‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologiqueChapitre 129 sur 148 · CE QUE DEVINT LE SYSTEME DE PARACELSE · texte numérisé non relu

CE QUE DEVINT LE SYSTEME DE PARACELSE

Dans un siècle éclairé , le système de Paracelse aurait eu sans cloute le sort de son auteur : il serait tombé dans le mépris et aurait péri faute de soutien. On n'en aurait gardé que les faits , comme on le pratique partout aujourd'hui , si ce n'est dans la secte dite éclectique, qui veut, absolument trouver du bon dans toutes les théories. En un mot , les chimères qui font la substance du système n'auraient point trouvé de partisans- Il n'en fut pas ainsi dans le seizième siècle , époque de fanatisme et d'illusions. Ce système trouva donc beaucoup d'adeptes et d'apologistes, surtout en Allemagne. Une foule d'enthousiastes l'adoptèrent, le modifièrent , y firent des ampliations dont les détails ne présenteraient aucun intérêt à nos lecteurs; je les négligerai donc, ainsi que leurs auteurs, dont les plus signalés étaient de la secte mystique des Rose-Croix , et d'autant plus volontiers, qu'il ne s'agit point de nouvelles doctrines, et que les noms de quelques fanatiques qui croyaient aux possessions du diable sont tout-à-fait indifférens à mon objet, qui est de présenter l'histoire des doctrines médicales. Je ne parlerai pas non plus des cures miraculeuses du diacre Paris, et d'autres cures semblables , obtenues par des messes ou neuvaines , ou par des somnambules et des magnétiseurs, etc. Cela me mènerait, de l'époque de Paracelse, jusqu'à Mesmer, et même jusqu'au prince de Hohenlohe.

Ce qu'il m'importe de savoir, c'est qu'après avoir lait de vains efforts pour concilier le système de Paracelse avec la doctrine de Galien, on prit enfin le

ITIPPOCRâTrQUE. OI7

sage parti de séparer les faits et les principes réellement utiles, des explications cabalistiques et théosophiques , et d'abandonner le ridicule projet de la transmutation des métaux ; ce qui donna naissance à la véritable chimie. Mais on attaqua aussi les principes de médecine du fanatique réformateur.

Thomas Éraste , natif de Baden , en Suisse , et professeur à Baie , fut le principal antagoniste de Paracelse. En essayant de donner plus de poids aux idées de Galien sur les affections des parties simples , il émit un principe que les médecins n'auraient jamais dû perdre de vue : que les maladies sont des accidens, et non des substances. Il considéra les propriétés des médicamens comme des résultats de forces substantielles, et nia les antipathies mystiques ou cabalistiques de Paracelse : il soutint que les élémens chimiques ne sont que les principes des galénistes déguisés sous d'autres noms, et pensa qu'il est impossible de réduire les corps à leurs élémens , ce qui n'est pas dénué de vraisemblance , puisque chaque jour les chimistes parviennent à décomposer des corps qui passaient pour simples; il fît remarquer les contradictions de Paracelse ; il s'éleva contre la transmutation ; enfin il porta un coup funeste au système de son antagoniste. Des hommes remarquables par leurs connaissances en différens genres unirent leurs efforts aux siens, et la cabale perdit insensiblement de son crédit , non sans avoir opposé une longue et vigoureuse résistance.

La chirurgie eut sa part dans les progrès de l'art de guérir pendant le seizième siècle : mais , comme elle n'influa point sur les théories médicales , comme

3l8 CHANGEMENS DANS LA MÉTHODE

elle marcha plutôt sur leurs traces , je n'ai point de raison pour l'examiner d'une manière spéciale. Je remarquerai cependant qu'Ambroise Paré, un de ceux à qui elle dut le plus d'illustration, sentit l'inconvénient de l'application de l'huile bouillante sur les plaies récentes d'armes à feu , et qu'il eut le bon esprit d'en bannir l'emploi. Mais il ne fut fait aucune application de cette remarque à la médecine en général. La chirurgie se perfectionnait dans sa partie empirique, c'est-à-dire dans les procédés opératoires, dans la confection des instrumens, mais fort peu dans le traitement des ulcères , que Ton ne cessait de rapporter aux altérations humorales admises par les médecins. Il en fut à peu près ainsi des tumeurs. On vit même un chirurgien des plus célèbres, auquel l'anatomie doit quelques découvertes, et qui fut directeur des écoles du royaume des Deux-Siciles, Jean- Philippe Ingrassias, qui décrivit les os avec une perfection inconnue de son temps; on vit, dis-je, ce chirurgien, dans un ouvrage systématique qu'il composa sur les tumeurs, ajouter aux soixante et une espèces adoptées parGalien, cent soixante-cinq espèces de sa façon. A la vérité, il admit , dans ce nombre , des tumeurs qui ne sont pas réputées chirurgicales; mais il n'en est pas moins évident que, même avec toutes les tumeurs de la pathologie interne, on ne saurait en établir deux cent vingt-six espèces différentes, sans le secours des théories les plus ontologiques et les plus absurdes.

La chirurgie, qui n'est qu'une partie de la thérapeutique, doit être distinguée elle - même en deux parties, l'empirique et la rationnelle : la première

Page 1