‹ Examen du Salon de 1849Chapitre 41 sur 61 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Portraits,

Dans le monde on croit généralement qu’un portrait n’est qu’une production très-secondaire de l’art de peindre.

Cette déconsidération où est tombée la peinture de portrait nous semble être la conséquence directe , inévitable de la production de ces milliers de portraits, si mauvais, si ridicules, sortis de la main de tant de peintres ignorants et incapables de comprendre les hautes doctrines de l’art.

Évidemment ces œuvres de la médiocrité ont

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dû exercer une fâcheuse influence sur le degré d’estime accordé par les gens du monde à la peinture de portrait. Cependant ne serait-il pas plus juste et plus logique de penser qu’un genre dans lequel les grands maîtres seuls ont pu s’illustrer est nécessairement noble, élevé et digne de la considération des esprits les plus distingués?

Un simple coup d’œil jeté sur l’histoire de l’art des temps anciens suffira pour montrer l’importance que les peuples de l’antiquité et de la renaissance attachaient à la reproduction des traits des hommes illustres de ces époques glorieuses. Alors les peintres étaient universels; il n’existaitpoint, comme de nos jours, d’étroites spécialités divisant l’art pour le détruire, ou le transformant en opérations mercantiles. L’art conservait son caractère sacré, les artistes accomplissaient religieusement une mission divine, et leur génie entretenait commerce avec les dieux. Les peintres, les statuaires, les poètes , formaient une famille immortelle, dont la gloire devait éclairer tous les siècles.

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Apelles retraçait du même pinceau le portrait d’Alexandre et cette sublime allégorie de la Calomnie traînant U Innocence au tribunal de V Ignorance ; Raphaël peignait les portraits de Jules II, de Léon X, en même temps qu’il accomplissait les rares merveilles du Vatican. Léonard de Vinci , Titien , Tintoret , ont signé de leurs noms célèbres autant d’excellents portraits que d’inimitables compositions. Plus tard, les Van-Dick , les Rubens , ont prouvé leur universalité par les admirables portraits de Charles Ier, Marie de Médicis, aussi bien que par les mille tableaux dont ils ont enrichi le monde.

L’art de peindre les portraits n’est donc point un art séparé et inférieur à la peinture d’histoire. C’est toujours l’application des mêmes principes. Aussi l’artiste qui est grand coloriste ou grand dessinateur dans ses tableaux, montret-il les mêmes qualités dans ses portraits. Toutes les productions des maîtres confirment ce que nous avançons, et nous pourrions au besoin ci ter plus d’un exemple emprunté à notre école contemporaine, car les plus beaux portraits qui

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se soient produits depuis cinquante ans sont sortis des pinceaux des David, des Prud’hon, des Gros, et des autres notabilités de l’art.

De nos jours, les portraits de M. Berlin de Vaux et de M. le comte Mole firent une sensation profonde aussi bien sur le public que sur les artistes. Ignorants et savants admirèrent; ce ne fut alors qu’une seule voix qui s’éleva pour louer M. Ingres et les productions de son génie merveilleux.

Le portrait de madame d’Haussonville eut encore plus de succès. On sait combien les portraits de femme sont difficiles à réussir.

Plus d’une fois des artistes d’un mérite incontestable ont échoué dans celte redoutable tentative. 11 existe dans la physionomie des femmes, surtout lorsque Dieu leur a fait don de la beauté, des mystères dont l’art le plus épuré peut à peine retracer le charme infini. Souvent l’artiste regarde , cherche à deviner ; et , lorsqu’il croit avoir surpris le secret de Dieu, son génie s’obs • curcit, et tous ses rêves de succès s’évanouissent. Peindre une belle femme , c’est représen-

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ter le chef-d’œuvre du Créateur; c’est la plus divine aspiration de l’esprit humain ; mais pour atteindre à cet idéal de l’art , pour cueillir ce rameau d’or, il faut infailliblement être conduit par le destin.

