‹ Examen du christianisme (volume 2)Chapitre 30 sur 31 · III · texte numérisé non relu

III

surrectiOD de Jésus. D'après Lac, Pierre fit cette visite aa tombeau après avoir été ioformé par les femmes de l'apparition angélique ; mais d'après le quatrième évangile, les deux apôtres allèrent au tombeau avant que Marie-Madeleine eût pu leur parler d'une apparition; car ce ne fut que lorsqu'elle eut fait une seconde visite au tombeau, que, se baissant pour regarder dans le sépulcre, elle vit deux anges vêtus de blanc qui étaient dans le lieu où l'on avait mis le corps de Jésus, l'un à la tète et l'autre aux pieds (v. 11-3), et qui lui demandèrent pourquoi elle pleurait; et comme elle se retournait, elle vil Jésus lui-même, circonstance dont il se trouve une mention incomplète dans Marc (v. 9) qui ajoute qu'elle apporta cette nouvelle à ceux qui avaient été les compagnons de Jésus. D'après les trois premiers évangélistes, les apôtres n'ont cru à la résurrection que sur le témoignage de Jésus lui-même; d'après le quatrième, Jean a été convaincu par la vue du tombeau vide (xx, 8).

Les Interprèles ont cbercbé à concilier la plupart de ces discordances en tenant séparées les parties qui comportaient des différences, c'est-à-dire qu'au lieu d'une scène racontée diversement, on produisit une variété de scènes différentes. Malgré tous les artifices de grammaire auxquels il fallait avoir recours pour souder ensemble des éléments aussi incohérents, on n'est arrivé qu'à un amas indigeste de faits sans suite et sans cause, à des allées et venues désordonnées d'apôtres et de femmes, à des fantasmagories d'anges qui paraissent, disparaissent et réapparaissent comme s'ils jouaient à cache-cache; et encore, malgré l'invraisemblance énorme d*uu récit ainsi fabriqué de pièces de rapport, on a échoué contre de nombreuses contradictions que cet amalgame bizarre ne pouvait faire disparaître. La plus palpable est celle qui existe entre les visites de Marie-Madeleine au tombeau, l'un la rendant témoin de l'enlèvement de la pierre du tombeau par l'ange qui lui annonce la résurrection et la charge d'en faire part aux disciples, tandis que l'autre narrateur fait trouver par Madeleine le tombeau vide, la dépeint ensuite courant vers deux disciples, exprimant sa douleur sur l'enlèvement du corps du Seigneur, et ne recevant ultérieurement que de fésus lui-même l'annonce de sa résurrection... Aux difficultés matérielles de la méthode harmonistique d'intercalation se

joint encore une question relative à la forme, c'est de savoir comment avec des suppositions ainsi faites, il arrive que, dans l'abondance 'des détails, chaque narrateur prend pour lui un morceau séparé; qu'aucun n'ait toutes les visites et toutes les apparitions, et qu'aucun n'ait les mêmes que son voisin, que l'un en ait clioisi une et l'autre une autre^ comme en vertu d'une convention.

Examinant les récits en eux-mêmes, on voit les anges jouer un rôle dont l'utilité ne s'aperçoit pas. Chez Matthieu, l'ange invite les femmes à annoncer la résurrection aux apôtres et à leur donner rendez-vous en Galilée. Puis, quelques instants après et comme elles étaient en marche pour exécuter cette mission (v. 8-10), Jésus lui-même leur apparaît pour leur répéter la même chose; l'ange était donc inutile. Chez Jean, les deux anges ne sont pas chargés d'annoncer aux femmes la résurrection ; ils demandent seulement à Madeleine pourquoi elle pleure ; elle répond que c'est à cause de la disparition du corps de Jésus; mais sans attendre une plus ample explication, elle se tourne aussitôt et voit Jésus lui-même. Ainsi les anges n'étaient descendus du séjour céleste que pour venir dire : Femme, pourquoi pleurez-vous? Ce n'est là qu'un vain appareil pour amener l'apparition de Jésus. Matthieu, il est vrai, assigne un but à son ange, c'est d'ôter la pierre du sépulcre. Celse (Origéns, Contra Cels. v, 52) avait déjà remarqué combien il était étrange que le fils de Dieu ne pût ouvrir le tombeau et qu'il eût besoin d'une main étrangère pour soulever la pierre. Chez Marc et Luc, les anges paraissent plutôt être simplement chargés de donner aux femmes des informations et des commissions; mais comme, selon Matthieu et Jean, Jésus lui-même apparut immédiatement après et répéta ces commissions, il était superflu d'en charger les anges. Il ne reste donc plus qu'à dire que les anges appartenaient à la décoration de la grande scène en qualité de serviteurs célestes pour ouvrir au Messie la porte par où il devait sortir, de gardes d'honneur placés sur le lieu même que celui qui avait été mis à mort, venait de quitter plein de vie. Y a-t-il un pareil apparat dans la véritable cour de Dieu, ou n'existe-t-ii que dans l'idée enfantine que s'en faisaient les anciens?...

