‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologique (volume 2)Chapitre 21 sur 23 · CONCLUSION GÉNÉRALE SUR L'EXAMEN · texte numérisé non relu

CONCLUSION GÉNÉRALE SUR L'EXAMEN

Les réflexions que nous avons jointes aux analyses des traités d'anatomie pathologique, dont ce volume est rempli, tendent à prouver que cette science n'est pas l'unique base de la médecine. Elle lui fournit, il est vrai, un point de départ, puisqu'on partage les maladies en celles qui sont inflammatoires, celles qui consistent dans des irritations et congestions non inflammatoires; celles qui sont nerveuses avec ou sans inflammation; celles qui dépendent d'extravasations des différentes humeurs , de l'hypertrophie , l'atrophie, l'ulcération, la dégénération des organes, etc.,etc. ^ division qui suppose que Ton a constaté par des ouvertures de corps la coexistence de ces altérations organiques avec des symptômes. Il est certain que depuis long-temps la tendance à l'établissement de cet accord entre les symptômes et les ahérations des organes est dans la science, car la classe des inflammations existe depuis l'enfance de l'art, et n'a fait que passer des liquides aux solides , transition qui s'est opérée presque aussitôt que la circulation du sang a été connue (i).

(i) On observe maintenant une tendance vers l'humorisme (dans l'école de Laennec); mais c'est faute de s'entendre, comme nous l'avons prouvé. Au surplus^ ces efforts, qui n'ont d'appui ni sur l'anatoniie pailiologicpie , ni sur aucun système bien conçu, seront nécessairement vains, puisqu'ils n'améliorent point la tliéî*^'peutique , ce que nous avons aussi démontré. Il est trop clair qu'ils n'ont d'autre but que la désorganisation du système naissant au profit du scepticisme et d'une chimie ambitieuse.

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Il est donc naturel que le médecin cherche à se représenter l'état des organes cachés lorsqu'une maladie s'offre à son observation. Telle est notre opinion; mais, de ce que les grandes divisions des maladies sont puisées dans l'anatomie pathologique , il ne résulte pas que toutes les subdivisions puissent en découler avec la même clarté. Il faut sans doute qu'une encéphalite , une pneumonite, une gastrite , une entérite, etc. , reçoivent leur véritable nom de la part du médecin pendant la vie du malade ; mais il n'est pas nécessaire que le médecin annonce jour par jour tous les progrès que fait l'inflammation , et toutes les formes que prend le tissu enflammé; si le médecin a cette prétention , il n'échappera point à une foule d'erreurs, et il sera exposé, ou à voir son diagnostic démenti , ou à désespérer d'un malade qui ne sera point incurable ; ou enfin, à^tourmenter par un traitement inutile celui qui sera devenu tel. Nous avons donné assez de fois les motifs de ces assertions dans le cours de cet ouvrage pour pouvoir nous dispenser d'y revenir.

De ce qu'il faut se faire une idée de la nature de Faffection d'un organe (i), il résulte encore moins que l'on doive mettre tous les symptômes qui ont été observés pendant la vie sur le compte du mode d'altération qui se rencontre dans le cadavre au moment de la mort ; cette prétention est même si peu fondée qu'elle en est ridicule ; cependant elle a été celle de plusieurs anatomo-pathologistes, comme nous ne l'avons que trop prouvé dans ce volume.

Enfin , de toutes les prétentions des anatomo-pathologistes purs, la plus choquante est celle qui impose à la maladie d'un organe les phases diverses , et les terminaisons qu'ont présenté les cas terminés par la mort, sur lesquels ces auteurs ont composé leur histoire générale. Mais il est évident que l'on ne doit fonder cette

( I ) On sait le sens que nous donnons au mot nature des mala* dies.

histoire que sur l'action des modificateurs et le rapprochement de trois sortes de cas : 1 » ceux terminés par la mort ; 2° ceux terminés par la guérison ; 5'' ceux qui évidemment n'ont été détournés de l'une ou de l'autre des terminaisons précédentes que par l'action des modificateurs, soit thérapeutiques, soit hygiéniques. Les cas douteux formeraient un quatrième ordre de iaits , dont le génie saura tirer parti un jour par le secours des rapprochemens.

