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éprouvé qu'une vision purement intérieure et subjective (1). — L'apparition à Jacques n'est mentionnée dans aucun des évangiles canoniques, mais elle se trouve dans l'évangile apocryphe des Hébreux (SAINT Jérôme. De virisillust.y ii). Pour les apparitions à Pierre et aux apôtpes et dont parle Paul, elles peuvent s'accorder avec celles des évangiles.
C'est surtout entre ces dernières que la conciliation est difficile. Matthieu donne l'apparition aux onze dont il rend compte, comme la seule qui ait eu lieu devant eux. En effet, elle est la première, puisqu'il est dit que les apôtres s'en allèrent en Galilée sur la montagne où Jésus leur avait dit de se trouver, et que dès qu'ils le virent, ils l'adorèrent, mais que quelques uns restèrent en doute, d'où il suit que les apôtres n'avaient pas encore vu Jésus ressuscité, sans quoi ils auraient eu une conviction entière. Cette visite de Jésus est en même temps la dernière; car Jésus leur donne des instructions qui annoncent une séparation déflnitive, leur dit d'aller instruire toutes les nations, et leur promet d'être avec eux jusqu'à la consommation des siècles; et ce récit clôt le premier évangile. Cette apparition exclut donc toutes celles qui auraient eu lieu devant les apôtres à Jérusalem, c'est-à-dire ia dernière de Luc, les deuxième et troisième de Jean ; elle exclut encore la dernière de Jean arrivée au bord du lac , puisqu'elle en diffère entièrement par le lieu et les circonstances.
Marc donne ses trois apparitions comme les seules qui aient eu lieu ; car il dit (v. 9) que Jésus apparut premièrement à Marie-Madeleine; il ajoute (v.i2] : après cela, il apparut à deux disciples, ce
(0 L'histoire de la manifestation obtenue par Paul est racontée aux Actes des apôtres (cb. ix) : il fut tout à coup environné d'une lumière céleste, il entendit ane voix qui s'annonça comme étant celle de Jésus et lui donna des instructions; mais il ne vit aucune forme humaine, et il est dit expressément que les hommes qui raccompagnaient, furent tout élonnés, car ils entendaient une voix, mais ils ne voyaient personne. Saint Paul, racontant plus tard cette aventure, déclare également avoir entendu la voix, sans parler d'apparition visible ; mais il y met cette variante, que ceux qui étaient avec lui voyaient la lumière et n'entendaient pas la voix (id., XXII, 6-1 i ; xxvi, i2-i8; Gai., xii, i6).
qui iodique bieu que c'est la seconde apparition. £t il dit au verset suivant : Enfin il apparut atix onze. La première de ces apparitions (à Marie-Madeleine) peut cadrer, soit avec la première de Matthieu, soit avec la première de Jean. La seconde de Marc (aux deux disciples) peut bien être la même que la première de Luc (voyage d'Ëmmans) ; mais il y aurait contradiction en ce que, chez Luc, les disciples réunis sont convaincus avant même le rapport des deux voyageurs d'Ëmmans et leur crient avec foi que le Seigneur est véritablement ressuscité^ tandis que, chez Marc, les apôtres restent incrédules malgré la nouvelle donnée par les deux voyageurs. La troisième et dernière apparition faite aux onze ne peut être identique avec celle de Matthieu, car le récit semble indiquer que la scène se passe à Jérusalem, et Jésus trouve les disciples à table ;e\[e peut être rapportée à celle de Luc. Mais, d'après Marc, celte apparition est la seule dont aient été gratifiés les onze : elle est la première, puisque Jésus commence par accuser leur incrédulité et leur reproche de n'avoir pas ajouté foi au témoignage de ceux qui leur avaient certifié sa résurrection (Marie-Madeleine et les deux apôtres en voyage); elle est la dernière, puisqu'elle est Immédiatement suivie de l'ascension. Elle exclut donc, non seulement la dernière de Matthieu, mais les trois apparitions qui, d'après Jean, auraient eu lieu devant les apôtres.
L'apparition aux apôtres rapportée par Luc est également donnée comme la seule, puisque, comme chez Marc, elle a pour objet de prouver aux disciples la réalité de la résurrection, et qu'elle est immédiatement suivie de l'ascension. Comme tout se passe le jour même de la résurrection, ce récit repousse formellement la possibilité d'un voyage en Galilée et, par conséquent, détruit le récit de Matthieu ; il détruit également celui de Jean qui place huit jours plus tard l'avant-dernière apparition aux apôtres.
