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II

2i6 EXAMEN DU CHRISTIANISME

Celsum, liv. Ill, ch. viii); ce qui déjà fait voir combien doivent subir de réduction les narrations romanesques des faiseurs de légendes. Ensuite il s'élaye sur un renseignement précieux fourni par Eusèbe (De martyr, RalesL, cb. xiii); c'est que pendant la grande persécution de Dioclétien et Galère, neuf évêques seulement furent mis à mort, et la Palestine ne compta en tout que quatre-vingt deux martyrs. Or, cette province formait la seizième partie de l'empire d'Orient; si l'on suppose que la persécution a eu partout le même degré de sévérité, on arrivera à un total de 1,312 pour tout l'Orient. Cette proportion a dû être beaucoup moins forte en Occident où les édits restèrent même sans exécution dans certaines contrées, comme nous l'avons déjà dit. Mais, en admettant même la parité, nous obtiendrons, pour tout l'empire, un total général de deux mille six cent vingt quatre victimes en dix ans , ce qui fait deux cent soixante deux par an. Une si petite quantité de martyrs sur une population qui devait être de plusieurs millions et dans un empire plus grand que l'Europe, ne devait pas avoir pour résultat naturel d'amener l'extermination d'une religion déjà consolidée par une existence de trois siècles. Et nous ne parlons là que de la plus terrible des persécutions. Les autres sont bien loin d'avoir eu le même degré de gravité, et quelques unes même sont tout à fait imaginaires. Mais admettons-les toutes, au nombre de dix, d'après les auteurs ecclésiastiques, et concédons qu'en moyenne elles aient coûté la vie à autant de chrétiens que la dernière, ce qui est certainement bien au-dessus de la vérité; la somme définitive sera de vingt-six mille deux cent quarante martyrs. Ce nombre est bien peu de chose en comparaison des myriades de victimes humaines sacrifiées par le christianisme devenu dominateur, qui, oubliant bien vite l'indulgence dont il avait eu besoin, déploya envers les hétérodoxes cent fois plus de cruauté qu'il n'avait eu à en essuyer de la part des empereurs. Nous nous bornerons à deux exemples. — En Espagne, de 1481 à 1808, l'Inquisition a fait brûler vifs trente-quatre mille six cent cinquante-huit personnes (dont dix mille deux cent en dix-sept ans, pendant le seul exercice de l'inquisiteur général Torquemada), en a brûlà^en effigie dix-huit mille quarante-neuf, et en a condamné aux galères ou à la prison deux cent quatre-vingt-huit mille deux cent

quatorze (1). —Lors de la réforme religieuse dans les Pays-Bas, plus de cent mille citoyens périrent par la main du bourreau (2). Fra Paolo réduit ce nombre à cinquante mille (3), ce qui est déjà fort raisonnable. — Ainsi, dit Gibbon (cb. xvi), le nombre des protestants exécutés, sous un seul règne et en une seule province, surpasse de beaucoup celui des martyrs qui, pendant une période de trois cents ans et dans la vaste étendue de la monarchie romaine, avalent subi le dernier supplice.

L'argument tiré des martyrs s'affaiblit donc en raison de la réduction du nombre des martyrs, et il s'évanouit même du moment qu'il est prouvé que presque toutes les sectes peuvent l'invoquer. Nous venons de parler de ceux du protestantisme ; nous avons cité ceux du judaïsme ; le maliomélisme a eu les siens, notamment en Espagne, après l'expulsion des Maures. Actuellement encore," tous les ans, des Hindous marchent sur des charbons ardents pour attester la virginité de Draupadi, l'épouse commune des cinq fils de Kourou (4) ; ce sont les martyrs volontaires du brahmanisme. Socrate, Vanini, Jordan Bruno furent martyrs de la philosophie. Parmi les hérésiarques martyrs, il nous suffit de citer Jean Huss, Jérôme de Prague et Michel Servet. L'exaltation religieuse n'est pas le seul sentiment qui ait produit des martyrs ; le patriotisme eut aussi les siens, parmi lesquels brillent avec éclat Léonidas et ses trois cents Spartiates. 11 n'est presque pas une école politique dont beaucoup de membres n'aient versé leur sang pour sa défense.

(1) Hùloirt de F Inquisition d'Espagne^ par Léonard Gallois (abrégé de Llorente), Paris, {824, p. 357, 358. Si l'on ajoute aux condamnations qui ont eu lieu en TEspagne, celles des autres pays soumis à rinquisition espagnole (Sicile, Sardaigne, Belgique, Amérique, Indes, etc.) et celles de Portugal, on arrivera à un total effrayant. Toutes ces victimes ont été condamnées comme hétérodoxes, les unes pour pratique de judaïsme, de mahométisme ou de protestantisme, d^antres pour abstention des cérémonies du catholicisme, d*autres pour le crime imaginaire de magie, qui était regardé comme un culte rendu au rival du dieu des inquisiteurs.

