M. CHAMBARD
Non loin de la statue de M. Cavelier, nous retrouvons O reste , par M. Chambard. Cette sculpture , que nous avons déjà vue aux envois de Home , en même temps que la Pénélope 5 est une œuvre qui témoigne en faveur des études laborieuses de son auteur. Nous ne dirons rien du geste du fils d’Agamemnon. On connaît cette pose, si l’on a vu l 'Alexandre du jardin des Tuileries, et tant d’autres statues dont M. Chambard a rappelé la disposition.
Reste donc l’exécution, qui nous semble apprise par cœur, et qui est trop académique. M. Chambard ne se préoccupe point assez du modèle vivant, qui présente toujours un côté
SCULPTURE
nouveau à l’artiste instruit à l'école des véritables statuaires grecs. Cet aspect original manque absolument à l’œuvre de M. Chambard. La tête n’a pas assez de crâne ; l’expression en est conventionnelle. Néanmoins, cette statue possède des qualités d’ensemble, dont beaucoup d’œuvres sont dépourvues.
MW. DAUM4S, FEUCHÈRE.
Nous recommandons plusieurs groupes équestres , commandés par le ministère de l’intérieur pour la décoration du pont d’Iéna.
Nous blâmons hautement le choix malheureux des sujets, et, bien que nous ne devions point en accuser les artistes, mais seulement l’administration, il est difficile de nous intéresser à des œuvres qui devraient avant tout avoir un caractère national, étant destinées à l’embellissement de la capitale de la France.
Quant au mérite de l’exécution, il n’est pas possible de nous en rendre un compte exact , puisque ces modèles ne sont qu’au tiers de l’exé-
SCULPTURE
eu don , et qu’il faut s’attendre à voir les défauts seuls grandir dans les œuvres définitives. D’ailleurs, on a négligé d’exposer ces modèles de manière à ce qu’ils fussent appréciés dans des conditions proportionnelles et analogues à l’effet décoratif du pont d’Iéna.
Notre respect pour l’antiquité n’est point douteux; mais, à cause même de cette admiration pour les anciens, il nous est impossible de ne point blâmer encore une fois ces cavaliers grecs ou romains dont on va décorer l’un des plus beaux ponts jetés sur la Seine. Quel enseignement historique et moral la foule trouvera-t-elle dans cet anachronisme? Pourquoi ne pas représenter quatre de nos cavaliers? Il fallait mettre sur le pont d’Iéna un hussard , un cuirassier , un dragon et un chasseur , et ces soldats français, bien groupés avec leurs chevaux, et d’après les principes de l’art grec, auraient eu plus de preslige que ces cavaliers étrangers sculptés à la mode française.
Nous soumettons notre pensée à M. Charles Blanc, directeur des beaux-arts.
SCULPTIJ KE.
Néanmoins, nous devons dire que les groupes équestres exposés au Salon 11e sont point dépourvus de mérite. Le Cavalier grec , par M. Devaulx, est vraiment sculptural. Le Cavalier romain , par M. Daumas, a beaucoup d’énergie, malgré son caractère exagéré, et le Cavalier arabe , de M. Feuchère, est une œuvre qui peut satisfaire dans ses proportions actuelles. Mais il est à craindre que ces groupes s’harmonisent mal ensemble ; car il est évident que les artistes chargés de ce travail ont négligé le point principal de toute décoration générale , en ne se mettant pas d’accord entre eux pour établir la symétrie respective de leur composition.
M. Victor HUGUENIN.
Hébé , déesse de la jeunesse, a inspiré gracieusement l’un de nos statuaires les plus distingues, M. Victor Huguenin.
L’auteur de Valentine de Milan , de Charles VI et de tant d’autres statues remarquables , a montré combien son talent peut se plier mer-
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veilleusement au caractère propre de chaque sujet. L 'fiché exposée au Salon est une nouvelle preuve de la variété du talent de ce statuaire.
Cette statue est bien dans le caractère mythologique ; son geste est simple et indique parfaitement l’emploi que la charmante déesse exerçait au banquet des dieux. Debout , cette fille de Junon tient en main la coupe dans laquelle elle offre le nectar, ce breuvage divin , aux immortels habitants de l’Olympe; son attitude est un mélange de dignité et d’abandon, caractérisant une fille de la fière reine du ciel païen , et en même temps la déesse de l’éternelle jeunesse.
L’exécution de cette statue répond à l’inspiration qui l’a fait naître ; c’est une œuvre achevée , dont beaucoup d’aspects sont séduisants; la draperie est traitée avec une délicatesse infinie. Et, en contemplant cette charmante Hébé, on est surpris que Jupiter ait mis Ganymède à la place d’une si délicieuse divinité.
SCULPTURE
JV1. LE COMTE DE NIEWKERKE.
Parmi ce peuple de statues qui se disputent nos regards, nous distinguons une figure colossale due au (aient de M. le comte de Niewkerke , et représentant René Descentes . Cette œuvre sculpturale, sérieusement conçue et sérieusement exécutée, possède un grand caractère et beaucoup de gravité. Cette production mérite d’être considérée avec attention, et, comme toutes les bonnes choses, elle gagne à être approfondie ; d’autant plus que le marbre mis en œuvre par l’artiste est d’un aspect peu séduisant, et nuit à la première impression.
Il n’en est pas de même d’une suave personnification de la Rosée ; cette gracieuse création nous plaît tout d’abord. Elle séduit nos yeux, charme notre esprit et touche aussi notre cœur ; car la rosée , cette pluie matinale de perles fines et brillantes , est l’œuvre de Dieu. En personnifiant la rosée, M. de Niewkerke a fait voir la poésie de son intelligence; bien loin
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de chercher à représenter l’effet matériel de la rosée, l’artiste-poëte a montré la cause pour l’effet, et il ressort de cette métonymie artielle une personnification qui ne s’écarte pas des exigences de l’art statuaire, et permet cependant l’expression des idées les plus neuves.
La charmante ligure dont nous parlons est de toute petile dimension, mais elle est grande par la simplicité des lignes ; et cette délicate statue, tenant entre ses mains une conque élégante remplie de rosée, est bien digne de l’immense renommée de M. de Niewkerke, dont naguère nous admirions la majestueuse statue de Guillaume le Taciturne .