RAISONS DE L'EXAMEN
pas un pays agricole, et que le bois en est la principale ressource produit dont le développement profitable et rationnel exige plus que les marchés locaux—la valeur du canal inachevé était, à coup sûr, très restreinte. Ce débouché n’existant pas, on a exploité le bois d'œuvre d'une façon déplorable, à cause des dépenses de transport au marché. Comme résultat, on peut dire que le gouvernement n'a retiré aucun profit appréciable de cette industrie ;: celu: des marchands de bois n'a été aussi que très léger. Si le transport à peu de frais, que fournit un canal, avait pu s'effectuer plus tôt, les exploitations forestières auraient é£ conduites d’une façon plus économique, et les scieries, installées sur le parcours, auraient tiré un meilleur parti du bois ; les exploitants et la population y aurient gagné ; en outre, il eût été possible d'agir de manière à assurer aux industries manufacturières une source inépuisable. Actuellement, le principal article de transport, celui du bois de construction, est pour ainsi dire nul, et le canal a perdu par là une grande partie de son utilité, du moins en ce qui touche ou développement local. Si l'on excepte les forces hydrauliques qu'il fournit, le transport hors de la localité, qui peut être la conséquence du parachèvement des deux débouchés, justifierait seul l'existence de ce canal pour le présent, à moins que, grâce à un bon système d'arrangement et d'administration, on parvienne à raviver l'activité industrielle à laquelle les marchands de bois donnèrent jadis l'essor.
Forêt et Cours d'Eau—Pendant ce temps, un autre facteur du problème, qui se rattache étroitement à la question du bois d'œuvre, a été complètement négligé, c'est-à-dire, la quantité d’eau nécessaire nu canal et aux forces hydrauliques par la conservation du bois * “bout sur les flancs du bassin. Il va de soi que la conservation des sources d'eau pour le canal prime tout. Quoique l’on puisse dire de l'influence de la déforestation sur le climat, influence, il faut l’'admettre, qui n'est qu'imparfaitement connue, on ne saurait douter de l'effet qu'exerce une forêt sur le cours des eaux. L'expérience a démontré que, dans toutes les parties du monde, les forêts servent à prévenir les crues et les baisses extrêmes ; elles règlent et régularisent, en général, l'écoulement des eaux de surface. On peut constater facilement leur influence, lorsqu'elles sont appelées à l'exercer dans des conditions très désavantageuses. Prenons par exemple des pentes nues et rocheuses. Il est évident que l’eau de pluie s'écoulera en tombant ; que les niveaux de l’eau dans les rivières suivrout les caprices des pluies ; et que les crues et les étiages des rivières seront déterminés par les saisons pluvieuses ou sèches.
Maintenant, prenons un bassin rocheux, couvert non seulement de terre et de végétation, mais aussi d'une épaisse forêt, et comparons-le avec celui qui vient d'être mentionné : l'infiltration empêche le ruissellement ; le drainage de surface se convertit en grande partie en drainage souterrain ; la rivière est alors alimentée en partie par les eaux de source et non pas uniquement par celles de surface ; elles s’y rendent plus lentement et avec plus de régularité. Bien qu’une forêt soit impuissante à prévenir les inondations, lorsque les pluies sont excessives et les pentes abruptes, ces crues ne seront certainement ni aussi fréquentes ni désastreuses qu'en l'absence de ce régulateur. Le sol, les débris, la mousse et les broussailles contribuent tous à former un réservoir d’où l’eau s'écoule graduellement à la rivière.
Il existe, entre ces conditions extrêmement défavorables ou favorables, toutes les conditions intermédiaires du couvert de surface, plus ou moins efficaces à convertir le drainage de surface en drainage souterrain : le sol nu qui recouvre les pentes rocheuses, les pâturages d'herbes et les plantes fourragères, les champs labourés, les cultures agricoles, les brousses et les débris, les forêts naissantes, l’ancienne forêt vierge ou triée, et plus ou moins épaisse—autant de conditions qui varient indéfiniment—contribuent diversement à maîtriser le ruissellement tel que susdit.
La forêt, même celle de qualité inférieure, règle mieux l’écoulement des crnux que les autres végétaux ou le gazon. L'eau qui s'écoule sur les pentes peut ou dissoudre les éléments du sol ou les retenir en suspens ; elle érode ainsi le sol, emplit le lit de la rivière de sédiment et en rétrécit le chenal. Un tapis de gazon est même moins efficace qu'une forêt à portéger contre l'érosion la pente d’un versant.
Des ingénieurs ont cru que des barrages pouvaient seuls régulariser l'écoulement des eaux d'une manière satisfaisante ; mais les plus sages avouent que, pour obtenir un meilleur service, il faut l'aide d’une forêt. Il est généralement admis aujourd’hui surtout quand il s'agit de la provision d’eau d’une ville, qu'il faut boiser les régions où s’alimentent les sources, parce qu'on prévient ainsi l'érosion, tout en empêchant les matières solides de boucher les réservoirs. Ces explications sur l'importance de l'influence de la forêt pourront peut-être servir à montrer l'utilité de cet examen du canal de Trent.
Causes de Détérioration—-On ne trouve presque plus de pins en ce bassin. Il y a encore du bois, mais tout le bois commercial de valeur ayant été enlevé, on n'y porte guère intérêt ; de nombreux incendies ont passé, causant des pertes de bois de plus en plus
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