(2) Grotius, Annal, de rébus belgicis^ liv. 1, p. 12.

(3) Histoire du Concile de Trente, liv. IIL

(4) RE!f AIT, Études d'histoire religieuscj p. 389.

La révoloUoD françiise noos offre dans tons les rangs, des prodiges i de déyouemeot porlé jusqu'au sacrifice de la vie. Si le calbolieisme pou* ' Tait se prouver par ses martyrs, les anlres doctrines se prouveraient i donc aussi par le même moyen. Comme les doctrines contradictoires ne peuvent être vraies, l'argument n'a donc aucune valeur probante, i

SI beaucoup de martyrs chrétiens ont montré une fermeté inébran- ' lable au milieu des plus affreux supplices, ce n'est pas davantage un i privilège dont puisse se vanter exclusivement le christianisme. Non ' seulement on trouve chez les autres martyrs le même mépris de la \ souffrance et de la mort, maisméme en dehors des sectes religieuses, l'exaltation de la passion produit les mêmes résultats. Tous les i voyageurs qui ont décrit les mœurs des sauvages américains, racontent avec admiration que les prisonniers de guerre vont au supplice avec un visage riant, chantent au milieu des tortures, insultent leur ennemi vainqueur et se font un point d'honneur de lui prouver que la douleur physique est Incapable de faire fléchir leur courage. Les sorciers, martyrs d'une cause détestable, rivalisaient de constance avec les héros du martyrologe chrétien : « Telle était la force de leur hallucination, qu'au milieu de la torture ils croyaient entendre Béelzébub leur crier de tenir bon et leur assurer que bientôt II viendrait lui-même brûler les suppôts de la justice. Sur le chevalet de torture, la douleur les jetait dans l'extase, et quand on les en relirait, on les voyait étendre leurs membres à demi brisés, s'écriant qu'ils venaient de goûter des jouissances ineffables par la puissance du prince des démons (1). » Calanus, philosophe indien, se donna la mort par principe religieux, monta sur un bûcher en présence d'Alexandre le Grand et de ses officiers, et, au milieu des flammes, il ne cessa, jusqu'à son dernier soupir, de parler avec enthousiasme du bonheur qui attendait son âme quand elle serait délivrée des liens corporels.

On a prétendu établir entre les martyrs du christianisme et ceux des autres sectes une différence toute à l'avantage des premiers (2):

(1) Louis Figuier» Histoire du merveillniXy 1. 1, p. 63 ; il cite le démo- DOgraphe Dclancre.

(2) L'abbé Houteville, la Vérité de la religion chrétienne prouvée par les faits, t. Il ; Philosophia lugdunetisis, I. III.

irodigâi on a allégué qae ceux qui meurent pour la défense des divers loepot dogmes religieux ou autres^ allestenl ainsi la vérité de ces dogmes emu que parfois ils ne comprennent même pas, ou au moins dont ils ne possèdent pas une intelligence supérieure à celle que peuvent se procurer les autres hommes ; d'où il suit qu'ils n'ont aucune compétence pour prononcer sur ces dogmes, et que leur dévouement ne donne aucun poids à leurs affirmations que le raisonnement peut seul sanctionner; les cbrétiens, au contraire, attestaient la vérité des faits dont ils avaient été témoins, et leur courage à affronter la mort était une preuve irrécusable de leur sincérité et, par suite, de la crédibilité des faits qu'ils affirmaient. — Cet argument ne pourrait s'appliquer qu'aux disciples Imnàédials de Jésus, et nous avons prouvé (ch. tiii) qu'on ne connaissait rien de bien établi sur leur vie et leur genre de mort, et que, d'après les auteurs ecclésiastiques, les évangélistes n'avaient point souffert le martyre; les légendes qui font des martyrs de tous les apôtres, leur sont postérieures de plusieurs siècles et prennent pour théâtre de leurs actions des contrées fort éloignées, afin de pouvoir plus facilement y bâtir leurs fictions. Les seuls apôtres qui, d'après les hagiograpbes,aient été atteints par la persécution de Néron, sont saint Pierre et saint Paul. Ce dernier n'ayant pas été disciple immédiat de Jésus ni témoin de sa vie, nous n'avons pas à nous en occuper. Quant à saint Pierre, sans vouloir discuter les récits évidemment légendaires sur son séjour à Rome, et en supposant même prouvé qu'il ait été martyrisé sous Néron, on ne peut encore dire de lui ni des autres chrétiens qui ont partagé son sort, qu'ils soient morts pour soutenir la vérité des faits qu'ils annonçaient; car, d'après les récits des historiens, cette persécution ne ressembla en rien à celles qui eurent lieu depuis ; on ne se donna pas la peine d'interroger les individus, ni de leur demander ce qu'ils croyaient. Ils étaient chrétiens, c'en était assez pour les faire périr. Ils n'avaient pas la faculté de sauver leur vie en se rétractant; tout ce qu'ils pouvaient dire pour ou contre les miracles de Jésus, était incapable de changer leur sort. Ainsi, qu'ils aient jusque-là dit la vérité, ou qu'ils aient prêché le mensonge, leur condition était toujours la même. Leur genre de mort ne donne aucun poids nouveau à leur témoignage. On en peut dire autant II. «1.

