‹ Examen du christianismeChapitre 1 sur 49 · DE LA VALBXTR HISTOEIQUE DU NOUVEAU TESTAMENT · texte numérisé non relu

DE LA VALBXTR HISTOEIQUE DU NOUVEAU TESTAMENT

L'autbeuticité des évangiles une fois détruite, ces livres ne doivent plus être regardés comme l'œuvre de témoins des faits qui y sont rapportés, mais comme celle d'auteurs inconnus et sans autorité ; ils perdent dès lors toute valeur historique et ne méritent aucune créance.

Supposons néanmoins cette authenticité établie, et voyons quelles seront, dans cette hypothèse, les conséquences à en tirer pour l'admission des récits évangéliques.

§ 1. — Da témoignage des auteurs du Nouveau Testament.

Les apologistes posent en principe que des faits doivent être réputés certains quand ils sont attestés par plusieurs témoins oculaires ou contemporains des événements qu'ils racontent et en position d'être bien informés, quand ces témoins sont dignes de foi et persistent dans leur déposition jusqu'à la sceller de leur sang, quand ces té- II. f

moins n'onl pu êlre trompés ni trompeurs, c'esl-à-dire quand les faits sont de nature telle, que les témoins n'ont pu être dupes d'illusions et ont pu vérifler par le témoignage de leurs sens l'exactitude de ce qui se passait sous leurs yeux; enûn quand ils n'ont pu avoir aucun motif pour en imposer et qu'ils n'en eussent pas eu le pouvoir s'ils en eussent eu la volonté. Or, nous dit-on, toutes ces conditions se trouvent réunies pour prouver la vérité des faits évangéliques qui nous sont attestés par les huit auteurs du Nouveau Testament, savoir : Matthieu, Jean, Pierre, Jacques, Jude, Marc, Luc et Paul, dont les cinq premiers, étant disciples de Jésus-Christ, sont témoins oculaires, et dont les trois autres ont vécu à la même époque et ont été à même de recueillir les documents les plus sûrs et les plus complets.

Examinons d'abord quels sont ceux de ces auteurs auxquels on peut accorder le titre de témoins. Jacques et Jude, dans leurs épîtres, ne disent pas un mot de la vie de Jésus et ne font pas même d'allusion à ses actes : leur témoignage est donc nul. Pierre parle, dans ses épîtres, de la mort de Jésus sur la croix et de sa résurrection ; mais il ne donne aucun détail sur ces deux événements et ne dit pas s'il en a été témoin ou s'il les a appris par ouï-dire; on ne peut donc invoquer sa déposition à ce sujet. Le seul fait dont il déclare avoir eu connaissance par lui-même, c'est que, pendant qu'il était avec Jésus sur la montagne sainte, une voix tombée du ciel fit entendre ces mots : Voici mon fils hien-aimé en qui je me suis complu, écoutez-le (II Ép., 1, 17, 48). Ce fait qui peut facilement, par une explication naturelle, perdre son caractère merveilleux, et qui alors n'a plus qu'une minime importance, est donc le seul sur lequel Pierre puisse être compté comme témoin ; c'est donc encore un nom à retrancher de la liste.

Paul n'a pas connu Jésus-Christ; rien ne nous autorise à croire qu'il se soit livré à des investigations sérieuses pour connaître exactement sa vie; il déclare lui-même, au contraire, qu'il ne doit rien aux disciples immédiats de Jésus et qu'il ne doit à aucun homme la doctrine qu'il enseigne (GaL, i, ii). Son passage subit du rôle de persécuteurà celui d'apôtre, l'exaltation qui se peint dans plusieurs parties de ses épîtres, je récit de son ravissement au troisième

ciel (II Cor,, xii), celui de son séjour pendanl un jour el une nuit au fond de la mer {id., xi, 25), tout nous autorise à le regarder comme un visionnaire à imagination ardente, Tort disposé à accueillir sans examen le merveilleux, ei peu propre à procéder à une enquête rigoureuse, comme devrait le faire un juge Impartial qui ne cherche que la vérité. Ses écrits ne contiennent, du reste, sur la vie de Jésus, aucun autre récit détaillé que celui de la fondation de Teucharlstle ; les seuls événements dont il parle en outre, sont le crucifiement et la résurrecUon, sur lesquels il ne donne aucun détail. Il résulte même de plusieurs passages (I Cor,, xi, 23 ; xv, 8; Gai., i, 12), que ce n*est point par des informations régulières, ni par des moyens humains, qu'il s'est Instruit, mais par des visions miraculeuses qui peuvent très-bien ne s'être passées que dans son esprit, et qui auraient besoin d'être confirmées elles-mêmes par des témoignages solides pour pouvoir être produites comme autorité historique (i).

