CHAPITRE XLVI
TRAVAUX ANATOMO -PATHOLOGIQUES DE M. LE DOCTEUR OLLIVIER (d' ANC ers) SUR LES MALADIES DE LA MOELLE ÉPmiÈRE.
Il manquait une application de Fanatomie pathologique aux maladies de la moelle épinière. M. le docteur plUvier (d'Angers) remplit cette grande lac|meî
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en l'année 1827, et nous lui devons un ouvrage classique de la plus haute importance.
L'auteur débute par la description de la moelle , et, s'aidant des travaux de ses devanciers, il ne laisse rien à désirer sur ce point.
Il cherche ensuite à déterminer les fonctions de ce prolongement de l'encéphale. Chaque région préside à desmouvemens musculaires particuliers, exerce des influences sur l'action des viscères qui lui correspondent, et, de plus, sur la circulation capillaire, sur la sensibilité et sur la température de la peau du tronc, toujours dans la région qui lui correspond. C'est ainsi que les mouvemens des muscles respirateurs et des muscles des membres se trouvent sous l'influence de la moelle, depuis le bulbe rachidien jusqu'au coccix. Mais il faut remarquer, pour l'intelligence de la pathologie de la moelle, que Finsertion des nerfs phréniques ou diaphragmatiques ne correspond point à la situation du diaphragme, mais se fait au bas du col, entre la cinquième et sixième vertèbre cervicale. La huitième paire, qui communique avec le bulbe rachidien, influe beaucoup sur l'animation des viscères; aussi la destruction des respirateurs qui lui sont inférieurs ne tue pas subitement, mais par suffocation et paralysie des mouvemens inspirateurs ; tandis que la destruction du point d'insertion de ce nerf détermine une mort subite , sans aucun signe de vie restant perceptible. Concluons-en que la huitième paire est un nerf de sentiment qui détermine , en apportant à la base de l'encéphale la stimulation du besoin d'air , l'action des muscles dilatateurs, et l'influence de l'innervation sur le cœur. Dès que l'insertion de cette huitième paire est détruite, plus d'impulsion qui porte à respirer, car les respirateurs ne sont que des nerfs centrifuges ou de mouvement, qui ne peuvent trans-
(i) De la moelle épinière et de ses maladies ^ 2* édition: Paris, 18*27. 2 vol. in-8°, figures.
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mettre au cerveau le sentiment du besoin crinspîration. Tant que cette insertion existe, le sens respirateur, qui y réside, se sert de ce qui reste de respirateurs insérés au-dessous de lui; si les intercostaux ne communiquent plus dans le cas où l'on détruit la moelle de bas en haut, ce sens dispose encore de sa plus grande ressource , le nerf phrénique ; si celui-ci ne va plus jusqu'à la moelle, le sens dont nous parlons y supplée parles respirateurs du cou, des épaules, qu'il domine encore : il peut être, dans quelques cas, réduit au nerf facial, qui ne lui est pas d'un grand secours, parce qu'il ne fait ici que dilater les narines ; tandis que si vous détruisez l'encéphale du haut vers le bas, la respiration cesse au moment où vous attaquez ce sens dans l'insertion de la huitième paire ; et cela, quoique tous les respirateurs et surtout le plus puissant d'entre eux , le diaphragmatique, aient leur origine encore intacte. Ainsi, quoique la nature ait multiplié les nerfs avec les muscles inspirateurs , elle ne nous a donné qu'un seul nerf pour avertir l'instinct du besoin d'inspiration, et obtenir de lui l'innervation qui doit mouvoir les muscles inspirateurs.
Ce léger aperçu suffit pour démontrer, sans réplique, que c'est à tort que l'on voudrait établir dans le cordon rachidien un ou plusieurs centres nerveux capables de pourvoir aux besoins de la respiration ; les principaux inspirateurs y sont; mais la puissance qui les met en mouvement ne se trouve qu'à l'insertion de la huitième paire. C'est celle qui coordonne les mouvemens inspirateurs; mais seulement pour la respiration , et nullement pour ce qui concerne la phonation , la toux , le rire, l'éternuement , les soupirs , les sanglots, mouvemens qui supposent l'intervention de la pulpe sensitive du cerveau.
La moelle rachidienne peut-elle coordonner seule les mouvemens des muscles? H y a bien une surface sensible dans le rachis ; cette surface pourrait, la
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peau de membres étant stimulée, faire appel aux fibres qui les font mouvoir, et provoquer quelques contractions, semblables à celles du galvanisme; mais, à coup sûr, elle ne pourra jamais, du moins chez l'homme , coordonner les mouvemens de ses membres au gré de la volonté, si elle n'est continue avec la surface interne des ventricules du cerveau , ou pour le moins du cervelet, chose sur laquelle il nous reste encore beaucoup de doutes.
Or, nous trouvons que M. Ollivier d'Angers a laissé trop de vague sur cette question , et qu'il a rendu la moelle épinière trop indépendante de l'encéphale ; il en a jugé par des cas où la moelle a paru détruite dans toute son épaisseur, quoique les membres inférieurs eussent conservé quelques mouvemens volontaires. Mais on est en droit de lui répondre que la communication de la surface sensitive de la moelle épinière avec celle de l'encéphale, ou n'a pas été cornplèlement détruite, ou na achevé de l'être qu'aux approches de la mort et dans l'agonie; en un mot, que ces observations sont incomplètes. C'est un point sur lequel il est indispensable de revenir, car il est bien avéré que l'on n'a jamais vu les membres exécuter des mouvemens réguliers après la décapitation ni après les altérations morbides qui ont détruit la continuité des fibres nerveuses au bulbe rachidien. Paralysie des quatre membres, disent tous les observateurs; nous pensons de même , et les cas où elle n'est pas complète supposent, selon nous, que quelques faisceaux défibres, tant sensitives que motrices, ont échappé à la solution de continuité. Si des animaux peuvent fournir la preuve du contraire, c'est que leur moelle est organisée autrement que celle de l'homme. Le temps du merveilleux et des prodiges d'exception s'éloigne de nous. Il faut que l'incertitude et le doute cessent pour tous les cas où la certitude peut être obtenue.
