, des diurétiques, des sialagogues, lorsque l'état inflammatoire , répandu dans plusieurs viscères, par exemple dans des mala-^ dies que les auteurs appellent des fièvres , est disposé à s'exagérer et k devenir prédominant sur les points 4. 3i

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qui recevront l'action des stimulans ? En effet , c'est encore à la suite de la négligence des moyens antiphlogistiques , et sons l'influence des médications qui ont pour but ou d'évacuer des humeurs morbifiques , ou d'entretenir la liberté des évacuations . que se sont présentées, dans les cadavres, ces graves altérations organiques qui ont mis notre auteur à même de donner de bonnes descriptions des phlegmasies glandulaires. Vivent les browniens, les ontologistes, les empiriques, les éclectiques et les stimulateurs de tous les genres pour fournir de grandes et belles altérations pathologiques !

M. Gendrin se montre ici le même que dans tous les autres chapitres ; tout ce qui n'est pas squirrhe , encéphaloïde , tubercule, appartient à l'irritation inflammatoire. C'est un aveu qu'on attendrait inutilement des autres anatomo-pathologistes ; il doit être utilisé pour l'avancement de la médecine physiologique. L'auteur répète avec beaucoup de raison ce que nous ne cessons de répéter nous-même depuis bien long-temps : que les collections purulentes sont difficiles dans les tissus glanduleux à ca\ise de la porte ouverte à leur dégorgement par la voie de lein\s canaux excréteurs. Mais s'ils donnent rarement des abcès, ils peuvent se ramollir, se dissoudre jusqu'à un certain point par la persévérance de l'inflammation aiguë; et la plupart de leurs indurations, jadis trop facilement qualifiées de squirrhes par les auteurs, ne sont que les résultats de leurs inflammations chroniques. Cela s'applique surtout au foie, où le mélange du sang, du pus et de la bile, à différens degrés d'altérations, produit des nuances très variées de consistance et de couleur. La même observation peut être faite pour les reins , dont le produit sécrétoire est aussi pourvu d'une matière colorante.

Ici du moins l'on voit disparaître ce vague d'exprès-

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sions dont se servaient les anatomo-pathologistesdes vieux systèmes, pour peindre les altérations des organes sécréteurs à la suite de longues et graves maladies long-temps entretenues et rendues funestes par des médications insensées; tout est franchement rapporté à l'inflammation 5 et, bien que l'auteur s'abstienne de critiquer les traitemens qui ont amené ces résultats , le médecin qui saura déduire, sera conduit nécessairement à les condamner.

Nous n'aurons garde d'analyser les descriptions très bien faites des altérations pathologiques des glandes sécrétoires : il nous suffira de dire, et l'on verra bientôt pourquoi, que les quatres formes de l'inflammation, c'est-à-dire l'aiguë, la chronique, la phagédénique et la gangreneuse y sont possibles suivant l'auteur : ce qui n'est pas pour nous d'une importance médiocre.

Nous arrivons à Tanatomie pathologique de ce que l'auteur appelle les tissas complexes, il y place le thymus, le corps thyroïde, la rate, avec les capsules surrénales, et surtout les poumons.

Il y avait sans doute une meilleure division à faire , car les poumons sont éminemment sécréteurs et excréteurs , tandis que les autres organes qu'on lui compare ne le sont pas. Le poumon est de tous les organes le phis perméable, puisque, outre les excréteurs muqueux ouverts sur une surface libre, dont il abonde, et l'énorme transpiration qu'il produit, il est, dans toute l'étendue de celte surface, accessible à l'air extérieur ; circonstances naturellement très influentes sur la manière dont s'y comporte l'inflammation , et qui sont tout-à-fait étrangères à l'organisation du thymus, du corps thyroïde, de la rate et des capsules surrénales. Le poumon devait donc être mis à part.

L'auteur ne possède rien sur le corps thyroïde , le thymus et les capsules surrénales : il s'occupe donc sans délai des inflammations pulmonaires.

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Rien à dire sur la description de l'état normal des poumons , ni sur celle des différens degrés d'induration ou d'hépatisation où l'état inflammatoire peut nous Foffrir. L'auteur avait , pour tous ces faits , d'excellens modèles, et il n'a point négligé d'en profiter.

C'est Laennec qui lui sert de guide pour les pneumonies; il n'a pas non plus omis d'utiliser la critique que nous en fîmes dans le second Examen. ]Sous ne pouvons donc mieux faire que de renvoyer, pour la substance de toutes ces questions , à ce que nous venons de dire sur Laennec. Mais nous aurons à faire quelques réflexions sur certains points.

La première, c'est qu'on ne retrouve plus ici l'entêtement passionné de Laennec, qui ne voulait pas, en haine des physiologistes , que le catarrhe pût se changer en pneumonie , et qui donnait pour caractère à cette phlegmasie d'attaquer le plus souvent la partie moyenne du parenchyme. M. Gendrin reconnaît, sous le rapport du mode de formation, deux pneumonies: l'une où l'inflammation commence dans le tissu interstitiel, et l'autre où elle n'y parvient qu'après avoir régné dans les bronches. En ce point, il se trouve d'accord avec nous; mais comme l'inflammation peut marcher dans toutes les directions, et d'après le témoignage des autopsies , nous admettons, de plus, que l'irritation inflammatoire , qui d'ordinaire n'arrive à la plèvre qu'après avoir régné dans le poumon, peut suivre une route inverse et passer de la plèvre, où elle serait prédominante, dans la portion de parenchyme la plus voisine.

Nous avons quelques réflexions importantes à faire sur les pneumonies chroniques de M. Gendrin. Il les distingue fort bien en ronges et en grises, et celles-ci sont appelées, je ne sais pourquoi , induratiojis grises du docteur Andral. 11 attribue à l'inflammation les granulations miliaires; tuberculiformes, blanchâtres,

souvent presque aussi dures que des cartilages, que l'on y rencontre quelquefois. Il n'y voit que des exsudations de fibrine coagulable, formées dans les extrémités bronchiques et les vésicules pulmonaires. Mais il ne considère point la pneumonie soit aiguë, soit chronique , comme pouvant être l'origine des phthisies pulmonaires en donnant lieu à des ulcérations suppurantes , par lesquelles le parenchyme se résout avec fièvre hectique et consomption générale du corps : de là résulte qu'il ne reconnaît point ici d'inflammation phagécléniqiie; le poumon seul en est exempt, par un privilège spécial, et la raison de cela, c'est qu'il veut réserver toutes les excavations et fontes purulentes de l'organe pour les tubercules.

Ici reparaît donc l'influence de Laennec, homme d'ailleurs tout-puissant à l'époque où cet ouvrage fut publié, et qu'on ne pouvait contrarier sans se fermer toutes les voies d'avancement dans la hiérarchie médicale.

Nous avons peu de chose à dire sur les inflammations gangreneuses. L'auteur se conforme ici aux distinctions établies par Laennec, à cela près qu'il admet une gangrène par excès d'inflammation, caractérisée par la réduction du parenchyme en bouillie noire et fétide dans le centre d'une hépatisation foncée , k la suite des pneumonies qui ont marché avec une extrême violence. C'est celle que nous avions déjà signalée plusieurs fois dans nos ouvrages, et dont M.Gendrin a puisé les modèles dans ceux de M. Andral fils. Nous avons même ajouté que, sans nier la possibilité de certaines dispositions inexplicables à la gangrène, nous regardions, comme des résultats de la surirritation de l'organe, à la suite des traitemens mal dirigés, la plupart des iàits de gangrènes pulmonaires plus bornées que la pré:édente, attaquant la périphérie de Torgane où

elles se présentent sous forme d'une escare circonscrite , adhérente ou détachée, avec ou sans perforation , et qui s'observent chez des sujets détériorés et cacochymes. Or, les observations rapportées par M. Gendrin sont toutes propres à confirmer cette idée ; car tous les cacochymes sur lesquels ces gangrènes ont été observées étaient des sujets porteurs de plusieurs phlegmasies chroniques des viscères, qui avaient commis des excès surtout en boisson , ou des malades chez lesquels on n'avait pas employé îe traitement antiphlogistiqueen proportion de la ténacité de l'inflammation.

Notre auteur dit quelque chose de la gangrène de la rate. 11 s'occupe après cela de l'inflammation adhésive dont nous avons déjà parlé, et passe aux altérations conséciUwes à Vinjlammation,

On y voit figurer les altérations des fluides , et les altérations des tissus. Nous aurons peu de chose à dire sur les premières; notre auteur les expose d'une manière satisfaisante. On lit avec intérêt tout ce qu'il a écrit sur la couenne inflammatoire , sur les altérations des exhalations et des sécrétions, et sur les produits fluides à(ds inflammations, à la tête desquels figure le pus. Nous avons donné la substance, trop concentrée peut-être, de tout cela dans le commencement de ce chapitre ; mais il faut le lire dans l'ouvrage même (t. II, p. 4^4 ^^ suiv. ). C'est un travail qui fait beaucoup d'honneur à M. Gendrin.

Enfin arrivent les altérations de texture sur lesquelles nous aurons à faire plusieurs observations importantes, et qui se rattacheront à ce que nous avons dit sur les travaux de MM. Laennec et Louis.

Il répète , par rapport aux fausses membranes des cicatrices, ce qu'il a dit sur les inflammations. Tous ces faits sont bien connus, et nous n'y insisterons pas, On peut consulter d'ailleurs Fauteur lui-mérne

ANAT. PATHOL. — DOCTEUR GF.NDRIN. 4^7

(t. II, p. 523 et siiiv.), pour juger des modifications qu'il a fait subir à celte théorie. Nous l'avons aussi trouvé satisfaisant sur les membranes qui se forment sur les parois des cavités accidentelles dans Tépaisseur des organes et dans les parois fistuleuses. Il pense, avec Laennec, que les fausses membranes peuvent s'enflammer, dégénérer en cartilages , s'incruster de phosphate calcaire, se convertir en tissus érectiles , devenir squirrheuses , etc. , et que l'exhalation qui se forme à leur intérieur peut s'altérer, ce qui dénature les liquides qui s'y trouvent contenus. Quant aux membranes des fistules, il n'y voit pas plus que nous de véritables muqueuses, mais un tissu formé par la pseudo-membrane cfui aurait dû servir de moyen d'adhésion, mais qui n'offre ni épithélium, ni follicules, ni papilles. Au surplus , l'incrustation cartilagineuse y est également possible.

