M. MAISON
Nous achèverons cet examen de la peinture religieuse en citant les œuvres de M. Maison. D’abord un tryptique en six divisions dont le sujet est l'Histoire de l'Ame. Ce sujet, éminemment mystique, ne nous semble point du ressort de la peinture. Aussi l’importante composition de M. Maison est inintelligible. La peinture, comme tous les arts, a son caractère propre et des limites qu’on ne peut pas dépasser sans se perdre dans le vague.
La représentation de l’âme n’est guère possible, surtout lorsqu’on peint sa lutte avec le corps ; car, évidemment, il faut que l’âme revête un corps pour être visible, et alors elle n’est plus immatérielle; ou, si elle reste immatérielle en n’empruntant point la forme d’un corps, elle est invisible pour le spectateur , et le sujet n’existe plus. C’est donc une impossibilité que M. Maison a tentée. Aussi son embarras est réel lorsqu’il donne un corps à l’âirie. Il est vrai qu’il lui en donne le moins possible, et malgré
ces précautions, notre esprit n’admet point que l’àrne ait une tête et des bras, quelque maigres et chétifs qu’ils soient. Mais, bien que l’ensemble de cette composition nous paraisse sortir du domaine de la peinture, nous rendons justice à quelques parties séparées , notamment à la figure de Dieu le Père, dans le premier compartiment.
Maintenant , disons notre pensée sur la Messe pontificale , qui nous semble l’un des meilleurs tableaux du Salon.
Louons, avant tout, la simple et belle ordonnance de cette vaste composition. Il serait difficile de rendre plus grandement une aussi noble scène. Là, le peintre a pu représenter la nature sans se torturer l’esprit. Ayant été témoin de cette imposante cérémonie, M. Maison l’a retracée avec une vérité qui mérite nos éloges.
La ressemblance des personnages ajoute un vif intérêt à cette peinture, toute palpitante d’actualité, et cette qualité n’est pas le moindre élément du succès de ce tableau.
Nous regrettons seulement qu’une œuvre
aussi importante manque de l’effet qu’aurait produit une plus savante distribution de la lumière. En cela nous nous plaçons au-dessus de la vérité locale, car nous savons que l’effet obtenu par l’artiste est analogue à l’église Saint- Pierre de Rome , mais Part possède-t-il les mêmes moyens d’illusion que la nature? Et par cela même qu’il est un art, ne doit-il point suivre ses propres lois? Nous croyons que la Messe pontificale produirait un plus puissant effet, si la lumière n’y était pas également répandue. Les premiers plans sont faiblement attaqués et ne diffèrent point assez du fond; cette égalité de clairs, d’ombre et de touche produit tout simplement la monotonie. Terminons en déclarant à M. Maison que si nous exigeons tant de lui, c’est parce que nous demandons beaucoup aux riches.