§ 4. — Diverses apparitions de Jésas ressuscité.

Une des plus graves divergences que présente Thistoire de la résurrection, est relative à la question de savoir quel fut le théâtre principal que Jésus eut en vue pour ses apparitions après sa résurrection. Les deux premiers ËvangilesrapportentqueJésus, dès avant sa mort, avait dit aux apôtres en se rendant à la montagne des Oliviers : c Quand je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée (Mat., XXVI, 32 ; Marc, xiv, 28). > La même assurance est donnée le matin de la résurrection aux femmes par l'ange qui ajoute : c Cest là que vous le verrez (Mat., xxvni, 7; Marc, xvi, 7). » Dans Matthieu, outre tout cela, Jésus lui-même charge les femmes de dire aux apôtres : « quHU se rendent en Galilée^ et que là ils le verront (xxviii, 10). » En effet , Matthieu raconte aussitôt le départ des apôtres pour la Galilée et l'apparition qu'ils y eurent de Jésus (il ne parle d'aucune auire qui ait été le partage des apôtres). Marc, après avoir décrit la confusion où l'apparition des anges avait jeté les femmes, s'interrompt d'une façon énîgmatique , et il joint en forme d'appendice quelques apparitions de Jésus, qui doivent être considérées comme ayant toutes eu lieu à Jérusalem et dans les environs ; car aucun changement de lieu n'est signalé entre la première qui, venant immédiatement après la résurrection, doit nécessairement être supposée à Jérusalem, et les deux autres; en outre , l'évangéliste a coupé toute connexion avec l'indication d'aller en Galilée , qu'il paraît avoir oubliée. Jean Ignore toute indication d'aller en Galilée , et II rapporte que Jésus se montra aux apôtres à Jérusalem, le soir du jour de la résurrection, et huit jours après; mais dans l'appendice qui forme le dernier chapitre, se trouve la description d'une apparition sur le bord du lac de Galilée. Chez Luc, au contraire, non seulement il n'y a aucune trace d'apparition en Galilée, non seulement Jérusalem et ses environs sont le seul théâtre des apparitions que rapporte cet évangéliste ; mais encore Jésus étant apparu à Jérusalem le soir après la résurreclioo, aux apôtres assemblés, leur fait cette injonction : « Tenez-vous à Jérusalem jusqu'à ce que vous soyez revêtu de la vertu d'en haut