On suit avec intérêt l'auteur dont nous rendons compte dans l'examen des lames et brides accidentelles qui se forment à la surface des tuniques enflammées , et dans la comparaison qu'il en fait avec les pseudo-membranes qu'on voit sur les tuniques mucipares, et qu'il regarde comme peu susceptibles d'organisation, mais dont la structure, au reste, lui est peu connue.

Arrive enfin Yanatomie comparatwe des altérations non inflammatoires des tissus ^ et de celles qui doivent leur existence aux pJilegmasles , point important auquel l'auteur s'est fort attaché, et sur lequel, de notre côté, nous aurons beaucoup de réflexions à soumettre à l'impartialité de nos lecteurs. Il s'agit des X ramolllssemens ^ des tubercules , des squlrrhes et des , carcinomes.

Or, sur ces quatre formes il en est une qui, suivant Fauteur, est tantôt inflammatoire, et tantôt idiopathique ou primitive. Il nGn reste donc que trois qu'il

48S MÉDECmE DE LA FR/VNCE.

prétend pouvoir soustraire complètement à l'inflammation.

Quelques auteurs voudraient, dit-il, que tous les ramollis s emens dépendissent de l'inflammation, et ne différassent entre eux que par le degrédela phlegmasie qui les produit. Telle est la question qu'il va traiter en parcourant tous les tissus. Voyons si nous serons d'accord avec lui.

Il débute par le ramollissement des os. Selon lui, celui qui est inflammatoire présente de la rougeur par injection sanguine ; l'arrangement des fibres osseuses y est altérée ; le périoste et la moelle y sont injectés et épaissis , et les fonctions y sont toujours altérées. L'état éburné , la carie , la névrose , sont encore des désordres qui se présentent souvent dans les os, conjointement avec le ramollissement , dans leur état inflammatoire , et souveiLt il s'y rencontre du pus.

Or, rien de tout cela n'existe dans l'ostéomalaxie ; on y observe plutôt des dispositions opposées , telles que le défaut de sang, l'exténuation du périoste et de la moelle , et l'arrangement des fibres n'est point altéré; donc l'ostéomalaxie ou racbitisme est un état directement opposé à l'inflammation.

Nous commencerons par faire remarquer que voilà de grandes concessions faites à la doctrine physiologique La carie , la nécrose , l'état éburné lui ont été long-tomps contestés comme attributs de l'inflammation des os. Enregistrons donc d'abord cette première conquête.

Remarquons après cela que les physiologistes n'ont point .avancé que tous les ramollissemens des os fussent des inflammations proprement dites, avec excès d'injection sanguine dans tout le tissu osseux, avec dérangement de la direction des fibres, état de suppuration ou de carie ; ils ont seulement soutenu que l'irritation présidait aux ramollissemens qui se rattachent à

Aî^At; PATHOL. •*- DOCTEtTR GENDRIN*. l^S^

lostéomalaxie, comme aux ramollissemens et à la fragilité osseuse, qui sont produits par le voisinage d'un foyer d'inflammation siégeant dans les parties molles, par la pression qu'exerce sur les os une tumeur, par les pulsations d'un anévrisme ou d'une tumeur quelconque soulevée par une artère (i).

Voilà ce que nous avons dit. En effets dans le rachitisme les os sont trop irritables à raison de l'imperfeclion de la nutrition, et leur moelle ou leur diploé sont souvent surinjectés de sang , quoi qu'en dise M. Gendrin , en même temps que la membrane muqueuse ou mucoso-villeuse du tube digestif.

Les tissus des rachi tiques sont en général trop irritables, ainsi que ceux des scrofuleux, et ne supportxînt pas impunément l'action des stîmulans hygiéniques par lesquels l'homme est forcé de vivre. M. le docteur Duval, qui s'est déjà rendu très remarquable dans le traitement orthopédique, nous a déclaré qu'il avait lui-même constatécetlephlegmasiediploïco-médullaire, et les rapports qui la lient avec un état de gastroentérite chez les rachiîiques, et qu'il avait été conduit, en partant des données de la médecine physiologique, au traitement franchement antiphlogistique de la phîegmasie abdominale pom^ triompher du ramollissement, non seulement du rachis, n^ais encore des os cylindriques les plus durs, comme le péroné et le tibia, dont la mei«brane médullaire et le périoste sont réellement dans un état inflammatoire chronique (2).

Nous-méme nous avons très souvent exercé cette médication sur des enfans dont le crâne tardait à s'os-

(î) Voir ce qui a été dit sur ce sujet dans l'analyse de rouvra(je de Laennec , surtout à roccasion des maladies du cœur et des gros vaisseaux.

(2) M. Duval vient de publier ces observations dans une brochure qui porte ce titre : Aperçu sur les principales difformités du corps humain y par Vinccût Duval. Paris ^ i833.

4 go MÉDECINE DE LA. FRANCE.

sifier, dont le cerveau tendait à s'accroître extra-nor^malement , et chez qui les membres et le rachis commençaient à fléchir, et nous avons obtenu des succès constans toutes les fois qu'on s'y j3renait avant que la déformation fût considérable, et que l'inflammation, les congestions et leurs suites eussent désorganisé les grands viscères. Les moyens orthopédiques nous ont été nécessaires pour com^pléter ces sortes de cures , lorsque la flexion du rachis et des membres avait fait certains progrès; mais on les appliquait sous nos yeux, sans déroger aux principes de l'hygiène physiologique. Les stimulans , dans ce cas , ne sont utiles qu'à l'extérieur, et consistent dans l'incubation sur des plantes aromatiques, dans les bains et douches toniques, surtout avec l'eau salée, et dans l'action libre sur la surface cutanée du grand air secondé par l'exercice et la gymnastique , pourvu que des supports convenables préviennent les inconvéniens du poids des organes les uns sur les autres.

Il y a long-temps que les médecins physiologistes ne suivent plus d'autre méthode dans le traitement de Tostéomalaxie. Ce ne sera donc point à ces praticiens que notre auteur pourra faire adopter, par des parallèles dont la justesse est très contestable, le dogme d'un ramollissement idiopathique , indépendant de toute inflammation , de toute irritation organique , et mérne de nature te-ut opposée dans l'ostéomalai^e.

M. Gendrin parle ensuite du ramollissement de la membrane muqueuse œsophagienne, et s'en rapporte, pour fournir la preuve de l'existence idiopathique de cette lésion , à M. Louis : Mémoire sur les ramollissemensj inséré dans les Arclmes médicales , en mai i 824. Or on sait que jusqu'ici M. Louis a consacré sa vie à soustraire le plus d'altérations qu'il a pu à l'inflammation , et que, pour y parvenir, il s'est appuyé de faits mal observés. Cette preuve n'est donc pas déjà très pé-

ANAT. PATHOL. — DOCTEUR GENBRIN. 49^

remploire. Les ramollissemens de l'œsophage sont des phlegmasies qui coïncident d'ordinaire avec celles de la région cardiaque de l'estomac, et M. Louis n'a point prouvé qu'il en existât d'indépendans de l'inflammation.

Notre auteur a vu le ramollissement de la membrane interne de la vessie sans injection sanguine : cela ne prouve pas grand'chose, comme nous le ferons voir, et ici d'autant moins qu'il y avait une arachnitis avec typhus, c'est-à-dire que l'urine séjournait trop dans la vessie à cause de la torpeur du cerveau ; et l'on sait que cette stagnation d'une urine concentrée produit ordinairement des inflammations dans la vessie.

C'est sur les ramollissemens de la membrane vllleuse du tube digestif que lauteur s'arrête avec le plus de complaisance ; car c'est en démontrant qu'il en exisle de non inflammatoire qu'il peut le mieux prouver aux médecins ennemis de la doctrine physiologique qu'il n'est point de notre parti.

Il commence par nous accorder des ramollissemens véritablement inflammatoires , et ce sont ceux où la rougeur, l'injection des vaisseaux voisins ou un mélange de matière purulente lai attestent la présence de l'inflammation. Cette concession faite , il suppose des ramollissemens dans lesquels tout cela manque , dans lesquels même les vaisseaux sont exténués au lieud'étre augmentés de volume, et trouve , comme on doit bien s'y attendre, qu'ils sontindépendans de ce phénomène. Il insiste même beaucoup sur tout cela dans une prétendue réfutation de l'opinion contraire, et sa réfutation se réduit à des assertions générales sans preuve. D'ailleurs il ne cite point de faits qu'il ait recueillis lui-même; c'est d'après M. Louis qu'il se met ainsi en avant. Prévient-il les objections que nous avons faites plus haut en réfutant ce dernier écrivain? c'est-à-dire prouve-t-il que l'inflammation allumée pendant les der-

niers jours dans une autre partie du tube digestif ou dans un organe différent, ne peut pas avoir soustrait le sangaux points de ce tube qu'elle avait d'abord ramollis, et que le lavage opéré par les boissons et les excrétions de la membrane ne sont pas suffisans pour enlever les molécules sanguines que l'inflammation y avait laissées? Démontre-t-il que, lorsque la rougeur a disparu des points ramollis, il ne reste pas assez d'autres preuves de son existence passée pour qu'on ne puisse pas la mettre en doute? tels sont l'injection, le développement, la couleur noire des principales branches vasculaires entéro-mésentériques qui correspondaient aux capillaires détruits par le ramollissement; car, quoique les vaisseaux les plus voisins aient disparu du ramollissement avec les molécules sanguines, surtout lorsque la membrane muqueuse est détruite, les branches qui leur correspondent sont toujours telles que nous venons de les représenter. L'ecchymose noirâtre formant des marbrures qui entourent ces vaisseaux, sans qu'on puisse la retrouver dans ceux de même ordre , qui se rendent aux points du tube restés sains, n'estelle pas un produit de l'inflammation?

