CHAPITRE VIII
Peinture de paysage. — Animaux. — Peinture sur porcelaine. - Dessins et pastels. — Gravure. — Lithographie. — Architecture.
A toutes les époques, les artistes les plus illustres n’ont point dédaigné la représentation des paysages, non plus que celle des animaux ; les écrits de Pline et de Vitruve ne permettent aucun doute à cet égard, et l’antiquité nous montre Calamis se distinguant dans l’art de représenter les chevaux, et Nicias dans celui d’imiter les chiens. On citait particulièrement la Vache de Myron et le Chien sculpté par Lysippe. Nous savons aussi que Pasitèle, qui
étudiait les animaux dans les ménageries, faillit en être victime ; et OElien raconte qu’on faisait des figures iconiques d’après les beaux chevaux comme d’après les beaux athlètes.
En cela, les temps modernes ont suivi l’antiquité ; un grand nombre d’artistes, renommés par des productions d’un ordre supérieur, se sont attachés à la représentation des beaux effets qu’offre la nature ; et leurs paysages, aussi bien que les animaux qu’ils ont imités, témoignent de Tunité absolue des principes qui président invariablement à l’accomplissement des chefsd’œuvre des arts libéraux. Nous citerons pour l’école italienne Titien, Giorgion et Corrège ; nous remarquons aussi dans l’école française et dans celle des Pays-Bas des peintres célèbres, tels que Nicolas Poussin et Rubens, qui traitèrent tous les sujets avec une égale supériorité.
Cette universalité, ressortant naturellement de l’unité de l’art, a quelque chose de surprenant et de divin dans son caractère de grandeur, mais malheureusement n’est pas commune aujourd’hui. Chez nous, les beaux-arts tendent à
se spécialiser, et, conséquemment, à s’amoindrir. On divise l’art à l’infini, dans le but, peut-être, de le rendre plus facile, et l’on arrive seulement à le rendre impossible. Cet esprit d’analyse, sans doute excellent pour la science, est mortel pour l’art. De nos jours nous avons des peintres d’histoire, des peintres de genre ; d’autres ne s’occupent que de portraits, ou bien des animaux ; et le paysage est traité par des hommes élevés exprès pour ce travail.
Alors faut-il s’étonner que ces artistes de genres différents se refusent le droit de se juger les uns les autres? Oubliant les principes éternels de l’art, ils en méconnaissent l’universalité, et n’accordent point aux peintres des héros le droit d’apprécier la peinture d’une riante campagne. La folie a été poussée à un tel point que le paysagiste ne cherche souvent à exceller que dans une seule partie de ses tableaux, par exemple les ciels ou les lointains, en oubliant que les paysages, ainsi que toutes les œuvres d’art, ne peuvent atteindre au sublime qu’à la condi-
tion absolue de suivre les principes universels qui constituent les beaux-arts.
Nicolas Poussin, ce génie du grand siècle, donnait de la peinture une définition condamnant sans réplique cette aberration de l’esprit humain qui cherche à spécialiser les variétés infinies que l’art renferme dans son unité.
Le Poussin formulait ainsi la définition de la peinture : « C’est une imitation faite avec lignes et couleurs en quelque superficie de tout ce qui se voit sous le soleil. Sa fin est la délectation. »
Maintenant, s’il fallait apprécier d’après cette règle absolue les œuvres exposées au Salon, nous pourrions ne rencontrer que très-peu de productions dignes d’être signalées comme excellentes. Mais nous voulons seulement comparer les tableaux entre eux, et voir si la nouvelle école de paysage possède les éléments indispensables à la création d’œuvres impérissables.
Cette année, tous les maîtres du paysage romantique sont présents au Salon. La célèbre
phalange est au complet; MM. Corot, Fiers, Théodore Rousseau, Paul Huet et d’autres sont les représentants de l’école nouvelle. La réputation des trois premiers artistes est grande et due non -seulement aux tableaux qu’ils ont exposés, mais surtout aux œuvres qui n’ont pu voir le jour des expositions. Naguère, le jury académique n’épargnait point les novateurs ; les exécutions avaient lieu en masse, et grandissaient la réputation des artistes refusés. Le public voulait bien croire d’abord à la mansuétude du jury académique ; mais quand la foule sut que MM. Ingres, Horace Vernet, Dclaroche, Drolling, David, d’Angers etForster refusaient de prendre part aux opérations de ce jury, alors l’opinion publique commença à écouter les réclamations qu’élevaient les artistes contre des jugements portés à huis-clos et sans admettre de révision. 11 semblait étrange aussi que des artistes dont le talent est consacré par des récompenses eussent à soumettre leurs travaux à l’examen du jury.
Les artistes ne se sont pas plaints de leurs juges cette année autant que précédemment.
Les hommes dont le mérite avait été récompensé ont eu leur libre entrée à l’exposition, ce qui a simplifié les opérations du jury et permis à la nouvelle école de paraître au Salon avec tous ses avantages.