‹ Examen du christianisme (volume 2)Chapitre 27 sur 31 · CONCLUSION GENERALE · texte numérisé non relu

CONCLUSION GENERALE

Depuis les temps les plas reculés dont les souvenirs sont parvenus Jusqu'à nous, l'humanité nous apparaît divisée en une multitude de sectes religieuses, dont chaeune prétend avoir reçu de Dieu, par une révélation spéciale, la connaissance de la vérité, et dont les chefs s'attribuent le pouvoir de commander au nom du ciel. Ces affirmations qui se contredisent, ne pouvant être toutes vraies, l'homme ne peut se mettre à l'abri des erreurs inséparables d'un mauvais choix, qu'en cherchant, parmi toutes ces églises rivales, celle qui a réellement reçu une mission divine, si toutefois il en a jamais existé. Deux voies nous sont ouvertes pour nous guider dans cette recherche, l'autorité et l'examen. Mais une autorité n'est légitime qu'autant qu'elle a justifié de ses droits au commandement ; nul ne peut se faire un titre de ses prétentions ; chaque pontife, chaque docteur revendique pour lui l'autorité ; comme Ils ne peuvent tous avoir raison, il y a nécessité de scruter l'origine de chaque église, de vérifier si elle a reçu de Dieu le privilège prodigieux, exor-

bitant de parler en son nom et de diriger l'homanlté. Celte vérification nous conduit donc à l'examen qui, en définitive, est la seule voie pour trouver la vérité.

Nous avons discuté les divers moyens par lesquels on prétend que s'est manifestée la divinité, les miracles, les apparitions, les prophéties, les livres inspirés; nous avons fait voir rimpossibiUté d'y trouver la certitude d'une communication divine. Examinant spécialement Us titres du christianisme, nous avons prouvé que le Pentateuque, le plus ancien de ses livres, n'est pas de Moïse, auquel on l'attribue, et qu'il ne mérite aucune confiance sous le rapport historique; que la Bible, présentée comme l'œuvre de Dieu, est remplie d'erreurs qui prouvent l'ignorance et l'imperfection de ses auteurs, ce qui repousse invinciblement la supposition d'une origine divine; que beaucoup des prophéties qui y sont contenues, ont été démenties par les faits ; que celles sur lesquelles on s'est le plus appuyé, sont vagues, équivoques, obscures, et ne peuvent s'appliquer à Jésus-Christ ; que la conformité qu'on a prétendu trouver entre sa vie et les écritures juives, n'est due qu'an système illogique consistant à prendre arbitrairement dans un passage quelques mots isolés du reste, à donner à volonté aux textes le sens naturel ou le sens allégorique, suivant le besoin de la cause. Nous en avons conclu que rien n'autorise à attribuer aux écrivains juifs la prévision de l'avenir, ni aucune fiiculté supérieure à la nature humaine; que non seulement on n'est pas obligé de reconnaître dans leurs œuvres une coopération miraculeuse de la divinité, mais que la faiblesse humaine s'y trahit misérablement à chaque pas.

Arrivant à l'examen du christianisme, nous avons fait voir que l'authenticité des Évangiles ne peut être prouvée, que même les motifs les plus graves autorisent à la rejeter, que ces écrits n'ayant pas d'origine certaine, sont sans autorité et ne peuvent établir la réalité des faits qui y sont rapportés; que, quand même on y reconnaîtrait les témoignages des évangélistes, leurs innombrables contradictions leur enlèvent tout titre à notre confiance; et leur parole est loin de sufllre pour nous faire accepter des faits d'une invraisemblance choquante, démentis implicitement par le silence

des auteurs contemporains, qui n'auraient pas manqué de connaître iir. «5

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ces fûts, s'ils CKscal ea lies, d les avfaieBl certainemeiit mentiiNioés, tTûs les cnsseal coaiss. QaaBd méaie lous posséderions les reiatioas ▼éridiqaes de ta vie de Jésus, nous D'aariODS aucane earaiitie qoe soa eoseiCMBeal bobs a été fidèiemeot traDsmis, et qoe les deux disciples qaî, lODgtoBps après sa mort, oot entrepris, dll-OB, de reproduire ses disconrs. Pont tait de manière à ne commettre aocvne altératioB; nous n'avons donc aocnne certitude de posséder, dans tonte sa pureté, ta doctrine de Jésos.

