‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologiqueChapitre 128 sur 148 · PARACELSE · texte numérisé non relu

PARACELSE

Philippe Bombast de Hohenheim, qui se plaisait à se donner les titres d'Auréole-Théophraste Paracelse, naquit à Linsidlen , petit bourg du canton de Schwitz , à quelques lieues de Zurich , d'un père licencié en médecine. Son éducation première fut négligée : il passe pour avoir perdu sa virilité dans l'enfance par suite d'un accident. On assure qu'il n'avait point de barbe , et qu'il détestait les femmes. Il passa sa jeunesse, menant la vie des scolastiques ambulans de cette époque , prédisant l'avenir d'après l'inspection des astres et les lignes de la main, évoquant les morts et répétant les diverses opérations d'alchimie qu'il avait apprises de son père et de plusieurs évêques et abbés qu'il se plaisait à nommer. Je ne m'arrêterai pas à copier l'histoire de sa vie que l'on peut lire dans plusieurs auteurs, et que l'on trouve très détaillée dans l'Histoire de la médecine de Leclerc et dans celle de Court-Sprengel. On y verra que, s'étant rendu célèbre par quelques écrits sur la physique, sur la chirurgie, et par des cures surprenantes, Paracelse fut appelé en i5a6 à l'université de Baie pour y remplir la chaire de physique et de chirurgie ; qu'il y professa souvent en langue vulgaire, contre l'usage du temps , ce qui lui attira beaucoup d'auditeurs; qu'il commença par brûler publiquement dans la salle de ses leçons Galien et Avicenne ; qu'il ne professait et ne visitait ses malades

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que dans un état d'ivresse ; qu'il était insolent et cupide, et que bientôt ses excès le forcèrent à prendre la fuite et à recommencer son genre de vie errante, qui finit par le conduire à l'hôpital Saint- Étienne de Saltzbourg , où il mourut à l'âge de quarante-huit ans, lui qui osait presque promettre aux autres l'immortalité.

Quant à la doctrine de ce singulier fanatique , elle n'a rien qui lui donne un caractère imposant ; mais , comme elle offre l'ensemble de toutes les erreurs de la secte à laquelle il appartenait, elle est importante à connaître.

On trouve dans ses ouvrages une foule d'absurdités et de contradictions : les mots y ont un sens différent de l'acception vulgaire ; ils sont souvent barbares, ont un sens détourné, arbitraire, ou même n'en ont point du tout; car Paracelse comptait sur ce moyen pour imposer aux ignorans et pour échapper aux interprétations des gens instruits. La langue dont il se servait est un latin barbare, souvent mêlé d'allemand. Il affectait le plus grand mépris pour toutes les connaissances que l'on acquiert par l'étude, la méditation, et prétendait tenir sa science immédiatement de Dieu. Il s'unissait à la divinité par la force de la contemplation , et n'avait besoin des cérémonies d'aucun culte : aussi les méprisait-il tous.

Selon Paracelse, ia médecine magique est dans l'Apocalypse, dans la cabale. Il admettait de la vie dans toute la nature : sa doctrine était un vrai panthéisme ; il voyait, d'après Platon , le monde habité par une foule de substances spirituelles ; il les appe-

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lait sylvains dans l'air, nymphes clans l'eau, gnomes ou pygmées sut la terre, salamandres dans le feu. Ce sont les follets, les fées, etc.; mais tout cela ne mérite pas de nous arrêter. Examinons d'abord sa physiologie.

Elle consiste en grande partie dans l'explication des fonctions du corps par les lois de la cabale, c'està-dire par l'harmonie des parties du corps avec les intelligences célestes ou les constellations. L'ensemble des astres est le macrocosme ou grand monde, et tous les viscères sont considérés par lui comme un représentant des planètes ou des constellations, et c'est ce qui constitue le microcosme ou petit monde. Voilà d'abord ce qu'il faut savoir pour être médecin. Quid scientia aliud quam astrum ! s'écriait-il. Mais poursuivons.

Il existe une connexion intime entre le soleil et le cœur, la lune et le cerveau, Jupiter et le foie, Saturne et la rate, Mercure et les poumons , Mars et la bile, Venus et les reins. Ailleurs, ces rapports sont un peu différens : le soleil agit sur l'ombilic et la partie moyenne du bas-ventre , la lune sur l'épine du dos, Mercure sur les viscères, Vénus sur les organes génitaux, Mars sur la face, Jupiter sur la tête, et Saturne sur les extrémités.