M. Gendrin n'a point pensé à tout cela : l'autorité de M. Louis lui a suffi pour affirmer, contré les faits, que tout est exsangue dans plusieurs de ces ramollissemens, à la suite de certains typhus, pendant qtie d'autres laissent des traces de phlegmasies. Il savait que celte autorité ne serait pas déclinée par les chefs du parti anti physiologique.

Du moins il aura prouvé que, lorsque pendant la vie, on a observé luie forte chaleur à l'épigastre , de la soif, de l'appétence pour les boissons froides, avec ime langue rouge et im pharynx brûlant, chez un sujet qui, plus tard, a présenté un ramollissement sans rougeur de la mem.brane interne de l'estomac , ces symptômes n'annonçaient point un état inflammatoire

ANAT. PATflOL. — DÔCTÉTTR GENDRIN. 49^

de cet organe, mais correspondaient plutôt à son ramollissement idiopathique.

M. Gendrin n'a pas songé non plus à cette objection ; il s'est contenté de supposer, sur la foi de M. Louis, que si l'estomac ramolli avait été enflammé pendant la vie^ il devait offrir une rougeur et une injection sanguine plus ou moins vive après la mort; et malgré ce principe posé par lui , il a exprimé l'idée que quelques traces de sang dans certains cas ne démontraient même pas l'existence de l'inflammation , attendu qu'elles pouvaient être consécutives à un ramollissement idiopathique. Il est probable que s'il avait eu à répondre sur la cause des symptômes que nous venons d'énumérer, il les aurait attribués à lafiesTQ ou à quelque altération idiopathique des fluides.

Selon toute vraisemblance, il aurait répondu de la même manière pour donner l'explication de la tension, de la rénitence et de la chaleur observées, pendant les maladies typhoïdes , dans les régions où l'on peut trouver, après la mort, son ramollissement idiopathique, le tout parce que M. Louis a prétendu que les ramollissemens intestinaux des sujets emportés par le typhus n'annonçaient l'existence d'une phlegmasie que lorsqu'ils se montraient avec du sang ou du pus.

Tout cela bien considéré , nous croyons n'avoir rien de mieux à faire que de laisser l'auteur dans son opinion , qui peut-être n'est plus la même aujourd'hui , et de renvoyer nos lecteurs à notre analyse de M. Louis , en attendant qu'on nous montre des membranes villeuses ramollies et détruites sans qu'il y ait aucune trace de phlegmasie dans les branches vasculaires correspondantes , dans les tissus cellulaires^ et dans les ganglions voisins, et sans que l'organe ait donné des marques d'une surexcitation inflammatoire durant la vie, dans le lieu qui paraît ramolli après la mort, Ce

spectacle aura pour nous d'autant plus d'intérêt que nous ne l'aurons jamais eu sous les yeux depuis vingtsept ans que nous pratiquons des nécroscopies.

Rien de plus facile que de se figurer une membrane muqueuse qui se ramollit spontanément , sans surexcitation inflamm.atoire, et par un principe occulte de débilité; mais se figurer sur parole, et prouver par les faits sont deux choses essentiellement différentes : et tant que M. Gendriu n'aura d'autre preuve que l'autorité de M. Louis, nous le récuserons, et nous en appellerons à une observation plus attentive et à la bonne foi des observateurs; choses que le temps doit nécessairement amener.

Ce que nous disons ici s'applique à tous les ramollissemens de membranes muqueuses, car elles sont toutes des surfaces de rapport sur lesquelles les inflammations cheminent et abandonnent souvent les points qu'elles ont désorganisés et ramollis pour se porter dans un autre ou dans des organes différens, pendant que les fluides muqueux qui les parcourent détachent et enlèvent les globules sanguins des lieux où l'inflammation les avait fixés : mais si la rougeur et l'hypertrophie inflammatoire manquent dans ces lieux, les autres altérations que l'inflammation peut produire y sont encore , et il suffit de l'habitude et d'un peu de bonne foi poiu' les reconnaître.

La question du ramollissement du tissu nerveux dans le cerveau et dans la moelle offre aussi beaucoup d'intérêt. On sait que nous avons eu des articles et des mémoires composés pour établir l'existence deramollissemens idiopathiques partiels de l'encéphale, indépendans, disait-on , de toute inflammation , mais qui se caractérisaient en produisant des pertes de sens, des convulsions musculaires partielles et des paralysies également partielles,; pour aboutir définitivement à l'état comateux. Une enlilé morbide ayant pour titre ramollis^

ANAT. PATHOL. — DOCTEUR GEJ?ÎDRIN. 49^

sèment du cerveau parut donc tout- à-coup dans notre école de Paris, et il ne fut pluscpiestionque de cela dans les journaux de l'époque. Quant àTinflammahon, considérée comme cause de cette altération, plusieurs s'en moquèrent, traitant de visionnaires et d'exclusifs ceux qui en avaient parlé; ce que nous ne cessions de faire alors dans nos cours particuliers. D'autres se turent.et une débilité partielle primitive, reste ridicule du brownisme, en fut déclarée la cause unique; prévenir ou guérir une semblable affection, une débilité ramollissante, qui vient d'autorité foudroyer le cerveau de ses fatales victimes, parut chose si ridicule qu'on n'en parla presque pas. Il ne fut plus question, pour certains médecins , que d'exercer leur sagacité à reconnaître la maladie et son siège avant qu'une autopsie, impatiemment attendue, vînt confirmer ou infirmer le diagnostic établi.

Cependant M.Lallemand,qui n'était encore qu'élève ou jeune médecin sans titre, et quinousentendaitchaque jour rallier dans nos leçons les apoplexies cérébrales et les ramollissemens aux inflammations aiguës et chroniques, entreprit de fournir les preuves de cette importante vérité. Il rassembla donc tous les faits qu'il avait recueillis dans les cliniques de l'IIôtel-Dieu ainsi qu^en ville, et, par de savantes discussions, il établit sans réplique que ces ramollissemens partiels de l'encéphale, où l'on trouve la substance nerveuse réduite en une sorte de bouillie jaune ou verdâtre, avec ou sans épanchement de globules sanguins, ne sont autre chose que des inflammations chroniques qui ont produit des phénomènes convulsifs en irritant les fibres médullaires du cerveau, et des paralysies en rompant définitivement leur continuité et produisant la compression. On regimba, comme on devait s'y attendre, les gros bonnets du parti ontologiste et pseudo- brov^nieu n'eurent garde de céder, mais l'opinion publique rendit justice

496 • MiDECINfî DE LA FRANCE.

à l'anatomo - pathologiste physiologiste, et l'on vit paraître des auteurs qui proposèrent un mezzo termine : ils consentirent à admettre des ramollissemens inflammatoires, pourvu qu'on leur en accordât par débilité. Ils entendaient toujours les ramollissemens en bouillie avec solution de continuité de la substance médullaire , et, pour les distinguer, ils recoururent encore aux données de Brown : une prédominance générale de force et de sang pendant la vie , de la rougeur, de l'injection sanguine autour du ramollissement et des globules sanguins, ou du pus bien reconnaissable, épanchés dans ce lieu ramolli, après la mort, leur servirent et leur servent encore de types pour caractériser les ramollissemens inflammatoires. Mais ils veulent à toute force qu'on leur accorde la débilité pour cause unique des convulsions partielles et des paralysies des sujets épuisés^ vieux, cacochymes^ surtout lorsque les globules sanguins se montrent peu abondans autour et dans le centre même des points ramollis, à l'autopsie, qui devient ainsi une condition indispensable au complément du diagnostic.

M. Gendrin sentit le vice d'une distinction qui n'est fondée que sur le degré d'une affection essentiellement la même , dans deux nuances entre lesquelles on pourrait en introduire plusieurs autres.

Il a donc pris le parti de rapporter à l'inflammation tous les ramollissemens dans lesquels il y a solution de continuité des fibres médullaires, et réduction en matière pulpeuse inorganique de ce tissu, fixée par une ligne de démarcation évidente, sans égard à l'état des forces et au plus ou moins de globules sanguins que l'on peut rencontrer dans les points ramollis ou à leur pourtour. De celte manière, il s'est mis dans la ligne tracée par Lallemand.

Cependant il fallait quelque chose pour le parti ontoiogico-falaliste; ce parti veut surtout des phrases

ANAT. PATHOL. — DOCTECR GENDRIN. 497

dirigées contre ses antagonistes. Eh bien ! il sera content : Fauteur lui accorde, comme non inflammatoire, un ramollissement partiel ou partagé par tout un lobe, dans lequel il n'y a ni injection sanguine, ni réduction en bouillie jaune ou verdâtre (ce qui annonce, suivant Lallemand, un mélange de pus), ni solution de continuité quelconque des fibres médullaires : ramollissement d'ailleurs qui , loin d'être brusquement limité quand il est partiel , se fond insensiblement dans les parties saines qui ont conservé la consistance normale, i^près cette importante concession, il verse l'ironie sur ceux qui ne veulent admettre que des ramollissemens inflammatoires, et s'étonne de les voir dans cette opinion qui vient sans doute de ce qu'ils n'ont jamais "VU d'autres ramollis semens que les inflammatoires, 11 termine en avertissant les observateurs de ne pas confondre les ramollissemens du cerveau dont il s'agit, avec la diminution de densité qui se rencontre aux limites des phlegmasiesqui ont produit des infiltrations séreuses des méninges et même du cerveau.