A juscr de cette doctrine par les Evangiles, nons avons vu qoe Jésus n'avait pas de système, qu'il a tour à tour accepté et rejeté le mosaîsme, accepté et repoussé l'accession des gentils à son école, n'a rien ajouté aux doctrines connues de son temps, n'a formulé aucun dogme, n'a prescrit aucun culte, n'a donné à ses disciples aucun moyen de se constituer après lui en église distincte; qu'on ue trouve dans ses discours rien de ce qui compose le christianisme actuel, rien surtout qui justifie l'autorité que s'arrogent les diverses églises qui prennent son nom. Entre Jésus-Christ et le chrisllanisme 11 n'y a rien de commun. Jésus*Chrlst ne peut prétendre au titre de révélateur, puisqu'il n'a rien révélé et que sa mission s'est bornée à des sermons sur des points de morale aussi anciens que le monde. Le christianisme s'est formé successivement par les travaux d'hommes qui se rattachaient à l'enseignement de Jésus- Christ, et qui ont élaboré en son nom un système dont 11 n'avait pas même jeté les premiers fondements, système qui, dans beaucoup de ses parties, est même en contradiction manifeste avec ses idées. En créant ce nouvel édifice, on a emprunté à tous les systèmes et surtout à ceux qu'on avait le plus combattus ; on s'est enrichi des dépouilles des vaincus; les chrétiens, après avoir flétri, analhématlsé, bafoué les diverses parties des religions païennes, les ont toutes adoptées; et, par un prodige d'inconséquence, ils ont continué à condamner chez les autres ce qu'ils glorifiaient chez eux-mêmes ; le même dogme est erroné, criminel, odieux, diabolique chez les non-cbréliens, pendant qu'il est vrai, admirable, moral, divin chez les chrétiens; le même rit est superstitieux, abominable chez les uns, sublime, salutaire chez les autres.

Le christianisme ainsi formé do toutes ces pièces de rapport, ne

peut invoquer le patronage de riiomme donl il porte le nom, ne peut justifier d'aucune manière sa prétention à exercer une autorité divine ; aucun motir raisonnable ne peut nous porter à nous humilier devant i'Ëgiise catholique ou devant aucune autre secte chrétienne, à faire d'elle l'arbitre de notre foi et de notre conduite. Nous avons réfuté les arguments sur lesquels s'appuient les défenseurs du christianisme. Bien plus, nous l'avons examiné en lui-même; nous avons trouvé dans son dogme des absurdités révoltantes ; dans sa morale, des préceptes funestes, antisociaux; dans son* cuite, des superstitions dégradantes. Nous avons fait voir qu'il n'a rien à reprocher aux religions les plus extravagantes qui ont jamais égaré la pauvre humanité; que, comme elles, il est coupable et à un plus haut degré, de polythéisme, d'anthropomorphisme, de zoolâtrie, d'idolâtrie, de fétichisme; que, conune elles, il s'est souillé par des sacrifices humains.

Le christianisme n'est donc pas l'œuvre de Dieu. Mais quels ont été son but, son caractère, sa mission ? N'a-t-il paru que pour épaissir les ténèbres dans lesquelles était plongé le genre humain? N'a-t-il délivré les nations du joug de la superstition que pour leur en Imposer un autre plus honteux et plus oppressif?... Pour juger le christianisme, il faut l'envisager sous tous ses aspects.