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Notre auteur fait présider la moelle epinière à la vie intérieure, et note, d'après certains anatomistes, que les cordons de communication du trisplanchnique avec ce corps ne communiquent qu'avec les racines postérieures des nerfs spinaux, qui sont celles de la sensibilité , après avoir traversé leurs ganglions. Il en résulterait que le nerf trisplanchnique serait un nerf de sensibilité, et qu'il aurait pour principal usage de dénaturer les stimulations venant des viscères et qui chemineraient vers le cerveau. Cela n'expliquerait qu'en partie le peu de sensibilité des viscères, car la huitième paire s'y trouve aussi; mais il en résulterait "qu'elle serait le principal moyen de nos perceptions intérieures.
Ce fait anatomique nous dirait aussi pourquoi la volonté ne peut faire mouvoir les muscles viscéraux, puisque l'encépale ne leur enverrait pas de nerfs de mou- Ycment ; mais cela n'expliquerait pas encore toutes les "particularités de la physiologie des viscères dans leurs i^apports avec les instincts, les besoins, les sentimens, la volonté , car il est bien prouvé que le cerveau stimule directement tous les viscères sans et malgré l'influence de la volonté. Par quels nerfs agit-il sur ces organes? est-ce par ceux du sentir? mais ce sont des nerfs centripètes; seraient-ils donc aussi centrifuges, ou bien y aurait-il dans la huitième paire ou dans les iierfs rachidiens un mélange de fibres centripètes et de fibres centrifuges? Y aurait-il dans les rapports de ces nerfs avec le trisplanchnique des ganglions pour dénaturer Tinervation centrifuge, comme on en suppose pour la centripète? Ces questions sont trop vastes pour que nous puissions nous y engager; au surplus, en voilà bien assez pour faire sentir qu'il n'est pas exact de dire que la moelle epinière préside à la Vie intérieure; elle y contribue sans doute pour sa part; mais la huitième paire y exerce une influence,
égale ou peut être supérieure à celle des nerfs auxquels la moelle rachidienne donne insertion. Mais le rôle du trisplanchnique n'est pas fixé; mais on ignore jusqu'à quel point ses cordons peuvent communiquer avec les nerfs de mouvemens; mais on ne sait pas quels sont les rapports capillaires des nerfs de relation qui accompagnent les artères avec les nerfs splanchniques dans les viscères; mais on n'est pas bien sûr qu'il n'y ait pas quelques filets de mouvemens insérés avec ceux de sensibilité, sinon dans le système entier, au moins dans quelques branches de la huitième paire. Il faut attendre. Ainsi, dire vaguement, et sans preuve nouvelle, que la moelle préside à la vie intérieure, c'est laisser la question au point où elle était déjà depuis long-temps.
Enfin , pour terminer la question de physiologie, M. Olliver penche vers l'opinion qui établit le siège de la sensibilité dans la substance grise. Ses fondemens ne sont pas plus solides que ceux des auteurs que nous avons déjà cités, et plusieurs faits ou opinions rapportés dans son ouvrage déposent contre cette singulière assertion. Il cite lui-même Bellingheri, à qui ses propres expériences ont appris que la lésion de la substance grise n'intéresse ni le mouvement, ni la sensibilité, qui ne s'affectent ja mais si Ton n'attaque les cordons blancs. Il rapporte des cas pathologiques où la substance grise, qui est centrale, était détruite par l'inflammation, quoique la sensibilité fût intacte, ou ne fût intéressée que vers la fin de la vie, c'est-à-dire lorsque l'irritation avait eu le temps de dépraver l'action des fibres blanches voisines, et d'amener des collections de liquides qui les comprimaient, comme on le voit arriver dans les maladies du pourtour et du centre encéphalique.
Au fait, toute la physiologie, toute la pathologie, et surtout l'anatomie comparée , tendent à prouver que la matière grise n'est qu'un tissu pulpo-capillaire inter-
mécliaire entre les vaisseaux sanguins et les fibres blanches, inutile partout où ces fibres sont peu multipliées, nécessaire dans les régions où elles le sont beaucoup, et dans celles surtout où les fibres nerveuses, ayant beaucoup d'action, ont besoin de trouver beaucoup de sang à leur portée. C'est pour cela que cette substance grise n'est point continue dans l'étendue de l'appareil sensitif et moteur; qu'elle n'existe qu'en très petite quantité chez Tenfant et chez une foule d'animaux de bas étage, où le système sanguin est peu développé , etc. ; mais en voilà bien assez. Peut être faut-il moins combattre que laisser tomber peu à peu cette fausse opinion qui a pu séduire d'abord, faute de faits et de rapprochemens ; mais qu'aucun bon esprit n'entreprendra, ce nous semble, de relever désormais.