(xxTY, 49); » ce que les Actes des apôlres (i, 4) expriment d'une manière encore plus formelle par la défense de sortir de Jérusalem. Ici il y a deux questions à faire : l*' Comment Jésus peut-il ordonner aux apôtres de se rendre en Galilée, et en même temps leur enjoindre de rester à Jérusalem jusqu'à la Pentecôte. ^ Comment peut-il leur promettre de se montrer à eux en Galilée, si son intention était de leur apparaître le jour même à Jérusalem ou auprès de cette ville? Si donc ce que rapporte Luc est vrai, que dès le jour de sa résurrection Jésus apparut à ses apôtres dans Jérusalem et leur commanda d'y rester et de ne pas quitter cette ville jusqu'à la Pentecôte, il est faux qu'il leur ait commandé de se rendre dans le même temps en Galilée pour s'y montrer à eux, et vice-versâ. Les conciliateurs ont prétendu que l'injonction de rester dans une ville ne signifie pas qu'on doive y garder les arrêts et qu'elle n'exclut pas les excursions et les voyages limitrophes; que Jésus avait voulu seulement défendre jusqu'à ce terme aux apôtres de transporter leur résidence hors de Jérusalem et d'aller prêcher l'Évangile dans toutes les parties du monde. Mais le voyage de Jérusalem en Galilée n'est pas une excursion ; c'était, au contraire, le trajet le plus long qu'un Juif pût faire dans les limites de la Palestine ; ce n'était pas non plus pour les apôtres un voyage limitrophe, c'était le retour dans leur patrie. Ce que Jésus voulut interdire aux apôtres par cette injonction , ce ne peut pas avoir été d'aller prêcher l'Ëvangile dans toutes les parties du monde, puisque avant l'effusion de l'Esprit ils n'y sentaient aucune impulsion. Ce ne peut pas non plus avoir été de transporter leur résidence hors de Jérusalem, puisqu'ils n'y étaient que passagèrement à titre de voyageurs visitant la fête. Mais l'intention de Jésus doit avoir été de leur interdire un voyage qui était pour eux la chose la plus naturelle, c'est-à-dire le retour dans la Galilée, leur patrie, après la fin des jours de fête. En outre, si Luc n'entend pas exclure par l'injonction de Jésus le voyage en Galilée, pourquoi ne dit-il pas un mot de ce voyage ? Et de même, si Matthieu savait que son indication d'aller en Galilée était compatible avec l'ordre de rester dans la capitale , pourquoi a-t-il passé sous silence cet ordre, avec toutes les apparitions faites à Jérusalem? C'est certainement là une preuve évidente que chacun

30 BXAMEN DU CHRISTIANISME

g 4. — Diverses apparitions de Jésus ressuscité.

Une des plus graves divergences que présente Thistoire de la résurrection, est relative à la question de savoir quel fut le théâtre principal que Jésus eut en vue pour ses apparitions après sa résurrection. Les deux premiers Ëvangiles rapportent queJésus, dès avant sa mort, avait dit aux apôtres en se rendant à la montagne des Oliviers : « Quand je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée (Mat., XXVI, M ; Marc, xiv, 28). > La même assurance est donnée le matin de la résurrection aux femmes par l'ange qui ajoute : c Cest là que vous le verrez (Mat., xxviii, 7; Marc, xvi, 7). <> Dans Maltliieu, outre tout cela, Jésus lui-même charge les femmes de dire aux apôtres : « qu'ils se rendent en Galilée^ et que là ils le verront (xxviii, 10). » En effet , Matthieu raconte aussitôt le départ des apôtres pour la Galilée et l'apparition qu'ils y eurent de Jésus (il ne parle d'aucune autre qui ait été le partage des apôtres). Marc, après avoir décrit la confusion où l'apparition des anges avait jeté les femmes, s'interrompt d'une façon énigmatique , et il Joint en forme d'appendice quelques apparitions de Jésus, qui doivent être considérées comme ayant toutes eu lieu à Jérusalem et dans les environs ; car aucun changement de lieu n'est signalé entre la première qui, venant immédiatement après la résurrection, doit nécessairement être supposée à Jérusalem, et les deux autres; en outre , l'évangéliste a coupé toute connexion avec Tindication d'aller en Galilée , qu'il paraît avoir oubliée. Jean ignore toute indication d'aller en Galilée , et il rapporte que Jésus se montra aux apôtres à Jérusalem, le soir du jour de la résurrection, et huit jours après ; mais dans l'appendice qui forme le dernier chapitre , se trouve la description d'une apparition sur le bord du lac de Galilée. Chez Luc, au contraire, non seulement il n'y a aucune trace d'apparition en Galilée, non seulement Jérusalem et ses environs sont le seul théâtre des apparitions que rapporte cet évangéliste ; mais encore Jésus étant apparu à Jérusalem le soir après la résurreelioo, aux apôtres assemblés, leur fait cette injonction : « Tenez-vous à Jérusalem jusqu'à ce que vous soyez revêtu de la vertu d*en haut