d'an aatre apôtre martyr, de saiol Jacques qu'Uérode fit mourir par l'épée (Act. ap., xii, 1-3) : PbislorieD sacré ne donne aucun détail et dit seulement que ce prince agit ainsi pour plaire aux Juifs qui détestaient les chrétiens ; rien ne nous autorise à croire que saint Jacques ait été à même de se sauver par une rétractation.

Quant à la multitude de martyrs qui n'avalent jamais connu Jésus, il est évident que leur position était exactement la même que celle de tous les martyrs des diverses doctrines, qui meurent pour en soutenir la vérité. Ils certifiaient les miracles de Jésus, qu'ils n'avaient pas vus, comme les martyrs mahométans certifiaient la réalité de la révélation faite par l'ange Gabriel à Mahomet. Les uns et les autres croient sur parole ceux qui ont formé leur éducation religieuse, proclament vrais les dogmes qui leur ont été enseignés ; mais ni les uns ni les autres n'avancent la question par leur mort; ni en s'immolant soi-même , ni en immolant son adversaire , comme on l'a fait trop souvent, on ne fait jaillir la lumière des controverses historiques, philosophiques ou religieuses, dont les nuages ne peuvent être dissipés que par le flambeau de l'étude.

L'argument tiré des martyrs étant une arme dont chaque secte peut également se prévaloir , les catholiques^ pour se la réserver exclusivement; ont Imaginé cet adage, que c'est la cause et non le supplice qui fait le martyr, causa non pœna facit martyrem; ceux qui meurent pour la cause du catholicisme sont vraiment des martyrs, et ceux qui meurent pour les autres religions ne sont que des fanatiques (i). Ainsi, il en est de cet argument comme de celui des miracles : les martyrs servent à prouver la doctrine, et la doctrine sert à distinguer les vrais martyrs. Mais malheureusement, chaque secte se disant la seule vraie, déclare également que ses martyrs sont les seuls qui méritent vraiment ce tlire. On est donc encore ramené par là à Texamen de la doctrine, tout comme s'il n'y avait pas de martyrs.

(1) Bergier, Certitude des preuves du christianisme , ch. viii, § 5.

§ 9. — Les progrès du cbrisïianisme oiit-ils élé dus en partie à la protection des princes?

A partir de la conversion de Constantin, une nouvelle ère commence pour le cbrjstianisme. Non seulement, Il jouit dès lors d'une pleine sécurité, mais 11 acquiert, avec la faveur impériale, les privilèges immenses attachés à la religion de l'État; ies rôles sont immédiatement intervertis; les suppliants de la veille deviennent dominateurs et méconnaissent cbez autrui la liberté que naguère Ils réclamaient pour eux-mêmes ; tandis que les païens, après avoir abusé de leur pouvoir, s'estiment trop heureux d'être désormais tolérés et voient de jour en jour fondre sur eux des persécutions semblables à celles qu'ils avalent jadis infligées. Un tel changement dut attirer en foule des sectateurs à TËglise. Pour apprécier exactement l'étendue de ce nouvel accroissement de forces, il faudrait savoir dans quelle proportion les populations païenne et chrétienne se trouvaient alors réparties dans l'empire romain. Malheureusement, on manque de statistiques à cet égard. A défaut de documents officiels, on a eu recours aux diverses données qu'on trouve chez les auteurs de cette époque, et l'on a pu en conclure que les chrétiens ne formaient, même après Constantin, qu'une faible minorité de la population de Templre. Ainsi, sous le règne de Théodose, et après que le christianisme eut profité pendant soixante ans de la protection impériale, l'ËglIse d'Antioche comprenait cent mille habitants (1) ; or, bien qu'aucun registre public ne nous donne la population totale de celte opulente cité, la population connue de Césarée, de Séleucle et d'Alexandrie auxquelles Antioche n'était certainement pas inférieure, et la perte de deux cent cinquante mille personnes, qui périrent dans le tremblement de terre dont Antioche fut frappée sous Justin, sont autant de preuves que cette dernière ville renfermait au moins cinq cent mille habitants, et que les chrétiens, bien que multipliés par la faveur de Tautorité, n'en formaient que le cinquième. < Combien, dit Gibbon, qui fait ce calcul, la proportion sera-t-elle différente si l'on compare l'ËglIse persécutée avec