L'apparition qui, d'après Jean, eut lieu devant les apôtres, le jour de la résurrection, et les portes fermées, pourrait être considérée comme cadrant avec celui de Luc. L'entrée de Jésus y est annoncée par les mêmes mots : la paix soit avec vous. Mais cette visite comprend, chez Luc, l'attouchement du corps de Jésus, qui, chez Jean, n'appartient qu'à l'apparition postérieure de huit jours, et l'acte de
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maoger du poisson rôti, que Jean*place encore plus lard dans i'apparilion de Galilée ; de sorte que le troisième évangéliste a confondu en une seule plusieurs scènes, ou bien le quatrième en a partagé une seule en plusieurs. Mais la différence décisive, c'est que, ciiez Luc, le discours de Jésus contient les derniers adieux aux apôtres et la promesse des dons de l'Esprit, tandis que, chez Jean, cette apparition n'est pas la dernière et ne clôt pas la vie de Jésus. L'apparition sur le bord du lac de Galilée est désignée par Jean (xxi, 1) comme la troisième faite aux disciples, d'où il suit qu'il donne explicitement celles qu'il raconte comme étant les seules qui aient eu lieu. Ainsi, en accordant même que celle du jour de la résurrection soit identique avec la dernière de Marc et de Luc, le récit de Jean exclut :1<> celle de Pierre qui, d'après Luc, a eu lieu le jour même de la résurrection ; 2° celle des deux disciples allant à Emmaûs, qui, d'après le même, a eu lieu le même jour ; 3° celle de Matthieu, qui, d'après cet évangéliste, étant, comme nous l'avons dit, la seule qui ait eu lieu devant les apôtres réunis, ne peut concorder avec aucune autre. Pour que ce récit ne repousse pas encore celui de Paul, il faudrait supposer que l'apparition devant les cinq cents n'a eu lieu que postérieurement aux trois rapportées par Jean ; mais alors Paul, qui met au troisième rang l'apparition aux cinq cenls, aurait au moins interverti l'ordre.
Ainsi les différents narrateurs ne sont d'accord que sur quelques unes des apparitions de Jésus après sa résurrection; la désignation de lieu faite par l'un exclut les apparitions rapportées par les autres; la désignation de temps faite par un autre ne laisse aucun intervalle disponible pour les narrations parallèles ; le calcul d'un troisième est disposé sans aucune considération de ce que disent les autres ; enûn parmi plusieurs apparitions relatées par différents narrateurs, chacune s'annonce comme la dernière et cependant n'a rien de commun avec les autres. Il est donc impossible de ne pas reconnaître qu'aucun des rédacteurs n'a connu ni supposé ce que les autres rapportent; que chacun d'eux avait, de son côté, entendu raconter la chose d'une manière différente ; qu'ainsi de bonne heure il n'y eut en circulation que des bruits incertains et très-divers sur les apparitions de Jésus ressuscité.
g 5. — L^asceosion.
Nous avons, dans le Nouveau Testament, sur l'ascension de Jésus, trois récits qui, pour le détail et le pittoresque, forment une échelle de gradation. Marc, dans son verset qui du reste est trèsconcis et coupé court, dit seulement que Jésus, après avoir parlé pour la dernière fois à ses disciples, fut élevé au ciel et qu'il alla s'asseoir à la droite de Dieu (xvi, 19). Dans l'évangile de Luc, le tableau n'est guère plus développé; il y est dit que Jésus mena ses disciples hors de la ville Jusqu'à Béthanie, et que, leur ayant donné sa bénédiction en étendant les mains, il se sépara d'eux et fut élevé au ciel; sur quoi, les disciples l'adorèrent et s'en retournèrent à Jérusalem, tous remplis de joie (xxiv, 50 et suiv.). Luc donne plus de développement dans les Actes des apôtres ; sur la montagne des Oliviers où il donne ses dernières promesses, Jésus fut devant eux élevé au ciel et reçu dans une nuée qui le déroba à leurs regards. Les disciples le suivirent des yeux à mesure que la nuée l'emportait loin d'eux dans le ciel ; tout à coup deux hommes vêtus de blanc se présentèrent devant eux et détournèrent leurs regards de ce spectacle en les assurant que le même Jésus qui avait été enlevé d'avec eux au ciel, en descendrait de la même manière qu'il y était monté; sur quoi, ils retournèrent satisfaits à Jérusalem (i, i-lâ).
Il est une circoastance bien défavorable à l'histoire de l'ascension, c'est que Matthieu et Jean qui, dans l'opinion ordinaire, sont les deux témoins oculaires parmi les évangélistes, n'en parlent pas, et qu'elle n'est rapportée que par les deux autres historiographes qui, n'ayant pas eu une connaissance directe des faits qu'ils racontent, ne peuvent naturellement offrir que des garanties beaucoup moindres (1). En outre, il est à remarquer que, dans le reste du Nouveau Testament, on ne trouve rien qui y fasse allusion. Ce dernier point, il est vrai, a été contesté par les commentateurs ortbo-
(() Et même la fio de Tévangile de Marc, contenant le récit de Tascen- 6ion, a été considéré comme surajouté, et rejeté par plusieurs critiques orthodoxes, tels que saint Jérôme (voir ci-dessus ch. vu, § 7). ni. î6.
