‹ Examen du christianismeChapitre 2 sur 49 · II. i · texte numérisé non relu

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même il serait établi que Jean a élé persécuté pour la foi chrétienne, on ne pourrait en tirer en faveur de son témoignage aucune conséquence décisive. En effet , du moment qu'on persécutait les chrétiens, on y comprenait tous ceux qui étaient connus comme appartenant à cette secte, et Jean qui, dit-on, était évêque d'Ëphèse, a dû être considéré comme un des cliefs et signaié un des premiers à la haine des ennemis du christianisme; il n'est pas certain qu'il eût pu, quand même il en aurait eu la volonté, échapper par la fuite ou par ia rétractation. Tous ceux qui , placés dans les mêmes circonstances, ont subi des supplices, ne doivent pas nécessairement être regardés comme sincères dans leur foi : il a pu s'en trouver dans le nombre qui aient embrassé la secte par calcul ou par des motifs trèsdivers, sans prévoir les dangers auxquels ils s'exposaient, puis ont été victimes, sans que pour cela leur parole mérite une grande confiance ; quant à Jean en particulier, nous ne savons rien de précis. — Un temps assez long s'est écoulé depuis la persécution de Domitien Jusqu'à l'époque où l'apôtre est censé avoir écrit son évangile, ce qui eut lieu, nous dit-on, peu avant sa mort, sous le règne de Trajan, alors que l'Ëglise était tranquille et que rien ne faisait présager de nouveaux orages. Or, de ce qu'un homme a soufifert , dans des temps fâcheux, pour la cause à laquelle il s'est attaché, on ne peut en conclure que si, plus tard et dans des temps calmes, il écrit ses mémoires, il sera toujours véridique , exempt de prévention et d'esprit de parti. Nous voyons souvent, au contraire, dans des cas semblables , l'écrivain arranger les faits pour présenter son parti sous le Jour le plus favorable.

On a encore invoqué en faveur des évangéiistes leur ton de candeur, la naïveté avec laquelle ils conviennent de leurs faiblesses et de leur difficulté à comprendre leur maître. Mais toutes ces qualités se trouvent au même degré dans les évangiles apocrypbeâ, qui ont avec les canoniques une conformité si frappante, que le flambeau de l'orthodoxie peut seul les distinguer. Si des faussaires comme les auteurs des apocryphes peuvent si facilement revêtir les apparences de la candeur et de la bonne foi , ce ne sont donc pas là des indices certains de la véracité des narrateurs. Quant au défaut d'intelligence attribué aux disciples, c'est habituellement chez les évangéiistes, el

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surtout chez le qualrièrne, une sorte de lactique pour faire ressortir la supériorité du maître au moyen d'un contraste tranché. On conçoit aisément de tels aveux si les évangiles ne sont pas authentiques ; s'ils le sont, les auteurs ont bien racheté ce qu'il peut y avoir d'humiliant dans leur abaissement passager, en se faisant octroyer par Jésus les plus hautes prérogatives, telles que le jugement des douze tribus d'Israël (Mat., xix, 18; Luc, xxii, 29, 30); Jean particulièrement ne s'est pas oublié dans le cours de son livre : il s'attribue la première place dans toutes les occasions remarquables , se donne comme le plus chéri des disciples de Jésus, et a soin de se désigner sans se nommer ; une assez belle part a donc été réservée à l'amourpropre.

11 faut bien reconnaître que nous n'avons rien qui recommande d'une manière particulière la personne des deux apôtres-évangéllsles, et que nous devons peser leurs témoignages comme nous ferions à l'égard de gens tout à fait inconnus.

Parmi les faits qu'ils racontent , il en est beaucoup dont ils n'ont pas été témoins, tels que la naissance de Jésus, l'adoration des mages, celle des bergers, le jeûne de quarante jours, les tentations dans le désert, etc. Il en est même dont la vérification était impossible, tels que les songes de Joseph et des mages, la virginité de Marie, etc. Us ne disent pas comment ils ont acquis la connaissance de ces événements, dont le récit annonce déjà une extrême crédulité et un penchant prononcé à accueillir le merveilleux.