Arrivé à la partie pathologique, M. Ollivier d'Angers s'occupe d'abord des vices déformation^ et y fait preuve d'érudition et de bon jugement. Il importait de mettre ces vices à cette place pour servir de complément à la physiologie de la moelle épinière.
Les mêmes motifs justifient le chapitre des maladies de la moelle et de ses membranes chez les nouveaunés. L'auteur commence à y faire intervenir l'irritation et l'inflammation en homme qui n'est point resté étranger aux progrès de la médecine physiologique.
Viennent ensuite les plaies , contusions ^ compressions brusques , déchirures de la moelle et de ses membranes y luxations ^fractures , etc. ; sujet parfaitement à sa place, puisqu'il donne à l'auteur l'occasion d'enlrer dans la médecine par la chirurgie. Il fait voir comment ces maladies, dont le siège est évident, analysent les fonctions de l'ensemble rachidien,en fixant d'une manière précise celle de chacune des régions dont il se compose. On voit ainsi intervenir» l'inflammation comme suite de ces violences externes; et le changemeut que ce nouvel état pathologique amtne
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dans les symptômes sert à confirmer ce qu'on sait des fonctions de la partie affectée, et à préparer l'esprit à l'interprétation des lésions de même nature développées primitivement dans !e canal rachidien. M. Lallemand avait donné l'exemple de cette association de la chirurgie à la médecine, conformément aux principes de la méthode physiologique.
On doit noter que l'érection du pénis figure au nombre des effets de l'inflammation médullaire par causes traumatiques. Nous devons encore faire observer que les inflammations débutent dans la moelle rachidiennç, aussi bien que dans l'encéphale, par la substance grise qui est centrale, qui communique toujours l'irritation à la blanche , et y altère plus ou moins la sensibilité et le mouvement.
Les compressions de la moelle sont examinées suivant leurs rapports avec les causes qui les produisent, et avec la promptitude ou la lenteur avec lesquelles elles s'effectuent. On y trouve des différences bien dignes d'attention , mais le détail en serait trop lo-ng pour l'espace qui nous reste dans ce volume. Nous ferons seulement remarquer, d'après l'auteur, qui se trouve, au reste, d'accord avec tous les bons observateurs, que les courbures des rachitiques ou des bossus n'exercent aucune influence morbide sur les fonctions de la moelle et des nerfs qui communiquent avec elle, tant que le tissu osseux se conserve exempt de toute altération ; mais il observe avec justesse que le gonflement des fibro-cartilages inter-vertébraux peut exercer sur la moelle une compression, d'où résultent des paralysies ou des inflammations , tandis que le canal , recourbé , mais sain, peut causer w\\ aplatissement extraordinaire du cordon médullaire sans lésion quelconque de ses fonctions.
Ce chapitre est un des plusintéressans de l'ouvrage, et nous regrettons bien de ne pouvoir pas faire part à
nos lecteurs des réflexions que sa lecture nous a suggérées.
Vhlstolre générale de la compression lui assigne pour symptômes extérieurs, non seulement les engourdissemens, les paralysies des muscles qui reçoivent leurs nerfs du point comprime , mais encore la diminution de l'action exhalante du tissu cellulaire sous-cutané, ou les œdèmes, le défaut de chaleur et de transpiration de la peau et la paralysie , d'abord douteuse et passagère , puis complète , du sphincter du rectum et de la vessie ; d'où des névroses et tous les désordres qui s'ensuivent.
Il est fort à regretter qu'ici, comme dans les paralysies par autres causes , les observations citées par l'auteur n aient pasété assez complètes pour lui permettre d'assigner chacune des deux paralysies, celle du mouvement et celle de la sensibilité, à des altérations parfaitement correspondantes au cordon antérieur et au cordon postérieur. Ce défaut , qui reparaît dans les hémorrhagies, dans les méningites, dans les myélites et dans l'histoire des productions accidentelles de la moelle, tient peut-être autant à l'opinion de l'auteur , qui plaçait la sensibilité dans la substance grise , qu'au défaut de détails et de rapprochemens de la part des collecteurs des observations. Quoi qu'il en soit, c'est une lacune fâcheuse, et qui exigera de nouveaux faits, recueillis et comparés avec un nouveau degré d'attention.
La compression par suite du ramollissement et de la carie des vertèbres, d'où courbure à angle droit ( maladie de Pott) est la seule qui paraisse curable à l'auteur, dans le paragraphe du pronostic. On sait quel rôle y jouent les exutoircs. Quant à nous, nous pensons que plusieurs autres cas de compression rapportés dans l'ouvrage, par caries et productions dites scrofuleuses ou autres , développées entre les vertèbres
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à la suite de coups , de chutes , de douleurs rhumatismales, pendant long-temps inconnues et mal traitées, auraient pu être guéris ou prévenus , si Ton avait plus songé à combattre l'irritation , quelle qu'en fût la cause, qu'à attendre le développement complet du groupe de symptômes correspondant à telle ou telle entité morbide soupçonnée.
Les commotions de la moelle causées par des chutes sur le dos ou sur les fesses, par les coups, etc. ,sontsuivies d'épanchemens de sang ou de sérosité, de caillots, de la rupture des tissus contenus, de hernies de la moelle à travers de simples ramollissemens. Ici encore le rôle de l'inflammation consécutive est bien marqué, tant dans les symptômes que dans les altérations organiques. C'est toujours la marche d'un bon esprit, la thérapeutique y est ce qu'elle doit être ; l'auteur y fait la remarque importante que l'irritation qui suit les désordres de la commotion ne provoque pas l'érection du pénis, comme elle se fait à la suite des piqûres, déchirures, etc. , où la commotion n'a point encore existé.