(1) 5. Chryioitomi opera^ t. VII, p. 658 et 810, édition Sevil.

l'Église triomphanle, TOccident avec TOrieul, des villages obscurs avec des villes populeuses, et des conlrées nouvellement converties avec le lieu où les Ûdèies ont reçu pour la première fois le nom de chrétiens (1)! » Voici ce que dit, à ce sujet, sur la province d'Espagne en particulier, un historien recommandable : « Il ne Tant pas croire qu'après i'abjuration de Constantin, le christianisme fût la religion dominante. La société, nous ne saurions trop le répéter, était constituée sur un pied païen ; le nombre, comme le pouvoir, était pour elle ; et sans croire, avec quelques auteurs, que les païens fussent aux chrétiens dans la proportion de trente à un, nous reconnaîtrons volontiers avec Labastie {Mémoires de VAcadémie des Inscriptions^ que, lorsque Constantin se déclara en faveur des chrétiens, presque tout le Sénat professait encore le paganisme, que toutes les charges civiles et militaires étaient entre les mains des païens; qu'ils peuplaient la cour, les villes etiesarmées; qu'en unmot, le paganisme était la religion dominante, et qu'à peine les chrétiens, la plupart inconnus ou cachés, faisaient-ils la douzième ou peutêtre la vingtième partie de rempire(2). »-~Tertullien (irtklié Ad Scapulam) évaluait les chrétiens au dixième de la population pour la ville de Carthage. — Longtemps après Constantin, on voit combien le paganisme devait avoir encore de sectateurs, par la requête que présenta Symmaque, au nom du Sénat, à l'empereur Théodose (3), pour obtenir le rétablissement de l'autel de la Victoire; le Sénat fit aussi, en 39'2, une démarche auprès de Valentinien II, pour demander le rétablissement des privilèges que Gratien avait enlevés aux temples des idoles (4). Le premier corps de l'empire était donc resté fidèle à Tanclen culte.

Ainsi, nous pouvons regarder comme un fait acquis à l'histoire, que, lors de la conversion de Constantin, la victoire du christianisme était bien loin d'être complète. Il avait fait beaucoup de con-

(i) Ch. XV.

(2) RosSBEuw Saint-Hilaire, Histoire d^Espagncj introduction, ch. vi. Il cite M. Beognot, D9 V extinction du paganisme en Occident.

(3) Prddentios, tn Symmaç., i, 639; Gibbon, ch. xxviii; OEovres de Syromaqae.

(i) Tillemont, Vie de Théodose ^ n''67.

quêtes, mais H lui en restait encore bien plus à faire pour régner sur les peuples del'emplre.Gomment acheva-t-il son triomphe?... Quand même l'histoire ne nous apprendrait rien à ce sujet, nous pourrions affirmer hardiment que l'exemple du prince dut entraîner immédiatement un grand nombre de prosélytes. L'ambition ou la crainte ne manquent jamais de porter les hommes à modeler leurs opinions et leur genre de vie sur ceux du monarque qui exerce un ascendant inévitable sur la majorité de ses sujets. Quand une suite de princes persévèrent fermement dans la volonté de faire adopter une religion, il est rare qu'ils n'y réussissent pas.

Régis ad exemptât totus componilur orbis.

C'est ainsi qu'on a vu l'Angleterre changer trois ou quatre fois de religion sous les Tudor. A partir de Constantin, ce n'étaient plus le martyre, l'exil, les privations ou les souffrances qui attendaient les chrétiens, mais bien les richesses et la faveur des grands. Des libéralités prises sur le trésor public servirent à multiplier les conversions; les auteurs ecclésiastiques rapportent que dans une seule année, douze mille hommes et un nombre proportionné de femmes et d'enfants reçurent le baptême, et il en coûta une pièce d'or et une robe blanche pour chaque converti (1); à de telles conditions, il devait y avoir aflluence de néophytes. La mode s'en mêla aussi : il fut de mauvais ton de suivre l'ancienne religion, dont les sectateurs furent désignés dédaigneusement par le nom de villageois (pagani).

Mais les empereurs ne se bornèrent pas à attendre de leur influence morale les conversions de leurs sujets. Impatients de hâter le but, ils ne lardèrent pas à employer des moyens plus énergiques. Constantin commença par entraver le culte païen et par en restreindre l'exercice; il laissa impuni le zèle des chrétiens qui renversaient les idoles et s'emparaient de leurs temples, ce qui était encourager le renouvellement de semblables violences. II publia un édit par lequel, prenant le rôle de missionnaire, il cherchait à démontrer à ses sujets

(i) Gibbon, cb. xx : il cite Acta saneti Sylvettrij Nigéphore Galliste, liv. YIII, ch. XXXIV ; Baroniiis, Annal, ecclesiast. A. D. 324, n*» 67, 74.