C'est de cetl-e manière que nous concevons l'utilité de l'anatomie pathologique dans la. pratique de la médecine; mais il est également clair pour nous, que cette application ne peut être faite autrement que par les données de la méthode physiologique ; elle seule pourra faire connaître l'action des causes, chaque fois qu'elles seront appréciables, les influences des organes les uns sur les autres , les influences des modificateui's qui auront agi depuis le début jusqu'à la terminaison.

Le grand art sera donc celui de faire un heureux alliage de la méthode physiologique avec l'anatomie pathologique.

Nous avons donné, dans le cours de cet ouvrage, tant d'exemples de la manière dont nous concevons cette association, qu'il serait superflu d'y revenir; et d'ailleurs nos préceptes n'auraient plus ici le mérite de l'application. Au surplus, ceux qui désireront des détails ex professa sur l'esprit de notre doctrine , pourront consulter le Traité de l'Irritation et de la Folie j dont la seconde édition va nous occuper.

La grosseur de ce quatrième volurne, la répugnance que nous avons eue à augmenter \ Examen à'uw cin* quième tome, nous ont fait renoncer au projet que nous avions formé déterminer l'ouvrage par un exposé succinct du développement et de l'état actuel de la médecine physiologique.

Ce travail aurait été nécessaire pour mettre les faits

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à leur place , car la mauvaise foi travaille sans cesse à les dénaturer. En effet, après avoir d'abord exhumé , Pujol de Castres, Caffin et Prost , dans le but d'exténuer le mérite, quel qu'il soit, des travaux des médecins physiologistes, elle s'attache maintenant à la thèse de Marandel ayant pour titre : Essai sur les irritations ^ et publiée en 1807. On voudrait insinuer que nous n'avons, dans nos écrits, d'autre mérite que celui d'avoir adopté et exploité les idées d'un professeur célèbre auquel seul appartient le mérite de l'invention. C'était une consolation pour certains hommes: ils n'ont pas voulu se la rehiser.

Ceux qui liront VExamen verront assez clairement que nous n'avons jamais alfiché la prétention d'être les inventeurs du signe abstrait irritation; il date de l'origine de la science ; mais les acceptions qu'il a reçues ont éprouvé de grandes variations .-depuis Glisson, Vanhelmont, Stahl , Hoffmann et Cullen , il a passé par les mains de Brown, qui lui a donné le sens le plus rapproché de celui qu'il reçoit aujourd'hui. Les Anglais, et surtout Jean Hunter, s'en sont servi avec une détermination encore plus précise. Bichat surtout, Bichat en a fait un usage très remarquable dans sa Physiologie et son A îiatojuie générale. L'irritation est tout entière dans ses propriétés vitales , trop abstraites sans doute; mais, en somme, elle y est, et c'est delà que Marandel l'a tirée. Que quelque autre médecin , émule, ou seulement lecteur de Bichat, lui ait donné l'idée d'en faire à la pathologie l'application qu'il en a faite, c'est sur quoi nous ne pouvons rien dire de positif D'ailleurs, ce n'est pas là la question; il s'agit de décider si Marandel, qui a puisé dans Bichat, ainsi que Caffin, Prost, tant d'autres, et nous-même, a construit avec l'irritation qu'il lui a empruntée la médecine physiologique qui s'est développée depuis lui , et qui fait maintenant de si grands progrès. En d'autres ternies,

Marandel qui , comme la plupart des élèves de Bichat, a traité de l'irritation (car aucun de nos condisciples n'écrivait à cette époque sans employer ce mot à chaque instant , puisque la seule admission des propriétés vitales de cet auteur les y forçait), Marandel , nous le répétons, a-t-il ou n'a-t-il pas fondé la doctrine médicale de la France?

