‹ Examen du Salon de 1849Chapitre 47 sur 61 · MM. BUTTURA , BELLEL , DESGOFFE · texte numérisé non relu

MM. BUTTURA , BELLEL , DESGOFFE

Examinons maintenant les paysages sévères où la recherche du style est évidente. Notre lâche sera bientôt remplie , car celte année l’école nouvelle règne à peu près seule au Salon. En l’absence de MM. Watelet, Rémond et Paul Flandrin, nous trouvons MM. Buttura, Bellel et Desgoffe qui, tous les trois, n’abandonnent point au hasard de la brosse l’effet de leurs tableaux. M. Desgoffe cherche le caractère et la simplicité des lignes ; il sacrifie volontiers le charme de la couleur et la perspective aérienne à l’étude sévère de la composition ; aussi ses paysages se reconnaissent-ils entre tous par un air de famille résultant du système suivi par cet artiste. Le tableau représentant les Joueurs de palet est l’œuvre capitale de M. Desgoffe,

et présente des qualités d’un style très-élevé. Cependant la composition manque peut-être d’unité , et les masses d’arbres sont séparées entre elles trop absolument. Le terrain nous semble dépourvu du charme de la végétation, et cette recherche de la simplicité pourrait nuire à la vérité des œuvres de cet artiste distingué.

MM. GUDIN , M0REL-FAT10, Henri PLACE, GARNERAY, ZIEM.

Après le paysage, les marines attirent nos regards ; les œuvres de MM. Gudin , Morel- Fatio, Henri Place et Garneray sont dignes de la grande réputation de leurs auteurs. M. Ziem a peint avec supériorité une vue du Canal (le Venise .

Mlle Rosa BONHEUR; M. COGNIARD.

Cette année les paysages avec animaux ont vivement préoccupé l’attention publique, et, ainsi que cela arrive presque toujours dans les

sentiments extrêmes, l’admiration a été poussée beaucoup trop loin. Le tableau de mademoiselle Rosa Bonheur est le motif de cette admiration. Nous pensons avec le public que cette œuvre est remarquable dans son genre, mais nous espérons amener la foule à reconnaître avec nous la supériorité de la haute peinture relativement à ces scènes ordinaires, dont les héros sont des bœufs ou des moutons. Notre désir n’est certainement point d’abaisser ce genre de peinture, dont les grands artistes ont souvent fait leur élude; d’ailleurs notre estime est acquise à ces scènes animées, peintes admirablement par l’un de nos grands artistes contemporains, M. Brascassat ; mais nous serions fâché de voir l’opinion s’égarer, et confondre l’importance morale de l’art des Madones avec la représentation des êtres dépourvus de l’âme réservée par Dieu à l’homme seulement.

Dans ce genre de peinture, M. Cogniard mérite nos éloges; son tableau principal, représentant un Abreuvoir , est une bonne composition ; ses vaches sont d’une excellente cou-

leur. Cependant cette peinture ne donne pas une idée aussi vraie du soleil que celle de mademoiselle Rosa Bonheur, mais elle est d’une douce harmonie qui charme infiniment.

Page 1