Si nous arrivons à la partie de la vie de Jésus où les apôlres commencent à intervenir comme témoins oculaires, en confrontant leurs récits, nous les voyons fourmiller de contradictions (1). Il paraît qu'elles ont été signalées de bonne heure,puisqueplusieursde8anciens pères ont cru devoir chercher à concilier ces divergences. Malgré leurs efforts pour torturer les textes, malgré la facilité avec laquelle ils ont recours à la supposition de fautes de copistes dès qu'un pas^ sage les embarrasse, ils ne sont parvenus qu'à des résultats fort peu satisfaisants. Saint Augustin l'a si bien senti, qu'à la suite d'une de ces tentatives désespérées pour accorder des passages évidemment

(1) Nous en donnerons plusieurs exemples dans l'appendice.

contradicloires, il ne trouve rien de mieux à dire, sinon que tout cbrélien doit respecter les Écritures comme l'œuvre de Dieu , et croire qu'il existe des conciliations , quand même nous ne pourrions les découvrir, entre les passages qui semblent contradictoires (1). Un homme sensé ne peut accepter un pareil argument , et décidera au contraire que deux témoins qui ne sont pas d'accord s'annibilent réciproquement. Deux relations contradictoires ne peuvent être vraies l'une et l'autre ; il ne peut y avoir tout au plus qu'un seul des témoins qui dise vrai, et l'autre, par conséquent, se trouve convaincu de fausseté. Mais comme les motifs de crédibilité sont égaux de part et d'autre, 11 est impossible de discerner celui des deux témoins dont la déclaration doit être préférée à celle de l'autre ; on devra donc, dans le doute, les rejeter également. D'ailleurs , si un seul des évangélistes est dans le faux, il en résuite le rejet du cbristianisme qui les déclare tous divinement inspirés et par conséquent Infaillibles. Si ensuite ces témoins s'accordent sur d'autres faits, il sera imposslble d'ajouter foi h des bistoriens déjà trouvés en défaut , puisque celui qui ment une fois est suspecté de mentir toujours ; et ici l'erreur venant de personnes qui ont dû être bien informées, et portant sur des faits censés accomplis sous leurs yeux, ne peut être involontaire et mérite le nom de mensonge. Voilà donc l'autorité des Ëvangiles mise au néant.

Les théologiens, que rien n'embarrasse, loin d'être accablés sous le poids de ces contradictions , ont voulu les faire tourner à leur avantage comme une preuve que les évangélistes ne s'étaient pas entendus pour tromper^ et que par conséquent ils étaient de bonne loi.

Il est certain que des imposteurs habiles se concertent quelquefois de manière à faire des témoignages parfaitement concordants ; mais il ne s'ensuit pas que quand des témoins sont en désaccord sur quelques points, ils soient nécessairement de bonne foi; il peut se faire aussi qu'ils aient menti isolément et sans se concerter, ou qu'ils aient tenté de s'entendre pour tromper, et s'y soient mal pris pour exécuter leur plan de fraude. Mais, à part la question de bonne foi,

(1) De Cotitensu evangdiorum, m, 13.

il est certain que des témoins qui ne sont pas d'accord ne peuvent dire tous la vérité. El si les divergences portent sur des faits importants qui se seraient passés sous leurs yeux et auxquels ils auraient pris part, on en conclura, non-seulement que leurs dépositions ne sont pas vraies, mais encore que ces témoins cberclient sciemment à tromper.

Il arrive quelquefois, devant les tribunaux, qu'on admet les dépositions de témoins discordants, mais c'est malgré leur discordiïncc et non à cause de cette discordance. Que, dans un procès, des témoins déposent d'une manière conforme sur des faits majeurs, et ne soient en désaccord que sur des circonstances secondaires ; si ces contradictions peuvent s'expliquer par le défaut de mémoire ou par ia difficulté qu'ils auraient eue à observer, on admettra leur témoignage, tout en reconnaissant que ces témoins, sans mauvaise intention, ont déposé de faits partiellement faux. Mais si les divergences portent sur ie fait principal duquel dépend tout le procès, et qu'on ne puisse en rendre raison par l'inadvertance ou le défaut de mémoire des témoins, on ne dira pas qu'ils doivent être crus parce qu'ils ne se sont pas concertés; sans examiner si, ou non, ils se sont concertés, on refusera de les croire sur les faits à l'égard desquels ils ne sont pas d'accord, puisqu'on ne peut admettre en même temps des récits contradictoires, et une juste défiance empêchera de les croire, même sur les faits où ils sont d'accord.