Aussi combien compte-t-on peu d’excellents portraits de femme ! L’antiquité que le temps voile à nos yeux était-elle plus, féconde en chefsd’œuvre de ce genre que ne l’ont été les siècles modernes? La renaissance nous montre à peine trois portraits excellents, et quand on a nommé la Joconde , la Ferronnière de Léonard de Vinci, et la Fornarine de Raphaël, on a , à peu près, tout dit.

MM. Horace VERNET, LASALLE, LÉPAÜLLE.

Cette année, les portraits du général Cavaignac attirent l’attention publique. MM. Horace Vernet, Lasalle et Lépaulle nous montrent combien on peut sentir différemment. M. Lasalle a exagéré la physionomie du général. Dans le but peut-être de donner du caractère à son per-

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sonnage, cet artiste a cru devoir accentuer les moindres parties de son œuvre , aussi ce portrait est-il fatigant à voir. M. Lépaulle ne s’est point préoccupé du caractère ; il a cherché l’effet et il a réussi. Son tableau présente toutes les qualités du clair-obscur que l’œil aime à rencontrer dans un portrait, mais le visage du général Cavaignac est petit et pèche par les défauts opposés à ceux que nous avons signalés dans le portrait peint par M. Lassalle.

M. Horace Yernet a fait tout simplement un bon portrait, une tête seulement, il est vrai, mais une tête qui vit et qui pense. Et c’est aussi cette ressemblance qui plaît le plus à la foule.

M. Henbi scheffer.

M. Henri Scheffer a idéalisé M. Louis Blanc. Ce portrait, qui n’est point fait avec science comme celui que nous venons de décrire, n’est cependant point dépourvu d’un certain charme de pinceau. Cet artiste a exposé d’autres portraits qui présentent les mêmes qualités.

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MM. AngeTISSIER, LANDELLE, MARQUET, Auguste BON- UEUR , Gabriel LEFÉBURE, PÉRIGNON, BAZIN, VIGER- DUVIGNEAU.

Dans l’école nouvelle , nous remarquons de très-beaux portraits peints par MM. Ange Tissier et Landelle. Ces deux artistes ont été heureusement servis par la beauté de leurs modèles. M. Tissier sera certainement admiré par les artistes, et M. Landelle verra le monde l’applaudir. Cependant M. Landelle doit se méfier de sa facilité, et se rappeler que la grâce du pinceau ne peut produire de bons effets que quand elle est guidée par la science du dessin.

M. Marquet s’est distingué dans le portrait de M. Emmanuel Gonzalès. La physionomie expressive du modèle est bien représentée. M. Auguste Bonheur a peint le portrait de son père, enlevé aux arts il y a peu de temps. M. Gabriel Lefébure mérite nos éloges pour une tête bien posée et peinte hardiment. M. Pérignon n’a rien négligé pour plaire, et M. Bazin est en progrès cette année. M. Viger-Duvigneau a modelé avec soin plusieurs têtes très-vraies.

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MM. PICHON, GALIMARD ; Mlle Caroline BERGER; M™ SCHLE- ZEL; Mlle BRÉMOND; MM. JOURDY, BOUTER WECK, ROCHE, MASSON; Mme CABART; M'ie Eugénie HAUTIER; M. EAVAS.

L’école de M. Ingres est représentée dans les portraits par M. Pichon et par nous.

Avant de terminer cette revue rapide , mentionnons encore de bons portraits, par mademoiselle Caroline Berger, madame Schlezel et mademoiselle Brémond. MM. Jourdy, Bouterweck, Roche et Masson se sont distingués aussi dans ce genre de peinture, et madame Cabart, ainsi que mademoiselle Eugénie Haulier et M. Favas, ont prouvé leur habileté chacun par une bonne étude.

M. DRÔLLING.

Maintenant, citons un maître. M. Drolling a exposé, sous le titre à' étude, une tête de jeune tille au teint uni. On retrouve dans cette peinture savante les profondes éludes faites par l’auteur d 'Eurydice aux enfers.

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