Jésus-Christ n'a rien inventé, rien découvert, n'a apporté aucune vérité nouvelle; mais, quelles qu'aient pu être les altérations apportées par ses historiens dans la reproduction de son enseignement, il est une chose incontestable et dont on ne peut refuser de lui faire honneur, c'est qu'il a possédé d'une manière admirable le sentiment de la charité, c'est qu'il en était pénétré, que c'était là le fond essentiel de toutes ses prédications, et qu'il a réussi à embraser de ce feu sacré le cœur de ses disciples. Il ne s'est pas livré à des dissertations scientifiques, il n'a pas fait de théorie métaphysique sur les devoirs de i'homme. Mais il a dit à ses auditeurs que les hommes étaient tous frères, qu'ils devaient aimer Dieu par dessus tout, et que chacun devait aimer les autres comme lui-même et faire à autrui ce qu'il voulait qu'il lui fut fait à lui-même; il a posé le principe de la solidarité en disant que les hommes doivent s'aimer de manière à ne faire qu'uu corps de tous les membres de^la famille

â7S EXAMEN DU CHRISTIANISME

humaiDe. Il n'y avail là rien de neuf; el bien des siècles avant lui, des philosophes en avaient dit autant. Mais ces philosophes, après avoir composé de fort beaux livres suivant les préceptes de l'art, ou après avoir enseigné en termes fort éloquents leurs systèmes à quelques privilégiés, s'étaient crus quittes envers Thumanité; leur voix était restée sans écho, leur enseignement avait été à peu près stérile; ce n'avait guère été qu'une œuvre littéraire, sans influence décisive sur l'amélioration du monde. Jésus, au contraire, eut cette volonté forte, cette foi robuste, cette charité expansive qui font l'apôtre. 11 ne chercha pas à faire des livres ou des harangues, maïs à persuader, mais à communiquer partout les sentiments dont il était animé. Ces vérités reléguées dans les écoles, Il sut les rendre neuves par la manière dont il les vulgarisa : le zèle de la maison de Dieu le dévorait (Jean, ti, 17). Il se croyait appelé à régénérer le monde, à faire cesser le règne de Satan, c'est-à-dire l'oppression et la misère du plus grand nombre, et à Inaugurer le règne de Dieu, c'est-à-dire le règne de la justice, de la vérité, de la charité. Celui qui remplit un tel apostolat, qui déposa les germes féconds d'un tel enseignement, et qui paya de sa vie le courage avec lequel il brava la tyrannie sacerdotale , celui-là mérite la reconnaissance, l'estime, l'amour de la postérité ; c'est donc à juste titre que toutes les générations ont béni le nom de Jésus, et l'ont salué comme un ami, comme un père, comme un rédempteur. /

Bien que sa parole ne nous ait pas été transmise directement, bien que ses historiens qui sont les intermédiaires entre lui et nous, dénotent leur ignorance, leur peu d'Intelligence, leurs préjugés, et soient des Interprètes très-peu fidèles, combien cette parole de Jésus a encore d'attrait et de puissance! Quel charme, quelle onction dans son langage! Comme on est entraîné vers ce cœur si grand, si plein d'amour! Quel est l'homme, libre de toutes préventions, qui ait lu l'Ëvangile sans en être touché, attendri, sans se sentir meilleur et plus disposé à faire le bien? Âht sans doute, ce livre ne ressemble à aucun autre ; aussi parmi les hommes éminents qui ont rejeté le christianisme, en est-ii qui se sont prosternés devant l'enseignement de Jésus, si sublime dans sa simplicité. J.-J. Rousseau, dans son enthousiasme, ne croit pas qu'une

bouche humaine ail pu proférer de si beaux préceptes; Strauss reconnaît à Jésus, comme instituteur religieux, une telle supériorité, qtt'ii cherche à lui assigner une place en dehors et au-dessus de l'humanité.