Les congestions sanguines peuvent être simples et ne consister que dans l'engorgement des vaisseaux des méninges, plus ou moins partagé parla susbtance grise centrale; elles peuvent être la cause d'épanchemens avec rupture de cette substance , comme on le voit dans les corps striés, les couches optiques, la protubérance annulaire, ou la périphérie du cerveau , etc.; enfin elles peuvent devenir la cause d'un ramollissement de la moelle en une bouillie rougeâtre,telle qu'on en voit encore dans les mêmes régions de l'encéphale. Tous ces faits sont bien classés, l'inflammation y joue un rôle, et l'auteur y joint des réflexions judicieuses; quelques unes seulement nous donneront lieu d'en faire d'autres à notre tour.
Le simple embarras vasculaire avait été noté par Frank, ce qui paraît avoir vivement frappé M. Ollivier.
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L'auteur allemand attribue à cette congestion beaucoup d'accidens, et la regarde comme inséparable des congestions de sang dans les poumons, dans les viscères de l'abdomen , et surtout dans l'utérus. La plupart des douleurs de dos, dès pesanteurs de membres dans le début âes/ïèvres, sont aussi expliquées par là. Cette cause nous semble un peu exagérée par cet auteur, qui vivait dans im temps où la mécanique était encore trop en crédit, et où les sympathies des viscères souffrans , avec les membres, n'étaient pas connues. On dissipe souvent, en effet, ces douleurs et ces pesanteurs par uUe petite saignée capillaire de l'épigastre ou de tout autre point de phlegmasie locale, ce qui certes n'aurait pas lieu si ces douleurs et ces pesanteurs supposaient toujours dans le rachis la congestion d'un sang épais, et arrêté dans des vaisseaux où il remonte difficilement contre son propre poids, car c'est ainsi que Frank expliquait tous ces symptômes. Au surplus M. Ollivier n'épouse pas toutes ces opinions : c'est une justice qu'il faut lui rendre.
Notre auteur s'appesantit sur celles de ces hémorrhagies qui se font au bulbe rachidien , car elles sont aussi de son ressort ; il en donne deu signes caractéristiques pour les cas où elles se font subitement avec perte de connaissance, cris aigus, agitation convulsive, bientôt suivie de la paralysie générale. Ces si- " gnes sont, dans l'état de résolution: r la contraction subite des membres thoraciques avec rotation en dedans; ?/ le défaut de déviation de la bouche. Si l'hémorrbagie ne s'est faite que d'un côté, paralysie croisée; mais aussitôt que la déchirure hémorrhagique attaque l'insertion de la huitième paire, la vie cesse.
Les cris sont attribués à la douleur causée par la stimulation du sang sur les extrémités des fibres rompues, et à la pénétration du sang dans le quatrième ventricule; mais une de ces causes est incertaine;; l'exemple
des hémorrhagies des renflemens optique et strié, qui, dans l'immense majorité des cas, se font sans douleurs, prouve que le contact du ^ang n'est point douloureux pour les fibres du mouvement; mais lorsque les parois du quatrième ventricule déchirées permettent à ce fluide de toucher à la surface sensitive, la douleur existe ici comme dans les déchirures des deux renflemens sus-dénommés, qui permet l'inondation sanguine dans les ventricules latéraux. I/analogie nous paraît exacte, mais nous ne voudrions pas nier que l'hémorrhagie ne déchirât quelques fibres de la sensibilité dans le bulbe rachidien dû plusieurs bandes fibreuses des deux ordres sont si voisins, avant d'avoir pénétré dans le quatrième ventricule.
La réduction en bouillie j^ougecUre, sorte de ramollisse?ne7it liémorrhagique qui tient de l'inflammation comme Ta si bien prouvé Lallemand, auquel M. Ollivier se conforme , a pour signes, dans le trajet de la moelle, des douleurs et des pesanteurs dans le dos, l'engourdissement des membres, puis tout-à-coup leur paralysie, dont la secousse d'une voiture ou toute autre violence externe ne sont que les causes déterminantes ; c'est uoe semi'phlcgmasie qui se rattache aux myélites.
Desjluides gazeux onl été trouvés par l'auteur dans les membranes de la moelle, à la suite de morts causées par différentes phlegmasies des viscères. M. Ollivier ne se prononce pas sur la nature de ces pneuma^ iorachis ^ mais il est évident que si la décomposition avancée des cadavres ne permet pas de les rapportera la putréfaction, ils ne peuvent dépendre que d'un état inflammatoire, communiqué aux tissus vasculaire et séreux des méninges , car il est prouvé désormais pour nous que l'inflammation vaporise les fluides dans certains tissus où elle règne, lorsqu'elle ne peut pas en attirer ou en retenir une quantité suffisante pour les
remplir. Mais il y a des lois à rechercher sur ce fait curieux, et nous n'avons pas le temps de nous en occuper. Au surplus nous avons démontré ailleurs que le même fait se présente dans l'état normal. ( Voir les Commentaires, les Annales^ et même notre Traité de physiologie. )
Lorsque la méningite rachidienne n'est pas produite par une affection locale, traumatique, ou autre's, du rachis, et qu'elle vient de cause interne, elle paraît bien rarement seule, le plus souvent elle est la suite et la propagation delà méningite cérébrale; son siège est le tissu de Magendie, mots par lesquels on désigne le tissu vasculaire et séreux interposé entre la surface interne de l'arachnoïde et les deux cordons médullaires, parce que c'est dans cet espace que ce physiologiste a trouvé le fluide indiqué par Cotugno. Cela ne doit nullement nous étonner; tel est aussi le véritable siège dé la méningite, dans l'encéphale, comme nous l'avons vu précédemment, et dans les deux régions du centre cérébro-spinal, le poli de la séreuse n'est affecté que par la progression traversante de la phlegmasie: chose qui s'observe souvent aussi pour les séreuses du thorax et de l'abdomen.