Ce conseil est précieux; il nous sert à rapportera finflammation les ramollissemens des ventricules, de la voûte à trois piliers, de la valvule de Vieussens, et du septum lucîdum qui se rencontrent souvent sans aucune trace d'injection sanguine, avec de l'opacité ou des rugosités dans la membrane interne de ces cavités, lorsqu'il s'y est formé des épanchemens de sérosité avec fièvre, douleurs vives, cris perçans, c'està-dire lorsqu'il a existé de l'inflammation dans la membrane interne des ventricules.

Mais si nous rattachons aux phlegmasies ces ramollissemens,Jqiii d'ailleurs ont les caractères des non inflammatoires de fauteur, puisque souvent il n'y a point de réduction en pulpe inorganique, et que le ramollissement se fond insensiblement dans le sain , que nous restera-t-il pour les ramollissemens idiopathiques non 4. ^ 3a

49^ M^DECmE DE LA FRANCE.

inflammatoires de ce même auteur ? des cas de mollesse ^u tissu encéphalique ou rachidien chez des enfans , des vieillards et des sujets exténués par des maladies qui n'avaient point leur siège principal dans les centres ijerveux , ou bien encore l'atrophie de ces centres à la suite des états fébriles prolongés, qui ont énervé , exténué tous les tissus , sans agir sur le cerveau autrement que par la propagation prolongée d'une irritation qui n'y a point produit de phlegmasie. Encore faudra-t-il avouer que si dans tous ces cas il n'y a pas eu inflammation , au moins il y a eu très vive irritation de la substance encéphalique.

Cela posé , il est évident que M. Gendrin ne prête aucun appui aux auteurs des traités et mémoires sur les ramolHssemens asthéniques du cerveau et de la moelle épinière qui déterminent les convulsions et les paralysies partielles , et que le professeur Lallemand a si bien ralliés à l'inflammation.

Nous ne voyons donc pas sur quoi se fondent les reproches que l'auteur de V Histoire anatomique de ririflammation adresse aux médecins physiologistes , de ne voir qu'inflammation dans les ramolHssemens de la substance nerveuse. Nul de nous n'a prétendu qu'aucun tissu du corps fût exempt du ramollissement , de l'exténuation , de l'atrophie , à la suite des maladies qui épuisent les forces vitales et portent des atteintes profondes à la nutrition. Nous suj)poser une telle opinion, c'est nous faire trop ignorans et trop niais pour que nous méritions l'honneur d'une réfutation. Il est probable que M. Gendrin n'était pas sans avoir fait ces réflexions lorsqu'il composa son ouvrage ; mais il avait sans doute ses raisons pour critiquer les , physiologistes, et nous nous abstenons de les rechercher.

'. Nous aurions la même recherche à faire sur les motifs qui ont porté l'auteur à prétendre que certaines

AN A T. PATHOL. — DOCTEUR GENDUIN. 499

gens nient les ramollissemens non inflammatoires des tissus musculaires et du cœur surtout. Ils ne s'aperçoivent pas, selon lui, que, lorsque le tissu musculaire doit sa mollesse à l'inflammation, il y a en même temp6 injection, épanchement de matière coagulable ou de pus, avec des points d'induration, et qu'il a existé pendant la vie des signes d'inflammation de l'organe. Ainsi voilà qu'il donne de la valeur aux signes d'inflammation dont il ne s'est point servi pour l'appréciation des ramollissemens du tube digestif. Après nous avoir supposés gratuitement aveugles et irréfléchis , il se met en désaccord avec lui-même en profitant de notre méthode. Voilà nos adversaires.

La question des tubercules est traitée avec beaucoup de soin par M. le docteur Gendrin. C'est la doctrine de Laennec qu'il professe; ce qui nous dispensera d'une analyse détaillée. Nous nous contenterons de rassembler ses principaux argumens , c'est-à-dire ce qu'il y a de plus fort dans son raisonnement. '

Les tubercules peuvent être le produit de l'inflammation soit du parenchyme , soit des bronches ; mais ils peuvent aussi être sécrétés sans que l'aiguillon inflammatoire en soit la cause déterminante (i).

On sait que nous avons admis cette dernière possibilité ; mais en établissant que toujours l'irritation des tissus où il se forme de la matière tuberculeuse préside à leur sécrétion (2) ; et nous l'avons prouvé par l'examen des changemens qui surviennent dans les fonctions par l'influence du froid sur certaines prédispositions. Cette sécrétion a été rapportée à un mouvement organique subinflammatoire , tel qu'on l'observe chez les mammifères et les oiseaux des pays chauds transportés dans nos climats. Nous tenons si

(1) T. II, p. 600^ et plusieurs autres passages du même chapitre.

(2) Yoiv les réfutations de Bayle et de Laennec.

^5oO MÉDECINE DE LA. FRANCE.

bien à cette doctrine, exposée dans nos premiers écrits sur les maladies pulmonaires, que nous Tavons reproduite dans nos leçons faites à la Faculté en i83i et i832 (0.

Que nous veut donc M. Gendrin , et sur quoi se fondent ses déclamations? Il affecte de toujours parler d'inflammation sanguine préalable aux tubercules , après que nous avons dit et répété que , quoique cette inflammation en soit la cause la plus ordinaire, elle peut manquer sans que pour cela Ton soit en droit de nier l'existence, comme cause des tubercules, d'une irritation organique des tissus lymphatiques et aréolaires. Nous avons rassemblé tous les faits qui établissent l'existence de cette irritation , et nous les avons rendus si évidens, que nul esprit juste et patient dans l'exercice de la méthode déductive ne saurait plus les révoquer en doute. Que pouvons-nous faire de plus ? Nous répéter?... cela serait Aistidieux... En appeler au temps et n'ajouter d'importance qu'aux objections des hommes de bonne foi qui ne nous combattront qu'après avoir tenu compte de toutes nos raisons?... c'est le parti que nous prenons tout en laissant M. Gendrin se complaire dans la réfutation de propositions que nous n'avons point avancées. Il nous a fait, sur le rôle que joue l'inflammation dans la formation des tubercules, plus de concessions que Laennec, et beaucoup plus qu'il n'en fallait pour assurer le triomphe de la doctrine physiologique.

(i) Les expériences de M. Flourens , sur des poulets, que le froid a rendus Uiberculeux dans le poumon, et d'autres que nous avons faites , et que nous répétons encore dans le même génie , viennent à l'appui de cette idée émise par nous, que la diminution des excrétions cutanées détermine un surcroît d'exhalation irritative dans les tissus lymphatiques et aréolaires de l'intérieur, et que cette sorte de subinflammation est une des causes de la production de tubercules.

ANAt. PATHOL. DOCTEUR GENDBm. 3oi

C'est par Vanatoviie comparative des tissus squirrheux et carcinomateux, et des tissus enflammés, que cet auteur termine son imjDortant travail.

Il ne voit dans le squirrheux et le carcinomateux que deux degrés de la même affection : le premier ressemble à la couenne de lard , et est dit aussi lardacé; le second au cerveau d'un enfant, et a reçu depuis peu le nom de tissu cérébriforme ou encéphaloïde. Les deux sont identiques dans tous les organes, dans tous les tissus de l'économie. L'encépliaioïde est souvent le résultat du squirrheux, qui paraît être son premier degré; mais iî peut aussi exister primitif. Les tumeurs que ces tissus forment sont bosselées , inégales, formées de lobes et de lobules séparés par du tissu cellulaire; la masse entière en est aussi entou» rée , et ce tissu n'offre aucune trace d'inflammation tant que le squirrhe ou l'encéphaloïde ne sont pas ramollis. Ces tumeurs peuvent être arrachées, par une sorte d'énucléation , sans déchirure du tissu cellulaire qui les contient.

Telle est la description : remarquez toutefois que ces tissus prétendus étrangers reçoivent, nous dit l'auteur, des vaisseaux sanguins, et que^ lorsqu'ils se ramollissent, l'inflammation se développe dans les cellules qui séparent leurs lobes et leurs lobules.

Notez encore que l'induration . en forme de racines plus ou moins régulières dans le pourtour de ces tumeurs, ne fait de grands progrès que lorsqu'elles sont en fonte purulente, ou, comme on dit vulgairement , dans l'état de cancer ouvert.

L'auteur nous dit que, puisqu'il n'y a d'inflammation dans le tissu cellulaire qui circonscrit les squirrhes et les carcinomes que lorsqu'ils sont en état de ramollissement, ce n'est pas l'inflammation qui les produit.

On lui accorde cela pour certains squirrhes et car

cinomes, puisque les sens le démontrent; mais il nen résulte pas qu'il n'existe point, dans les tissus qui les sécrètent, un mode d'irritation d'une nuance inférieure à la véritable inflammation sanguine ; en un mot, une subirtflammation qui préside à leur sécrétion. Dans le début, elle est bornée au noyau primitif sur lequel la cause déterminante a porté son action ; mais aussitôt que ce noyau est dans im état véritablement inflammatoire, c'est-à-dire que la subinflammation qui y régnait est devenue une véritable inflammation, cette inflammation irradie dans le pourtour, en s'affaiblissant, comme toutes les phlegmasies , et à quelque distance elle se trouve tellement faible qu'elle n'est plus qu'une subinflammation semblable à celle qui siégeait autrefois dans le noyau primitif, et produisant, comme elle, une sécrétion squirrheuse ou encéphaloïde.

L'induration secondaire éclaire donc la nature de l'induration primitive; l'une et l'autre tendent à la véritable inflammation , qui plus tard se répète dans les grands viscères , et amène la destruction de l'individu. On a dit qu'alors il y avait diathèse cancéreuse; cela n'est pas général , à beaucoup près ; il arrive bien quelquefois que, à l'occasion d'un cancer de l'extérieur du corps , il y en a d'autres de produits dans le cerveau, les poumons , les voies digestives ; mais le plus souvent il ne s'y développe que de l'inflammation. La différence vient de la prédisposition des sujets ; tous sont propres à l'inflammation ^ un moindre nombre l'est à la subinflammation, et chez ceux-ci elle se borne à la partie extérieure sur laquelle ont agi les stimulations immédiates.