Luc, de l'aveu des apologistes, n'a pas connu Jésus : Il en convient lui-même implicitement en disant (i, 2) qu'il a composé son récit d'après le rapport de ceux qui ont vu dès le commencemenl, La tradition porte qu'il était disciple de Paul et que c'est d'après les renseignements fournis par ce dernier, qu'il a écrit son évangile. £n admettant l'exactitude de ce fait, ce que nous avons dit du maître s'applique à plus forle raison au disciple. Si le premier n'avait par lui-même aucune connaissance de la vie de Jésus et n'était pas dans les conditions convenables pour les acquérir, le second, outre les chances d'erreur auxquelles il s'exposait en suivant un guide mal informé, en a ajouté d'autres, en ce qu'il a pu ne pas reproduire fidèlement ce qui lui a été raconté, surtout si un intervalle un peu long s'est écoulé entre' les discours de son maître et la composition de son livre. La renommée, Jans sa marche, ayant pour habitude de tout grandir, des récits provenant de dilTérentes sources, peutêtre fort suspectes, ont pu se joindre aux documents venus de Paul, et du mélange de tous ces éléments hétérogènes il a pu se former

(1) Nous discuterons plus loin en particulier son témoignage sur la résurrection (appendice au présent chapitre, § i).

une histoire où le réel et le fabuleux se trouvent réunis dans des proportions qu'il est impossible d'apprécier. Les choses ont dû se passer ainsi, parce que telle est la marche ordinaire. Quant aux témoins oculaires auprès desquels Luc prétend avoir puisé ses informations, malheureusement il ne les nomme pas, et nous connaissons trop peu sa personne pour savoir jusqu'à quel point on peut ajouter fol à sa déclaration ; à quelle époque a-t-il recueilli ces documents, comment les a-t-il triés, avec quel soin a-t-il apprécié le degré de conflance que chacun méritait, de manière à n'admettre que des témoignages parfaitement sûrs? C'est ce que nous ne pouvons savoir. En général, la déposition d'un intermédiaire a toujours beaucoup moins de force que celle de l'auteur même, et les chances d'altération d'un témoignage augmentent en raison du nombre des bouches par lesquelles il a passé. Cette suspicion ne céderait qu'en présence de l'affirmation formelle que ferait un témoin secondaire, qu'il a recueilli par écrit la déposition sortant de la bouche du témoin primordial, et qu'il l'a transcrite littéralement ; car alors l'écrivain serait moins un intermédiaire qu'un secrétaire. Mais nous n'avons ici rien de semblable.

Marc n'était pas non plus disciple immédiat de Jésus. On croit qu'il l'était de Pierre et que c'est d'après celui-ci qu'il a composé son évangile. Ici, du moins, l'auteur supposé des renseignements serait un témoin oculaire. Mais les relations de Marc avec Pierre n'ont rien d'authentique: le principal garant sur ce point est Papias dont nous ne possédons pas même l'ouvrage, et dont l'attestation ne nous est transmise indirectement que par Eusèbe, ainsi que nous l'avons remarqué au chapitre précédent. Marc ne se nomme pas dans son évangile, ne désigne pas Pierre comme son maître, comme l'auteur de ses renseignements, ce qui eût cependant donné beaucoup de poids à son livre, et il ne dit rien des moyens qu'il a employés pour se procurer la connaissance des faits qu'il raconte. Enfin, en le supposant disciple de Pierre, le témoignage de ce dernier, en passant par un intermédiaire, ne nous arrive qu'avec des chances d'altération.

Des huit témoins allégués il ne reste donc que Matthieu et Jean qui méritent ce titre et qui aient vu et entendu les choses dont ils se sont faits les historiens.

Que ces deux personnages aienl été de bonnes mœurs et aient eu rbabitude de respecler la vérité, la chose est possible, mais rest un point sur lequel nous n'avons aucun renseignement certain ; car on ne sait sur eux que ce que rapportent leurs propres évangiles. Eusëbe a, en outre, recueilli sur Jean quelques légendes qui ne nous instruisent en rien de sa moralité. Il est un passage de Jean, de nature à nous inspirer de la défiance sur sa véracité, c'est le dernier verset de son Évangile ainsi conçu : « Jésus a fait en outre beaucoup d'autres choses ; et si on les rapportait en détail, je ne crois pas que le monde même pût contenir le livre qu'on écrirait. » Un écrivain capable de pousser à ce point l'exagération, peut être à bon droit suspecté d'avoir eu pour habitude de tout amplifier.

On a allégué comme gage de leur sincérité cette circonstance qu'ils ont souffert le martyre pour défendre la vérité de leur témoignage. Mais ce fait n'est rien moins que prouvé. Tiliemont cite, au contraire, des auteurs fort anciens, d'après lesquels Matthieu, Luc et Jean auraient fini par une mort tranquille, et telle était l'opinion de saint Grégoire de Nazianze. Héracléon, auteur du second siècle, assure que Matthieu, Thomas, Philippe et plusieurs autres apôtres sont morts naturellement (1). Ruinarl convient qu'on ignore quel a été le genre de mort des apôtres, et que les auteurs anciens nous ont transmis fort peu de chose à ce sujet (2). Ceux qui ont voulu leur décerner les honneurs du martyre, sont beaucoup plus récents et ont cédé à un entraînement systématique ; on crut devoir, même sans aucun titre, placer au nombre des martyrs tous les apôtres et les premiers chrétiens ; et à défaut de documents, on n'était jamais embarrassé pour leur composer une légende.

Quant à Jean , on prétend que , sous Domilien , il fut persécuté , jeté dans une cuve d'huile bouillante, et que, par conséquent, bien que n'ayant pas succombé dans cette épreuve, il doit être regardé comme un martyr. C'est Tertullien qui le premier rapporte {Des Prescriptions y ch. xxxvi) cette tradition évidemment légendaire, à l'appui de laquelle il ne fournit aucun document sérieux. Mais quand

(1) Saint Clémeut d^Alexahdrie, StromcUeSy liv. IV.

(2) Acta siticera, P. i, Admonit. martyr. Saneli Jacobi.

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