Les plantes, les animaux, les métaux forment aussi un microcosme fondé sur leurs rapports avec les planètes , et voici d'où dépendent ces rapports.

Il y a trois élémensdes choses, Y astre, la racine et Vêlement, auxquels on peut ajouter le sperme. Tous les élémens étaient confondus dans le chaos ou matière informe de Platon. L'astre est la force active, la

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puissance qui les en tira; car, selon lui, les astres sont des êtres raisonnables et même susceptibles de passions. Chacun d'eux tira donc du chaos, appelé aussi le grand mystère , l'herbe et le métal avec lequel il avait de l'affinité , et donna à leur racine une forme sidérique : l'homme n'a point été formé autrement. Mais quelle est cette racine de tous ces individus? C'est leur essence, leur type, peut-être: mots vides de sens.

Quant à la semence, elle est de deux espèces : i° la semence iliastrique, qui existe dans le grand mystère ou le chaos, et qui est invisible; c'est l'astre qui l'a produit et qui l'en tire en lui imprimant son caractère sidérique; 2° la semence cagastrique, qui est sécrétée par l'individu : elle est visible, et n'est que l'enveloppe de la précédente. Ces deux semences peuvent aussi être développées par la puissance des astres dans la putréfaction ; mais la putréfaction ne peut produire aucun corps par elle-même , puisque tous les corps de la nature ont des fonctions et sont des êtres animés, des individus formés par les astres.

Passons aux élémens.

Tous les corps sont formés de trois principes : un sel sidérique, un soufre sidérique, un mercure sidérique. Paraceise ébranla, par cette assertion, la doctrine des quatre élémens imaginée par Empédocle, et dirigea l'attention vers les principes chimiques , dont la découverte acheva par la suite de la détruire. Isaac Hollandus avait dit, avant lui, que le sel, le soufre et le mercure sont les élémens des choses. Mais Paraceise cabalisa cette idée, en prétendant que les trois élémens sont immatériels et ne peuvent i. 20

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être aperçus que par les sens exquis du théosophe, qui s'est élevé, par l'abnégation de soi-même et par la force de la contemplation , jusqu'au niveau des démons purs et spirituels. Ces principes changent de nom chez les plantes ; le sel sidérique est appelé baume, le soufre résine, le mercure gotaronium.

L'auteur commet ici la faute de former des substances matérielles avec des immatérielles. C'est ce que fit plus tard Leibnitz , en prétendant que ses monades spirituelles sont les élémens primitifs de tous les corps. C'est encore ce que l'on renouvelle présentement en créant des forces immatérielles qui agissent sur des molécules matérielles : tant il est difficile de dire des choses raisonnables quand on veut aller au-delà de ce que les sens nous attestent.

Chacun des élémens peut, suivant Paracelse, admettre toutes les qualités, de sorte que l'eau peut être sèche, le feu froid, etc. Si les mots n'étaient pas pris ici pour des choses, Paracelse n'aurait pas débité une pareille sottise ; mais voilà comme raisonnent tous les hommes , de quelque époque qu'ils soient , de quelque nom qu'on les décore , lorsqu'ils veulent toujours aller chercher quelque chose au-delà des corps ou de la modification de notre intelligence que les mots sont destinés à représenter. Je me propose bien de faire sentir tous les dangers de l'appli cation de cette méthode aux maladies.

S'agit-il de la physiologie spéciale de l'homme , le théosophe nous apprend qu'il y a dans l'estomac un esprit de la vie, un corps sidérique, qu'il nomme Varchèe. Cette archée est le démon de l'homme ; car il n'y a pas d'autre esprit qu'elle dans le corps. Elle

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a des pieds, des mains, une tête, etc. , le tout immatériel : idée dont il faut se garder de rire; car elle vient de bien plus haut que de Paracelse. Cette archée est le maître de l'estomac; c'est elle qui, faisant les fonctions de chimiste, sépare le poison des alimens, du principe nutritif, et fournit des matériaux au sang. C'est avec cette archée, à laquelle on peut aussi donner le nom de nature, que le médecin doit s'entendre pour lui prêter assistance au besoin. Elle opère tous les changemens par sa propre puissance; mais elle a quelquefois besoin de secours. Chaque partie a aussi son estomac distinct, à l'aide duquel s'exécutent les sécrétions. Le sang menstruel étant vénéneux, suivant Fauteur, il ne saurait alimenter l'embryon, qui se nourrit avec le lait porté des mamelles à l'utérus par des canaux inconnus.