M. Gendrin dit que la véritable inflammation s'allume tôt ou tard dans les tissus squirrheux et encéphaloïdes, qu'elle les gonfle, les fait crever en ramollissant la matière indurée, et produit un véritable pus, mais qui ne saurait être pur, et qui, mêlé au suintement se-

ANAT. PATHOL. — DOCTEUïl GENDRIN. 5o3

réux, au sang et à Ja matière cérébriforme fondue, donne l'ichor cancéreux.

Cela nous paraît juste, si l'on admet le mouvement subinflammatoire qui règne encore dans les aréoles où l'inflammation ne prédomine pas. Voilà ces plilegmasies mixtes, désorganisatrices, dont nous avons tracé les caractères dans V Histoire des plilegmasies chroniques y en 1809.

Maintenant si l'on convient que l'irritation inflammatoire s'affaiblit en s'irradiant, de manière qu'il ne reste que de la subinflammation à une certaine distance du noyau central , que cette subinflammation va sécrétant la matière squirrheuse, ou plutôt encéphaloïde , qui s'infiltre dans les tissus, et que l'inflammation, qui marche derrière elle, vient fondre en y mêlant un suintement séreux, du sang et du véritable pus, tout sera expliqué, hors la formation primitive du squirrhe, ou de la matière cérébriforme, dont nous allons avoir présentement à nous occuper.

La première donnée nous sera fournie par l'auteur lui-même , qui , après avoir établi que la sécrétion de la matière squirrheuse et de l'encéphaloïde , que nous nommerons , pour abréger, matière cancéreuse , puisqu'elle est pour notre auteur l'élément biforme du cancer, est indépendante de l'inflammation , nous accorde que l'irritation peut sinon la déterminer , au moins la précéder. Il se fonde sur ce que jamais cette sécrétion n'est plus abondante autour des tumeurs squirrheuses que lorsque l'inflammation règne dans leur centre. Mais ce fait, que nous venons de faire valoir ne suffit pas pour le convaincre ; il n'est pas plus convaincu par la production du cancer sous l'influence des affections scrofuleuses, dartreuses, vénériennes* il ne voit pas sans doute dans ces maladies des irritations qui , long-temps entretenues dans certaines nuances peuvent déterminer la sécrétion de la UJatière cancé-

5o4 MÉDECINE DE LA FRANCE.

reuse; et malgré tous ces faits, il nous assure que le plus souvent la matière cancéreuse précède toute irritation locale.

M. Gendrin ne tient non plus aucun compte des causes traumatiques, telles que chutes, percussions, contusions quelconques , efforts violens , qui , dans une foule de cas, ont agi sur le foyer primitif des carcinomes extérieurs ; il ne fait pas plus de cas des stimulations long-temps souffertes par les organes intérieurs avant qu'ils deviennent carcinomateux , comme on le voit pour le col utérin^ l'estomac, les intestins; il ferme les yeux sur les effets des affections morales , pour les carcinomes des centres nerveux, sur ceux des déplacemens et transports de phlegmasie et de subinflammation pour tous les tissus, comme si tout cela n'agissait pas en irritant.

Quel fondement a-t-il donc pour nous affirmer que le cancer peut se former sans irritation ? Je présume qu'il n'en a point d'autre que l'opinion de certains auteurs , à moins que je n'admette qu'il le sait par inspiration , car puisque dans tous les cas où la matière cancéreuse peut être attribuée à une cause, cette cause est évidemment irritante.

Il s'appuie, dira-t-on, des cas où elle paraît sans irritation préalable... Mais ces cas ne doivent pas compter : ils n'ont aucune valeur, car ils sont négatifs, et nous dirons avec fondement que ce sont des cas mal observés, ou bien des cas dans lesquels on s'est tu à dessein sur la cause déterminante des carcinomes. Ce vice est en effet celui des chirurgiens non physiologistes , qui , tout préoccupés de leurs procédés opératoires et de leurs pansemens , négligent et méprisent ce qui concerne la vie des organes malades, pour s'occuper uniquement de la partie mécanique du traitement, base ordinaire de leurs succès et de l'éclat qu'ils jettent dans le monde. Yoilà pour les carcinomes externes; quant à la cause

ANAT. PATHOL. — DOCTEUR GENDRIN. 5o5

des internes, quel compte pouvaient en rendre les anciens médecins qui ne voyaient que des altérations humorales pour causes premières de toutes les maladies? et, parmi les modernes, qu'en pouvaient dire de raisonnable les animistes, les browniens et les ontologistes, qui avaient transformé nos maux en des entités immatérielles?

Ce n'était point à de pareilles sources que M. Gendrin pouvait puiser des lumières; aussi son opinion, relativement à la cause déterminante des carcinomes, paraîtelle s'être fondée sur l'insuffisance de l'observation de ses prédécesseurs, il a dit tout simplement : Puisque le plus souvent on ne voit point de cause déterminante de nature irritative au carcinome, c'est que le plus souvent il n'en a point; puisqu'on lui en trouve quelquefois, c'est que quelquefois il en a. —Ce n'est pas là de la science, et M, Gendrin doit bien s'attendre quon ira plus loin.

M. Gendrin répète encore , avec le vulgaire des médecins : Si l'irritation prolongée dans une faible nuance suffit pour produire les squirrhes et les encéphaloïdes, pourquoi ne les produit-elle pas toutes les fois qu'elle existe ? Elle produit bien les inflammations chroniques : on peut faire naître et entretenir celles-ci à volonté. Il n'en est pas ainsi de la matière cancéreuse ( i ) ; elle a donc sa cause particulière, indépendante de l'irritation, et

cette cause est un vice inexpliqué de la nutrition

Nous répondrons: Sans doute, elle a sa cause, et cette cause est provisoirement désignée par le mot ùe prédisposition pour la matière cancéreuse, comme pour la tuberculeuse... Celte cause n'est pas satisfaisante, dira-

( i) Nous pensons que les expérimentateurs réussiront à produite le squirrhe et Je carcimone à volonté : il ne s'agit que de trouver un procédé pour entretenir l'irritation dans les tissus capables de sécréter la matière squirrheuse. Quant à la tuberculeuse , l'expérience est déjà faite.

5o6 MÉDECINE DE LA FRANCE.

t-on*.. Elle l'est autant que la prédisposition à vingt plegmasies de divers sièges et nuances, sous l'influence d'une seule cause déterminante. Sait-on pourquoi le froid produit plutôt une fièvre d'accès que des convulsions, des rhumatismes, etc.? N'y a-t-il pas vice de nutrition dans toutes les phlegmasies, et cela empêche-t-il que l'on ne soit assuré que le froid peut en être la cause déterminante? Pourquoi ne ferait-on pas le même raisonnement par rapport aux matières cancéreuses et tuberculeuses? Est-il vrai ou ne l'est-il pas que, sans l'irritation déterminante , la prédisposition reste muette et ne détermine ni l'une ni l'autre de ces dégénérations ? Est-il vrai qu'une certaine hygiène et les changemens que les âges amènent, annulent les prédispositions dont il s'agit? Voilà les questions vitales sur cette matière. C'est de leur solution qu'il faut s'occuper, et non de vaines subtilités que nous ont léguées les temps d'ignorance et qui sont sans cesse rebattues par des médecins sans profondeur ou dévoués à des coteries. Or, nous admettons l'affirmative de ces deux questions, et nous invitons tous les bons esprits , les seuls qui puissent nous entendre, à les étudier par l'observation rigoureuse des faits. Deux moyens sont encore mis en usage par l'auteur pour faire valoir la cause qu'il défend. Le premier est d'appeler la matière encéphaloïde ou squirrheuse tissu, au lieu de matière ; le second est de faire ressortir la différence, en effet très réelle et non contestée, qui s'observe entre les tumeurs et les ulcères où cette matière existe et ceux où elle n'existe pas, et où il n'y a que de l'inflammation.

Le premier de ces deux moyens lui a été suggéré par Bayle, Laennec et les fatalistes; il est mauvais : la dissection prouve que ni les squirrhes ni les encéphaloïdes ne sont des tissus nouveaux, lis ne le sont pas plus que les tubercules. Il ne s'agit ici qijc de la matière animale fluide, circulant d'ordinaire avec liberté dans nos vais-

ANAT. PATHOL. — DOCTEUR GENDRIN. Soj

seaux ei à travers nos tissus, mais qu'une cause quelconque a fixée, en l'altérant plus ou moins, dans des canaux très fins, où il n'y a pas de sang rouge, et dans des aréoles également dépourvues de sang.

La principale question qui se présente est donc la détermination des modificateurs appréciables à nos sens , sous l'influence desquels cette fixation peut s'o-» pérer ; et nous avons déjà vu que toutes les fois que ces modificateurs ont pu être observés , ils agissaient par l'irritation , ou , si l'on aime mieux , en irritant long-temps, et dans une nuance légère , les tissus où se sécrète la matière dite cancéreuse. M. Gendrin luimême nous a déclaré que dans le noli me tangere ou bouton chan creux de la face, l'inflammation préside toujours à la sécrétion de la matière cancéreuse.

Le second moyen ou l'attention de faire ressortir les différences qui existent entre les carcinomes ou les cancers, et les inflammations chroniques , ne doit pas nous arrêter, car cette différence ne fait rien à la cause déterminante de la sécrétion cancéreuse.

Pour donner plus de poids à sa réfutation de la nature inflammatoire du squirrhe, du carcinome et du cancer, M. Gendrin examine les explications que les physiologistes ont données de la manièredont l'inflammation les produit. Ce point exige de nous un nouveau degré d'attention.