la fausseté de Tidolâlrie et les engageait vivement à suivre son exemple en se Taisant chrétiens (i); c'était prendre la nouvelle religion sons sa protection officielle et frapper Tancicune de réprobation. Devenant de jour en jour plus hostile à l'égard des païens, il confisqua les biens de leurs temples pour les attribuer aux églises ; il interdit ensuite les fêtes et les solennités païennes (%, Ses successeurs allèrent encore plus loin. Constant et Constance, ses fils, promulguèrent en 341 une loi pour défendre absolument la superstition et la folie des sacrifices sous des peines sévères (3); quelques années après, une autre loi défendit les sacrifices sous peine de mort et fit fermer les temples. Voici le texte de cet édil : « Nous ordonnons qu'au reçu de la présente, tous les temples soient immédiatement fermés et gardés avec soin, afin qu'aucun de nos sujets n'ait l'occasion de se rendre coupable en y allant. Nous leur ordonnons à tous de s'abstenir de sacrifices; et si quelqu'un d'eux continuait à en offrir malgré notre défense, nous voulons quHl paye son crime de sa vie et que ses biens soient confisqués' au profit du Trésor public. Nous condamnons aux mêmes peines les gouverneurs de province qui négligeraient de punir les criminels (4). » Il est vrai que cet édit ne fut pas partout exécuté dans toute sa rigueur, puisque

Symmaque parie de cérémonies païennes accomplies jusqu'à la fin

(1) TiLLEMORT, Vie de Constantin^ n* 45.

(2) W., no» 54, 55, 56.

(5) Gode Théodosien,liv. XVI.

(i) TiLLEKOifT, Vie de Constanlinj n» 7 ; Libarius, Oratio de templis ; Albert de Broglie, VÉgliseet ^Empire romain, t. I, p. 133.

« Ce langage, dit M. Alfred Maury, est précis et répond sufUsaminent aux doutes qu'on a élevés sur Texistence de ces lois prohibitives rendues contre le paganisme. On voit quUl n'est pas seulement question d'opérations magiques et divinatoires employées dans des vues criminelles ; les sacrifices même sont frappés d'interdiction. » La magie et Vastrologie dans Panliquité et au moyen dpe, p. 118.

Bergier, en relatant ces édits {Certitude des preuves du christianisme ^ ch. vil, § 2), s'écrie : « Voilà donc à quoi se réduisent ces grandes violences que Constantin employa contre les païens!... « Ce n'est rien, en eflet, que d'interdire un culte sous peine de mort?

(le ce règne, surtout à Rome qui était la forteresse du paganisme (i). Mais il suffit que l'édit ait été publié et inséré dans les codes, pourqu'on soit en droit d'affirmer qu'il a été exécuté au moins dans certaines provinces et pendant un certain temps; et en tout cas, c'était une menace terrible, suspendue sans cesse sur la tête des païens et qui devait les détourner de leur religion.

Après la tentative éphémère de Julien pour restaurer le paganisme, Valentinien reprit l'œuvre de démolition un instant suspendue, et défendit, sous peine de mort, les cérémonies païennes, les superstitions magiques et les sacrifices (2). Depuis, cet empereur se relâcha un peu de cette sévérité, et pressé par les remontrances des païens encore nombreux, il consentit à les laisser exercer une parlie de leurs anciennes cérémonies sous certaines conditions. Baronius, l'historien panégyriste de la papauté, voit dans cette condescendance un crime qui, selon lui, fut la cause des malheurs qu'éprouva la famille de Valentinien. Théodose, le prince chéri du clergé, gagna ses bonnes grâces en imitant et en surpassant même le zèle de Constantin et de ses (Ils. En 391, 11 décréta l'Interdiction générale et absolue de tout exercice du culte hellénique (3); une loi datée du 27 février de cette année, interdit de sacrifier aux idoles ou d'entrer dans les temples : « Que personne, y est-il dit, ne se souille par des sacrifices, n'immole d'innocentes victimes, ne pénètre dans

(i) Epi8tol,,x,U.

(!2) TiLLEMoifT, Histoire des Empereurs, t. V, p. 6.

« Sous Valentinien on persécuta, non sealement les magieiens, mais ceux qui pratiquaient Tanclenne divination légale. Plusieurs personnages éminents, et notamment Marinus, avocat célèbre, furent impliqués dans la poursuite et mis à mort. Partout, dit Zozyme (iv, ii), on voyait couler des larmes, partout on entendait pousser des gémissements : les prisons étaient remplies de personnes que leur mérite n'avait pu sauver de la captivité. Ainsi les empereurs chrétiens étaient devenus aussi persécuteurs que les empereurs païens ; et le paganisme expirant avait ses martyrs, comme le christianisme naissant avait eu les siens. » A. Maort, op, cit.y p. 119.

