MM. TASSAERT, VANDEN-BERGHE
Il faut maintenant aborder la Tentation de saint Jntoine, que nous avons écartée des sujets religieux et que nous sommes encore plus embarrassé de faire figurer dans les sujets de la vie privée. Mais, sous peine de n’en point parler du tout, il faut en dire un mot tout de suite. MM. Tassaert , Vanden-Berghe , et autres , ont traité ce sujet. M. Tassaert a voulu produire beaucoup d’elfet ; cependant nous pensons que cet artiste est moins fautif qu’on ne pourrait le croire, et qu’il s’est laissé tenter lui-même par l’attrait de vaincre bien des difficultés, ce qui l’a entraîné nécessairement au delà de ce que permettait le sujet. Nous voyons donc dans M. Tassaert une intéressante victime de l’enfer , et , puisque les démons en sont cause, examinonsles sévèrement. D’abord cette composition nous semble établie contrairement aux grands principes de l’art. Saint Antoine, qui est le personnage principal, n’occupe pas assez de place,
relativement à cette légion d’esprits immondes qui apparaissent pour séduire le saint anachorète, et qui devraient n’être qu’indiqués avec modération. Les anciens maîtres étaient toujours sobres de ces fantasmagories ridicules, et Téniers, bien qu’il ne fût pas ordinairement peintre religieux , sut donner à saint Antoine toute la dignité convenable au sujet* Aussi ce tableau a-t-il obtenu l’estime de la postérité.
MM. HAMON, DUVEAU, Eugène DELACROIX , BIARD, BOISSARD, COURBET.
Nous retrouvons M. Hamon à propos d’un petit tableau intitulé : Avant déjeuner . On voit deux jolies filles interrogeant une perruche aux formes sveltes, ce qui produit une composition assez originale. Nous rencontrons également M. Duveau, à propos des scènes de la vie privée. Le peintre de la peste d’Elliant a représenté François Flammant dans son atelier . Le célèbre statuaire est au travail, et imite, avec de la cire, un enfant qui lui sert de modèle. Mais cet enfant, ainsi que d’autres qui se repo-
sent dans l’atelier de l’artiste, semble atteint du fléau que M. Duveau a peint d’une manière si terrible et contrairement à ce sage précepte de Boileau :
.... Il est des objets que l’art judicieux Doit offrir à l’oreille et dérober aux yeux.
M. Eugène Delacroix, après la scène tragique de Desdémone , nous représente une seconde fois des Femmes d’Alger. Ce tableau, d’une couleur harmonieuse , est à peu près conforme à celui qui décore la galerie du Luxembourg et est remarquable aux mêmes titres.
M. Biard s’est distingué par une bonne composition , ayant pour sujet Madame Uubarrj chez Cag/ioslro. M. Boissard nous montre une Scène de misère, déchirante de vérité. M. Courbet a ébauché plusieurs tableaux qui promettent un talent original.
Mme Sophie GRÜN.
Nous sommes heureux de revoir un charmant Intérieurpeinl délicatement par madame Sophie
Grün . Ce tableau , que nous avons distingué déjà entre les meilleurs , dans notre examen général du Salon, représente une personne d’une grande beauté , assise , et feuilletant de ses doigts charmants un précieux missel du moyen âge. Dans cette simple composition, l’art a réuni tout ce qui pouvait prêter au pittoresque , pour amener des accessoires intéressants, et qui ont le rare bonheur d’être motivés par le caractère dominant du tableau. La lumière , savamment distribuée , se joue avec un charme infini dans la chevelure blonde et sur la douce physionomie de celte jeune femme, attentive à considérer les merveilleuses miniatures qui embellissent le livre religieux qu’elle tient en main.
Mlles Henriquetta GIROUARD, Louise de GUIMARD, Amanda FOUGÈRE.
Après le poétique tableau de madame Grün, nous remarquons deux scènes empreintes de naturel, par mademoiselle Henriquetta Girouard. Le Larcin et la Confession nous montrent une
jeune enfant qui a cueilli du fruit sans permission , et qui s’en confesse. Ces compositions obtiendraient du succès si elles étaient reproduites par la gravure.
Mademoiselle Louise de Guimard a peint une toute jeune adolescente sous ce titre : Déjà Rêveuse. C’est une suave pensée, exprimée avec talent et distinction. La couleur de ce petit tableau est aérienne et prête à la rêverie, ce qui est parfaitement conforme au inode mélancolique du sujet. Mademoiselle Amanda Fougère a traité aussi la rêverie , mais sous un autre aspect.
MM. PIGNEROLLES, WERT, JALABERT, RICHARD, Augüste CHARPENTIER, HONEIN.
M. Pignerolles a représenté deux femmes brunes, sous le titre de Brune et Blonde. Ce tableau, qui ne répond pas entièrement au sujet, est néanmoins un des plus complets de l’exposition; le dessin en est ferme, la couleur harmonieuse et d’une richesse surprenante.
Avant de rendre compte des portraits, citons
deux figures de Jenune , par M. Y vert ; un Jeune homme qui dessine , de M. Jalabert, et les Exilés , touchante composition de M. Richard ; ainsi qu’un Pâtre , par M. Auguste Charpentier, et les Loisirs italiens , de M. Honein, jeune peintre distingué.