Après avoir mentionné les opinions des anciens qui attribuèrent le cancer à l'atrabile, à une fermentation acide ou alkalinc qui se développerait dans la lymphe arrêtée, et quelques autres rêveries peu dignes de réfutation , il parle de l'opinion de M. Broussais , que, dit-il, il n'a développée nulle part (cela est écrit en 1826) d'une manière complète. J'aurais dit, suivant lui , que l'inflammation chronique prolongée finit par produire une sécrétion lymphatique dans l'épaisseur d'un tissu ; que la lymphe peut y être altérée par l'irritation des

5o8 MF^DECINE DE LA FRANCE.

vaisseaux blancs; qu'elle cesse, au bout d'un certain temps, d'être sous l'influence vitale ; qu'elle s'altère, se ramollit, et qu'ainsi se trouve compromis le tissu affecté, d'où les ulcérations phagédéniques, cancéreuses , vrai mode d'ulcération inflammatoire.

Cette explication lui paraît peu satisfaisante, et cela ne peut être autrement, grâce à l'altération qu'on lui fait subir. M. Gendrin a fondu ensemble et appliqué au cancer seul deux explications destinées à des altérations différentes. Je n'ai jamais dit que l'inflammation seule produisît le carcinome; j'ai dit qu'il pouvait être une de ses terminaisons comme l'avaient observé les anciens ; mais que quelquefois il naissait sans véritable inflammation sous l'influence d'une irritation locale.

Je n'ai jamais avancé que l'engorgement carcinomateux cessât d'être sous l'influence vitale; c'est de la lympbe extravasée par l'inflammation dans certains tissus qui ne tendent point au carcinome que j'ai dit cela , et j'ai ajouté que la résorption de la partie la plus liquide permettait aux sels calcaires de se rapprocher , et de produire des concrétions telles qu'on en voit dans certains ganglions lymphatiques, et surtout au pourtour des articulations goutteuses. Mais cela ne ressemble point au cancer.

J'ai toujours pensé et dit que les tissus indurés en blanc ne cessaient point d'être sous l'influence vitale; qu'il y régnait une irritation organique que j'ai appelée subinflammation, et que l'augmentation de cette irritation , au bout d'un temps plus ou moins long, amenait définitivement un état inflammatoire. J'ai ajouté que cet état inflammatoire, trouvant la partie altérée par un mode de nutrition vicieuse auquel elle s'était habituée pendant le règne exclusif de la subinflammation et ne pouvant marcher franchement vers la suppuration, produisait un ulcère qui désorganisait successivement et en détail , non seulement le tissu primi-

ANAT. PATHOL. — DOCTEtîR GENDRIN. Ôog

tivement affecté, mais aussi les parties environnantes dans lesquelles il se propageait après les avoir préalablement indurées par la subinflammation pure, son avant-coureur ordinaire. J'ai même ajouté que si, au lieu d'être lente, cette inflammation consécutive marchait avec impétuosité, et s'étendait rapidement dans toute la masse indurée, elle pouvait la faire passer à l'état gangreneux , la séparer des parties vivantes , et devenir ainsi le préservatif du cancer.

Voilà ce que j'ai dit, et non la niaiserie que Ton me prête. Or c'est précisément, comme nous l'avons vu, ce que M. Gendrin s'est attaché à prouver pour les cas, selon lui, les plus rares, où l'inflammation pre'cède le carcinome. Quant à cette inflammation qu'il fait toujours intervenir lors de la fonte du squirrhe, c'est nous qui l'avons distinguée du reste, et qui l'avons établie; mais loin de la faire provenir, comme les fatalistes, de la fonte préalable et spontanée du squirrhe, nous l'avons fait résulter des progrès de l'irritation, et produire, par la congestion et l'afflux séreux qu'elle cause, le ramollissement et la fonte des liquides et des tissus indurés; et cette inflammation, coopérant avec la subinflammation ancienne à la destruction cancéreuse, a été dite par nous inflammation mixte (i). Or, M. le docteur Gendrin, en mêlant son inflammation consécutive avec la matière fondue et avec la sérosité du sang qui l'empêchent de marcher franchement, a reproduit, avec quelque altération, notre inflammation mixte agissant sur un tissu subenflammé qui végète anormalement. Pourquoi donc critiquer ceux que l'on imite ? pourquoi surtout hausser les épaules sur leur compte en les [>araphrasant ?

Suivant M. Gendrin, MM. Breschet et Ferrus auraient donné une explication beaucoup plus complète et plus digne de réfutation dans le nouveau Dictionnaire

(i) Voir les prolégomènes de V Historié fies phlegmasies.

6lO MÉDECmE DE LA. FRANCE.

des sciences médicales ; mais qui d'ailleurs n*est que celle de M. Broussais un peu modifiée. Nous allons voir.

L'irritation précède; elle produit un engorgement qui ne peut être résorbé à cause de la plasticité de Fhumeur et de sa tendance à oblitérer les vaisseaux, à s'organiser. Du reste, ces auteurs font dépendre la désorganisation cancéreuse d'une nouvelle cause irritante ou de l'irritation causée par la tumeur ellemême, d'où résulte une inflammation qui, trouvant les tissus dans une disposition peu favorable à une bonne suppuration, produit toutes les altérations du cancer. Ainsi, si l'engorgement est profond , le détritus qui en résulte est une matière cérébriforme ; si beaucoup de sang épanché se mêle à ce détritus, il peut eu résulter un fongus hématode par la liqueur albumineuse exhalée et imparfaitement organisée qui tend toujours à produire de petits vaisseaux, comme on le voit dans les fausses membranes. De là toutes les variétés que présente le cancer, tels que carcinome, fongus hématode, tumeurs encéphaloïdes, toutes dégénérescences provenant d'une inflammation antérieure.

Voilà comme M. Gendrin rend les idées de ces messieurs, qui, suivant lui, sont bien plus satisfaisantes que celles de M. Broussais : cependant il va les réfuter. Il n'aura pas de peine; car, pour avoir voulu aller plus loin que nous, ces messieurs ont prêté le flanc aux ennemis de notre doctrine. M. Gendrin leur prouve facilement que la plasticité des fluides arrêtés ou épanchés , et leur tendance à s'organiser, ne sont nullement un obstacle à leur résorption, puisque non seulement les fausses membranes et les kystes, mais encore les os, les cartilages^ les infiltrations et les concrétions tophacées , peuvent être absorbés en totalité. D'autre part, il est gratuit, assure-t-il , de supposer la cause irritante, qui occasione la dégénération , dans la pressiQH de la tumeur, puisqu'une foule de

ANAT. PATHOt. — DOCTEUR GKNDRIN. 5ll

tumeurs , même énormes , peuvent être supportées impunément , et que d'ailleurs celles qui agissent comme corps étranger dans l'intérieur des tissus ne tardent pas à en être isolées par un kyste.

Quant à l'explication de la dégénérescence par les conditions défavorables qui empêchent l'inflammation consécutive de produire un bon pus, comment notre auteur l'admettrai t-il lorsqu'il observe que tous les autres tissus indurés par l'inflammation , sous les formes différentes du squirrhe et de l'encéphaloïde , tels que les tuméfactions scrofuleuses , dartreuses , les kystes, etc. , sont amenés par l'inflammation à la résolution , à la suppuration ou à la gangrène, et lorsque, malgré le mauvais pus qu'ils fournissent , ces tissus ne laissent pas de permettre une cure parfaite après leur entière destruction.

Ces messieurs auraient pu lui répondre que la gangrène peut aussi détruire les masses carcinomateuses^ et que d'ailleurs il n'est point prouvé qu'une inflammation consécutive qui marche vite ne puisse pas faire suppurer et fondre impunément les masses squirrheuses et encéphaloides , puisqu'elle enlève souvent des tumeurs blanches bosselées, et que personne ne peut affirmer que ces tumeurs n'aient pas contenu de la matière dite cancéreuse, puisque l'existence d'une telle matière ne peut être démontrée, de l'aveu même de l'auteur, que par la nécroscopie. Bailleurs il leur reste encore la prédisposition que M. Gendrin ne peut leur enlever.

Cet écrivain les poursuit plus loin encore. Cette induration, qu'ils supposent toujours la suite d'une phlegmàsie, n'en dépend point selon lui: quel rapport, ajoute-t-il , entre les bosselures du cancer en lobules et cette infiltration irrégulière de matière coagulable entre les mailles d'un tissu , que Ton voit à la suite des iuflammation» ? celle-ci ne prend jamais de fçrme spé-

5l2 MÉDECINE DE LA FRANCE.

ciale,et n'existe point sans l'injection inflammatoire du tissu qu'elle engorge ; tandis que les cellules qui séparent les lobes et les lobules des tissus encéphaloïdes et squirrheux , sont toujours sans hyperhémie, jusqu'au moment du ramollissement et de la liquéfaction qui amènent l'inflammation consécutive.

Cette objection est la plus forte contre ces messieurs, qui n'ont point admis, pour cause, une subinflammation, mais toujours l'inflammation ordinaire et normale. C'est par là qu'ils ont donné jusqu'ici tant d'avantage à M. Gendrin , comme on l'a vu par toutes les autres objections qui précèdent. Ils n'ont vraiment aucun moyen de lui résister.

Ce qui contredit , selon lui , tous les faits les mieux observés, c'est l'assertion de ces auteurs que la matière cérébriforme est déposée dans un foyer, et est le détritus d'un tissu induré qui passe de l'état organique à l'inorganique par suite de l'inflammation secondaire. Il répond à cela, i'' que la matière encéphaloïde existe souvent seule, et si bien organisée, qu'elle reçoit des vaisseaux; 2^ que véritablement textile, elle ne ressemble en rien à un détritus accumulé dans un foyer ; 3° qu'un foyer ou des foyers n'y existent point nécessairement; 4° que ni le tissu qui sépare les lobules, ni les circonvoisins ne présentent l'aspect qu'ils ont dans toutes les inflammations possibles; car ils sont, comme la matière squirrheuse, entièrement pâles et exempts d'injection, de toute tuméfaction.

On voit clairement désormais que tous les avantages de M. Gendrin, dans cette discussion, viennent de ce qu'il n'a eu a combattre que l'inflammation sanguine ordinaire que messieurs du îiouveau Dictionnaire ont seule admise comme cause génératrice des cancers. S'ils eussent, à notre exemple, choisi pour mobile l'irritation non sanguine ou la subinflammation, M. Gendrin n'aurait pu annuler leur doctrine comme il l'a fait.