Il ne faut pas que l'exagération de l'admiration nous entraîne au delà des limites de la saine raison. En supposant (ce que nous ne décidons pas) que Jésus ait été supérieur, sous le rapport religieux, à tous les hommes, il ne s'ensuivrait pas qu'il l'ait été sous les autres rapports ; rien ne nous autorise à croire qu'il se soit distingué dans les sciences, dans les lettres, dans les arts ; le contraire est même extrêmement probable. Bien plus, en supposant qu'on pût étaUir d'une manière rigoureusement exacte la hiérarchie des grands hommes et déterminer quel a été jusqu'ici le plus grand capitaine, le plus grand homme d'Ëlat, le plus grand mathématicien, le plus grand écrivain, le plus grand peintre, etc., tous ces hommes, bien que supérieurs à tous leurs rivaux, n'en sont pas moins des hommes, et rien de plus ; de même que le plus haut des chênes d'une forêt n'est toujours qu'un chêne. H n'y a pas de raison pour décider autrement des plus religieux des hommes. Quelque ravissement que produise la parole de Jésus, on ne peut dire qu'elle dépasse les facultés humaines; il n'y a nul besoin de l'attribuer à un concours surnaturel. D'ailleurs, la vie de Jésus renferme assez d'imperfections pour nous montrer qu'il a payé I& tribut à la faiblesse humaine.

Le livre des Ëvangiles, malgré ses contradictions et ses défauts de tout genre, porte l'empreinte du caractère de Jésus. Son apparition fut le plus grand événement qui ait jamais existé : aucun fait n'a exercé sur l'humanité une influence aussi profonde, aussi gêné* raie que la publication de ces quelques pages incohérentes par des Gaiiiéens illettrés. En entendant cette voix si douce et si persuasive, le monde tressaillit, les cœurs furent émus, il sembla qu'une nouvelle lumière éclairait l'humanité, la bonne nouvelle venait adoucir les souffrances et verser un baume consolateur sur les plaies des opprimés. Le seul dogme de la nouvelle religion, c'était la charité qui est la fin de tous les commandements (I Tim. i, 5) ; c'est à ce

signe que doivent se distinguer les chrétiens (I Jean, iv, 12, 13). m. îs.

ti74 EXAMEN DU CHRISTIANISME

C'est là le précepte qui constituait tout le cliristianisme priniilif.

Malheureusement, Jésus-Cbrist n'ayant pas laissé d'exposition écrite de ses idées qui peut-être même n'étaient pas bien précises, et un assez long intervalle s'étant écoulé après lui jusqu'à la publication des premiers écrits chrétiens, sa doctrine fut exposée à de graves altérations. Une partie de ses discours, de ses paraboles familières ont pu se conserver par la tradition. Mais combien d'éléments étrangers sont venus s'y joindre et ont usurpé une place qui a fini par être prépondérante ! Il en est résulté que le bon grain a été étouffé par l'ivraie : les erreurs du judaïsme, du paganisme, du néo-platonisme, du magisme ont été greffées sur le jeune tronc du christianisme et en ont vicié la sève. Aussi, à côté de quelques vérités, y trouve-t-on toutes les aberrations des anciennes religions.

Dans les périodes inférieures de l'humanité, Tbomme est avide de merveilleux; la vérité nue ne peut lui suffire; il lui faut des dieux visibles, qui se rapprochent de sa nature, qui partagent ses passions, qui se manifestent à lui; à peine délivré d'une servitude, il s'épouvante d'une liberté dont il n'ose faire usage, il aspire i une nouvelle servitude, Il se crée de nouvelles chimères; habitué à trembler devant une loi apportée du ciel, il ne compte pour rien un Dieu qu'on ne peut atteindre que par un effort de l'esprit, une loi qui ne s'appuie que sur les principes dictés par la nature. Aussi la superstition vaincue par le christianisme, ne tarda pas à reprendre tout le terrain qu'elle avait perdu, en s'abrltant sous le drapeau de son vainqueur.