Telle est la question que l'espace ne nous a pas permis d'aborder dans ce quatrième volume. En conséquence, nous avons pris le parti de la renvoyer à la seconde édition de V Irritation et de la Folie ^ où elle sera peut-être mieux à sa place. Toutefois, pour ne pas déconcerter tout-à-fait la curiosité de nos lecteurs, dont la grande majorité ne pourrait se procurer l'opuscule de Marandel, nous allons rapporter textuellement la classification des maladies qu'il a cru devoir adopter en 1807. Un coup d'oeil suffira aux personnes intelligentes pour juger si l'irritation joue dans sa pathologie le même rôle que dans la nôtre, et si sa théorie, sur ce qui n'appartient pas , selon lui , à l'irritation , est identique avec la nôtre, ou si elle n'a pas plutôt des rapports évidens avec celles que nous avons critiquées dans cet ouvrage:

«Une première classe de maladies renferme les irritations ; elles ont pour caractère l'exaltation des forces vitales qui président aux fonctions intérieures ou nutritives ; elles déterminent dans la partie qui en est le siège, un afflux, une attraction plus grande de liquides dont la nature varie, en raison de celle des stimulans, du tempérament, de la saison, et des circonstances individuelles; enfin, si on fait abstraction de quelques terminaisons particulières à quelques unes d'entre elles, toutes ces affections produisent, dans l'organisation des parties, un changement plus ou moins grand, remarquable par la faculté qu'a l'organe de reprendre son état primitif, lorsque la maladie aura disparu.

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«Une deuxième classe comprend les atomes ^ marquées par la diminution de ces mêmes forces vitales, qui entraîne la diminution des parties affectées et quelquefois leur augmentation de volume tenant à une accumulation passive de liquides variés. Quoique opposées aux irritations, les altérations qu'elles amènent dans ces organes sont néanmoins susceptibles de se dissiper, comme dans les cas précédens.

» Une troisième classe embrasse les transformations organiques, altérations remarquables par la gradation successive qu'elles observent dans leur développement, de manière qu'on voit l'organisation se composer de plus en plus, par l'impossibilité où elles sont^de se dissiper, et l'organe qui les présente, de repasser à son état primitif. L'analogie de ces transformations avec les tissus naturels est fondée, non seulement sur la forme et les autres caractères extérieurs , mais encore sur des rapportsde texture, de fonction, et même de maladies.

• Dans une quatrième classe, nous réunissons les dégénérations organiques, maladies persistantes comme les transformations , qui non seulement changent l'organisation des parties qu'elles affectent, mais tendent toujours à leur destruction.

«Une cinquième classe renferme tout ce qui est relatif aux corps étrangers, vivans ou non vivans, venant du dehors, ou développés dans l'économie; cette classe est caractérisée par la nature et la présence de ces corps étrangers, par des altérations de propriétés ou de fonctions , quelquefois même de l'organisation de nos parties.

» Nous faisons une sixième classe de tous les vices d'organisation et de structure originels ; ces maladies portent tantôt sur l'organisation intime et sur la combinaison des élémens primitifs; tantôt elles sont bornées à des changemens de forme et à des privations d'une ou de plusieurs parties.

• Les maladies qui résultent du déplacement des pariies font le sujet d'une septième classe ; il est rare qu'elles amènent des altérations organiques; on les voit plutôt se lier à des dérangernens de fonction, et elles sont accompagnées de changemens de conformation et de gène dans l'exercice des organes.

»Une huitième classe de maladies sur lesquelles laiiatomie n'a fait que très peu de progrès, est celle des fièvres que nous considérons jusqu'à de nouvelles recherches, comme des dérangernens des troubles généraux, des propriétés vitales et des fonctions; dérangernens qui ont un but déterminé, une marche constante et qui tendent à des efforts salutaires ou pernicieux.

«Enfin, dans une neuvième et dernière classe peuvent être placés tous les dérangernens des fonctions cérébrales, soit que ces affections tiennent à leur exaltation ou à leur diminution, soit qu'elles affectent une seule partie, ou qu'elles soient plus ou moins générales. C'est dans celle-ci que je range les douleurs, les spasmes , les convulsions, quelques paralysies, les anomalies nerveuses , etc.

» Les maladies qui composent ces deux dernières classes présentent quelquefois des altérations organiques , dont il est fait mention dans les précédentes; mais elles offrent trop de variations dans leurs effets, pour qu'on puisse les rapporter à celles des classes où entrent les lésions qu'elles amènent le plus constamment. »

Nous terminerons ici V Examen des doctrines médicales , avec le regret de n'avoir pu donner une analyse critique des travaux de Béclard et de M. le docteur Descot sur les inflammations des nerfs. Nous aurions encore voulu y joindre un résumé des travaux sur les névralgies et les névroses proprement dites; sujet plein d'intérêt, et qui vient d'être rajeuni par les utiles travaux de l'ingénieux et infatigable

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