Nous ne sommes pas surpris, depuis que cette loi nous est connue, que des auteurs tels que Coindet aient pensé que l'inflammation de l'hydrocéphale aiguë débute, non pas sur le poli de la membrane des ventricules, mais bien dans la substance blanche que cette membrane tapisse. Si l'on eût dit qu'elle se forme dans la couche cellulo-vasculaire très fine , qui est l'intermédiaire entre cette membrane et la pulpe blanche, on aurait énoncé, selon nous^ le fait dans toute sa vérité.
La méningite du rachis ne peut produire ici que ce qu'elle produit dans le crâne, l'accumulation d'un fluide séreux, rarement pur, le plus souvent trouble
et jaunâtre, OU sanguinolent ; et l'injection sanguine, et Fendurcissement ou le ramollissement de la substance nerveuse s'y trouvent fréquemment réunis : ce qui veut dire que l'inflammation ne reste pas toujours fixée dans les limites où la voudraient les analomo-pathologistes pour bien dessiner leurs maladies.
Quoi qu'il en soit , les signes pathognomoniques de la méningite, sinon pure, au moins prédominante, sont les suivans, en faisant abstraction du malaise vague de l'appareil locomoteur, de la fatigue dans les membres, des douleurs de dos, propagées le plus souvent dans les membres inférieurs, et d'autres signes peu prononcés qui sont communs à toutes les irritations de la moelle : i'' opisthotonos plus ou moins intense, et rachis formant un arc inflexible (car la méningite encéphalique ne raidit et ne redresse que la tête et le col); 2° douleur plus ou moins forte dans le dos, et qui semble partir du point le plus enflammé, où elle est aussi le plus aiguë , douleur qui n'est pas exaspérable par le palper, à moins qu'il n'existe une plegmasie du tissu osseux.
Il ne faut pas perdre de vue que ces symptômes, les convulsions surtout, peuvent éprouver de la rémission , même dans des cas très aigus, ce qui donne à la maladie un aspect rémittent; que les douleurs se prolongent par élancemens le long du rachis et dans les membres; et qu'il y a de plus, raideurs des membres permanentes et trismus. Bientôt la dyspnée, la fréquence du pouls, si elle n'existait déjà, avec des espèces de bondissemens du cœur , annoncent l'altération des points d'insertion des nerfs respirateurs , cardiaques , etc. ; des sueurs copieuses sont exprimées au moins pendant les exaspérations ; puis l'affaiblissement de tous les mouvemens, si la marche est funeste, annonce la mort, qui a lieu avec un état paralytique; ou par l'asphyxie, si l'affection cérébrale prédominante ne l'a pas causée.
L'auteur demande si le tétanos, qui offre le même groupe de symptômes, est toujours l'effet d'une méningite racliidienne. Quelques faits le font hésiter , surtout pourle traumatique. Je le crois bien, c'est la question des délires et des convulsions des fièvres dites rt^axi^we^" (gastro-entérites), et des délires furieux et convulsifs, qui sont souvent mortels en peu de jours, à la suite des excès de boissons et autres excitations vives et insolites du tube digestif. Or, la simple stimulation communiquée à l'appareil cérébral produit tous les symptômes d'une méningite dont les traces ne sont pas sensibles après la mort. Mais dans tous ces cas, vraiment pareils , puisque le tétanos secondaire vient des nerfs irrités d'une plaie, de ceux du tube digestif, qui transm-ettent l'irritation à la moelle, dans tous ces cas, disons-nous, l'irritation secondaire existe dans les centres nerveux ; elle y produit réellement les symptômes extérieurs de la phlegmasie primitive; et si elle ne laisse pas constamment à sa suite les altérations de tissus, du moins en laisse-telle assez pour les médecins clairvoyans : là où n'est pas le vrai pus, là où ne peuvent se trouver la forte injection sanguine ou l'induration, qui pourtant existe le plus souvent, là où le ramollissement inflammatoire n'a pas eu le temps de se former, ou était impossible, vu l'épuisement des malades, on trouve au moins un certain degré d'injection , et des exhalations actives qui attestent l'existence d'une irritation plus ou moins rapprochée de la véritable phlegmasie.
Les mêmes symptômes , mais moins prononcés , marquent les degrés inférieurs de la méningite , qui sont dans le cas de se prolonger et d'être chroniques.
M. Ollivier fait dans ce chapitre une remarque bien importante : c'est que les escares gangreneuses de la peau , si communes dans les ramollissemens et les destructions de la moelle , né se présentent pas dans les phlegmasies des méninges.
AlVAt. PAtrt. — DOCfEtlR OLLIVIKU. 7/(9
Le pronostic de la méningite n'est pas mortel, à beaucoup près, si elle est attaquée avant les paralysies et l'altération grave des grands viscères.
Les causes sont insuffisantes dans l'ouvrage. On n'a pas assez largement appliqué l'irritation à cette étiologie, et l'on n'a pas tenu compte de l'influence énorme CiQS phlegmasies viscérales, surtout de celles de l'abdomen, qui tendent sans cesse à se répéter dans le rachis.