§ 2. — Du merveilleux des récits.

Un point qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est la nature exceptionnelle des faits sur lesquels nous cherchons ia vérité, et des écrits qui en transmettent le souvenir. Nous n'avons pas affaira aux historiens ordinaires : les évangiles sont présentés comme l'œuvre du Saint-Esprit ; on ne peut donc réclamer en leur faveur aucune indulgence. Quand il s'agit d'un écrivain ordinaire, on peut faire la part de l'imperfection inséparable de toute œuvre humaine ; mais un livre divin doit être irréprochable, toutes les parties doivent être en parfaite harmonie, il ne doit pas y avoir un root à reprendre; tout doit en être admirable et porter le cachet de la divinité. Si, au

coDlraire, on y trouve de nombreuses coDtradiclions, quand même ce ne serait que sur des points secondaires, si i'on n'y voit que désordre et incohérence, on reconnaît là à coup sûr les signes de la faiblesse bumalne, et i'on doit nier l'autorité divine de ces livres qui malbeureusement ne peuvent, même considérés comme œuvre humaine, offrir de témoignages satisfaisants.

Pour apprécier les témoignages, on doit considérer en eux-mêmes les faits qu'ils ont pour objet d'établir. Ici, nous trouvons des événements invraisemblables et contraires à l'ordre naturel, tel du moins que le connaît l'humanité depuis qu'elle existe. On ne doit donc accueillir de semblables récits qu'avec une très-grande défiance. Qu'un certain nombre de témoins vienne nous attester des faits vrai* semblables, conformes à ce qui se passe habituellement sous nos yeux, s'il ne s'élève aucun soupçon contre les témoins, nous admettrons sans difficulté leurs déclarations. Mais s'il s'agit d'un fait prodigieux, en dehors de tout ce que nous connaissons, d'un fait que nous devons regarder comme impossible dans l'état actuel de la science, il est certain que l'admission en sera beaucoup plus difficile, que ce fait sera extrêmement suspect; et même on n'hésitera pas à le rejeter si ceux qui l'attestent sont des gens ignorants, crédules, qui ne paraissent même pas se douter des précautions à prendre pour bien observer, pour n'être pas trompé par les apparences. Sans doute, si un grand nombre d'hommes éclairés et judicieux, après s'être entourés de toutes les précautions que peut fournir la science, venaient faire, sur des faits comme ceux dont nous venons de parler, un rapport parfaitement circonstancié, énonçant toutes les mesures prises pour que les observateurs ne fussent pas dupes d'une illusion ou d'une jonglerie ; alors nous serions bien obligés d'admettre le fait, dùt-il contredire les idées préconçues sur les limites du possible. Mais pour en venir là, il nous faudra plus que les témoignages discordants de deux hommes aussi crédules et aussi peu sagaces que Matthieu et Jean qui acceptent tout les yeux fermés, et qui auraient regardé comme un sacrilège de contrôler les miracles qu'ils racontent.

On doit se demander lequel est le plus probable, ou que pendant un laps de trois à quatre ans, les lois constantes de la nature

aient été à chaque instant bouleversées, ou que les deux hommes qui rapportent ces événements prodigieux aient dit le contraire de la vérité. Dans cette alternative, aucun homme de bon sens n'hésitera à reconnaître que la seconde hypothèse est de beaucoup la plus admissible. S'il se présentait devant un apologiste du christianisme, deux fervents musulmans, venant attester que leur maître, un marabout du centre de l'Afrique, a fait sous leurs yeux une foole de miracles, a ressuscité des morts et a fini par s'élever au ciel, certes, quand même ces deux témoins jouiraient d'une réputation irréprochable, notre théologien ne leur ferait pas l'honneur de discuter s'ils sont trompés ou trompeurs, et ne prendrait pas même leurs relations au sérieux.

