‹ Examen du christianismeChapitre 44 sur 49 · II · texte numérisé non relu

II

et des milliards de siècles de tortures atroces dans l'abîme infernal, sa vengeance sera toujours et toujours aussi jeune et aussi avide, c'est insulter Dieu, c'est fouler aux pieds le bon sens et Téquilé.

Les théologiens objectent que Toffense commise par le péché est inflnie par rapport à Toffensé qui est Dieu, que, par conséquent, la satisfaction donnée par l'homme étant toujours bornée dans sa valeur, ne peut devenir inûnie que par sa durée, d'où il suit que cette infinité en durée ne devant jamais être atteinte, l'homme sera toujours débiteur envers Dieu et devra toujours subir son supplice. Nousavons déjà fait voir, à propos de la chute de l'homme par le péché d'Adam (§ 2), l'absurdité de celle prétention. Nous ajouterons que si le mérite ou le démérite d'une action se mesurait sur celui qui en est l'objet, il en résulterait que chaque bonne action de l'homme étant un accomplissement de la volonté divine, aurait une valeur infinie, ce que les théologiens sont bien loin d'admettre. Il s'ensuivrait donc de leur système, que l'homme aurait une capacité finie pour le bien et infinie pour le mal, que le bien qu'il ferait ne mériterait qu'une récompense minime, et que le mal qu'il ferait mériterait une peine infinie. Dieu aurait ainsi deux mesures pour nous juger; et comme chez l'homme le plus vertueux il y a toujours une dose de mal, en laissant le bien à sa vraie valeur et en amplifiant le mal d'après son échelle infinie, Dieu serait toujours sûr de trouver des coupables, et le plateau du mal l'emporterait toujours. Il est impossible de pousser plus loin l'odieux et l'absurde. Si Satan se met jamais juge, il ne pourra faire pis que le Dieu des chrétiens.

Admettons, pour un instant, que toute faute de l'homme soit une offense inûnie pour laquelle l'homme serait débiteur envers Dieu d'une réparation infinie. Nous avons déjà répondu à cet argument en disant que Dieu pourrait, usant de générosité, faire remise de cette detteou,du moins, la réduire à une réparation compatible avec les forces de l'homme, et qu'il ne ferait par là que mettre en pratique les vertus qu'il nous a inspfrées et dont il doit présenter le type le plus élevé. Mais allons encore plus loin, et supposons qu'il ne veuille pas faire celle remise ; il pourrait au moins obtenir cette satisfaction infinie sans recourir au moyen odieux des supplices

éiernels; ce serait par l'anéantissement des coupables. Ceux qui admettent qu'il a pu tirer les âmes du néant, ne peuvent nier qu'il ait le pouvoir de les y faire rentrer. Or, priver un être d'une existence dont la durée devait être inflnie, c'est réellement lui ravir un bien infini et, par conséquent, lui infliger un supplice infini. La satis- Taclion exigée serait donc obtenue; Dieu ne perdrait rien, et les coupables y gagneraient immensément; car 11 vaut beaucoup mieux ne pas être que d'exister pour souffrir, toujours et sans espoir, des tourments affreux.

Mais ce moyen extrême peut encore être évité. Si l'offense faite à Dieu par le pécbé est infinie. Dieu a reçu aussi, par la mort de son fils, une satisfaction infinie, suffisant, d'après le dogme chrétien, pour expier toutes les fautes possibles des hommes, passées, présentes et futures. La dette de l'humanité étant ainsi soldée intégralement, Il n'y a plus à parler des exigences de la justice divine^ puisqu'elle a reçu par le sang du Christ une expiation complète. Rien n'empêche donc qu'il ne soit fait, à tous les criminels, quels qu'ils soient, application des grâces de la rédemption, après qu'ils auront subi une expiation personnelle, plus ou moins longue, et dont l'insuffisance sera compensée par la surabondance des mérites du Rédempteur. Puisque, d'après l'Ëgllse, nous avons tous mérité l'enfer, soit comme héritiers du péché d'Adam, soit comme coupables de nos propres péchés, et que c'est par une extrême bonté de Dieu que nous évitons d'y être tous plongés, cette bonté qui fait remise à quelques uns du supplice par eux mérité, peut également faire remise à tous en proportionnant les difficultés de la réhabilitation aux différents degrés de culpabilité des pécheurs. Tous les hommes étant pécheurs, il ne s'agit entre eux que de la différence du plus au moins, et il est impossible de dire pourquoi un seul homme ne pourrait être atteint par l'inépuisable bonté de Dieu, pourquoi certains péchés ne pourraient être effacés par le sang du Christ mort pour le genre humain, pourquoi certains hommes seraient incapables de recevoir l'application des mérites infinis de la rédemption.