(3) Gode Théodo.sien, liv. XV, t. X, lois 7 à 11. ~ A. Mioar, op. cit., p. 13i.

les temples, n'honore ces simulacres faits de la main des hommes, de pear de devenir coupable aux yeux de la loi divine et humaine. » Théodose fit détruire une foule de temples ; il flt notamment abattre ia fameuse statue de Sérapis, à Alexandrie, qui était l'objet d'une grande vénération pour toute l'Egypte, et il en résulta une sédition sanglante : ce qui prouve que cette mesure, bien loin d'être d'accord avec les sentiments de la majorité des habitants, les froissait au contraire de la manière la plus tyrannique. Les habitants des campagnes purent encore se soustraire pendant quelque temps aux édits qui leur interdisaient les cérémonies que leur avaient transmises leurs pères; un nouvel édit ordonna de poursuivre partout les derniers vestiges de l'idolâtrie : t C'est notre plaisir et notre volonté, dit l'empereur, de défendre à tous nos sujets, magistrats et citoyens, depuis ia première classe jusqu'à la dernière, d'immoler désormais, soit dans une ville, soit dans tout autre endroit, aucune victime innocente en l'honneur d'une Idole inanimée (d). » Cet édit ne se borna pas à prohiber les sacriflces ; il entra dans le détail des divers rites païens, tels que les offrandes de guirlandes, les libations et jusqu'au cuite des pénates domestiques, et il enveloppa tout dans la même proscription. Les évêques applaudirent à cet acte d'intolérance, et ils ne cessaient de réclamer un redoublement de rigueurs. « Qui de nous, dit saint Augustin, ne loue les lois rendues par les empereurs contre les sacriflces païens? De telles impiétés ne méritent-elles pas le sacriflce capital (â)? » Arcadius renouvela les édits de proscription ; Théodose le jeune condamna à l'exil et à la confiscation ceux qui s'obstinaient encore à conserver quelques restes de paganisme, et même en 4% il prononça contre eux là peine de mort (3). L'empereur Marcien confirma cet édit en 451 ; et Léon, en 458, ordonna que ceux qui, après avoir été baptisés, retourneraient à leurs anciennes superstitions, seraient punis de mort, et enjoignit à ceux qui n'avaient pas encore reçu le baptême, de s'y soumettre aussitôt. L'histoire a conservé les noms de piu-

(1) Code Théodosien, liv. XVI, tit. X, lois 7 à 12 rt. XI, liv. XII.

(2) Ep. 93, n» 10.

(3) Code Théodosien, t. VI, p. 280.

siears philosophes qui, sans autre motif que leurs opioious, ont été immolés par l'intolérance du parti vainqueur. Nous citerons Sopatre mis à mort par la volonté de Constantin, Maxime d'Éphèse condamné juridiquement sous Valentinien, et la célèbre Hypatie (1).

On voit donc que la force brutale entra pour beaucoup dans les progrès du christianisme et que les moyens les plus naturels servirent à son édification. Il suffit de rapporter les faits historiques pour faire évanouir le merveilleux si vanté de cet événement, dans lequel tout se passa de la manière la plus ordinaire et conformément aux lois morales aussi bien qu'aux lois physiques.

Nous n'avons parlé que de la propagation dans l'empire romain ; comme c'était le seul peuple civilisé de l'époque, cette victoire une fois obtenue, la cause était gagnée. Dès avant Constantin, il est vrai, plusieurs autres contrées avaient été visitées par des missionnaires qui y avalent jeté les semences du christianisme; mais ce fut surtout quand la foi nouvelle se fut assise sur le trône impérial, que l'ascendant du peuple-roi agit sur les nations voisines et détermina de nombreuses conversions. Les barbares du Nord étaient fort peu attachés à leurs religions, et de ce côté le zèle apostolique put récolter sans fatigue une ample moisson. Cependant, chez plusieurs peuples, le christianisme ne parvint à s'introduire que fort tard et à l'aide de violences atroces, et c'est sur des monceaux de cadavres qu'on planta la croix du Dieu de miséricorde. Les Saxons résistèrent trente ans aux efforts de Charlemagne qui fut obligé d'égorger ou de transplanter les trois quarts de la nation pour pouvoir baptiser le dernier quart (2). C'est à des moyens tout aussi odieux que les infortunés Américains furent redevables du bienfait de la fol. Depuis les Romains, il n'y a pas d'exemple d'une seule nation un peu policée qui ait embrassé librement le christianisme. De brillants

(1) Voir Diderot, Encyclopédie^ v« Éclectiques.