§ 3. — Si les apdtros ont pu être trompés ou trompeurs.

Est-il vrai que les apôtres n'aient pu être trompés ni trompeurs?... Avec leur préoccupation qui les portait à voir partout des miracles, ils ont dâ être facilement trompés ; et il est certain qu'une grande partie des miracles rapportés dans les évangiles, peut s'expliquer ou par d'adroites combinaisons on par des rencontres fortuites. Par exemple, que des pêcheurs qui n'ont rien pris pendant une nuit, lèvent leurs Olets et les trouvent abondamment remplis de poissons, que cet heureux coup de fortune ait lieu lors de l'arrivée d'une certaine personne (Luc, v); c'est ce qui peut arriver tous les jours ; seulement, des gens sensés ne rattacheront pas ces deux faits ensemble et ne feront pas de l'un la cause de l'autre; tandis que l'homme superstitieux attribuera le succès de la pêche au pouvoir magique du nouvel arrivant et dira : Post hoc, ergo propter hoc. Jusque-là, il n'y a pas d'illusion sur le fait lui-même, mais erreur sur les conséquences qu'on en tire; puis, plus tard, le récit se teindra d'une couleur merveiileuse et s'embellira d'accessoires où la vérité sera altérée, sans que l'auteur du récit s'aperçoive des additions qu'il aura faites ou laissé faire à une aventure qui dès l'origine avait pour lui un caractère surnaturel. — Voici encore comment un fait très-ordinaire a pu prendre les proportions d'un miracte. Jésus et ses disciples naviguent dans une barque, une tempête survient, tes

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disciples s'alarment et remarquent que Jésus dort tranquillement. On le réveille en disant :1tfaUre, nous allons périr. Jésus a pu répondre que celui qui avait confiance eu Dieu, ne craignait point la fureur des orages. Cependant, malgré la tempête, la barque arrive au port. Plus tard, les disciples se rappellent avec admiration le calme religieux du maître au milieu de la consternation générale ; ils s'exagèrent à eux-mêmes le danger qu'ils couraient, ce qui fait ressortir d'autant plus le courage de Jésus. Ils se persuadent facilement qu'ils n*ont écbappé à une mort inévitable qu'à cause de sa présence; dès lors il faut bien attribuer à celui-ci un pouvoir sur la nature. On le fera donc commander aux flots. On arrive ainsi au récit merveilleux qui se trouve dans les Évangiles (Mat., tiii).

Dans beaucoup de cas, l'erreur des témoins peut porter sur les faits ou sur certaines circonstances qui leur donnent un caractère surnaturel. Ainsi rien n'est plus facile que de produire des voix célestes, de faire paraître du vin à la place de l'eau, de machiner une transfiguration, etc. Ceux qui assistent à de pareils faits et qui ne jugent que sur les apparences, sans chercher à vérifier, peuvent de bonne foi composer des relations qui trompent le lecteur sur la nature de ce qui s'est passé. S'est-on bien assuré si ceux que Jésus guérissait étaient réellement malades ou infirmes, si ceux qu'il ressuscitait étaient bien morts ?... Ne sait-on pas que, dans bien des solennités, des truands sont chargés déjouer le rôle de boiteux ou de paralytiques, et jettent triomphalement leurs béquilles au moment du contact de la châsse miraculeuse ?... Dans le plus grand nombre des cas, et en supposant même que Jésus n'ait pas cherché à s'entourer du prestige d'un thaumaturge, ses disciples qui croyaient marcher sans cesse au milieu du merveilleux, ont pu s'abuser et voir des prodiges dans les choses les plus simples. Leur imagination frappée de l'impression produite par un homme supérieur a pu ensuite, même étant admise la bonne foi de part et d'autre, exagérer les faits ou les dénaturer par l'addition des circonstances merveilleuses.

