M. CAVELIER
La foule contemple au palais des Tuileries une statue représentant une royale beauté, dont le sommeil paisible est empreint d’un caractère de grandeur et de majesté qui produit en nous une émotion profonde.
Cette reine, illustre dans la Grèce par sa constance conjugale, dut le jour au puissant lcarius, et l’immortalité aux chants du divin Homère. De nos jours, le génie du statuaire Jules Cavelier a ranimé cetle grande figure de l’antiquité.
SCULPTURE
Le disciple de Phidias montre à la foule une belle femme endormie ; aux artistes, une Grecque délicieuse ; et à la postérité l image de la chaste Pénélope .
Cette noble femme d’Ulysse est représentée subjuguée par Minerve : « Un doux sommeil coule sur les yeux de la fille d’Icare; inclinée sur son siège, elle s’endort, et son esprit goûte un profond repos dans le séjour des songes fortunés. Alors la déesse lui prête de nouveaux charmes ; elle répand sur le visage de Pénélope une essence divine dont le nom est celui de la beauté même, essence que Vénus fait couler sur son corps lorsque , le front ceint de sa couronne immortelle, elle va danser avec le chœur aimable des Grâces. Minerve rehausse encore la majesté du port de la reine, et lui donne une blancheur éblouissante qui ternirait celle de l’ivoire que l’on vient de polir. »
Telle est la description d’Homère.
Voyons si telle est aussi l’œuvre de l’artiste.
Le mouvement tranquille de la figure que nous admirons est conforme aux exigences de
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l’art statuaire. Assise sur un siège antique, Pénélope est doucement penchée sur elle-même, et, comme le dit Homère, ses fibres sont détendues. Elle cède entièrement au doux sommeil envoyé par Minerve. Cependant, au milieu de cet abandon, Pénélope tient encore le peloton de soie dont elle compose le voile merveilleux qui doit ensevelir le vieux Laërte.
Pénélope, fatiguée d’un travail qu’elle défait sans cesse, pour ne point accomplir la promesse que lui ont arrachée les prétendants, s’endort; son esprit entretient commerce avec les songes; elle oublie un instant les maux cruels que lui fait endurer l’absence de son époux, mais son cœur n’abandonne point la pensée d’un travail inspiré par Minerve, et qui doit la garantir d’un nouvel hyménée.
Le geste de cette statue de Pénélope est parfait, selon les lois de l’unité. Le jeu du squelette, d’ou dépend toujours la beauté d’un mouvement, est d’une vérité absolue. Il y a un grandiose imposant dans le jet de cette figure. La tête, le corps, les bras, toutes les parties enfin, ont le
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même âge, sont de la même nature et dorment d’un égal sommeil, d’où il résulte une grande harmonie, soutenue avec un mérite supérieur par le choix des formes et des draperies qui composent l’ensemble de cette statue que tout le monde admire.
Nous aussi nous admirons l’œuvre de M. Cavelier. Mais, ne serait-ce point manquer à notre devoir si nous ne disions pas tout ce que le plus ardent amour de l’art nous inspire.
La figure de Pénélope, là où elle est exposée, est une statue qui nous semble oubliée par le temps, et que la renommée aurait dû placer au milieu des productions des statuaires grecs les plus illustres. C’est notre conviction, c’est peutêtre celle de tous. Mais pour ne point nous laisser entraîner dans la voie de l’erreur, nous avons transporté par la pensée l’œuvre de M. Cavelier au milieu des merveilles de l’antiquité , parmi ces créations sublimes dont cet éminent artiste est aussi l’un des adorateurs les plus fervents.
Là, transportée par la pensée, la Pénélope
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moderne est belle encore et conserve le caractère de noble simplicité qui distingue les productions vraiment supérieures ; son geste ne perd point à cette terrible épreuve : les pieds sont toujours dignes d’être admirés ; mais les draperies légères qui recouvrent le sein et les bras de la reine d’Ithaque n’ont point toute la finese qui distingue les œuvres des beaux temps de l’antiquité; cela détruit le nu , et les grandes lignes du bras droit perdent à être interrompues.
Nous ne demandons point autant de légèreté à la draperie qui recouvre cette gaze transparente; mais, tout en admirant le jet du manteau, nous pensons qu’il y a une uniformité trop grande dans les plis se rencontrant sur la cuisse droite , et l’oreille ne présente pas le caractère cartilagineux de la nature. La peau de lion qui recouvre le siège de Pénélope n’est pas travaillée d’une manière qui établisse assez de différence avec le faire des draperies.
En nous permettant ces observations, peutêtre sommes-nous très-sévère; mais le mérite du statuaire dont nous examinons l’œuvre nous
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force à juger absolument une statue qui appartient déjà à la postérité.
La Pénélope décorera le château de M. le duc de Luynes ; et dire que cette figure est digne de cette noble destination , c’est en faire le plus bel éloge.