(2) Charlemagne punit de mort les Saxons dans les cas saivanls : !• Ceux qui refusent le baptême ; 2« ceux qui, pour éviter le baptême, se disent faussement baptisés ; 3» ceux qui retournent à TidoIAtrie ; i» ceux qui mangent de la viande pendant le carême (Gibbon, ch. xlix ; Strdvius, Corpus hist. germ.).

n. SI

258 EXAMBN DU CHRISTIANISME

SQccès oDt été obleous par les missioonaires jésoiles à la Cbiue et ao Japon, mais lis n'oot eo qo^ooecoarte dorée; il suffit d'un ebaogement de dJsposiUoDs des princes poor anéantir ces églises nais* santés (1).

Le christianisme a été également fmpoissant i conquérir de noaveaox peuples (saof quelques hordes sauvages), et à se défendre contre les causes de destruction, dès qu'elles ont agi avec une certaine persévérance; la Palestine, théâtre de la vie de son fondateur, est foulée par les mécréants, ainsi que tout l'ancien empire d'Orient; l'Afrique septentrionale, cette belle province du monde chrétien, si féconde jadis en évéques, en docteurs et en martyrs, a oublié Jusqu'au nom du Christ. Ces faits prouvent que la doctrine chrétienne n'a eo, ni pour s'établir, ni pour se maintenir, plus de force que les doctrines humaines, et qu'elle est, comme celles-ci, soumise à toutes les vicissitudes que comportent les lois qui régissent les choses humaines; le prétendu miracle de son établissement est donc chimérique.

g 10. — Rapprochement.

Si un événement étonnant devait être pris peur un signe de la protection divine, il nous semble que l'établissement du mabométisme mériterait bien plus le titre de divin que celui du christianisme. En effet, rien de plus disproportionné que les moyens employés et les résultats obtenus. Un seul homme, sans instruction, appartenant à un peuple grossier, idolâtre, et presque inconnu du monde civilisé, entreprend de fonder tout à la fols on empire et une religion; il est d'abord bonni et persécuté; il ne se décourage pas, il s'annonce comme l'envoyé de Dieu, il attire à lui quelques fidèles dont le nombre va toujours croissant; c'est le grain de sénevé de l'Ëvangile, qui en peu de temps devient un arbre gigantesque dont

(i) Réeemment le gouveroemeut français a fail la gaerre à la Chine, dans le but de seconder raction des missionnaires qui, ne pouvant réussir avec le seul concours de la grâce céleste, recoururent à rartillerie, comme moyen plus énergique de persuasion.

le feuillage couvre le inonde. Mahomet parvient à réunir sous son sceptre les tribus éparses et indisciplinées des Arabes, et 11 se dispose à porter les premiers coups à l'empire romain, dont la destruction sera plus tard Tœuvre de ses successeurs. Le prophète en mourant remet sa tâche entre les mains de ses coopérateurs, et ceuxci promènent son étendard victorieux avec la rapidité de la foudre. Moles de cent ans après la mort de Mahomet, sa doctrine règne en Arabie, en Syrie, en Perse, dans l'Inde, en Egypte, dans toute TAfrique septentrionale et en Espagne. Il n'y a pas d'exemple d'un succès aussi prompt, obtenu par d'aussi faibles instruments; car les Arabes étaient inférieurs de tout point aux peuples chez lesquels ils allaient porter l'islamisme. Ils n'étaient en état de lutter contre les Romains, ni en science mililaire, ni en science théologique. Et pourtant Ils n'ont qu'à paraître ; tout cède devant eux, la stratégie est brisée par la fougue de l'enthousiasme, la fol fait tomber les murailles des villes, comme la trompette de Jéricho. Et aussitôt les vaincus adoptent la religion des vainqueurs, avec lesquels Ils ne forment plus qu'un seul peuple. Le christianisme enraciné depuis six siècles dans les pays conquis, s'évanouit comme une feuille sèche, balayée par le vent, et ne laisse aucune trace dans les cœurs.

Le mahométisme s'est répandu jusqu'au centre de l'Afrique et dans une foule de contrées où n'avaient jamais pénétré les armées romaines ; 11 a été adopté par des peuples sur lesquels le christianisme n'a jamais pu exercer la moindre action.

Ce n'est point, comme on l'a prétendu, au relâchement de sa morale, que le mahométisme a dû ses progrès rapides ; nous avons fait voir (§ 4), en citant plusieurs de ses prescriptions, qu'il est tout aussi exigeant que le christianisme et que son joug est même beaucoup plus lourd à certains égards. Ce n'est pas non plus à la vio* lence (i) j car il a bien fallu que Mahomet obtînt par la persuasion,