Il est encore une circonstance très-défavorable et qui doit frapper de suspicion les relations des évangélistes, c'est le long temps écoulé depuis les événements jusqu'à la rédaction des évangiles. D'après

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les auteurs«ecclésiastiqaes, Matthieu aurait écrit son évangile, soit en l'an 4i, soit en 61 (1), et Jean n'aurait écrit le sien qu'en l'an 100, étant centenaire ou à peu près (2). Or, après d'aussi grands Intervalles, il est impossible de pouvoir retracer les faits avec une exactitude parfaite, même quand il s'agit d'événements ordinaires. La difficulté s'accroîtra encore quand il s'agira d'aventures réputées miraculeuses dont le liéros est réputé envoyé de Dieu : alors le narrateur aura beau être sincère, Il subira l'influence de ses préjugés et des événements survenus dans l'intervalle; il ajoutera au fait qu'il voudra retracer une foule de circonstances propres à l'embellir; les choses lui apparaîtront dans le lointain, environnées d'une auréole céleste et transfigurées ; il sera Infidèle sans le vouloir et même sans le savoir.

Les évangélistes ont-Ils été trompeurs? C'est ce que nous ne prendrons pas sur nous de décider. Nous dirons seulement que la volonté de tromper peut s'expliquer chez eux, ou par le désir de devenir chef de secte et de Jouer un rôle brillant, ou par l'intention de servir, même par des fraudes pieuses, ce qu'ils croyaient être la cause de Dieu. En supposant que la fraude ait eu lieu, ceux qui l'exécutaient pouvaient la croire sans danger. Les apôtres, en quittant la Judée, terre de l'intolérance, et en se dispersant dans les diverses parties de l'empire romain, devaient s'attendre à y trouver la liberté illimitée en matière de propagande religieuse. Et même, quand les dangers survinrent, les chefs de la nouvelle secte étaient trop avancés pour pouvoir reculer; une rétractation les eût couverts de honte aux yeux de leur parti, sans pouvoir les sauver. Il fallait donc persister dans la voie une fois prise. L'exemple de Matthieu qui, comme nous l'avons dit d'après ies Pères de l'Ëglise, échappa à tous les dangers et vécut tranquillement jusqu'à une grande vieillesse, prouve que le rôle d'évangélisle n'exigeait pas de sacrifice héroïque. Donc celui qui^ en prenant la plume, eût voulu tromper, n'en aurait pas été nécessairement détourné par la perspective des dangers auxquels sa narration l'eût exposé. On peut donc admettre au moins comme possible la volonté de tromper.

(1) Bejigier, y** Matthieu,

(2) /cf., v» Jean,

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L'imposlure aurait-elle pu réussir?... Pour soutenir la négative, on a supposé les apôires se présentant devant les habitants de Jérusalem et des autres villes qui avaient été le théâtre de la vie de Jésus, et venant leur alléguer comme accomplis sous leurs yeux, des faits imaginaires; et l'on n'a pas eu de peine à faire voir ce qu'une pareille tentative aurait eu d'insensé. Mais les choses ont pu se passer tout autrement. Puisque tous les livres du Nouveau Testament (sauf, comme nous l'avons dit, l'Ëvangile de Matthieu et l'Ëpître de Paul aux Hébreux), ont été composés en grec, nous devons en conclure qu'ils n'ont pas été destinés aux habitants de ia Palestine, mais à ceux des parties orientales de l'empire romain où la lanque grecque était en usage. Ainsi, quant à ces ouvrages, la prétendue impossibilité disparait, et l'on avait beau jeu, quand on racontait à Corinthe, à Alexandrie ou à Smyrne, ce qui s'était passé à Jérusalem, de mêler les fables à la vérité. Quant à l'Ëvangile de Matthieu, on ne sait ni à quelle époque précise il a été publié, ni à quelle population il a été adressé, ni quel genre de publicité il a reçu en commençant : par conséquent, on ne peut savoir si les premiers qui en ont eu connaissance étaient à même d'en vérifler l'exactitude. Il y avait beaucoup de Juifs répandus en dehors de la Palestine ; ils ignoraient complètement tout ce qui concernait ia vie de Jésus, et se trouvaient à cet égard dans la même position que les populations helléniques ; par conséquent rien n'était plus facile que de leur en imposer sur le compte d'un homme dont la réputation, pendant sa vie, n'avait pas dépassé le cercle extrêmement étroit àe la Galilée et de quelques villes juives. Si la publication de l'Ëvangile de Matthieu n'a eu lieu (comme c'est fort probable) qu'après la destruction de Jérusalem par Titus et la dispersion des Juifs, les moyens de tromper impunément se trouvaient encore accrus ; et rien ne se conçoit mieux que ia supposition de faits imaginaires remontant à une quarantaine d'années, quand les Individus qui auraient dû en être témoins, étaient ou morts ou dispersés.

