CHAPITRE VI
Peinture de genre : sujets empruntés à la vie privée.
Les sujets empruntés à la vie privée occupent une place importante à l’exposition de cette année; et généralement le public n’est point indifférent à cette peinture intime de nos mœurs, qui, sans passionner vivement le spectateur, lui plaît et l’intéresse, comme un simple récit au coin du foyer domestique. Sans doute, les pages détachées du livre de la vie ordinaire ne peuvent jamais émouvoir aussi fortement que les actions héroïques, mais elles s’emparent doucement de notre âme et touchent profondément notre cœur.
D’ailleurs, cette facilité où nous sommes de nous substituer aux personnages de ces scènes contemporaines ajoute encore un charme puissant et rend notre jugement plus facile et plus sûr.
Pour expliquer la prédilection du public pour ces scènes privées, il faudrait peut-être dire aussi que la peinture des actions sublimes , tout en exaltant notre admiration , renferme toujours de grands exemples et des leçons de vertu dont notre faible et humaine nature aime à se reposer quelquefois.
Parmi les œuvres que nous allons décrire , il en est qui réunissent les qualités essentielles que l’on est en droit d’exiger de toutes les productions artielles, à quelque genre qu’elles appartiennent : nous voulons dire la valeur du sujet unie au mérite de l’exécution. D’autres tableaux nous montrent des idées touchantes, et cependant produisent sur nous peu d’effet, faute d’être représentés selon les règles de l’art. Nous avons vu aussi quelques peintures séduisantes par la forme , mais qui ne parlent pas à l’esprit.