CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Après avoir démontré que l’art est religieux et qu il est un des puissants éléments de perfection pour l’humanité , nous voulons combattre rapidement les erreurs répandues sur les causes de 1 infériorité de l’art chez les modernes. Ensuite nous rechercherons la raison réelle de sa supériorité chez les anciens.
Parmi les différents motifs présentés pour expliquer la perfection de l’art grec, trois seulement doivent fixer notre attention. Encore pouvons-nous les réunir en une seule question, puisqu’il s’agit de la religion qui est un principe, des mœurs et des lois qui en sont les conséquences.
Examinons quelle a pu être l’influence de la religion des Grecs sur les beaux-arts.
Les peuples modernes , ne pouvant nier l’excellence des statues, des tableaux et des monuments que nous a légués l’antiquité , ont imaginé d’en attribuer la cause à l’influence du paganisme. C’est, disent-ils, au génie éminemment sensuel de la religion païenne que les artistes grecs ont dû celte exquise délicatesse de
SUR l’aUT.
leur goût. C’est aussi grâce à leurs mœurs faciles qu’ils ont pu s’avancer dans l’étude des formes et devenir supérieurs dans la représentation de la beauté. Et pour achever une démonstration si singulièrement commencée , et qui, fût-elle vraie pour la peinture et la statuaire, ne pourrait l’ètre également pour l’architecture, on ajoute que la religion chrétienne, élevant l’esprit au-dessus du corps, n’a pu exercer qu’une influence funeste sur les beaux-arts. Ensuite, et pour compléter ces bizarres raisonnements, les mœurs et les lois qui découlent du christianisme sont signalées comme autant d’obstacles et déclarées traîtres aux beaux-arts.
Mais quelle triste idée faudrait-il se faire de l’art, si nous admettions qu’il ne peut grandir sans le sensualisme ! Ne serait-ce point déclarer qu’il ne peut s’élever qu’en s’abaissant? Quelle contradiction flagrante ! On présente le sensualisme païen comme l’àme de l’art dans l’antiquité, et cependant la chasteté de l’art antique est évidente.
Un coup d’œil jeté sur ce peuple de statues
10 CONSI DÉRATIONS GENERALES
<[ui décorent le inonde , et que le temps a épargné , suffira pour prouver, sans réplique , la chasteté du véritable génie. Les Niobés, la Vénus de Milo, les admirables frises du Parthénon , ainsi que le Jupiter de l’immortel Phidias, répondront victorieusement que , bien loin de s’appuyer sur le sensualisme, l’art ne peut atteindre toute sa splendeur qu’en s’élevant à la spiritualité la plus parfaite.
Mais, nous dira-t-on, comment alors expliquer cette dégénérescence de l’art moderne? Pourquoi l’art, chaste par essence, n’a-t-il pu prendre son essor lorsque le christianisme est venu régénérer le monde?
En effet , là est le véritable nœud de la question, et c’est en répandant la lumière sur ce point obscur qu’apparaîtra la cause réelle de l’excellence de l’art chez les Grecs.
De toutes les questions que nous venons d’examiner, il ressort : premièrement, que l’art n’a point subi l’influence du sensualisme païen ; secondement, que le spiritualisme chrétien n'a pas eu le pouvoir d’en empêcher la décadence.
SUIS l’a UT. Il
lit ces deux vérités nous amènent à reconnaître que l’art est une puissance libre et indépendante dont l’excellence dépend toujours de la théorie qui lui sert de flambeau.
Cette vérité une fois reconnue expliquera bien des faits qui, jusqu’à présent, semblaient mystérieux. L’esprit ne s’égarera plus à rechercher dans des raisons futiles la cause des différences qui séparent l’art grec de l’art moderne.
C’est donc aux principes seuls qui guidaient les anciens dans la culture des beaux-arts que nous devons attribuer la supériorité qui distingue l’art grec. Et si les temps modernes n’égalent pas l’antiquité par le nombre de chefs-d’œuvre, n’accusons point de stérilité la nature , immuable dans sa fécondité , mais bien la doctrine, qui seule a pu déchoir et s’obscurcir au point de voiler la lumière du génie.
Après avoir recherché la raison de l’excellence de l’art grec, entrons au palais des Tuileries, où, pour la première fois, l’art moderne va régner en souverain. Plus d’une fois , en examinant les œuvres exposées au Salon , nous aurons