Le traitement est bien indiqué par l'auteur pour les deux nuances principales; mais il eût été plus complet , si l'on eût envisage toutes les causes , et si l'on se fût appesanti davantage sur l'importance d'insister, et de détruire, par les antiphlogistiques, tous les points d'irritation qui peuvent raviver ou rappeler la plilegraasié. Ces défauts, légers sans doute, n'empêchent pas celte partie de l'ouvrage d'être conçue et exécutée suivant les vues d'une saine doctrine , et d'être ce que nous avons de meilleur, à beaucoup près, sur ces terribles inflammations.
Pour V inflammation de la substance médullaire elleiTiême, l'auteur adopte la dénomination de mjelitis y choisie par Harles et Klohss , auteurs allemands qui, de même que Fr. Hildebrandt, ont traité ce sujet avant lui. Ce mot correspond à celui d'encephalitis \ il est désormais reçu parmi nous. Cette maladie n'a pas été, suivant l'auteur, distinguée des phlegmasies précédentes. Il va lui assigner ses caractères propres.
Les caractères anacomiques consistent dans le rU" mollisscment , ou X endurcis sèment. Jusqu'alors on avait douté si le ramollissement était un effet de l'inflammation, ou du moins on avait soutenu qu'il pouvait V avoir des ramoUissemens non inflammatoires. Mais notre auteur, se conformant aux principes de M. Lallemand, ne les admet pas, car lorsque la rougeur ne paraît pas dans la moelle ramollie, elle existe toujours
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dans les méninges qui lui correspondent : le ramollissement est donc pour lui une trace d'inflammation.
Le ramollissement coxnm^ncfi toujours par le centre , c'est-à-dire par la substance grise , ce qui témoigne , selon nous , de son caractère inflammatoire. Le renflement lombaire^ qui en contient le plus, est aussi le plus fréquemment affecté : celte observation est surtout frappante chez les chevaux, où ce renflement est énorme , vu l'extrême développement des muscles et des nerfs du train de derrière. Cette observation vient de M. Dupuy , savant vétérinaire et bon physiologiste.
IJ endurcissement, autre résultat de l'inflammation médullaire, est généralement considéré, dit M. Olli- \ier, comme préparant et précédant le ramollissement; mais il en doute, au moins pour tous les cas, car on trouve parfois le cerveau dur chez des fous, chez des épileptiques , et chez des sujets morts dans l'état de paralysie générale, sans qu'il existe aucune trace d'inflammation. Le même endurcissement blanc, c[ui semble rapprocher la matière nerveuse du blanc d œuf cuit, dans le cerveau, s'est aussi présenté dans le rachis ; mais il y avait autour des traces de méningite. Malgré cela, l'auteur pense que lorsque la substance cérébrale offre cet aspect, sans trace de vaisseaux sanguins, on ne peut pas affirmer qu'elle est enflammée : il n'adopte donc pas l'opinion de MM. Lallemand et Bouillaud ; et voilà dans son ouvrage une inflammation médullaire qui cesse de l'être!
Tout cela ne semble-t-il pas prouver que les physiologistes ont eu tort de ne pas admettre avec nous la possibilité des subinflammations , c'est-à-dire d'irritations congestives, sécrétoires , excrétoires, indurantes, ramollissantes ou suppurantes , qui diffèrent du phénomène de l'inflammation , et qui peuvent se compliquer ou ne pas se compliquer avec les phlegmasies ?
Au surplus nous avons vu que M. Lallemand fait précéder l'induration parle ramollissement, et qu'il y admet la fixation du sang et du pus , dont les proportions font beaucoup varier la couleur des endurcissernens. M. OUivier n'a donc pas tenu compte de son opinion et de ses preuves.
Nous avons également remarqué que le docteur Rochoux admet dans la substance blanche une inflammation où les globules rouges paraissent à peine, et où cette substance ne perd pas sa couleur jusqu'à la suppuration.
La nature inflammatoire des endurcissemens et des ramollissemens blancs a donc ses partisans, quoique aucun d'eux ne leur donne le titre de subinflaramations? M. Ollivier doute sur ce point : voilà ce que nous avons conclu de son texte.
Suivent les observations, sur lesquelles nous n'aurons garde de nous arrêter. Nous noterons seulement que l'auteur y voit des contradictions qui, si elles étaient réelles , remettraient en problème tout ce que Ton admet comme démontré sur les fonctions du rachis ; mais nous nous en référons à ce que nous avons dit plus haut : ces observations nous semblent inexactes ou incomplètes. Passons à l'histoire générale.
IL^s signes extérieurs de la myélite aiguè sont en général des engourdissemens, ou un refroidissement désagréable, qui commencent par les extrémités des membces, des doigts ou des orteils, et se propagent au tronc. Cette phlegmasie débute aussi par des douleurs et des convulsions partielles ou générales, accompagnées ou suivies de douleurs profondes dans le point du rachis qui est le siège de l'inflammation. Ces douleurs peuvent se propager tout le long de la colonne épinière; elles sont quelquefois exaspérables par le mouvement des muscles ; mais alors on présume la complication d'une méningite. En effet, cette complication
jette souvent de l'obscurité sur le diagnostic ; mais lorsque la paralysie se prononce, il y a preuve d'une altération plus profonde que celle des méninges, et la myélite devient évidente.