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doxes. Quand Jésus dit (Jean, m, 13) que personne n'est monté au ciel (i) excepté le Fils de l'homme venu du ciel, et quand une autre fois {id., VI, 63), ii annonce aux disciples qu'ils le verront un jour monter là où il avait été précédemment ; enfin quand, le matin du jour de la résurrection, il déclare qu'il n'est pas encore monté auprès de son père, mais qu'il s'y élèvera incessamment {id., xx, 17); il ne peut pas, disent ces commentateurs, y avoir d'allusion plus manifeste à l'ascension. De même, quand les apôtres, dans les Actes, parlent si souvent de l'élévation de Jésus à la droite de Dieu (il, 33; V, 31; comparez vu, S6), et quand Paul le représente comme monté an-dessus de tous les deux {Éphes,^ iv, 10), et Pierre comme étant allé dans le ciel (I. Ep,, m, Sa), il ne peut pas être douteux qu'ils aient connu i^ascension. Mais tous ces passages ne parlent que de son élévation au ciel, sans indiquer qu'elle ait été un fait extérieur et visible, ni qu'elle ait été vue par les disciples. Bien plus, quand nous lisons (I Cor,, xv, S et suiv.) que Paul, sans aucune interruption ou indication d'une différence quelconque, réunit l'apparition qu'il eut et qui fut de beaucoup postérieure à l'ascension supposée, avec les christopbanies qui précédèrent cette époque, on doit douter, non seulement que toutes les apparitions qu'il énumère, outre la sienne, appartiennent au temps qui précède l'ascension, mais encore que l'apôtre ait su qu'il y eût eu une ascension, phénomène extérieur terminant la carrière terrestre de Jésus ressuscité. Quant au quatrième évangéliste, comme son langage est généralement figuré, le verbe vous verrez, dans le passage qui vient d'être cité (vi, 63), ne nous oblige pas plus que la même locution vous verrez au sujet des anges qui montent et qui descendent audessus de sa tête (i, M), à penser qu'il ait su que Jésus fût visiblement monté au ciel, ascension dont il ne dit rien à la fin de son évangile.
Il est impossible d'alléguer une raison plausible pour laquelle Matthieu et Jean n'auraient pas parlé de l'ascension. Et même, à défaut de cette conclusion définitive de la vie énigmatique que mena Jésus
(!) Jésus dément par là les ascensions de Hénoch et Élie racontées dans TAncien Testament.
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depuis sa sorlie du tombeau, leurs récits semblent inachevés et laissent le lecteur en suspens. Ils n'auraient pu se dispenser de rapporter, s'ils l'eussent connu, un événement aussi grave que l'as^ cension qui donnait la sanction la plus éclatante à la divinité du Christ; leur silence prouve donc que l'événemenf n'est pas réel. Les deux évangéllstes qui le rapportent, s'ôtent encore tout titre à la confiance par leurs contradictions ; bien plus, Luc n'est pas d'accord avec lui-même. D'après Marc, ce fut du repas même dans lequel il apparut aux onze, par conséquent d'une maison de Jérusalem, que Jésus prit son essor vers ie ciel ; car les phrases : // apparut aux onze pendant quHls étaient à table, et il leur reprocha.., puis il leur dit... le Seigneur, après leur avoir ainsi parlé, etc., tien> nent étroitement ensemble et ne peuvent se prêter à un changement de lien ni à un Intervalle de temps. Sans doute, on ne se figure pas bien une ascension partant d'une chambre; aussi Luc dit-il qu'elle eut lieu en plein air. Dans son Évangile, il rapporte que Jésus alla avec ses disciples jusqu'à Bétbanle; dans les Actes des apôtres, il place la scène sur la montagne des Oliviers. Cette différence de désignation ne peut être regardée comme une contradiction, Bétbanle tenant à la montagne des Oliviers; mais dans les Actes, il est dit (v. 12) que les apôtres, aussitôt après l'allocution que leur firent les deux hommes vêtus de blanc, revinrent à Jérusalem dont ils se trouvaient éloignés de la distance qu^on peut parcourir le jour du sabbat, c'est-à-dire de quinze stades, tandis que Bétbanle qui, d'après l'évangile de Luc, fut le théâtre de l'ascension, n'est éloigné que d'un stade de Jérusalem. Il y a encore une grave contradiction relative à la fixation du temps. Dans son évangile, Luc place l'ascension le Jour même de la résurrection, comme on l'a vu au paragraphe précédent; et Marc, sans en désigner précisément l'époque, semble confirmer cette version ; mais dans les Actes des apôtres 11 est expressément remarqué que ces deux événements furent séparés par un intervalle de quarante jours. Il est probable que cette dernière fixation de temps est parvenue à Luc dans l'intervalle qui s'écoula entre la rédaction de l'Ëvangile et celle des Actes des apôtres. Plus on se racontait des apparitions diverses de Jésus ressuscité et plus on les mettait dans des lieux différents, moins aussi le court espace
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d'un jour suffisait pour tout ce que le ressuscité avait fait sur la terre.