(xxTY, 49); » ce que les Actes des apôlres (i, 4) expriment d'une manière encore plus formelle par la défeme de sortir de Jérusa^^ lem. Ici il y a deux questions à faire : l*" Comment Jésus peut-Il ordonner aux apôtres de se rendre en Galilée, et en même temps leur enjoindre de rester à Jérusalem jusqu'à la Pentecôte. ^ Comment peut-il leur promettre de se montrer à eux en Galilée, si son intention était de leur apparaître le jour même à Jérusalem ou auprès de cette ville? Si donc ce que rapporte Luc est vrai, que dès le jour de sa résurrection Jésus apparut à ses apôtres dans Jérusalem et leur commanda d'y rester et de ne pas quitter celte ville jusqu'à la Pentecôte, il est faux qu'il leur ait commandé de se rendre dans le même temps en Galilée pour s'y montrer à eux, et vice-versâ. Les conciliateurs ont prétendu que l'injonction de rester dans une ville ne signifie pas qu'on doive y garder les arrêts et qu'elle n'exclut pas les excursions et les voyages limitrophes; que Jésus avait voulu seulement défendre jusqu'à ce terme aux apôtres de transporter leur résidence hors de Jérusalem et d'aller prêcher l'Évangile dans toutes les parties du monde. Mais le voyage de Jérusalem en Galilée n'est pas une excursion ; c'était, au contraire, le trajet le plus long qu'un Juif pût faire dans les limites de la Palestine ; ce n'était pas non plus pour les apôtres un voyage limitrophe , c'était le retour dans leur patrie. Ce que Jésus voulut interdire aux apôtres par cette injonction , ce ne peut pas avoir été d'aller prêcher l'Évangile dans toutes les parties du monde, puisque avant l'effusion de rEsprllils n'y sentaient aucune impulsion. Ce ne peut pas non plus avoir été de transporter leur résidence hors de Jérusalem, puisqu'ils n'y étaient que passagèrement à titre de voyageurs visitant la fête. Mais l'intention de Jésus doit avoir été de leur interdire un voyage qui était pour eux la chose la plus naturelle, c'est-à-dire le retour dans la Galilée, leur patrie, après la fin des jours de fête. En outre, si Luc n'entend pas exclure par l'injonction de Jésus le voyage en Galilée, pourquoi ne dit-il pas un mot de ce voyage ? Et de même, si Matthieu savait que son indication d'aller en Galilée était compatible avec l'ordre de rester dans la capitale , pourquoi a-t-il passé sous silence cet ordre, avec toutes les apparitions faites à Jérusalem? C'est certainement là une preuve évidente que chacun

g i. — Diverses apparitions de Jésus ressuscité.

Une des plus graves divergences que présente l'histoire de la résurrection, est relative à la question de savoir quel fut le théâtre principal que Jésus eut en vue pour ses apparitions après sa résurrection. Les deux premiers Évangiles rapportentqueJésus, dès avant sa mort, avait dit aux apôtres en se rendant à la montagne des Oliviers : « Quand je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée (Mat., xxyt, 32; Marc, xiv, 28). > La même assurance est donnée le matin de la résurrection aux femmes par Fange qui ajoute : € Cest là que vous le verrez (Mat., xxviii, 7; Marc, xvi, 7). « Dans Matthieu, outre tout cela, Jésus lui-même charge les femmes de dire aux apôtres : « qu'ils se rendent en Galilée^ et que là ils le verront (xxviii, 10). » En effet , Matthieu raconte aussitôt le départ des apôtres pour la Galilée et Tapparition qu'ils y eurent de Jésus (il ne parle d'aucune autre qui ait été le partage des apôtres). Marc, après avoir décrit la confusion où l'apparition des anges avait jeté les femmes, s'interrompt d'une façon énigmatique , et il joint en forme d'appendice quelques apparitions de Jésus, qui doivent être considérées comme ayant toutes eu lieu à Jérusalem et dans les environs ; car aucun changement de lieu n'est signalé entre la première qui, venant immédiatement après la résurrection , doit nécessairement être supposée à Jérusalem, et les deux autres; en outre , l'évangéllsle a coupé toute connexion avec l'indication d'aller en Galilée, qu'il paraît avoir oubliée. Jean ignore toute indication d'aller en Galilée , et il rapporte que Jésus se montra aux apôtres à Jérusalem, le soir du jour de la résurrection, et huit jours après; mais dans l'appendice qui forme le dernier chapitre, se trouve la description d'une apparition sur le bord du lac de Galilée. Chez Luc, au contraire, non seulement il n'y a aucune trace d'apparition en Galilée, non seulement Jérusalem et ses environs sont le seul théâtre des apparitions que rapporte cet évangéliste ; mais encore Jésus étant apparu à Jérusalem le soir après la résurreclioo, aux apôtres assemblés, leur fait cette injonction : « Tenez-vous à, Jérusalem jusqu'à ce que vous soyez revêtu de la vertu d'en haut