La pathologie de Paracelse n'est pas moins extraordinaire. Les phénomènes ne dépendent pas des élémens. Il y a cinq causes de maladie : Yens aslrorum, ou l'entité astrale; caries astres infectent l'air. Certaines constellations sulfurisent la grande mer , c'està-dire l'atmosphère ; d'autres l'arsénifient. Les entités réalgariques nuisent au sang, les mercurielles à la tête, et les salines aux os et aux vaisseaux L'orpiment détermine des tumeurs et des hydropisies , et les astres amers provoquent la fièvre. La seconde cause générale des maladies est Yens veneni, qui provient des substances alimentaires lorsque l'archée n'a pas assez d'énergie pour séparer la matière nutritive du poison ; alors on voit naître la putréfaction. La troisième espèce de causes est Yens naturale : elle embrasse les causes naturelles despathologistes;

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mais cette cause est toujours l'effet de l'entité astrale. La quatrième espèce est Yens spirituelle, et la cinquième Yens deale s ce qui comprend tous les effets immédiats de la prédestination divine.

La comparaison des maladies avec les phénomènes de la nature conduisit Paracelse à considérer l'épilepsie comme le tremblement de terre du microcosme, et à comparer l'apoplexie au feu du ciel , à l'éclair, à la foudre: c'est d'après ce principe qu'il affirmait, que si la manie s'exaspère à la pleine lune, c'est pareeque le cerveau est la lune du microcosme, et qu'il attribuait la jaunisse à l'imagination du corps sidérique. Les maladies sont, chez lui, personnifiées: il faut les considérer comme des hommes , et étudier leur physionomie. Le diagnostic ne saurait reposer sur l'observation des symptômes , mais bien sur l'examen des constellations. Les maladies de la femme diffèrent beaucoup de celles de l'homme ; car la matrice est le microcosme du microcosme.

La théorie pathologique de Paracelse s'éloigne de celle de Galien en ce que, au lieu des élémens, il a recours à des principes chimiques, à l'effervescence des sels, à la combustion du soufre, à la coagulation du mercure , aux vapeurs arsenicales , à des gaz vitrioliques, muriatiques, à des acides corrosifs, etc., pour expliquer la formation des maladies. Il introduisit ainsi la doctrine des âcretés chimiques, qui a subsisté jusqu'à nos jours , et qui est si pukssante encore, que plusieurs médecins ne peuvent se dispenser de voir de l'acrimonie dans les dartres , les scrofules, etc. Le mercure , sublimé dans le corps par la chaleur, détermine la manie; précipité, il produit

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la goutte; distillé, il entraîne une mort subite. La prédominance du sel produit les maladies attribuées par les écoles à l'atonie , comme les diarrhées, les hydropisies , les ulcères.

Paracelse a inventé la doctrine du tartre , auquel on a fait jouer un grand rôle. Le tartre est, selon lui , le principe de toutes les maladies qui provienvent de i'épaississement des humeurs , de la rigidité des solides et de l'accumulation de la matière terreuse. On voit qu'il a cherché une explication pour les embarras, les obstructions, les concrétions, et qu'il l'a trouvée dans son tartre. Il lui donne ce nom , parcequ'il brûle, selon lui , les malades comme le Tartare. Ces idées sont encore au nombre de celles de ce fanatique qui ont eu le plus de succès dans les écoles modernes. En voyant le tartre se précipiter sur l'émail des dents, on n'a pas pu douter qu'il ne se fixât ainsi dans les tendons ou les ligamens pour les ossifier: dans les sécréteurs, pour y produire des concrétions, etc. Le tartre est précipité des humeurs muqueuses : et ce sont ces humeurs qui forment la matière des engorgemens du foie et des autres viscères. En effet, au milieu de ces engorgemens on trouve quelquefois des concrétions calcaires. En fallait-il davantage pour consacrer la découverte de Paracelse ? Des hommes qui ne connaissaient point les modifications vitales qui produisent tous ces changemens de nos parties devaient nécessairement s'attacher aux résultats et prendre les effets pour les causes. Ailleurs , nous pourrons nous assurer que Ton a continué de commettre la même erreur, malgré la découverte de la véritable

cause des maladies, de l'irritabilité des tissus vivans.

Passons à la thérapeutique de Paracelse.