Remarquons, en outre, que, chez les Juifs de cette époque, l'apparition d'un livre rapportant comme vrais des faits miraculeux qui n'auraient pas eu lieu, n'a pas dû produire l'étonnement qu'une semblable tentative causerait chez les peuples modernes. On était

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infatué de miracles, de sortilèges, de possessions démoniaques; il n'élail broit que de prophètes, de messies et de thaumaturges; tous les auteurs ecclésiastiques ont cru aux miracles de Simon le Magicien. Les circonstances étaient donc on ne peut plus favorables pour répandre des fables.

On a voulu trouver une preuve de la vérité des récits évangéiiques dans l'empressement avec lequel, à la voix de Pierre qui s'appuyait sur le miracle de la résurrection, trois mille Juifs se convertirent. Ces conversions nombreuses et rapides ne sont racontées que par l'auteur des Actes des apôtres (cb. 11) qui n'en a pas été témoin et qui peut-être n'a Jamais mis le pied à Jérusalem. II est donc permis de douter de la vérité du récit, ou au moins de soupçonner l'exagération. En tenant le fait pour constant, il faudrait encore savoir quels moyens de persuasion Pierre a employés, s'il a seuielement fait valoir l'excellence de la doctrine de Jésus, ou sMl s'est servi de l'argument tiré des miracles; et, dans ce dernier cas, s'il a invoqué des miracles publics et faciles à constater pour les auditeurs. L'auleur ne nous dit pas comment il s'est procuré le texte exact du discours de Pierre ; en tout cas, l'orateur se borne à rappeler en général la multitude de miracles et de prodiges que Jésus aurait opérés (v. 22), mais sans en désigner aucun en particulier, si ce n'est le fait de la résurrection, qui, d'après les évangéilstes, ne se serait passé qu'en comité secret, n'aurait eu pour témoins que les disciples, et ne pouvait par conséquent être contrôlé par ceux auxquels s'adressait le discours. Si les miracles eussent été si notoires dans la ville, il est bien étrange que Pierre n'en ait pas cité quelques-uns des plus marquants, tels que la multiplication des pains, la résurrection de Lazare, ou les prodiges arrivés à la mort de Jésus, et n'en ait pas firis à témoin toute la population qui {'écoutait. Enfin si cette notoriété eut été telle qu'on eût pu, à cette époque, l'invoquer hautement comme une preuve éclatante de ces miracles, on ne conçoit pas pourquoi tous les Juifs ne sont pas venus, à ia voix de Pierre, confirmer ces faits qu'on prétend s'être accomplis sous leurs yeux, et pourquoi, bien loin de se convertir ou du moins de donner leur assentiment à la parole de l'orateur, la plupart ont accueilli sa prédication d'une manière aussi défavorable et aussi

injurieuse qu'ils l'ont fait ; car nous voyons, par les Actes des apôtres, que les chefs du peuple, les hommes élevés en dignité et la majeure partie des habitants de Jérusalem repoussèrent la nouvelle religion : le gros de la nation juive et surtout du peuple de la capitale ayant refusé son adhésion aux apôtres, 'a donc par là protesté contre la réalité des miracles de Jésus. Les Actes des apôtres constatent, h plusieurs reprises, que les Juifs donnaient un démenti aux prédications chrétiennes (xiii, 45; xyiii, 6); ubique eis contradicitur (xxviii, 22).

§ 4. — Des aveux des hétérodoxes.