De temps en temps, des voix courageuses se sont élevées pour protester contre ces rechutes déplorables; d'ardents réformateurs ont cherché à ramener le christianisme à sa simplicité primitive. Mais ils ont été traités d'hérétiques, de blasphémateurs; le glaive spirituel et le glaive temporel se sont unis pour les réduire au silence ; l'anathème, les cachots, les tortures, les bûchers, voilà les arguments par lesquels on a répondu à ceux qui voulaient prendre pour seule règle la parole du Christ. Le clergé, grâce aux siècles d'ignorance, étant parvenu à conquérir l'empire, les dignités, les richesses, ayant imposé sa domination au monde chrétien, ne pouvait maintenir ses privilèges que par la compression; il a toujours

regardé, el avec raison, la liberlé d'examen comme son plus grand ennemi ; il senl que la lumière lui serait Tunesle, el que du jour où la raison, affranchie de ses entraves, osera le regarder en race, il sera frappé d'un coup mortel. Ainsi les fantômes nocturnes troublent l'imagination et apparaissent comme des géants terribles : il suffit de marctier résolument sur l'ennemi pour en reconnaître le néant.

Aulourd'bui il y aurait inconséquence à reprendre le travail des réformateurs. Restaurer le cbristianisme, c'est le dépouiller de tout ce qui n'émane pas de Jésus-Cbrist. Mais du moment que Jésus n'est qu'un homme, son enseignement, quand même on parviendrait à le réintégrer dans toute sa pureté, n'aurait encore qu'une autorité humaine et, par conséquent, discutable; il y aurait donc lieu de le soumettre à la critique, et tout ce qui serait sanctionné par l'examen, serait accepté, non comme venant de Jésus, mais comme conforme à la raison. En élaguant les superstitions, on ne portera pas atteinte à ce qu'il y a de vrai et de bon dans l'Évangile.

Le temps est venu où toute autorité prétendue divine doit être renversée, pour faire place au règne de la raison pure.

Ce ne sont pas seulement les convictions religieuses qui travaillent à maintenir le vieil édifice battu en brèche par les efforts des libres penseurs : il y a de plus les partis politiques qui trouvent dans la religion un excellent instrument d'oppression. Ceux qui regardent les peuples comme des espèces de troupeaux appartenant en toute propriété à des dynasties élues de Dieu, ceux qui reconnaissent au maître un droit divin sur ses sujets et ses esclaves, ceux-là trouvent très-bon de faire intervenir la Providence 4)our légitimer leur domination, pour assurer la perpétuité à leurs privilèges, pour condamner comme crime toute tentative d'émancipation, toute aspiration au progrès. Le catholicisme, sous la conduite habile des Jésuites, a établi un vaste réseau de corporations qui n'ont de religieux que l'apparence, et qui, en réalité, sont des associations d'intérêts; c'est une sorte de franc-maçonnerie, de camaraderie dont les membres se soutiennent envers et contre tous. Une foule d'hommes sans foi, sans principes, se font affilier, s'assujettissent aux pratiques dévotes afin de s'assurer du concours du clergé, et» grâce à l'appui de l'association, sont recommandés, prônés, épaulés, obtiennent les

places, les faveurs, le crédit, soaveut même Timpunité des délits, s'insinuent partout, trouvent partout des protecteurs. Les jeunes gens peu scrupuleux comprennent, au début de leur carrière, que c'est là le meilleur moyen de faire son chemin ; ils n'faésitent pas à faire les concessions hypocrites qui sont la condition de leur ad> mission; ils font taire la voix de l*lionneur, étouffent en eux-mêmes tous les sentiments généreux, et fléchissent le genou devant l'esprit de ténèbres qui leur promet, comme à Jésus, les royaumes de la terre. Ces gens-là, bien entendu, ne discutent pas : et peu leur importe que la doctrine qu'ils servent, soit vraie ou fausse; l'essentiel est qu'elle soit lucrative. Il y a là une effrayante démoralisation : le meilleur moyen de la combattre, c'est d'éclairer les populations et de détruire ainsi l'influence cléricale sur laquelle s'appuie tout l'édifice congréganisle.