Elle repose entièrement sur la cabale. Nous avons vu que tout est en rapport dans le ciel et sur la terre. Lors donc que le médecin rencontrera un malade, il devra s'assurer quelle est la constellation d'où dépend sa maladie, afin de ne placer le remède que dans le temps favorable. Quant au choix de celui-ci, il faut avoir égard aux mêmes rapports. Le choisiton parmi les substances minérales, on aura recours £ l'or si le cœur est affecté, au cristal et à la liqueur de la lune si c'est le cerveau , etc. Préfère-t-on recourir aux végétaux , on devra choisir ceux qui, d'une part , sont sous l'influence de la planète qui a produit la maladie, et qui, de l'autre, correspondent à l'organe affecté. On s'assure de cette correspondance par l'inspection des plantes; car Dieu a pris soin d'imprimer sur leurs feuilles, qui sont leurs mains, et sur leurs fleurs, que Ton peut considérer comme leur physionomie, l'empreinte de l'organe qu'ils ont le pouvoir de guérir. Si cela ne suffit pas, il faut examiner leurs racines, faire leur anatomie, en un mot; et l'on trouvera toujours des caractères pour se guider. Ici revient donc la fameuse doctrine des signatures, et l'on voit comment la pulmonaire, par ses taches, convient au poumon; la chélidoine, par son suc jaune, aux maladies bilieuses; l'euphraise, vu l'image de la pupille empreinte sur sa corolle , aux affections des yeux ; les orchis, à cause de la forme de leurs racines, aux testicules, et ainsi de suite. Douter de tout cela,

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ce serait insulter Dieu , qui est l'auteur des ces précieuses signatures.

Les médicamens n'agissent point par des propriétés naturelles , mais par des vertus occultes. Il y en a qui renferment la matière première, et qui peuvent réparer les pertes continuelles que le corps éprouve. De là la possibilité d'avoir des arcanes qui prolongent la vie indéfiniment. Paracelse avait, en conséquence , composé des arcanes mystiques auxquels il donnait des noms pompeux , comme le mercure de vie , la pierre pkilosop haie , etc. Au surplus , les vertus qu'il attribuait aux substances de la matière médicale donnaient des résultats différens , selon l'état des parties souffrantes, état dont, comme on voit, il ne pouvait avoir aucune idée. C'est ainsi que la centaurée , qu'il recommande dans les fièvres intermittentes, le safran de mars, qu'il conseille dans la dysenterie, l'acide sulfurique, qu'il vante comme un remède efficace contre l'épilepsie , devaient avoir des résultats extrêmement variés. On explique donc comment il a pu quelquefois opérer des guérisons , et plus souvent encore faire périr misérablement ceux qui lui accordaient leur confiance.

Il est à remarquer que, dans l'emploi qu'il faisait des substances végétales, Paracelse rejetait les décoctions et les sirops , pour recourir aux extraits , aux teintures, aux essences, et qu'il blâmait l'habitude qu'avaient les médecins d'accumuler un grand nombre de drogues dans la même formule. 11 s'attachait à obtenir la quintessence, oul'éther d'Aristote, de chaque substance, dans la persuasion que c'est là que résident leurs vertus. De cette manière , il fit

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sentir l'utilité des opérations chimiques pour la préparation des médicamens, et imprima une nouvelle physionomie à la matière médicale. Cette méthode a obtenu un tel succès et s'est tellement perfectionnée, que, de nos jours', on ne s'occupe qu'à chercher le principe actif de toutes les plantes douées de quelque vertu héroïque.

Il prétendait corriger par certains mélanges , au moyen des opérations chimiques , les propriétés nuisibles de quelques substances. A la vérité, il n'était pas toujours heureux dans ces sortes de tentatives ; mais qu'importe ! l'impulsion était donnée : il était réservé à ses successeurs de perfectionner son ouvrage.

Paracelse ne voulait pas qu'il y eût de maladies incurables : une pareille prétention, que sa pratique ne pouvait pas justifier, découle de son ignorance en physiologie, et n'a rien qui doive nous surprendre.

On le loue d'avoir introduit en médecine l'usage des substances minérales, jusqu'alors trop négligées; d'avoir le premier fait connaître la vertu anthelmintique de rétain ; d'avoir fait sentir l'avantage des préparations mercurielles contre la syphilis, etc. Ce sont là sans doute des services ; mais combien n'a-t-on pas abusé de pareils moyens ! J'y reviendrai. J'ai déjà fait remarquer dans la Physiologie appliquée à la pathologie , que les substances minérales produisent dans l'estomac un genre d'altération dont les funestes effets sont difficiles à prévenir.