MHkT. PATHOL. — DOCTEUR GENDRIN. 5l3

Nous l'avons montré plus haut , et cet auteur va encore nous en fournir une nouvelle preuve.

Son dernier argument est le suivant :

Quand bien même on pourrait toujours considérer l'inflammation consécutive comme la cause du ramollissement, de la désorganisation et de l'ulcération, ainsi que cela arrive quelquefois (quel aveu!), cela n'expliquerait pas la production de la dégénérescence et de la désorganisation dans les tissus voisins; car il ne s'agit plus ici d'une inflammation modérée, chronique, produisant un engorgement qui , avec le temps, dégénère; c'est une infiltration de substance squirrheuse et encéphaloïde qui se fait dans le tissu subjacentà l'ulcère; tissu qui n'est ni rouge ni injecté, et n'offre aucun phénomène d'inflammation : il s'infiltre donc, ajoute l'auteur, par un autre mécanisme; car Tinfdtration dépasse les limites de l'inflammation.

Point de réponse à ce raisonnement, si l'on veut toujours de l'inflammation pour produire les carcinomes et tous les noyaux de cancer; mais ,si Ton met en place une irritation organique congestive de fluides blancs, et sécrétoire, sans nécessité d'une hyperhémie inflammatoire, M. Gendrin perd tous ses avantages, ainsi que nous Talions voir.

Il accorde lui-même, car il faut bien céder aux faits, que l'irritation précède les indurations primitives* il se contente d'atténuer le nombre des cas où cela existe. Mais l'observation est là qui le mettra seule en échec , en lui montrant que ces cas sont beaucoup plus nombreux qu'il ne le pense, et qu'il ne les croit si rares que parce qu'il s'en est rapporté à des historiens négligens ou infidèles de l'étiologic du cancer : on lui demandera ensuite comment il peut affranchir de l'influence de l'irritation des désordres qui en dépendent évidemment dans une foule de cas, et qui marchent avec elle et dans la même raison , comme oa en ol^. 4. ^'6

5l4 JIKDECIKE DE LA FRANCE.

tiendra l'aveu de tous les praticiens clairvoyans et de bonne foi, qui savent que plus on stimule un carcinome, plus il fait de progrès.

M. Gendrin veut que l'infiltration de la matière cancéreuse dans le pourtour des squirrhes passés à l'état de cancer ne soit pas l'effet d'une inflammation à produit plastique, attendu que la plasticité ne suffit pas pour retenir la matière épanchée. Il a raison sans doute ; mais il n'aura rien à répondre lorsqu'on lui dira que c'est une irritation permanente, qui retient dans ces tissus la matière qu'elle a fait sécréter , et s'oppose à sa résorption. Ce qui viendrait déposer contre lui, en cas de négation de sa part, c'est encore qu'il est évident pour tous les honnêtes gens qui pratiquent la médecine , que plus on irrite une tumeur squirrheuse, plus elle croît vite, et que plus on stimule une surface ulcérée, cancéreuse, plus son induration ambiante fait de progrès , à moins que la stimulation n'amène la conversion du tout en une masse gangreneuse, ou ne la jette dans une fonte purulente rapide , ce qui est rare.

M. Gendrin ne veut pas que la matière encéphaloïde soit le résultat d'un détritus causé par l'inflammation, et certes il n'a pas tort; mais il veut, avec les fatalistes, que cette altération ainsi que la squirrheuse ou lardacée , soient des tissus organisés , animés d'une vie indépendante, des espèces d'êtres vivans, parasites. Et sur ce point, quoiqu'il ait tort , il ne peut être réfuté par ceux qui ne voient qu'une inflammation pour cause des indurations qui nous occupent : en effet , ils ne lui prouveront pas que l'inflammation existe là où elle n existe pas ; mais que répondra-t-ilà ceux qui prennent pour mobile une irritation sans hyperhémie, lorsqu'ils lui diront que les cloisons qui séparent les lobes et les lobules ne sont autres que les tissus laminaires, vasculaires ou aréolaires de l'organisme, puis-

AIVAT. PATHOL. — DOCTEUR GEIVDRIN. 5l5

qu'ils en reçoivent les vaisseaux, et que, la matière qui les remplit est analogue à celle qui parcourt le cercle circulatoire? Il soutient que cette matière est formée dans des tissus qui lui sont propres , indépendamment de l'irritation ; en un mot, il la forme avec ces mêmes tissus pour en faire un tissu morbifique spécial ; mais il se réfute lui-même en nous disant qu'elle s'infdtre dans les aréoles cellulaires autour des foyers cancéreux. Qu'est-ce en effet qu'un tissu qui s'infdtre dans un autre tissu? N'est-il pas clair qu'il n'y a autre chose ici qu'un dépôt d'albumine ou de fibrine, etc., dans les tissus qui se trouvent à une certaine distance de l'ulcère, dépôt sans hyperliémie, dépôt en proportion de l'irritation (chose prouvée, subinflammation ), pendant que l'inflammation elle-même est dans le centre et dans les bords de cet ulcère, avec son hyperhémie et sa suppuration? Qui ne voit clairement que cette inflammation, gagnant successivement les tissus subenflammés, leur communique ses attributs diversement combinés avec les leurs , et qu'il y a perpétuellement production de la subinflammation à distance , par le stimulus d'un foyer inflammatoire voisin et puis envahissement du tissu subenflammé par l'inflammation, d'où résulte le détritus cancéreux?

M. Gendrin demande pourquoi , si l'inflammation modérée et prolongée est la cause du squirrhe etde l'encéphaloïde, elle ne les produit pas toutes les fois qu'elle existe avec cea mêmes conditions. Il a raison si l'on veut que l'inflammation chronique soit la seule cause de ces altérations. Mais si l'on pose , comme condition de leur production , l'existence d'un état subinflammatoire régnant dans les tissus blancs , il aura tort car lui-même est convenu que la matière cancéreuse est quelquefois produite par l'inflammation, ce qui, pour lui , est inexplicable , mais ne l'est point pour ceux qui ne voient dans cette production que le sti-

5l6 MÉDECINE DE LA FRANCE.

mulus de l'inflammation ^ qui , en s'affaiblissant, laisse à sa suite une irritation subinflammatoire. Ces derniers lui diront que la rareté de la prédisposition à la subinflammation suffît pour expliquer pourquoi l'inflammation chronique ne produit pas toujours le carcinome et le cancer.

Il résulte de toute cette discussion , que le point cardinal de la doctrine des physiologistes est l'existence d'une irritation sans hyperhémie, circonscrite dans les tissus lymphatiques, lamineux, aréolaires, qui altère leur exhalation , leur nutrition , y relient et y fixe l'albumine et la fibrine du sang, et produit ainsi , non seulement la matière dite squirrheuse et celle nommée encéphaloïde, mais aussi la dégénération tuberculeuse , la mélanose , les dépôts de matières grasses dégénérées , de matières d'aspect de miel , d'apparence de suif, et d'autres produits , les uns consistans, les autres fluides, et très souvent fluides avant quun surcroît d'irritation ou une inflammation consécutive se soit développée dans les tissus qui les contiennent.

On veut que toutes les tumeurs susceptibles de la dégénération cancéreuse soient primitivement solides , et qu'en se fondant ensuite par un mouvement de décomposition spontané, elles attirent le sang, qui souvent s'extravase dans leur centre, et développent autour d'elles l'inflammation.

Cette opinion est erronée: les humeurs contenues dans ces tumeurs sont tantôt solides , tantôt plus ou moins fluides ; et suivant le tempérament delà partie subenflammée, suivant le degré d'irritation locale qui les accumule, suivant le degré de chaleur, suivant la résorption , et cela dès le moment çle leur accumulation , elles forment des nuances multipliées depuis l'infiltration gélatiniforme , ressemblant à la chair de l'orange, jusqu'à l'a consistance fibreuse la plus rapprochée du

ANAT. PATUOt. — D0CT£t3R GÉNDRIN. 51^

fîbro-cartilage normal. Cela n'empêche pas que celles de ces humeurs qui sont solides ne puissent se liquéfier par une inflammation accidentellement provoquée dans les tissus qui les contiennent, ou par l'ascension progressive du mouvement subinflammatoire qui les aretenues et accumulées; car l'inflammation détermine dans les aréoles un afflux de liquides séreux , mêlé de globules sanguins qui leur fait perdre leur consistance^ ou les détache par flocons. Mais il peut aussi arriver que cette inflammation leur donne plus de consistance qu'elles n'en avaient en déposant de la fibrine dans leurs aréoles, en déterminant la résorption de la partie la plus fluide de ces épanchemens. En résumé 5 nous dirons : lorsque ces collections subinflammatoires sont bien fluides, elles ne passent point à l'état cancéreux. L'inflammation consécutive ne s'y développe pas, ou s'y trouve trop peu active pour les porter au cancer. Lorsqu'elles sont, dès leur formation, très consistantes , l'inflammation ne peut y pénétrer ; elles se dessèchent, deviennent fibreuses ou purement calcaires , et sont également exemptes de la dégénération cancéreuse, du moins dans leur centre; car il peut se trouver des cas où il s'en forme dans leur pourtour. C'est un degré moyen de consistance et d'irritabilité qui favorise la conversion au cancer; car l'irri* tabilité locale ne joue pas ici un rôle moins important que l'humidité et la consistance. H y a dans tout cela des nuances et des différences très multipliées de prédominance séreuse, albumineuse , fibrineuse; et vouloir réduire toutes les tumeurs blanches à la forme lardacée ou à l'encéphaloïde, c'est une erreur que l'observation ne saurait manquer de détruire avec le temps. C'en est une aussi de soutenir que l'ulcère rongeur et cancéreux ne s'établit que sur ces deux modes d'altérations; mais comme nous avons discuté plus haut sur ce point, nous ne jugeons pas à propos d'y

5l8 MÉDECINE DE LA FRANCE.

revenir. Voyez aussi V Histoire des phlegmasies , ou cette question est traitée ex-professo.