Nous avons une autre classe de contradicteurs, plus honorables, bien qu'ils ne soient pas plus croyants. Ce sont les gens qui, pour leur compte, usent peu ou point du christianisme, mais qui, habitués à rétat de choses actuel, s'effrayent à l'idée d'un changement quelconque et demandent avec anxiété ce que nous mettrons à ia place des religions établies 0).... Nous pourrions nous contenter de rétorquer la question à ceux qui l'adressent, et de leur demander par quoi ils ont remplacé le christianisme. Sans doute, en répudiant les doctrines de leurs pères, ils n'en sont pas moins restés honnêtes gens; ils se sont fait par l'étude une doctrine qu'ils croient vraie, sur Dieu ei sur l'homme, sur les droits et sur les devoirs ; ils pratiquent le bien sans y être poussés par la crainte du diable, et sans avoir besoin du cérémonial que le christianisme regarde comme indispensable au salut. En s'affranchissant des langes des vieilles religions, loin de subir une rétrogradation, ils ont accompli un progrès. S'ils ont pu ainsi remplacer avec avantage la religion où ils ont été élevés, pourquoi interdiraient-lis aux autres hommes une évolution aussi salutaire? Pourquoi les condamneraient-ils à rester enchaînés à des doctrines qu'ils considèrent comme fausses?... Prétendrait-on établir des castes entre les hommes, réserver aux

(1) Éh. SiissETt Suait sur la philosophie et la religion au xii« siècle^ Résurrection du voltairianisme.

classes supérieures le privilège de connaître la vérité, et condamner les classes inférieures à croupir indéflniment dans le bourbier de la superstition? Non seulement il y aurait là un machiavélisme odieux, un oubli révoltant des droits sacrés de l'humanité, mais ce serait s'abuser étrangement que de compter sur le succès de pareilles combinaisons. À une époque où les moyens de communication sont si perfectionnés, où les Idées circulent avec une rapidité merveilleuse, où les courants intellectuels pénètrent toutes les classes, est-il rien de plus impossible que de parquer une partie de la population dans une atmosphère empruntée à un autre âge, que de construire tout autour une espèce de muraille chinoise pour l'empêcher de recevoir l'infiltration des idées nouvelles, que d'immobiliser la plèbe au milieu du mouvement générai qui entraîne les sociétés vers le progrès? Toutes ces précautions chimériques pour empêcher les classes Inférieures de s'éclairer tourneraient à la confusion des prétendus conservateurs du passé. Groil-on que l'homme du peuple sera bleu disposé à respecter une religion, quand celui qui la lui recommande, s'en moque au fond du cœur et s'abstient de l'observer? Croit-on inspirer la soumission à des inférieurs en leur laissant voir qu'on regarde la religion comme n'étant bonne que pour les petites gens, tandis que les hommes bien élevés ont un Dieu plus noble, une doctrine plus relevée?...

Tous ces calculs sont pitoyables. On ne doit jamais transiger avec Terreur. La vérité est faite pour tous les hommes; c'est leur rendre service que de la leur faire connaître. Plus on les éclairera, plus Ils seront en état de rester dans le vrai et de ne pas imiter la folie des anciens païens qui n'ont quitté une superstition que pour s'en forger une autre. Et quand même ce funeste exemple serait suivi par quelques individus, il n'y aurait aucun reproche à faire à ceux qui les auraient détachés de leurs anciennes erreurs; car celui qui suit la droite vole, ne mérite que des éloges. Quand Lucien démolissait les faux dieux, s'inquiétait-il de ce que l'on mettrait à la place? Non, sans doute; il n'y mettait^ lui, que la saine philosophie; et il n'est pas responsable de ce que des païens désabusés par ses écrits pleins de raison, se sont jetés dans un nouveau paganisme tout aussi slupide que l'ancien.

Ne nous laissons pas effrayer par ces vaines alarmes. Toute doctrine reconnue fausse doit être combattue à outrance. Conservons du christianisme ses préceptes de charité ; empruntons à toutes ies religions, à toutes les phllosophies, les préceptes moraux qui peuvent contribuer à rendre Thomme meilleur, à faire régner dans le monde la paix et la fraternité. Mais guerre implacable (j^entends guerre de discussion, guerre par la plume et par la parole) aux prétendues révélations divines, aux dogmes absurdes qui n'ont servi qu'à diviser l'humanité, aux systèmes rétrogrades, aux maximes antisociales propagées par les sectes religieuses, aux superstitions qui dégradent et pervertissent !

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