Notez que si la douleur s'ajoute plus souvent aux engourdissemens et aux fourmi llemens que dans les encéphalites partielles , cela vient de ce que les méninges, toujours très rapprochées de la phlegmasie médullaire, sont bien plus facilement atteintes par l'inflammation.
L'auteur entre dans des détails sur la nature des douleurs et des paralysies, que nous ne devons pas transcrire ici. Il s'arrête aussi sur les influences sympathiques particulières à l'inflammation de chacune des régions du cordon médullaire ; et l'on remarque que la maladie peut marcher de bas en haut , et der haut en bas ; que lorsqu'elle débute par le bulbe rachidien, elle abolit d'abord les fonctions intellectuelles. Cela se conçoit, selon nous, puisque bientôt les progrès de l'inflammation ont comprimé ou désorganisé la surface sensitive du quatrième ventricule, ce qui supprime la voie de communication de l'encéphale avec les sens extérieurs, et avec l'appareil locomoteur et vocal ; ce qui d'ailleurs produit une irritation qui se propage dans tout le cerveau. Si l'encéphalite et l'hémorrhagie des renflemens optiques et striés peuvent produire la perte de relation, à plus forte raison cette perte doitelle résulter de l'affection du lieu qui est le point central de convergence des fibres du sentir, comme de celles du mouvoir. Aussi la paralysie des quatre membres s'associe-t-elle toujours à la perte des facultés mentales, lorsque la phlegmasie intéresse toute l'épaisseur du bulbe rachidien; si elle n'était que partielle et bornée , le cas rentrerait dans ceux des paralysies par lésion d'unlobe^ et il n'y aurait aucun moyen de les distinguer, comme l'avouent aujourd'hui tous les anato-
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mo-patliologistes qui ne sont pas dans l opinion de M. Serres , etc.
Pour le reste des détails, nos lecteurs y suppléeront facilement, s'ils connaissent les rapports des différentes régions de la moelle, depuis la partie supérieure du coi jusqu'au sacrum, non seulement avec les muscles , mais aussi avec le cœur, les poumons et les viscères du bas-ventre. Néanmoins il sera toujours utile de consulter l'ouvrage même sur tous ces points de pathologie; pour nous, qui n'y trouvons aucune question nouvelle de doctrine, nous nous contenterons de renvoyer à ce que nous avons déjà dit sur celle du docteur Ollivier , en ajoutant toutefois que nous l'avons trouvé moins sceptique dans V Histoire générale de la Myélite y qu'il ne l'était dans l'interprétation des observations qu'il a rapportées.
Chronique ^ la myélite est beaucoup plus obscure dans sa marche souvent très lente. On ne sait trop à quoi rapporter les lassitudes continuelles, Içs douleurs singulières du dos et des membres. Le rhumatisme , le lombago , sont d'ordinaire accusés ; mais enfin les paralysies, les rétractions des membres, les secousses convulsives et comme électriques , que la main suffit pour provoquer lorsqu'on la promène sur le rachis et sur les principaux nerfs des membres, finissent par dissiper tous les doutes. C'est ici particulièrement que le défaut de l'influence nerveuse sur les fonctions capillaires se manifeste par le froid des parties, la sécheresse invincible de la peau, dont l'épiderme s'écaille, et par l'état œdémateux du tissu cellulaire.
Une pareille détérioration ne peut se faire sans beaucoup de symptômes viscéraux : palpitations , essoufflemens, suffocations, asthmes , angines dites pectorales, dysurie, incontinence d'urines, constipation, relâchement du sphincter, sentimens divers dans l'abdomen de pression , de constriction , d'une ceinture 4. /|8
incommode; crampes et coliques d'estomac, d'intestins, tiraillemens douloureux dans toutes ces régions, dont les muqueuses finissent souvent par contracter un état de phlegmasie latente ; puis les escares, etc. , etc. Tels sont les maux qui affligent les porteurs de cette fâcheuse maladie ; et au milieu de tout cela les facultés mentales se conservent, car la myélite ne peut durer une longue suite d'années lorsqu'elle atropbie, endurcit ou ramollit le tissu de la moelle dans la région crânienne , où d'ailleurs cette affection se confondrait, comme on l'a vu , avec les maladies encéphaliques.
Toutefois , l'inflammation chronique de la moelle ép\n\ère,dorsale, netuepastoujoursparl'asphyxieelpar les vices de la circulation et de la digestion : elle peut gagner l'encéphale, où elle éteint, quelquefois assez lentement, et en détail, toutes les facultés ; ce dont nous avons sous les yeux un exemple dans h personne d'un de nos amis. Mais, dans ces cas, nous pensons qu'il y a moins phlegmasie que torpeur de la partie intellectuelle du cerveau , par le fait du ralentissement de l'innervation dans les autres parties du système nerveux.
Le proTiostic de l'auteur est que la maladie, qui peut être mortelle en peu de jours dans l'état aigu, n'est pas toujours sans ressource si elle est traitée de bonne heure. La chronique a été guérie même après plusieurs mois de durée ; mais arrivées à un certain point, il est clair que l'aiguë et la chronique sont incurables.
Les causes n'ont pas été, selon nous, suffisamment approfondies par notre auteur, qui, du reste, renvoie à ce qu'il a dit sur celles des congestions rachidiennes.
Répétons-le encore une fois , il faut avoir étudié la médecine conformément aux principes de la méthode physiologique, pour rechercher avec fruit l'étiologie des maladies.