Nous terminerons l'examen de l'ouvrage de M. Gendrin en rassemblant les propositions de son résumé, et mettant à leur suite nos réponses.

Les cancers ne sont point des inflammations ni des suites d inflammations , car :

i" Leurs caractères manifestes diffèrent de ceux des inflammations ,. , Accordé que les cancers ne sont point des inflammations pures et simples; mais non qu'ils ne puissent pas leur succéder, si le tempérament général et celui de la partie sont favorables à cette transformation, c'est-à-dire à letat subinflam* matoire.

2° Lis ne sont pas nécessairement précédés de Vin-flammation... Cela est vrai ; mais ils le sont de la subinflammation qui les explique ; tandis qu'on ne saurait expliquer sans elle pourquoi tantôt ils succèdent, et tantôt ils ne succèdent pas à l'inflammation.

5° L'inflammation ri explique ni leurs accidens fîi leurs désordres... Sans doute; mais la subinflammation les explique assez.

4° Les causes des phlegmasies ne les produisent pas; ils ne s'annoncent pas par les mêmes symptômes,.* Les causes des phlegmasies peuvent les produire , puisqu'elles agissent en irritant; mais Ja prédisposition générale , et surtout la locale , font qu'elles occasionent plutôt la subinflammation que l'inflammation , ou que la subinflammation succède à l'inflammation dans le lieu malade.

b" Un tissu organisé noji propre aux phlegmasies ^ propre à eux seuls , les précède.». Ce tissu n'est que celui de l'économie engorgé et altéré par la subinflammation qui déprave sa nutrition.

6° Laformation de ce tissu , par la sécrétion , dans la partie malade , d'une substance qui, après s'être

ArflT. P.iTHOL. — DOCTEUR GENBIUK. 619

organisée y se désorganise , s'explique bien par un vice de nuirition...

Ce n'est point la substance sécrétée qui s'organise , et se crée des vaisseaux qui se mettent en rapport avec ceux de Téconomie : cela ne se voit que dans les produits de l'inflammation , après laquelle il n'y a point désorganisation spontanée, cancéreuse^ mais réduction des fausses membranes en lames fibreuses, semblables aux normales. L'idée d'un tissu morbide sécrété ^ on ne sait pourquoi, qui s'organise tantôt sous le stimulus de l'inflammation , tantôt sans cela (deux conditions tout opposées), pour se désorganiser ensuite par un mouvement inflammatoire qu'il produit toujours luimême, et qu'il communique aux tissus sains pour les désorganiser avec lui, est une conception irrégulière, bizarre, monstrueuse, qui n'a point le cachet de la vérité et de la simplicitéqu'offrent toujours les phénomènes de la nature lorsqu'ils sont bien connus. Ce tissu chimérique est démenti par toutes les observations bien fiiites, suivies, pendant l'action des causes prédisposantes, des causes déterminantes, des causes accélératrices et retardatrices de la marche, et par l'examen attentif des lésions souffertes par les autres organes , et par leurs altérations cadavériques; en un mot, l'existence d'un tel tissu est démentie par les observations complètes. Ce sont elles qui démontrent que la formation , les progrès et la destruction des masses cancéreuses, et de l'individu qui en est la victime, existent sous l'influence de l'irritation subinflammatoire qui retient certains fluides dans la partie, et se convertit enfin en véritable inflammation. Il y a là un état de la substance nerveuse locale qui n'est pas bien connu, et qu'il faut découvrir et caractériser. Le roman de ce tissu, tel qu'il est ici présenté, est fondé sur des observations incomplètes.

■j** Les substances squirrheuses et carcinomateuses

sont ideniiques dans tous les tissus , et V iri/lammatlon et ses désordres varient dans chaque,,.

L'identité, quand elle existe dans les tissus squirrlieux, vient de celle des lamelles vasculaires, cellulaires, aréolaires, qui sécrètent la matière morbide, et du tempérament iocal ; mais il se montre dans cette matière des variétés que l'auteur n'a pas mentionnées (voir là-dessus page 5 i 6). L'identité, quand elle existe, et les variétés de l'inflammation, sont les mêmes, et ont les mêmes fondemens. L'auteur Ta avoué lui-même en déclarant que l'inllammation et le pus, son produit, sont identiques dans tous les organes, et ne varient que par des circonstances dépendantes des modifications de l'organisation , du degré de l'irritation, des sécrétions ou exhalations propres à chaque organe, des matières colorantes, etc. Il se trouve donc ici en contradiction avec lui-même. Or, les mêmes circonstances produisent les variétés que Ton observe dans les produits de la subinflammation. Cette septième proposition est donc erronée.

Les conclusions de notre auteur sont les suivantes:

(A) La phlegmasie est une maladie de tous les tissus j puisqtCelle se laisse modifier par eux ;

(B) Le cancer dépend d' une substance morbide ^ priniitivement formée y et non assujettie aux lois des tissus.

Le tissu lamineux, qui fait la base de tous les organes, est également le siège de rinllammation et de la subinflammation. Il est certain que Tinflammation se laisse modifier par les différens tissus qui sont mêlés avec le lamineux; mais en est-il donc autrement de la subinflammalion ? La subinflammation est aussi m.odifiée parles différences provenant des autres tissus de la partie malade et de leurs humeurs propres, puisqu'elle se montre diversiforme, étant tantôt tuberculeuse, tantôt lardacée, tantôt encéphaloïde, tantôt ' gélatinlforme , ou albimiiniforme, imitant la chair

ANIT. PATHOL. *^ DOCTEUR GEIXDRlTf. 52 1

d'orange , tantôt d'apparence adipeuse, tantôt mellifbrnie ou athéromateuse et semblable à du suif; le tout, avant comme après le développement du mouvement inflammatoire désorganisateur qui constitue ce qu'on appelle le cancer. Or, l'ulcération cancéreuse peut se former sur la majeure partie de ces tissus, mais non sur tous ; cela dépend du degré de vitalité, etc. Donc le cancer ne dépend pas d'une substance morbide primitivement formée, et non assujettie aux lois des tissus.

Nous n'avons point parlé des végétations ou fongosités ; mais comme on les observe sur toutes les surfaces ulcérées, quel qu'en soit le fond, sur les muqueuses , et même sur les séreuses lorsqu'elles sont surirritées, soit qu'il existe ou non influence d'une prétendue virulence, nous ne pouvons y voir autre chose qu'un vice de la nutrition , déterminé par l'irritation, et jamais par Tinertie.

Tel est l'important travail de M. Gendrin. On* voit qu'il a rendu tous les désordres organiques à l'inflammation , moins le tubercule, le squirrhe et la matière encéphaloïde. S'il n'a pas rallié ces dernières altérations à un mouvement organique irritatif, d'une nuance inférieure, et caractérisé par des sécrétions morbides sans hyperhémie ou congestion sanguine, c'est qu'il n'a pas assez réfléchi sur ce phénomène pour s'en faire une idée et pour l'adopter. Du reste il n'est pas le seul : parmi les médecins qui s'avouent hautement physiologistes, il • s'en trouve encore plusieurs qui ne l'admettent pas. C'est qu'il faut, pour acquérir la conviction de l'existence d'un tel mouvement, du temps, de la patience, et assez d impartialité et d'absence de toute passion , pour suivre les raisonnemens par lesquels nous en établissons la réalité.

Il est curieux j après avoir lu l'anatomie patholo-

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gique de M. Gencirin, qui rend presque toutes les altérations organiques à l'inflammation , de suivre M. Andral dans l'examen des mêmes lésions, et de voirremeUre en problème des questions que l'on avait considérées comme résolues. Le traité à^ Anatomie pathologique de ce professeur nous découvrira toutes les prétentions de cette science. On la verra, conformément au plan tracé parles auteurs du grand Dictionnaire , et plus précisément encore par Laennec, se substituer à la pathologie^ dont elle ne prend pas encore le titre, mais dont elle embrasse les vues pour les subordonner aux siennes.

En effet, il y a deux séries de faits en médecine clinique : l'aies symptômes formant une masse immense que l'esprit subdivise en groupes ou collections dont chacune représente un maladie ; 2° les altérations des organes^ infiniment moins multipliés que les symptômes, altérations dont les unes sont appréciables pendant la vie , et les autres ne peuvent être bien connues qu'après la mort. La science a commencé par la première de ces deux séries de faits , c'est-à-dire par les symptômes; elle a fini par la seconde ou l'anatomie pathologique. Tel est aussi Tordre chronologique qui se reproduit journellement dans la pratique pour chaque maladie, et suivant lequel, par conséquent, tout médecin clinique est forcé de les étudier. Faut-il intervertir cet ordre pour l'enseignement théorique de notre science ? est-il mieux de commencer l'histoire de chaque affection par ceux des faits la constituant, qui ne peuvent être complètement connus qu'après la mort, et qui ne le sont jamais lorsque la maladie se termine par la guérison? cette méthode est-elle plus instructive; forme-t-elle de meilleurs praticiens que la méthode chronologique, et les forme-t-elle plus promptement? Ce dernier point n'est pas moins important que les deux autres 5 car aussitôt qu'un jeune

ANAT. PATHOL. — PROCESSEUR ANDRAL. 523

médecin dispose de son diplôme, il dispose de la vie de ses concitoyens.

Ces questions, quoique toutes pleines d'intérêt (je pourrais dire palpitantes , mais de ces deux métaphores, je préfère celle qui dénature le moins mon sujet) , ces questions ne peuvent être résolues qu'après l'examen comparatif des deux méthodes, considérées dans leur application à l'enseignement de l'art de guérir. Jusqu'ici nous n'avons laissé échapper aijcune occasion de répéter cet examen; nous allonscontinuercettelache avec la même ardeur, la même impartialité , en faisant connaître la substance et la doctrine du grand ouvrage de M. Andral.

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