(xxTv, 49); » ce que les Actes des apôlres (i, 4) expriment d'une manière encore pins formelle par la défense de sortir de Jérusa-^ lem. Ici il y a deux questions à faire : l"" Comment Jésus peut-il ordonner aux apôtres de se rendre en Galilée, et en même temps leur enjoindre de rester à Jérusalem jusqu'à la Pentecôte. ^ Comment peut-il leur promettre de se montrer à eux en Galilée, si son intention était de leur apparaître le jour même à Jérusalem ou auprès de cette ville? Si donc ce que rapporte Luc est vrai, que dès le jour de sa résurrection Jésus apparut à ses apôtres dans Jérusalem et leur commanda d'y rester et de ne pas quitter cette ville jusqu'à la Pentecôte, il est faux qu'il leur ait commandé de se rendre dans le même temps en Galilée pour s'y montrer à eux, et vice-versâ. Les conciliateurs ont prétendu que l'injonction de rester dans une ville ne signifie pas qu'on doive y garder les arrêts et qu'elle n'exclut pas les excursions et les voyages limitrophes; que Jésus avait voulu seulement défendre jusqu'à ce terme aux apôtres de transporter leur résidence hors de Jérusalem et d'aller prêcher l'Évangile dans toutes les parties du monde. Mais le voyage de Jérusalem en Galilée n'est pas nne excursion ; c'était, au contraire, le trajet le plus long qu'un Juif pût faire dans les limites de la Palestine ; ce n'était pas non plus pour les apôtres un voyage limitrophe , c'était le retour dans leur patrie. Ce que Jésus voulut interdire aux apôtres par cette iiQonctlon , ce ne peut pas avoir été d'aller prêcher l'Ëvangile dans toutes les parties du monde , puisque avant l'effusion de l'Esprit ils n'y sentaient aucune Impulsion. Ce ne peut pas non plus avoir été de transporter leur résidence hors de Jérusalem, puisqu'ils n'y étaient que passagèrement à titre de voyageurs visitant la fête. Mais l'intention de Jésus doit avoir été de leur interdire un voyage qui était pour eux la chose la plus naturelle, c'est-à-dire le retour dans la Galilée, leur patrie, après la fin des jours de fête. En outre, si Luc n'entend pas exclure par l'injonction de Jésus le voyage en Galilée, pourquoi ne dit-il pas un mot de ce voyage ? Et de même, si Matthieu savait que son Indication d'aller en Galilée était compatible avec l'ordre de rester dans la capitale , pourquoi a-t-il passé sous silence cet ordre, avec toutes les apparitions faites à Jérusalem? C'est certainement là une preuve évidente que chacun

303 BXAMEN DU CHRISTIANISME

des deux évaogélistes a suivi au fond une doUod différente sur le théâtre des apparitions de Jésus ressuscité.

Dans l'embarras d'accorder deux ordres contradictoires donnés le même jour, les apologistes ont en recours anx Actes des apôtres où l'ordre de ne pas quitter Jérusalem est placé dans la dernière apparition de Jésus, quarante jours après la résurrection et immédiaiement avant l'ascension ; ils en ont conclu que, dans le troisième évangile, qui est du même auteur, qu'on ne peut supposer s'être' contredit lui-même, il fallait entre les versets 43 et 44 du dernier chapitre, intercaler un espace de quarante jours ; ainsi, disent-ils, disparaît la contradiction apparente enlre ces deux injonctions ; car celui qui avait ordonné de faire un voyage en Galilée, put très-bien, quarante jours plus tard, quand le voyage fut fait et qu'on fut revenu dans la capitale, défendre de s'en éloigner. Mais cette tentative ne sert qu'à mettre en évidence que Luc n'est pas moins en contradiction avec lui-même qu'avec les deux premiers évangélistes. Â moins de vouloir fermer les yeux à l'évidence, il est impossible de ne pas reconnaître que, dans le dernier chapitre de l'évangile de Luc, il s'agit d'une seule et même scène dont les différents traits ne sont séparés par aucun intervalle de temps et de lieu. En effet, il est dit que ce jour-là même (celui de la résurrection) (v. 13), Jésus fit la rencontre des deux disciples, dont le récit va jusqu'au verset 32; puis il est dit (v. 33) que se levant à Vheure même, ce qui exclut tonte espèce d'Intervalle, ils allèrent trouver les onze. C'est alors que Jésus leur apparut et, pour les convaincre de sa réalité corporelle , leur demanda quelque chose à manger (v. 41) ; ils lui présentent du poisson et du miel (v. 42) ; il mangea devant eux, et prenant les restes, il les leur donna et il leur dit (suit son discours qui finit au verset 49, discours qui pour le fond est le même que celui qui, aux Actes des apôtres, est mis dans la bouche de Jésus lors de la scène de l'ascension; ce qui prouve que l'auteur, dans les deux récits, a bien entendu raconter le même fait). Après cela (v. 50), il les mena dehors vers Béthanie, etc. Vient ensuite le récit de l'ascension qui, de cette sorte, a eu lieu le jour même de la résurrection.