On a allégué, en faveur de l'éternité des peines de l'enfer, que si elles n'étaient pas éternelles, « le coupable pourrait dire à Dieu : Je

3b« EX*1]EN DU CHniSTiAMSME

le (lois unu certaine quaiililé île cUâliiUËiil, je vais te payer el me moquer de toi (1). ° Si cet argmneul était juste, Il prouverait ëga- Irnient que le législateur ni; doU jamais, pour une Tauie quelconque, si minime qu'elle soli, Infliger une peine d'une durée Unie; cir autrement le condamné ne manquerait pas de tenir au juge le langage que nous venons de rapporter; celui qui, par exemple, aurait commis une légère cantravenilon de police, se donnerait le plaisir, après avoir subi ses vingt-quatre heures de prison, de narguer les magistrats qui l'auraient condamné. Pour éviter ce scandale, iJ laudralt de toute nécessité lui infliger un emprisonnement perpétuel. De plus, si on ne lui impose qu'une imeode, même considérable, il pourra encore, en la payant, ajouter avec dérision qu'il a soldé le prit de son infractionj pour lui ôter cette sallstacllon, qu'on le Frappe d'une conOscatMn générale. — Un tel système de pénalité serait en harmonie avec la doctrine de l'enfer, dont les partisans néanmoins ont trop de bon sens et d'bumanilé (nous aimons à le croire) pour vouloir Introduire dans la pratique des choses bumaines les conséquences de leur croeile Ibéorie. Quand il s'agit de iols civiles, ils valent mieux que leur Dieu, et Ils ne Font aucune difficulté de reconnaître que la peine dollêlre proportionnée à la faute. Lorsque le coupable atteint dans sa fortune et dans sa liberté, a subi les douleurs et les bumilialions du séjour dans une maison de correction, lorsqu'il a ainsi éprouvé la rigueur de la vlndlcle publique et la terrible emcacllé des menaces de la loi, il n'est pas è craindre que, par son langage ou par son attitude, Il brave le magistral dont il a appris i connaître le pouvoir et la sévérité. S'il se permettait de l'Insulter, H sali qu'il s'exposerail A un nouveau châtiment et que son obstination dans le mal lui enlèverait tout espoir d'Indulgence.

SI maintenant nous considérons celai que la justice divine panit de ^Incs <^ue nous supposons temporaires, pourquoi ne pas admellrc qu'éclairé par le fait seul de sa punition, Il déplorerai! ses égarements, se repentirait de ses fautes et par là mérlleralt son pardon? Du moment où II connaîtrait avec une clarté parfaile la

(I) Nicous, Ile parité, cb. viii, Enftr.

justice et la puissance de Dieu, il est impossible qu'il puisse entrer dans son âme d'autres sentiments que ceux de la soumission et du regret. Narguer Dieu, comme on le suppose, ce serait aggraver sa faute et appeler une aggravation de châtiment.... Du reste, Tobjection contre Tinelficacité des peines temporaires s'applique de tout point aux peines du purgatoire; puisque les catholiques admettent que ces dernières, loin d'être un sujet de dérision pour ceux qui les subissent, ont une vertu expiatoire, il n'y a pas de raison pour prétendre qu'il n'en serait pas de même des peines temporaires qui seraient infligées pour les péchés plus graves, et qu'elles ne suffiraient pas pour désarmer la sévérité de Dieu. L'auteur de l'objection avait, en la faisant, oublié le purgatoire.

Quand un prince ou on magistrat armé d'un pouvoir sans bornes, inflige à un coupable une peine excessive, hors de proportion avec la faute Commise, il cesse d'être un Juge équitable, il n'est plus qu'on despote barbare ; ce n*est plus la Justice qui le guide, c'est une misérable soif de vengeance, il perd tout droit à l'estime et au respect, et sa victime, bien qu'accablée par one force brutale, a le droit h son tour de juger son bourreau. Jacques de Molay sur son bûcher est plus grand que le roi qui ordonne ses tortures. De même, si le dogme de l'enfer était vrai, le damné, tout en subissant la violence exercée par un tyran cruel , serait plus grand que le Dieu auteor de son sopplice, et aorait droit de loi dire t a Frappe, infâme despote; plus ta colère et ta vengeance se déploient, plus tu te rends méprisable, plus j'ai conscience de valoir mieux que toi. »

Nous n'avons parlé de la damnation que par rapport à Dieu et aux damnés ; il faut aussi la considérer par rapport aux élus. Or, le bonheur de ceux-ci ne peut être parfait tant qu'ils savent qu'il existe des malheureux ; la vue des supplices de l'enfer suffirait pour empoisonner les Joies du paradis. Les élus étant les natures les plus élevées et les plus aimantes, on ne peut admettre que chacun d'eux se renfermant dans son égoîsme, se complaise dans sa propre béalitode et demeure étranger au reste du monde. L'élu ne peut tester indiiTérent au sort de ses frères et même à celui des créatures sooffrantes, à quelque espèce qo'elles appartiennent. Or, de qoelle dooleor ne doit-il pas être navré qoand il songe aox soofifrances

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