Le traitement est assez satisfaisant dans cet ouvrage, sous le rapport des principes ; mais il manque de dé-
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tails et d observations à l'appui. Ce traité ofïre en général le défaut de beaucoup d'autres ouvrages d'anatomie pathologique ; les caractères et la marche y sont tirés d'observations souvent mal traitées : on ne tient pas assez compte de toutes les possibilités de modification, ni, par la même raison, de toutes les marches possibles : on ne le peut , faute d'observations assez bien vues, assez bien traitées ; et cela donne à la maladie un aspect plus terrible que celui qu'elle pourrait offrir si Ton avait pu la montrer dans toutes ses modifications possibles.
L'auteur consacre un chapitre aux atrophies et aux hypertrophies de la moelle. L'atrophie dont il parle est la sénile; l'hypertrophie rentre dans les maladies dont il a traité : c'est un double emploi^ un tribut payé à l'empire des mots.
Les productions morbides dé\^eloppées dans les membranes et dans la substance de la moelle ne nous arrêteront pas ; car, sans tenir compte du scepticisme de l'auteur, nous les expliquerons à la manière de Si. Bouillaud, puisque cette manière fut la nôtre, même avant que ce professeur l'eût adoptée. Quant aux effets de ces productions, ils se réduisent évidemment aux phénomènes que notre auteur a si bien décrits, c'est-à-dire à la compression, la congestion, l'hémorrhagie , l'inflammation et ses suites dans les membranes et dans la substance de l'organe.
M. Ollivier termine son livre par l'énumération des maladies et phénomènes morbides qui semblent résulter de V affection de la moelle épinière et de ses membranes.
Ici figure une longue liste d'auteurs qui ont attribué à la moelle épinière une foule de symptômes qui font partie des groupes affectés à beaucoup de maladies, soit chroniques, soit aiguës. Il y aurait matière à un , et même à plusieurs mémoires , si l'on voulait discuter
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toutes ces opinions , et nous n'aurions pas manqué de nous engager dans ces discussions, si ce volume n'était déjà trop gros. Mais nous nous bornerons à fort peu de mots.
L'auteur dit en commençant : Pourquoi ne donnerait-on pas à la moelle autant d'importance qu'à l'estomac, puisqu'elle a plus de sympathies?
Je ne sais s'il a voulu faire allusion aux ouvrages des médecins physiologistes; mais cette phrase suppose que M. Ollivier n'a pas suffisamment approfondi leur doctrine ; car nous avons toujours expliqué les sympathies du tube digestif, comme celles de tous les autres organes, par l'intermédiaire du système nerveux; non pas du système nerveux viscéral, mais de celui de relation. Qui de nous n'a cent fois répété que le cerveau et la moelle s'irritent et se congestionnent avec les viscères et les organes moteurs du squelette qui correspondent à ces centres nerveux? En effet, nous avons toujours dit que , dans les sympathies, le système nerveux n'agissait point uniquement par ses branches et ses cordons , mais bien par l'influence du centre cérébro-spinal , qui recueille les stimulations des foyers de phlegmasie, et les réfléchit suivant certaines directions. De plus, nous avons constamment ajouté qu'en remplissant cette fonction , le cerveau et la moelle couraient sans cesse le risque de la congestion, de l'inflammation , et des suites qui peuvent en résulter.
Or, nous pouvons assurer que toutes les opinions des auteurs cités par M. Ollivier, dans ce chapitre , ne contiennent autre chose que des assertiqns qui viennent à l'appui de cette opinion , mais que ces assertions sont beaucoup moins claires que celles qui ont été émises par les médecins physiologistes, car les auteurs dont il s'agit ignoraient les lois les plus communes de l'irritation.
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Conclusion sur M. OUivier d'Angers.
M. Ollivier a fait un travail utile en forçant nos praticiens , par un grand ouvrage plein de faits et de réflexions judicieuses, à s'occuper sérieusement des inflammations de la moelle épinière. Il avait été prévenu, à la vérité, par quelques uns de nos compatriotes, et notamment par M. Pinel fils, qui venait de rappeler lattention sur ces maladies; mais les mémoires détachés , les articles épars de journaux , ne répandent pas assez les nouvelles acquisitions scientifiques. Il faut toujours àesWwYQS ex professa ^ et même d'amples monographies, pour les bien faire connaître. Nous nous réjouissons que les recherches des médecins étrangers et des français aient été recueillies, enrichies de faits nouveaux, et réduites en corps de doctrine par un homme qui n'était pas resté étranger aux travaux de la médecine physiologique, et qui a su en faire un ' certain cas , puisqu'il n'a point pris à tâche de la déprécier , et que même il en a fait la base de sa doctrine. Cet auteur a beaucoup fait; ce qu'il laisse à désirer pourrait désormais être fait par d'autres, sans que sa gloire en souffrît, et sans que la reconnaissance que lui doivent les médecins français dût en être diminuée. Mais M. Ollivier est jeune encore, et nous devons nous attendre à le voir bientôt se surpasser lui-même dans une nouvelle édition. Il y arrivera sans peine, nous le pensons du moins, s'il continue à diriger ses travaux suivant l'esprit de la médecine physiologique, s'il a le bon esprit de ne pas se croire obligé de ménager toutes les sectes , s'il évite de mettre les opinions des hommes en crédit à la place des preuves , dans son texte. Nous ne disons pas qu'il ait déjà manœuvré de cette manière; nous témoignons seulement la crainte qu'il ne se^ laisse gagner^ par l'esprit d'éclectisme.
et même de scepticisme, qui domine certaines coteries.