MM. FAROCHON, VAUTHIER-GALLE
Quelques artistes seulement représentent la gravure en médailles au Salon. MM. Farochon et Vauthier-Galle, lauréats de l’Académie, se distinguent par des travaux importants. M. Farochon a exposé les pièces exécutées pour le concours des monnaies d’argent, d’or et de cuivre au type de la République , et conformément au programme de ce concours. Ces œuvres, ainsi que beaucoup d’autres exposées également cette année, font honneur au talent distingué de M. Farochon. Les médailles soumises à l’appréciation
CONCLUSION
du public par M. Vautbier-Galle sont au nombre de quatorze. Nous remarquons surtout la médaille personnifiant la République française : cette œuvre est d’un caractère simple et grand, mais peut-être manque-t-elle d’animation et d’énergie. Néanmoins cette tête , ainsi que plusieurs médailles du même statuaire, est traitée selon les règles des artistes et de l’antiquité.
CONCLUSION
Nous terminerons ici l’examen analytique des œuvres d’art exposées au palais des Tuileries cette année; mais un mot encore sur l’avenir de l’art et des artistes, et, dans notre pensée, ces deux questions peuvent se confondre dans la plus parfaite unité.
Dans noire premier article , en esquissant quelques considérations générales sur l’art, nous avons dit : Quelle est cette voix qui crie : « Les arts s’en vont. » Alors nous sommes entrés au
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Salon pour savoir si cette voix était celle du mensonge ou celle de la vérité; et, parcourant les nombreuses salles dont les murs sont couverts de peinture, nous avons interrogé plus de deux mille tableaux qui ont laissé dans notre pensée le souvenir de quelques œuvres vraiment supérieures que nous avons citées honorablement. Plusieurs tableaux absolument mauvais, qui n’étaient point dignes de notre critique, ainsi qu’un grand nombre de productions médiocres, ont achevé de former notre conviction sur la valeur des œuvres de nos artistes contemporains.
Cependant devons-nous compter les œuvres d’art exposées cette année et déclarer ensuite que l’exposition 1849 est nulle, parce que les œuvres supérieures n’égalent point en nombre les productions de la médiocrité? D’ailleurs ne faut-il tenir aucun compte des graves circonstances qui ont entravé momentanément la carrière déjà si difficile des artistes? Nous ne sommes nullement inquiet pour l’art en luimême, n’est il point impérissable? El son im-
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mutabilité ne le met-elle point au-dessus des révolutions? Mais ses adeptes, eux, sont-ils à l’abri des commotions qui ébranlent les États?
Des artistes ne peuvent-ils pas être frappés dans leur existeuce, et se voir dispersés par les tempêtes politiques?
D’ailleurs, en considérant les œuvres exposées au Salon, on ne doit point perdre de vue les circonstances difficiles au milieu desquelles tant de tableaux et de statues ont été conçus et exécutés. Alors, bien loin de jeter un cri de dé tresse, ne devrait-on pas, au contraire, s’étonner que tant d’artistes aient pu lutter contre mille obstacles entassés par les tourmentes sociales, et dont les disciples de l’art sont les premiers à ressentir les effets.
Honneur donc aux artistes qui n’ont point désespéré de l’avenir de fart en France ! Honneur aux hommes qui ont pensé qu’il existait encore de nobles intelligences, capables d’apprécier les efforts des courageux apôtres de la religion du beau !
Nous sommes heureux d’avoir à constater
CONCLUSION
l’existence d’hommes dévoués à l’art , et qui , considérant leur mission d’artistes comme un véritable apostolat, n’ont point reculé devant tous les sacrilices pour vaincre les difficultés immenses et sans nombre que présente toujours la culture des arts libéraux , et que multiplient nécessairement les temps des révolutions politiques.
Maintenant que les artistes ont fait leur devoir en luttant avec persévérance et dans la mesure de leurs forces, contre les obstacles qui se présentaient à eux , c’est à la direction des beaux-arts à faire le sien. Il appartient au directeur des beaux-arts de faire briller l’art de la plus vive splendeur; c’est là son droit, c’est également son devoir; et dans notre Franee, où tout ce qui est noble et généreux trouve à grandir rapidement , il est impossible que des innovations intelligentes ne soient point accueillies avec enthousiasme par la grande famille des artistes.
Bien loin de demander à M. le directeur des beaux-arts d’incliner sa volonté devant la vo-
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lonté de ceux qui usurpent le nom d’artistes, nous croyons que l’unité la plus absolue doit être maintenue dans la direction des beaux-arts , comme elle existe naturellement dans l’art lui-même Mais alors , si nous accordons au directeur des beaux-arts cette immense puissance, ce n’est qu’à la condition expresse qu’il en usera pour imprimer à l’art un mouvement ascensionnel; c’est à la condition que le favoritisme sera remplacé par l’immuable justice.