Paracelse introduisit aussi de grandes innovations dans la chirurgie. Il rejeta d'abord le cautère actuel,

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l'instrument tranchant, et même la suture , prétendant que ses arcanes peuvent presque toujours suppléer à ces moyens , et fondant un grand espoir sur les efforts de l'archée. Il soutint que la nature est le meilleur de tous les chirurgiens, et que le rôle de ceux-ci doit se borner à garantir les plaies du contact des corps extérieurs. La nature tire des humeurs un baume qu'il appelle la mumie, dont elle arrose les plaies et avec lequel elle les guérit. Cette rnumie peut quelquefois être fournie par les plantes, et les baumes artificiels peuvent suppléer le naturel et hâter la guérison des plaies. Cette idée de la mumie résulte d'une observation très judicieuse , qu'on est presque fâché de trouver chez un homme de cette trempe. Quant aux baumes artificiels consolidans , cicatrisans, etc., le public ne les a pas oubliés; il n'est personne , parmi les gens du monde , qui ne vous vante son baume, et qui ne lui attribue la guérison des blessures les plus légères, de celles que la nature seule guérit avec le plus de facilité.

La prétention affichée par notre auteur, de guérir les fractures sans appareil contentif , et par le seul secours de la grande consoude , est ridicule, parcequ'elle suppose une ignorance complète de l'action musculaire.

Cet auteur attribuait les lésions externes aux mêmes causes qui, selon lui, produisent les maladies internes. Ainsi, le réalgar de la lune et de Vénus corrode la face; celui de Jupiter et de Mercure, les épaules et la poitrine ; celui de Mars, le dos et le ventre ; celui du soleil, la partie moyenne de la poitrine ; enfin , celui de Saturne , les pieds. Du mélange

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de ces influences résultent des ulcères plus ou moins malins. Ceci n'a rien qui doive nous étonner : Paracelse était ici conséquent; les humoristes lui en avaient donné l'exemple en attribuant les ulcères aux prédominances humorales dont ils faisaient dépendre les maladies internes.

Paracelse admet aussi l'usage des aimatlfe dans la thérapeutique. Toutes les maladies qu'il fait provenir de l'influence de Mars, savoir, les hémorrhagies des parties supérieures et inférieures, et les maux qui s'étendent depuis la partie moyenne du corps jusqu'à la périphérie, peuvent être guéris par l'aimant, qui les retient au centre. C'est un principe chez lui , que , lorsqu'on applique un aimant, dans les hémorrhagies, sur le lieu d'où provient le sang ou sur celui d'où part l'affection , on voit à l'instant même cesser l'écoulement du sang ou l'affection. L'application de ce principe est très facile, et n'a pas été perdue pour la postérité. On voit encore aujourd'hui dans Paris des praticiens, qui rejettent les innovations physiologiques , emprunter à Paracelse, pour lequel ils affichent le plus grand mépris*, l'usage des plaques métalliques qu'ils placent dans des régions opposées, afin de soustraire le fluide magnétique, électrique, galvanique, ou tel autre principe impondérable qui cause les aceidens de l'hypochondrie, les convulsions, les névralgies, etc.

Des aimansaux talismans, la distance n'est pas très grande : Paracelse donna donc à cet ancien moyen une célébrité extraordinaire. L'on y gravait, suivant l'usage, différentes figures symboliques, et des lettres prétendues magiques.

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En résumant les réflexions qui se sont présentées à nous dans l'exposition du système de Paracelse , on trouve qu'il n'a rien inventé en fait de science cabalistique, mais qu'il a réuni en un seul corps de doctrine les extravagances éparses dans les livres des théoSophes, et qu'il en a fait l'application à la médecine; qu'en attribuant les maladies à l'introduction dans le corps de particules hétérogènes , toutes plus ou moins acres et corrosives , il a détruit la théorie des élémens et créé celle des âcretés; qu'il a fortement appelé l'attention sur lesmédicamens tirés du règne minéral, et mis entre les mains des praticiens beaucoup de moyens héroïques dont il est extrêmement facile d'abuser; qu'il a enseigné à extraire la partie active des végétaux, ce qui n'a pu manquer d'exercer sur les arts une influence avantageuse sans doute, mais sur la médecine une influence qui ne peut être bien appréciée que par les médecins physiologistes. Enfin Paracelse peut être loué d'avoir été la cause que la chimie acquît par la suite plus de considération , et se séparât de l'alchimie avec laquelle jusqu'alors elle avait été confondue ; d'avoir rendu un immense service à la chirurgie en indiquant le rôle que joue la nature dans la guérison des solutions de continuité , et en réduisant beaucoup celui de l'homme de l'art; d'avoir, en général, appelé l'attention sur plusieurs phénomènes morbides très intéressans , et d'avoir excité les médecins à de nouveaux efforts dans les maladies graves , par la prétention qu'il avait de n'en point trouver d'incurables.

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