Examinons maintenant en lui-même ce récit dont la nature est essentiellement miraculeuse; il présente de nombreuses difficultés.
Comment un corps tangible, ayant de la chair et des os, comme était celui de Jésus après sa résurrection, et pouvant se nourrir d'aliments matériels, convient-il à une résidence céleste? Si l'on prétend que le corps de Jésus, depuis sa résurrection jusqu'à son ascension, s'est peu à peu dépouillé des parties matérielles, il faudrait alors que ce travail de purification ait eu de singulières alternatives de rétrogradation, puisque Jésus, après avoir passé à travers la pierre du tombeau, est devenu palpable, et que plus tard, après être entré dans une chambre à travers les portes (Jban, xx, 29), il a donné ses membres à toucher à Thomas, et que derechef il se serait immalériallsé pour monter au ciel. Cependant, même pendant son ascension, son corps, si raréfié qu'on le suppose, était encore matériel puisque ses disciples le voyaient.
Ëtant donnée l'idée de rincarnalion de la seconde personne de la Trinité, il semblait au moins raisonnable que, son existence humaine étant terminée, elle quittât pour toujours le corps où elle avait daigné s'emprisonner. On ne voit pas dans quel but serait conservé, pendant l'éternité, ce corps dont le rôle comme instrument était fini. Cette conception est évidemment basée sur l'idée erronée que Dieu, au lieu de remplir l'immensité de l'espace, occupe un lieu déterminé. On place Jésus glorifié à la droite de Dieu^ ce qui suppose un Dieu ayant un corps d'une étendue limitée ; et ce qui prouve que dans le Nouveau Testament, ces expressions ne sont pas prises dans un sens métaphorique, c'est ce que dit Jésus à Caïphe (Mat., xxvi, 64) : Vùus verrez le Fils de V homme assis à la droite de la majesté de Dieu venir sur les nuées du ciel; il annonçait par là sa venue comme un événement réel dont il donne ailleurs la description (tcf., xxiv). Tout ce spectacle et, par conséquent, Dieu sera donc visible à l'œil. C'est là de l'anthropomorphisme tout pur.
Si Dieu est partout, Jésus n'est pas obligé de se mouvoir et d'aller dans telle ou telle direction pour se réunir à lui; le mouvement ascensionnel qu*on lui attribue, suppose qu'il quitte un lieu où Dieu
n*esl pas, pour aller en un autre lieu où est Dieu. Mais pourquoi cette direction est-elle en haut, c'est-à-dire vers ie zénith du mont des Oliviers, au moment où se passait l'événement? Les mois haut et bas n'ont rien que'de relatif, et telle direction qui est en haut à mon égard à un moment donné, sera en bas dans un autre moment, de sorte que ce qui était mon zénith deviendra mon nadir. Mais il n'en était pas ainsi pour les Juifs ignorants et surtout pour les rédacteurs du Nouveau Testament. Pour eux, la terre était un disque plat et immobile, situé au centre du monde, le ciel était une voûte solide au-dessus de laquelle était le trône de Dieu ; l'ascension est conçue d'après ces fausses idées ; et en faisant monter Jésus verticalement, on lui fait prendre le chemin qui, d'après les préjugés d'alors, devait le mener au ciel.
Quant à l'utilité d'un pareil spectacle, elle fut nulle puisqu'il n'y eut pour spectateurs que les apôtres dont la fol n'avait pas besoin d'un tel ressort. Il semble que Jésus, en ressuscitant et en montant au ciel, ait voulu fuir les regards. Luc dit même formellement que Jésus quittant Jérusalem avec ses disciples, les conduisit dehors à ia campagne pour y choisir son point de départ. On voit que les narrateurs ne se sentaient pas en mesure d'invoquer un témoignage public, et étaient obligés de présenter leurs grands miracles comme des faits clandestins.
riN DU TROISIÂMB BT DERIfIBR YOLUHB