(4) « Si Ton jugeait rexcellence d*one doctrine, Tesprit divin d^un législateur, d*un prophète, d*après l'éclat et la rapidité de ses snecès, évidemment nalle doctrine, nul prophète, nul esprit ne saurait le disputer à Mahomet et à Tislamisme. Jusqu'à la douzième année de sa mission, jusqu'à Pan 622 de Tère vulgaire, qui correspond à son expulsion de la Mecque, et qui ouvre l'ère mahométane, THégire, le prophète arabe

au moins an certain noyau de partisans pour pouvoir commencer ses conquêtes. 11 est reconnu qu'il eut très- peu de combats à livrer en Arabie, et que l'enthousiasme pour sa personne et sa doctrine, gagnant de proche en proche, lui amenait le plus souvent les armées qu'il avait à combattre, ses ennemis devenant ainsi, sans coup férir, ses plus fermes défenseurs. Ces premiers succès obtenus, il est déjà bien extraordinaire, en mettant de côté la question religieuse, qu'une poignée d'Arabes indisciplinés aient, en si peu de temps, assujetti les nations les plus puissantes et Tes plus policées, et conquis un empire plus grand que l'empire romain. La loi de Mahomet ordonnait d'étendre son Ëglise à l'aide de la guerre; mais les vainqueurs ne devaient exercer aucune contrainte sur la conscience des vaincus, ni leur infliger aucuns mauvais traitements. Voici les instructions données par Aboubeker, successeur immédiat de Mahomet, à ses lieutenants : « En entrant sur les terres chrétiennes, ne tuez ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards, ni les moines qui vivent dans la retraite, à moins qu'ils n'aient cherché à vous nuire. N'infligez ni la mort, ni la prison à ceux à qui vous avez garanti leur sûreté, et ne manquez jamais ni aux pactes ni aux promesses (1). » Conformément aux préceptes de Mahomet, les armées, avant de commencer la guerre, offraient à l'ennemi d'embrasser l'Islamisme et de s'unir ensemble ; en cas de refus, la guerre avait lieu. Après la victoire, ceux qui se soumettaient à la foi des conquérants, passaient dans leurs rangs et devenaient immédiatement leurs égaux ; s'ils restaient attachés à leurs croyances, ils n'étaient l'objet d'aucune persécution, mais ils subissaient un impôt particulier appelé djizieh ou capilation, et à cette condition « leur sang devenait le même que le sang musulman, et leur propriété la même que la propriété musulmane (â). » Les musulmans, dans les premiers siècles, se sont rarement départis de ces maximes de douceur et de

n'avait demandé les progrès de sa parole qu'à la persuasion. Pendant son séjour à Médine, les habitants Tavaient accueilli avec faveur, le nombre de ses sectateurs devint considérable. »

Salvador, Paris^ Rome et Jérusalem^ t. II, p. 45.

(1) RossEEuw Sairt-Hilaire, Histoire (VEspagney t. III, p. 153.

(2) /</., t. Ill, p. 154 ; Hedaya, t. IX, p. 2.

EXAMEN DU CHRISTIANISME â6l

modération ; on ne cite, de leur pari, à cette époque, aucune persécution contre ceux qu'ils aippeWeniinfidèles ; ils leur laissent le libre exercice de leur religion, excepté l'usage des cloches et les processions extérieures. Ils les admettent même souvent à des emplois importants^ et les premiers employés des ministères turcs sont presque tous grecs ou arméniens. Une telle tolérance fait honte aux chrétiens qui, pendant si longtemps, ont eu pour principe d'exterminer tous ceux qui ne pensaient pas comme eux. Lors des croisades principalement , la douceur et la générosité des musulmans ont fait un contraste frappant avec la férocité et le zèle sanguinaire des croisés.

Sans doute, les habitants chrétiens des pays où règne le mabomélisme, ont eu à souffrir bien des vexations et des avanies; mais c'était moins en leur qualité de chrétiens qu'à cause de l'absence de garantie pour tous les citoyens dans les États despotiques. En tout cas, cet élat de gêne n'a jamais été porté à un point tel que l'exercice du christianisme y devint difficile et la position des chrétiens intolérable (1). Beaucoup de lâches ont dû passer au parti vainqueur ; mais tous les chrétiens qui étaient le moins du monde attachés à leur religion, ont eu la faculté de la conserver. Ce n'est donc pas la contrainte qui a attiré au mahométisme des populations tout entières; et pourtant, dans certaines provinces, il n'est pas resté un seul chrétien. D'ailleurs, la contrainte ne fait que des esclaves timides qui professent extérieurement le culte qu'on leur impose, et demeurent intérieurement attachés à celui qu'ils ont quitté ; elle ne fait pas des apôtres fervents, comme l'ont été pendant plusieurs siècles, tous les soldats musulmans : c'étaient autant de confesseurs de la foi, qui brûlaient d'aller, sur le champ de bataille, cueillir la palme du martyre, et étaient persuadés qu'en mourant pour la sainte cause de l'Islam, ils allaient immédiatement

(I) Les massacres de chrétiens qui ont eu lieu récemment à Djeddah et dans le Liban, dénotent, chez les populations qui les ont commises, un changement dans les mœurs et le caractère. Ces faits déplorables n'infirment en rien notre appréciation qui ne porte que sur rétablissement des deux religions.

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