On a prétendu que les miracles de Jésus- Christ étaient prouvés par les aveux des premiers ennemis du christianisme, et l'on a cité Celse, Porphyre, HIéroclès, Julien et les Talmudisles. Quant à ces quatre philosophes, il est fâcheux que nous n'ayons pas en entier les ouvrages qu'ils ont composés sur la religion chrétienne. Nous pourrions voir renchainement de leurs raisonnements et savoir si les aveux qu'on leur prête sont de véritables concessions, ou plutôt si ces écrivains n'ont pas employé le mode d'argumentation qui consiste à accorder par supposition à son adversaire un point controversé, et à lui prouver que, même dans cette hypothèse, sa cause n'y gagnera rien. Nous ne savons pas jusqu'à quel point les extraits de ces ouvrages, cités par les Pères, sont transcrits fidèlement, ou du moins si les citations étant littéralement fidèles, ces extraits, par leur Isolement du texte et par la manière dont ils sont tronqués, ne sont pas arrangés pour dénaturer la pensée des auteurs. A juger même par ces extraits^ il s'en faut beaucoup qu'ils aient rien de décisif.

Porphyre prétendait que les miracles de Jésus pouvaient s'expliquer par la magie (i) ; ce n'est pas en reconnaître la réalité. Hiérodès met les miracles d'Apollonius de Thyane au-dessus de ceux de Jésus, et 11 ajoute : « Je prétends que nous autres qui ne mettons pas Apollonius de Thyane au rang des dieux, bien qu'il ait fait de très-grands miracles, sommes plus sensés et plus sages que vous

(I) Saikt Cyrille, Coitfrdy»/ianum,1iv. VI.

qui y avez mis votre Jésus, en considération (Vun petit nombre de prodiges qui n^ont rien d'extraordinaire ni de surprenant (i). » 11 est clair qu'au point de vue de cet auteur, la réaillé des miracles importail peu ; il ne s'en occupe pas, parce qu'il n'y voit rien de concluant ; ce n'est pas là un aveu.

On a dit et répété avec complaisance, que Celse avait reconnu la réalité des miracles de Jésus et les avait attribués à la magie. Il résulte au contraire des citations d'Origène, que Celse n'accordait aucune confiance aux récits des merveilles attribuées i Jésus. Ainsi, dit Origëne, « Celse dira de ce miracle (ta transfiguration), comme de tous les autres miracles de Jésus racontés dans les évangiles : Ce sont des inventions qui ne diffèrent en rien de la fable (Contra Celsumy liv. VI, cb. lxxvii). > « Les paroles et les actions si surprenantes de Jésus, que Celse refuse de croire, etc. (liv. VU, cil. Liv). » « Vous transformez (dit Celse) en Dieu un misérable qui a terminé une vie infâme par une mort non moins infâme (liv. VII, ch. lui). » Est-ce là le langage d'un homme qui admet les narrations des évangiles ?... — Celse nie formellement plusieurs des miracles, et notamment celui de la résurrection de Jésus : < Vous ajoutez (dit-il) qu'il ressuscita après sa mort, quand il ne put se secourir lui-même pendant sa vie ; qu'il montra sur son corps les marques de son supplice, et dans ses mains les traces de ses clous, fort bien. Mais qui les a vus? Une femme fanatique, comme vous le dites vousmêmes, et je ne sais quel autre imposteur &Huhék la même cabale, soit qu'ayant l'imagination frappée il ait rêvé ces inepties, soit qu'abusé par de vains systèmes, il les ait formées d'après ses désirs, ce qui D'est que Irop ordinaire, soit enfin, ce qui me parait plus probable, qu'il ait voulu surprendre l'admiration des bommes par ce prétendu miracle, et à l'aide de ce mensonge, frayer aux autres la voie de Vimposture (liv. II, ch. lv). » —Celse accuse les disciples de Jésus d'avoir avancé faussement qu'il avait prévu et leur avait prédit toutes les choses qui lui arrivèrent (liv. II, ch. xiii). La manière dont il parle de la visite des mages conduits par une étoile et du massacre des innocents, fait voir qu'il regarde ces faits comme fabu-

(I) Lactarce, Institutions divines, Ilv. V, ch. m.

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