Il y a plus : quand même on. supposerait que la contradiction

entre (es deux ordres de Jésus est susceptible d'être levée d'une façon quelconque, les faits tels qu'ils sont rapportés par Luc et par Marc et Jean, resteraient, même sans l'ordre exprès de demeurer à Jérusalem rapporté par le troisième évangéliste, inconciliables avec l'injonction que Jésus, dans Matthieu, adresse aux apôtres!, de se rendre en Caillée. Car si, à deux reprises, tous les apôtres l'ont vu à Jérusalem, lui ont parlé, l'ont louché et ont mangé avec lui, est-Il possible que, pour le voir, 11 leur ail fallu faire le long voyage de la Galilée? On répond hardiment, il est vrai, que si Jésus fait dire aux apôtres qu'ils le verront en Galilée, cela n'implique nullement qu'ils ne le verraient nulle part ailleurs et partlcalièrement à Jérusalem. Mais celui qui me dit : « Va à Rome et là tu verras le pape , » ne pense certainement pas que le pape viendra au lieu de ma résidence actuelle et pourra y être vu par moi , et qu'ensuite j'aurai encore à me rendre à Rome pour l'y voir de nouveau. De même l'ange, dans Matthieu et dans Marc, s'il eût seulement pressenti que, le jour même, Jésus apparaîtrait dans Jérusalem, n'aurait pas fait dire aux apôtres : « Allez en Galilée, et là vous verrez Jésus ressuscité. » Mais il leur aurait dit : < Ayez seulement confiance, vous verrez Jésus avant la fin de la journée, ici même, à Jérusalem. » £t en supposant que Jésus eût eu des raisons pour les faire voyager en Galilée, ayant d'abord l'intention de se montrer à eux à Jérusalem, c'est dans cette ville qu'il leur aurait assigné son premier rendez-vous lors duquel il aurait eu la faculté de leur en indiquer un aulre en Galilée. Mais pourquoi ne faire annoncer d'avance par les messagers que la rencontre la plus éloignée et ne leur faire rien dire de la rencontre du même genre qui devait avoir lieu dans l'intervalle? Jamais un homme raisonnable, à la suite d'une séparation pénible, ne fait assigner à ses amis, pour un temps et un lieu éloignés, un rendezvous où l'on sera heureux de se revoir , s'il est sûr de les rencontrer dans le lieu où il se trouve, le même jour et plusieurs fois. £n conséquence, l'ange et Jésus lui-même, lorsque le malin ils firent dire par les femmes aux apôtres de se rendre en Galilée, n'ont pu savoir que, dans la soirée du nftême jour, il se montrerait à -ses disciples à Jérusalem; il faut donc qu'il ait eu le matin l'intention d'aller en Galilée et qu'il ait changé d'idée dans le courant de la

journée» Cette versatilité ne pourrait s'accorder avec l'opinion ortlio* doxe sur sa personne, et même, au point de vue purement humain, on ne voit aucun motif qui ait pu amener ce changement. D'ailleurs^ si Jésus changea d'avis et modifla son plan primitif, pourquoi aucun évangéllste n'en fait-il mention, et parlent-ils tous, Luc, comme s'il ignorait le projet originaire de voyage en Galilée; Matthiçu, comme s'il n'en connaissait pas la modiflcalton subséquente ; Jean, comme si le théâtre principal des apparilious de Jésus avait été Jérusalem, et comme s'il n'avait fait qu'apparaître une fols accessoirement eu Galilée? Pourquoi enfin Marc parle-t-il de telle façon qu'on volt clairement qu'il n'a pas su concilier la première injonction d'aller en Galilée, qu'il devait à Matthieu, et les apparitions subséquentes à Jérusalem et dans les environs, qu'il devait à Luc ou à tout autre; qu'il n'a pas même essayé de les fondre, et qu'il a juxtaposé ses récits tels qu'il les trouva, informes et contradictoires ?...