A notre époque, où l’art , cette expression exacte de la civilisation, n’est plus doué de celte jeunesse native qui caractérisait les temps reculés, il est essentiel que les hommes appelés à diriger les beaux-arts soient bien persuadés que leur influence est salutaire ou pernicieuse, selon les principes dont ils sont animés.
Dans les temps héroïques des arts libéraux cette importance d’un directeur des beaux-arts eût été sans effet. Les peuples de la Grèce dirigeaient l’art, grâce à l’exquise délicatesse de leur goût. Dans ces siècles reculés, la multitude ju-
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geait aussi sainement que la postérité ? et les gloires proclamées sur la place publique ont été acceptées comme des arrêts de la justice absolue.
L’époque glorieuse de la Renaissance eut aussi son infaillibilité; à Rome ou dans Florence, la voix du peuple était souvent la voix de Dieu; et la postérité a encore accepté la plupart de ces jugements populaires.
Mais, de nos jours , en est-il ainsi? La société, dans sa civilisation , a-t-elle réservé une place d’honneur pour le beau , pour cette émanation visible de la divinité? Notre époque de scepticisme n’a-t-elle pas, au contraire, renversé toutes les croyances, et nivelé tous les autels? N’a-t-elle pas mis le doute là où était la foi? La foi , ce rayon céleste qui unit notre âme à Dieu, a été brisée. Les temps modernes ont dit à l'homme : Ne t’attends qu’à toi seul. Cette parole funeste a été entendue aussi de l’artiste, et dès lors l’artiste a été déchu !
Telle est la situation que la civilisation moderne a faite aux beaux-arts. C’est donc au milieu de cette foule , chez qui le sentiment natif
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du beau est émoussé, que Fart doit vivre et s’élever. Mais, pour vaincre tant d’obstacles, ne faut-il point alors qu’une volonté forte et intelligente connaisse le péril et soit animée de tous les talents, de tout le dévouement que réclame la gravité de l’état des beaux-arts, au milieu de la société contemporaine.
Nous espérons que M. le directeur des beauxarts comprendra son devoir et usera de son droit pour accomplir la mission importante qui lui incombe , en accordant sa puissante protection à la haute peinture, ainsi qu’à la statuaire d’un ordre élevé. Et cette tâche immense doit invariablement rester l’apanage du pouvoir administratif, dont elle est l’une des plus nobles prérogatives.
Il faut aujourd’hui que le directeur des beauxarts remplace cette voix des peuples antiques lorsqu’ils acclamaient les œuvres supérieures des artistes dont la gloire est immortelle ; le directeur des beaux-arts doit se faire l’écho de l’opinion publique, en n’oubliant pas que les beaux-arts sont le domaine de tous, et qu’il y
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aurait un immense danger à faire juger les artistes par leurs confrères; car la foi des uns n’est pas la foi des autres, et, dans cette religion du beau qui s’appelle l’art, il y a bien des communions différentes.
M. le directeur des beaux arts ne peut abandonner de si hautes prérogatives sans annuler son mandat; et, pour conserver ses droits, qui, nous le répétons, sont aussi ses devoirs, il doit se rappeler que les Prud’hon et les Géricault eussent été complètement écrasés sous la réprobation de leurs confrères, si , alors, les artistes avaient eu l’autorité en main.
Assurément nous ne compterions point au nombre des chefs-d’œuvre de l’école française l’admirable tableau de la Vengeance divine poursuivant le crime , si M. Frochot eût attendu que Prud’hon lui fût désigné par les artistes contemporains du peintre immortel.
En terminant cette revue du Salon, demandons aux artistes de travailler avec nous à relever l’influence morale de l’art; supplions les véritables artistes de n’employer jamais l’éloquence
CONCLUSION
de leur art que pour aider à l’amélioration de l’humanité, en représentant les scènes religieuses propres à inspirer les meilleurs sentiments à la multitude, ainsi que les sujets empruntés aux plus nobles dévouements.
Les artistes qui veulent accomplir leur belle mission peuvent compter sur nos encouragements ; nous voulons les soutenir au milieu des rudes épreuves que Y on a toujours à subir quand on marche hardiment dans la voie de la vérité. Nous ne reconnaissons la suprématie d’aucune école, nous distinguons seulement le bien d’avec le mal, et nous serons heureux si, loin de répéter ce mot sinistre : les arts s’en vont ! nous pouvons nous écrier : les arts vont briller d’un nouvel éclat!