Examinons maintenant en particulier les diverses apparitions de Jésus ressuscité. Le premier évangile en a deux, une le matin de la résurrection devant les femmes (xxviu, 9 et suiv.), et une sans désignation de temps, devant les onze en Galilée (id., 16 et suiv.). Marc en a trois qu'il ne faitdu reste que mentionner très-brièvement; la première devant Marie-Madeleine, le matin de la résurrection (xYi, 9 et suiv.); une autre devant deux disciples allant à la campagne (V. iâ) ; et une troisième devant les onze assis à table, sans doute à Jérusalem, bien que le lieu ne soit pas formellement indiqué (V. 14). Luc ne raconte que deux apparitions, une devant les disciples d'Emmaûs, le jour de la résurrection (xxiv, 13 et suiv.); et la dernière devant les onzeet quelques autres disciples qui demeuraient avec eux à Jérusalem, le soir du même jour d'après son évangile (V. 36), et quarante Jours plus tard d'après les Actes des apôtres (I, 4 et suiv.); et en outre, comme les apôtres, avant l'apparition de Jésus au milieu d'eux, disent aux voyageurs d'Emmaûs au moment où ceux-ci rentrent : Le Seigneur est véritablement ressuscité et il a apparu à Simon; cela suppose une troisième apparition qui aurait été le partage de Pierre seul ou de Simon le zélateur. Jean a quatre apparitions : la première devant Marie-Madeleine, au tombeau (xx, 14 et suiv.) ; la seconde que les apôtres eurent à Jéru-

salem, Jésus enlranl les portes fermées {id., 19 el suiv.); la troisième, huit jours plus tard, également à Jérusalem, et dans laquelle Thomas se convainquit (v. 26 et suiv.); la quatrième sans désignation de temps, sur le bord du lac de Galilée (xxi). Il faut aussi faire entrer en ligne de compte un renseignement de l'apôtre Paul qui compte six apparitions, sans en donner les époques ni les détails, mais qui entend fixer Tordre suivant lequel elles ont eu lieu :

10 devant Céphas (Pierre); 2"» devant les onze; 3<> devant plus de cinq cents frères à la fois; 4» devant Jacques; 5<* devant tous les apôtres; 6» devant Paul lui-même (I Cor, xv, 5 et suiv.).

Ces divers récits ne peuvent concorder ensemble. Ainsi la première de toutes les apparitions est celle qui a eu lieu devant Marie - Madeleine d'après Matthieu et Jean ; tandis que Paul, qui n'en fait pas même mention, met en première ligne les apparitions à Pierre, puis aux onze. Pour admettre les deux apparitions à Marie-Madeleine rapportées par Matthieu et par Jean, il faudrait que Jésus eût apparu d'abord auprès du tombeau à Marie-Madeleine pour lui dire suivant Jean : Allez trouver mes frères, et dites leur : Je monte vers mon père et votre père, vers mon Dieu et votre Dieu. Et quelques instants après, cette femme en compagnie de l'autre Marie, étant en chemin pour courir annoncer aux disciples la bonne nouvelle, Jésus, comme s'il eût oublié quelque chose, leur aurait apparu de nouveau pour leur dire suivant Matthieu : Ne craignez rien (recommandation inutile s'il s'est déjà présenté à elles), allez dire à mes frères quHls aillent en Galilée, c^est là qu'ils me verront.

11 est clair que ces deux récits d'apparition s'excluent réciproquement.— Celle dont cinq cents personnes et plus auraient été témoins, ne se trouve que chez Paul, et elle eût été tellement remarquable que, sans aucun doute, les évangélistes en eussent fait mention s'ils l'eussent connue. Quant à celle qui est personnelle à Paul, comme il ne s'est fait chrétien, que plusieurs années après l'ascension, cette apparition a tout à fait le caractère d'une vision. Et Paul mettant les autres apparitions sur le même rang que la sienne, annonce clairement par là qu'elles sont du même ordre et que, par conséquent, ce n'est pas un être terrestre, corporel et tangible, qui s'est fait voir à lui, non plus qu'aux autres personnes dont il fait mention; il n'a

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